La lettre volée

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Populisme et technocratie

Un copain me demande ce que je pense du score de Grillo en Italie. Il me semble que j'aurais voté pour ce populiste qui entend sortir de l'euro, si j'avais été italien.

Quelques lignes dans Libé ce matin, de Gianni Vattimo, philosophe italien, à propos du couple populisme/technocratie :

"l'esprit "antipolitique" que l'on peut reprocher au mouvement de Grillo en italie, mais aussi à tous les mouvements d'indignés, est surtout un phénomène lié à la politique des "techniciens". "

 

Le populisme n'est qu'une réaction face à une classe politique incapable d'offrir une alternative ou des choix opposés.

Comme le fait remarquer François Asselineau sur sa page facebook :

italie_wsj.jpg

 

Quand la gauche rassure les marchés financiers, oui le populisme est inévitable, et même bienvenu. Je préfèrerais qu'un parti "de gouvernement" offre une réelle alternative, mais on ne peut assister sans réagir au désastre économique et social européen dont l'intensité s'accroit sans cesse.

Post scriptum : titre de la chronique de Thomas Piketty dans le libé de ce matin, "élections italiennes, l'Europe est responsable". CQFD. Piketty s'accroche à la possibilité de politiques coordonnées en Europe. Mais il voit bien que sans cela, qui ne viendra pas, nous allons vers des temps sombres.



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Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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Descartes 28/02/2013 09:51


mais je ne serai rassuré que quand les inepties européennes seront juridiquement abolies.


Moi aussi. Mais je suis confiant: l'histoire montre qu'en dernière instance le droit évolue toujours pour prendre en compte les réalités. La crise de la mal nommée "construction européenne"
finira bien par se manifester dans le droit européen. Et je peux dire que je remarque cela dans ma vie professionnelle de tous les jours: jusqu'il y a quelque temps, le "respect de nos
obligations européennes" était une sorte de mantra de nos hauts fonctionnaires, qui n'osaient exprimer leurs véritables sentiments à l'égard de la législation européenne que derrière portes
closes et sous couvert d'anonymat. Depuis quelques mois maintenant, des voix discordantes s'expriment sans fard, même dans des réunions très officielles. L'esprit "bon élève de la classe
européenne" est en train de s'effacer, et nos hauts fonctionnaires cherchent de plus en plus à "ruser" avec la réglementation europenne pour ne pas l'appliquer. Quelques mois de crise de plus, et
certains commenceront à se demander si l'Euro est une bonne idée... à ce titre, l'article de Leparmentier dans "Le Monde" d'hier est remarquable. Voici un paragraphe qui me paraît révélateur:


"C'est l'échec de l'Europe. L'échec de l'Euro. Fallait-il signer ce traité de Maastricht qui tourne au désastre ? Après l'avoir tant défendu, on finirait par en douter. Curieusement, le sujet
rste tabou?. Dans les années 1990, on vendit la monnaie unique en assurant qu'elle permettrait de lutter contre les prétendues dévaluations compétitives des pays du Sud. Contresens total: la
lecture ivnerse devrait prévaloir. Les dévaluations n'étaient que des buffées d'oxygène pour compenser ex post le rouleau compresseur de l'industrie allemande. Sans doute aurait-il fallu écouter
à l'époque les mises en garde précoces de Gerhard Schroeder.


Bon, ok, ça lui arracherait la gueule, à Leparmentier, d'admettre que la clairvoyance de Schroeder était partagée par des politiques et des économistes bien de chez nous, comme Chèvenement ou
Séguin (mais pas Mélenchon, qui a soutenu Maastricht et qui le défend encore). Mais même s'il va chercher ses sources outre-Rhin, l'aveu est de taille...

