La lettre volée

Notes et idées : Politique, Bandes dessinées, Polars, Media, Actualité, Europe...

Pour le FMI, la France devrait dévaluer de 10% par rapport à l'Allemagne

Un titre propre à éveiller l'intérêt de mon ami ODP, légèrement survendeur mais juste dans le fond.


Je reviens tout d'abord sur le débat sur les calculs de Jacques Sapir. Non, je n'en ai pas lu les détails, en effet. Mais je les crois corrects, pas à l'unité près mais en ordre de grandeur.

 

Pour toutes les raisons que j'ai indiquées ici, l'euro a fonctionné, au plan interne, comme une machine à privilégier la zone à l'inflation la plus basse (l'Allemagne), au détriment des mauvais élèves à inflation plus forte.


Je ne vois pas d'autre solution, pour en sortir, que d'abandonner l'euro.

 

Sur certaines des critiques apportées au travail de Sapir, j'ai lu plusieurs fois que, compte tenu du niveau actuel des exportations françaises, ou de leur structure, on ne pouvait pas attendre grand chose d'une fin de l'euro. L'argument est inepte, et il faudrait, pour tenir compte du potentiel de croissance de l'économie française hors zone euro, partir de la structure du commerce extérieur français d'avant l'euro, pas de celle post-désastre (si l'on avait évalué les chances de reconstruire Berlin en 1945 avec de telles méthodes, on aurait planté des patates sur Unter Den Linden).


Mais j'arrête là sur les chiffres de Sapir, qui est peut-être trop optimiste sur la rapidité d'un rééquilibrage, mais il n'est certainement pas moins sérieux que les doctes qui nous expliquent que l'euro n'est pour rien dans la décroissance française.


Donc quelques chiffres que le lecteur aura du mal à balayer d'un revers de main, issus d'une étude du FMI d'août 2013 (résumée par Bloomberg).


Le fonds évalue, entre autres, l'adéquation du taux de change à chacune des économies considérées.


Ce qui est intéressant, déjà, est que le FMI ne se contente pas d'évaluer l'adéquation du taux de change de la zone euro prise globalement, mais effectue cette évaluation pays par pays (des paranoïaques pourraient y voir un signe que le FMI ne croit pas en la pérennité de la zone euro, mais n'y songeons point).


Que dit donc le FMI sur les parités les plus intéressantes, pour nous autres petits français comme dit Laurent Berger ?


France : surévaluation de 0 à 5%

Allemagne : sous-évaluation de 2% à 10%

Etats-Unis : sous-évaluation de 0 à 10%

Italie : surévaluation de 0 à 10%

Espagne : surévaluation de 8% à 12%

Royaume-Uni : surévaluation de 5% à 10%

Japon : de 20% de sous-évaluation à 10% de surévaluation (sic)

Chine : sous-évaluation de 5% à 10%.

 

Avec des taux de change équilibrés, que se passerait-il pour la France ?


Un gain de compétitivité de 2% à 15% avec l'Allemagne, de 0 à 15% avec les Etats-Unis et la même chose avec la Chine.

 

Neutralité probable avec l'Italie (5% de dévaluation avec l'Italie au maximum) et l'Espagne.

 

L'Allemagne, les Etats-Unis et la Chine font environ la moitié du déficit de notre commerce extérieur.

 

Certes, rien ne dit que les marchés orienteraient spontanément le Franc vers ces parités. Mais il est tout de même intéressant de noter que le FMI écrit noir sur blanc que l'Allemagne bénéficie fortement de l'euro alors que la France, et d'autres pays, en patissent (et on peut aussi se dire que les estimations du FMI sont assez politisées, la fourchette d'appréciation concernant le Japon laissant une marge considérable pour pouvoir dire aussi bien que a) le Japon abuse en faisant baisser le yen ou b) il ne fait que rattraper une surévaluation qui n'est pas encore complètement gommée).


Par ailleurs et enfin, l'effondrement de notre commerce extérieur avec l'Espagne et l'Italie ne vient pas que d'un effet de change : ces pays ayant eu plus d'écart d'inflation avec l'Allemagne que la France, ont perdu plus de compétitivité. Leur économie est exsangue et ils ne peuvent plus rien nous acheter, quel que soit le prix. Si l'Espagne et l'Italie ont acheté récemment plus de vélos que de voitures, ce n'est pas parce que leurs habitants ne peuvent plus acheter de voitures françaises, c'est que, merci l'euro, ils ne peuvent plus acheter de voitures du tout.

 

Note : oui, je manque de temps. Pour mieux étayer une étude plus complète de la zone euro et des effets de l'euro, il faudrait regarder l'évolution sur 20 ans du commerce extérieur français et allemand par exemple, avec distinction entre commerce en eurozone et hors zone euro. De telles séries ne se trouvent pas facilement, ni sur le site de Destatis, ni sur celui de l'INSEE.

 

Pour conclure, un qui a été très bon sur l'euro, c'est Philippe Villin, sur France Inter :

 

 

 

 

Retour à l'accueil

Partager cet article

Repost 0

À propos

Edgar

blogueur parisien depuis 2005

Commenter cet article

Axelzzz 05/03/2014 14:04


Merci pour le papier de Rodrick qui met le doigt surun hiatus dont nous souffrons beaucoup en ce moment, entre citoyenneté globale et institutions multlatérales sans légitimité. 


Merci aussi pour le retweet de Steeve Ohana - dont je partage à peu près le point de vue sur l'euro. 

edgar 04/03/2014 23:43


à mon avis c'est au delà du manque de sommeil. alzheimer ?


sadisme mis à part, je dis juste en effet que si les gouvernements reconnaissaient l'échec de l'euro, de fait l'euro s'effondrerait (merci les marchés).


il faut donc bien que les citoyens le reconnaissent cet échec, et en fassent quelque chose. contrairement à toi, je crois que la voie qui consisterait à dénoncer l'idéologie allemande est plus
dangereuse que celle qui conduirait à sortir de l'euro volontairement.


c'est d'ailleurs là que le problème devient politique et non plus économique : difficile d'imaginer une gouvernance de l'euro qui ne susciterait pas des oppositions entre nations, avec le
désagréable sentiment pour 75% des membes de la zone que l'allemagne est vainqueur par ko. peut-on construire quoi que ce soit là dessus ?


pour les contrôles des changes et autres horreurs, je ne les aime pas. mais lorsque c'est utile et à dose médicale, il n'y a aucune raison autre que théologique de se l'interdire.


pour ce qui est enfin de ma taxe de libre-échange, la beauté du système est qu'il ne nécessite aucune coopération avec personne, sans pour autant présenter un caractère discrétionnaire.


ma vision générale n'est pas chavezienne (sinon je serais probablement admirateur de mélenchon). je crois plutôt à une refragmentation modérée du monde, de façon à redonner quelques marges de
manoeuvre aux gouvernements, comme ce que recommande rodrik, là par exemple http://www.project-syndicate.org/commentary/how-to-globalize-a-national-authority-by-dani-rodrik/french


par ailleurs, je pense que si l'investissement était plus largement socialisé, les marchés financiers joueraient un rôle moins important.


 


 

Axelzzz 04/03/2014 23:16


Bon déja, j'ai un gros souci de déficit...de sommeil et j'espère pas plus grave: je me suis planté dunfacteur 10 sur les 120md (c'est 12 pas 120). Merci d'avoir eu le tact de ne pas relever cette
bévue, et adieu veau, vaches, cochons....


'constater que c'est un échec et penser que les gouvernements pourraient admettre cela sans précipiter immédiatement la fin de l'euro est aussi puéril.'


En fait,c'est pas clair pour moi ce que tu dis là.  Je crois que le déni initial dont le but était en effet d'éviter la panique a vécu. tu sais mieux que moi que les voix pro-européennes
s'élèvent de plus en plus contre l'euro, évidemment Draghi ou Merkel ne vont pas dire qu'ils dormiraient mieux la nuit sans l'euro à des journalistes; mais tous les 'gouvernements' reconnaissent
qu'il faut modifier la 'gouvernance économique' de la zone. l'union bancaire, le six pack toutes ces initiatives existent et répondent à un constat implicite: on peut pas continuer comme ça.
C'est un constat d'échec


Mon point, c'est que vu d'aujourd'hui et pour nous en France, le premier problème de l'euro c'est l'hégémonie allemande l''idéologie sur l'austérité et le mercantilisme (c'est Habermas qui le dit
c en'est pas germanophobe). Bien plus que le taux de change lui-même. Après tout on peut aussi accepter de se battre avec les mêmes armes que les autres pour obtenir des règles du jeu equitables
non ? on pourrait même courir le risque d'emporter quelques batailles....


Sur H Rey c'est une économiste de plus qui constate que l'agenda de Washington,vraiment c'était n'importe quoi... ça la rend pas gauchiste, mais pragmatique: le contrôle des capitaux c'est peut
êtremieux quand onpeut pas peser contre l'influence US. C'est couteux (y moins de capitaux entrants), mais ça rapporte de la stabilité si on n'en profite pas pour se transformer en Chavez ou
Kirchner.


A te lire je me dis qu'à la fin tu ne veux pas vraiment un régime de change flexible en Europe, tu veux un contrôle des capitaux et pouvoir choisir le taux de change qui est toujurs exactement
sur une parité de pouvoir d'achat ou de compétitivité.  C'est un peu le rêve de ta taxe de libre échange sur le fond. Si c'est vraiment ce genre de mécanisme qu'il faut chercher, et bien
cela signifie qu'il faut plus d'intégration/coopération - appelle le comme tu voudras - entre européens. en tout cas les marchés de change eux le taux d'équilibre ils s'en tamponnent assez
largement sauf quand on peut spéculer contre la banque centrale pour gagner contre ceux qui ont investis dans la bulle juste avant (regarde la Hongrie avant crise, la Tuquie, l'Afrique du Sud...
les changes flexibles c'est jamais au bon prix et les changes fixes non plus d'ailleurs)


 

edgar 04/03/2014 21:49


je vais la faire courte axel, mais je ne souhaite pas sortir de l'euro par puérilité. le seul avantage de l'euro était de contrebalancer le benign neglect des USA, qui font valser la conjoncture
mondiale au fur et à mesure de leurs uniques besoins.


de gaulle avait tenté de faire sauter le système en demandant le remboursement de ses dollars en or. balladur (oui) a plaidé pour un renforcement du système des DTS et avait un discours
convaincant sur le rôle rééquilibrant de l'euro.


http://www.iie.com/content/?ID=9


l'euro ne remplit aucune fonction stabilisante.


constater que c'est un échec et penser que les gouvernements pourraient admettre cela sans précipiter immédiatement la fin de l'euro est aussi puéril.


donc il faut en sortir.


-5% sur 20% du PIB mondial ça fait -1% du pib mondial. on a eu -0,7 en 2009 et +4 en 2010 au niveau mondial. faut pas non plus penser que la zone euro est le centre du monde


après, ce que je lis de l'article de rey http://blog.francetvinfo.fr/classe-eco/2013/08/29/pour-cent-brics-tas-plus-rien.html, avant de lire peut-être le papier en entier, montre qu'elle
plaide plutôt pour un retour à un certain degré de contrôle des capitaux. ça ne me semble pas trop mal vu.


en bref, sortir de l'euro en pensant que c'est en soi une solution serait idiot. sortir de l'euro en pensant que c'est le seul moyen de recouvrer un degré supérieur de marge de manoeuvre est plus
réaliste. ça n'ira pas sans mesures d'accompagnement. je pense toujours qu'une taxe égalisant les taux de change à la parité de pouvoir d'achat serait une excellente
chose http://www.lalettrevolee.net/article-une-taxe-de-libre-echange-au-secours-du-plan-keynes-48985100.html


oui, ça supposerait d'en finir avec l'idée qu'il n'y a rien à faire contre les marchés globalisés. 


 


 

Axelzzz 04/03/2014 19:34


Hello à tous,


j'arrive très tard dans cette dicussion et j'avoue être un epu désemparé pour ne pas dire déçu par le tour qu'elle a pris. Je suis assez d'accord avec l'intervention de Descartes sur le fait que
la question dépasse assez largement les calculs économétriques, mais tout de même, les questions sur l'impact des dvaluation de la sortie de la zone euro soulevées par odp me semblent importantes
et légitimes.


- je plaide coupable en matière de sottise dans l'inconnu: pour moi l'argument du choc financier est très fort. Si l'éclatement de la zone euro se produisait sur le mode 'crise' (comme l'envisage
en fait Sapir), on sait que cela crera un choc financier planétaire massif (similaire à celui de la faillite de Lehman) tant donnée l'intrication des système financiers. J'insiste sur ce point:
il ne s'agit pas d'une inconnue et un tel choc (disons -5% de PIB sur 20% du PIB mondial) ne fera l'affaire de personne hors zone euro. Donc on risque de se fâcher beaucoup si on s'amuse à jouer
les Dr Folamour sur ce plan là. J'en déduis deux choses: d'une part, vu d'aujourd'hui c'est une décision de crise, injustifiable sur le plan interieur et extérieur par temps calme. Elle en est
d'autant plus improbable à court terme. D'autre part, il faudrait que les eurosceptiques pense u peu à l'aspect coordination du dtricotage de l'euro: à mon avis on est encore loin du point de
rupture. On ne peut pas écarter que la crise s'agrave évidemment, mais pour le moment (après l'OMT et la mini reprise US et européenne) la situation rend ce type de coordination impossible à
négocier.


-les gains de la dévaluation: je trouve les arguments d'odp en fait assez troublants. Peu m'importe que Sapir mente ou triche ou simplement se trompe après tout. Par contre, l'impact d'une
dévaluation doit être envidsagé sérieusement lorsqu'on défend la thèse de la sortie de la zone. quelques ovbservations sur ce point:


-- si on en croit l'insee, une baisse de l'euro (donc sans sortie) de 10% (c'est pas énorme en fait) suffirait à injecter 120Md€ dans l'économie française. C'est beaucoup plus que le pacte de
responsabilité, c'est aussi à peu près le manque à gagner évalué par Artus pour la restauration des marges des entreprises et deux fois ce que préconisait le rapport Galois (mais cibl sur
l'industrie). Bref c'est beaucoup. Je crois que si on va voir messieurs les US et qu'on leur donne e choix entre ça est l'éclatement de la zone ils seront heureux (surtout dans le contexte actuel
ou ça va pas trop aml chez eux et plutôt mal chez nous) de nous l'accorder.'On' signifie les pays du Sud de l'Europe + la France avec l'appuis de l'Angleterre. Le seul petit souci, c'est qu'on
n'est plus sous Bretton Woods, et que les changes sont flexibles... 


--J'attire votre attention sur la notion d'indépendance monétaire: un article de Helen Rey a récemment defrayé la chronique économique en montrant qu'en fait Mundel avait tort: c'est pas un
trilemma, mais un dilemma. En clair, le change flexible, ça garantit pas du tout d'avoir une cycle monétaire indépendant et adapté à ses besoins économiques. Du coup, il n'y a que deux modèles:
soit on administre tout (flux des capitaux et épargne et tout), soit on importe les conditions imposées par le 'cycle financier mondial' et o subit des bulles de crédit et des crises cycliques.
Donc finalement le vrai souci de l'euro c'est de transformer la crise en question en la restructration des dettes et 'dévaluation' interne. Je crois donc que dans ce qui arrive dans le Sud,
l'idéologie et l'hégémoniepolitique allemande a une part cardinale, bien plus que l'euro lui-même.


-Pour finir, je précise que je ne pense pas que l'euro est un succès (odp ne dis d'ailleurs cela nulle part). Il ne s'agit pas de défendre un truc qui est de fait un échec retentissant. Mais face
à cet échec, je crois qu'il est utile d'examiner précisément ce qu'on peut faire et les conditions de l'action. Le raisonnement simple: c'est un échec, donc il faut tout casser est
malheureusement puéril.


-Je précise enfin que je crois que la remise en question de l'existence de l'euro doit asolument être sur la table sans quoi 1) on n'arrivera pas à se poser toutes les questions et à créer un
compromis entre nous et 2) c'est un levier clef dans le rapport de force vis à vis de l'allemagne notamment. Mais croire qu'il s'agit de la solution (unique car suffisante, nécessaire car l'euro
est un échec) à la crise économique du pays est à mon avis une erreur. A mon avis, rien n'assure qu'elle soit suffisante et sa nécessité pontetielle se révèlera bien assez tôt et désagréablement.
Il faut donc traiter ce sujet comme une solution possible mais hasardeuse et une crise peu probable mais très violente (à laquelle on n'est pas du tout, mais pas du tout préparés...). 


A+


 

odp 02/03/2014 21:53


@ Alexandre Clément


 


La nuit, surtout quand elle est suivie d'une semaine de vacances, porte conseil.


 


Je crois donc que vous avez raison, le mieux est que nous nous rencontrions en tête à tête.


 


Je peux d'ores et déjà vous proposer le 10 mars à Paris, pour le déjeuner. Ce serait sous le patronage d'Edgar, avec qui j'avais déjà pris date mais qui sera ravi, je n'en doute pas, de jouer les
intermédiaires.


 


Si vous n'êtes pas disponibles en ces dates et lieux, merci de prendre contact avec ledit Edgar pour qu'il vous communique mes coordonnées personnelles.


 


Salutations, 


 


ODP

edgar 23/02/2014 14:46


je ne crois pas que l'euro doive être détruit pour la seule raison qu'il conduit à surévaluer les biens français de 20% par rapport aux biens allemands (encore que cela soit déjà un handicap
impressionnant).


mais dans une période où la prise de conscience des méfaits de l'euro augmente, je pense que citer quelques chiffres ne peut pas nuire. certains auront peut-être besoin de rationaliser ainsi leur
changement d'opinion.

alexandre clément 23/02/2014 14:18


@Descartes


Je suis en gros d'accord avec Descartes. j'ajouterais :


1. Il me semble aussi que les économistes analysent selon leur propre vision des choses a
priori, ou encore selon leur place dans la société. Celle qu’ils se donnent, ou celle qui les fait vivre. Pour cette raison, il y a de moins en moins d’esprits libres dans cette
profession.


 


 


2. Sortir de l’euro est un saut dans l’inconnu, c’est vrai, mais y rentrer en était un aussi. Il va
de soi que ce n’est pas un argument valable. En outre cette monnaie n’a pas obtenu les résultats qu’elle s’était assignés, à savoir une croissance forte et régulière, un équilibre budgétaire
assuré et le plein emploi. Elle a  donc fait la preuve de sa nocivité et aussi qu’elle était fondée sur des erreurs d’appréciations – pour ne pas dire des mensonges – qui disqualifient ceux
qui aujourd’hui la défendent.


 


 


3. Je suis d’accord sur ce dernier point selon lequel les calculs, les graphes et autres
statistiques ne permettent pas de démontrer à ceux qui ne veulent pas voir. Et c’est pourquoi je crois que cela se résoudra par une décomposition lente, baisse des salaires, destruction de l’Etat
providence, etc. Ces derniers jours on est revenu sur le changement de pied du FMI – qui date de l’an dernier tout de même, admettant qu’il s’était trompé pour ce qui concerne le multiplicateur
de dépenses publiques, et donc que l’austérité ne mène à rien de bon, même du point de vue étroit des critères bornés des économistes. De même on a démontré que les calculs de Reinhart et Rogoff
sur les relations entre dette et croissance étaient faux – selon moi volontairement faux. Ça n’empêche pas le président de persister dans l’erreur et de continuer dans cette voie sans issue de
l’austérité. Plus encore dans un article du Monde


http://www.lemonde.fr/economie/article/2014/02/18/le-fmi-admet-qu-il-n-existe-pas-de-seuil-critique-de-la-dette-publique_4368748_3234.html?xtmc=fmi&xtcr=6


la journaliste revient sur cette question simplement pour dire que tout va bien et que l’austérité
va permettre enfin de revenir à la croissance !! C’est un exemple de cécité qui serait hilarant s’il n’était dramatique.


Donc oui, probablement les choses ne changeront pas à froid, mais à l’issue de grands désordres.
Cependant, comme vient de le montrer le cas de l’Ukraine – quelle que soit l’analyse qu’on peut faire par ailleurs des causes et des conséquences de cette situation – les choses s’accélèrent
parfois brutalement. Mais il y faut effectivement de la brutalité.


 


On verra après les européennes. C’est vrai que si on identifie les anti-euro à des suppôts de Marine
Le Pen, c’est tout de même la faute majeure des partis de gauche comme le FDG ou le PCF. Pour ce dernier c’est encore plus dramatique, parti déjà suicidé, il se suicide une seconde fois en
s’immolant sur l’autel de l’euro. Mais cela ne vient-il pas du fait qu’il n’a plus aucun ancrage dans la classe ouvrière ?

Descartes 23/02/2014 10:16


Je me souviens de mon premier cours d’économie. Mon professeur avait choisi de nous lire des extraits du rapport du Club de Rome de 1957 pour ensuite nous demander si à notre avis les prédictions
du rapport en question s’étaient réalisées. Lues à trente ans de distance, presque toutes les prédictions économiques invitent à la prudence et soulignent les limitations de la science
économique. Qui est un peu comme l’Histoire : on peut lui faire confiance pour expliquer le passé, pas pour prédire l’avenir. Cela ne veut pas dire qu’il ne faille pas écouter les
économistes. Après tout, c’est le meilleur outil d’analyse dont on dispose. Mais cela veut dire qu’il faut traiter leurs prédictions avec une certaine prudence, d’autant plus que pour chaque
économiste qui vous dira « voilà ce qu’il faut faire » vous trouverez un autre, tout aussi compétent et diplômé, qui vous dira le contraire.


 


J’avoue que les échanges sur ce blog me laissent perplexe. Bien sur que sortir de l’euro est « un saut dans l’inconnu ». Et alors ? Nous sommes devenus une société tellement
frileuse, tellement craintive que nous n’acceptons pas le moindre risque. Nous ne sommes prêts à jouer que si nous sommes assurés de gagner. Seulement, cette assurance n’existe pas. Et ce n’est
pas parce qu’une kyrielle d’experts bardés de titres et diplômes vous dit le contraire qu’il faut les croire. Sortir de l’euro est « un saut dans l’inconnu ». Y rester aussi,
d’ailleurs. Seulement, il y a une paresse intellectuelle chez nos élites – politiques mais aussi intellectuelles – qui pousse à croire que la continuité est moins risquée que le changement. En
1940 l’état major des armées jugeait que plutôt qu’investir dans des armes nouvelles et non testées, en d’autres termes « le saut dans l’inconnu », mieux valait privilégier les méthodes
bien connues et testées pendant la guerre de 1914-18. On a vu les résultats.


 


La vie est un éternel « saut dans l’inconnu ». Lorsque j’ai décidé avec ma compagne d’avoir un enfant, personne ne m’a garanti qu’il ne finirait pas drogué ou parricide. Si chaque
parent avait refusé le « saut dans l’inconnu », l’espèce humaine aurait disparu depuis belle lurette. Et en matière politique, c’est la même chose. Ce sont les « sauts dans
l’inconnu » qui ont souvent révélé ce qu’il y a de mieux dans les peuples. Et c’est la passion de la continuité frileuse, le refus de faire « autre chose » – ou même de penser
« autre chose » – de peur d’avoir à résoudre des problèmes nouveaux qui prépare le déclin.


 


C’est là, mon cher Edgar, que nous avons un désaccord. Toi, tu sembles croire qu’on peut convaincre les gens de sortir de l’Euro par des arguments économiques. Je crains que tu fasses fausse
route. Le tropisme de la continuité est trop puissant pour être vaincu par des graphes. Tu pourras démontrer par A plus B que l’euro nous conduit à la catastrophe, rien n’y fera. L’Euro est une
aberration économique, et cela tout le monde le sait depuis 1992 et même avant. Ce ne sont pas des arguments économiques qui l’ont créé, et ce ne sont pas des arguments économiques qui vont le
détruire. L’Euro est fils d’une vision politique, et c’est cette vision politique qu’il faut tuer si l’on veut pouvoir sortir de l’Euro. Aussi aberrant qu’il soit du point de vue économique,
l’Euro vivra aussi longtemps qu’on réussira à vendre l’idée que la nation est une collectivité périmée et que seule l’Europe peut avec sa baguette magique résoudre nos problèmes. On le voit bien
d’ailleurs lorsqu’on regarde les discours de la gauche : que ce soit au PS ou au FdG, c’est « un autre euro est possible ». On admet toutes les tares de l’Euro mais attention, il
est hors de question d’en sortir, il faut le changer de l’intérieur. Et ceux qui disent le contraire sont des suppôts de Marine Le Pen.


 


Démontrer que l’Euro est un désastre économique ne sert donc à rien, puisque tout le monde – y compris un certain nombre d’anciens eurolâtres fatigués de nier l’évidence – est prêt à l’admettre.
Ce qu’il faut maintenant démontrer c’est que les tares de l’Euro sont consubstantielles à une monnaie qui n’a pas derrière elle une nation, seule collectivité capable d’organiser des transferts
inconditionnels qui compensent au niveau national les inégalités économiques entre les différents territoires. En 1992 les eurolâtres ont cru – ou espéré, car la méthode Coué a encore beaucoup
d’adeptes – que la monnaie unique pouvait faire naître une nation européenne. Or ce sont les nations qui créent les monnaies, et non l’inverse. Le refus net des « pays du nord » de
secourir inconditionnellement les « pays du sud » a montré que la « nation européenne » n’est pas pour demain.


 


Les arguments économiques aboutiront toujours à la conclusion que si seulement on réformait l’Euro, tout irait bien. C’est d’ailleurs le discours qu’on commence à nous vendre, de l’extrême gauche
au centre-droit. Que si la BCE achetait ceci, que si le Parlement Européen contrôlait cela… La sortie de l’Euro ne sera jamais, ne peut pas être une décision économique. Ce sera une décision
politique, et c’est donc des arguments politiques qu’il nous faut.

1 22/02/2014 17:17


Même si odp pourrait être moins agressif, je le remercie d'apporter la contradiction.