Gérard Couvert 27/02/2013 23:46


Berlusconi détesté ? bof, par les Italiens à la traine de la France ou bien eurolatres, mais je connais des quadragénaires, travaillant qui plus est dans le domaine du patrimoine, et qui voit
dans l'outrance et le cynisme habité du cavaliere des traits italiens, et qui le créditent d'intentions moins primaires et plus à lon terme que ce que l'on pense de ce coté-ci des alpes. Pour ma
part je ne le déteste pas.

edgar 27/02/2013 23:46


descartes : oui, ça va mieux en le montrant, bien sûr, mais je ne serai rassuré que quand les inepties européennes seront juridiquement abolies.

Descartes 27/02/2013 18:27


Mon cher Edgar, je crois qu'on fait un contresens en faisant du M5S un "mouvement contre les techniciens". Ce qui m'a étonné au contraire dans le discours des "grillini", c'est au contraire le
fait que 1) le M5S a choisi de présenter des candidats de la "société civile" bardés en général de diplômes et 2) qu'ils manifestent eux mêmes la volonté de s'entourer de "techniciens". Au dela
de la personnalité de Grillo lui même, les gens qu'il a contribué à faire élire sont loin d'être des imbéciles, et ne donnent pas non plus la peine d'être impregnés de ce gauchisme bobo qui fait
le charme des dirigeants du FdG.


On peut être contre le "gouvernement des techniciens" sans pour autant être contre les techniciens eux mêmes. La technocratie a un rôle important à jouer dans le gouvernement d'un Etat moderne,
pour autant qu'elle sache rester à sa place et n'ait pas la prétension de confisquer la place du politique. Il appartient aux techniciens d'étudier et d'expliquer les différentes options, c'est
au politique de choisir. Monti a été rejeté non pas parce que c'est un technicien, mais parce que c'est un technicien qui a essayé d'occuper la place du politique. Un technicien qui prétend qu'il
n'y a qu'une seule option - la sienne - ne se place plus sur le plan technique.


Il reste que pour moi le vote italien est probablement la plus grave défaite de l'eurocratie depuis le rejet par référendum du TCE. Cette affaire montre combien l'UE n'est finalement qu'un tigre
en papier: pour que les politiques européennes soient appliquées, il faut que les Etats acceptent de jouer le jeu. Dès qu'un Etat ne joue plus ce rôle, dès que le gouvernement national perd sa
légitimité, l'UE est impuissante. Si l'Italie entre en crise financière alors qu'elle est devenue ingouvernable, la BCE aura le choix entre soutenir l'Italie sans contrepartie ou laisser couler
le pays avec tous les risques d'éclatement de la zone Euro.


On revient finalement aux fondamentaux: contrairement à la situation d'une nation souveraine, où l'Etat central a les moyens plus ou moins étendus pour pallier à une crise dans la gouvernabilité
de ses régions, dans l'Union Européenne la seule source de légitimité politique à l'intérieur d'un état membre est la nation. On l'a vu hier avec la Belgique et on le voit aujourd'hui avec
l'Italie: si le système politique national explose, il n'y a aucun moyen d'intervenir de l'extérieur. La souveraineté est donc bien dans les nations, et pas dans un "peuple européen" qui n'existe
pas.

alexandre clement 27/02/2013 17:58


Bepe Grillo est peut être une impasse, mais le reste aussi !!

fd 27/02/2013 11:05


On n'imagine pas à quel point en Italie Berlusconi est détesté par quiconque aime bien lire des livres (bien pire que Sarkozy en France). Je suppose que dans le vote du weekend dernier, il n'y
avait pas beaucoup de monde qui aime les livres. Sinon ça aurait joué dans le sens "vote utile", et centre-gauche, pour le grand plaisir de Wall Street. La convergence entre le parti de l'argent
et le parti des lettres que désigne Asselineau dans son billet est effectivement un phénomène caractéristique des 25 dernières années. Heureusement pour les contestataires (mais malheureusement
pour l'humanité à court terme) ces deux partis ont des effectifs de plus en plus réduits.

edgar 27/02/2013 09:58


fred : tss tss

fd 27/02/2013 07:51


"Il
me semble que j'aurais voté pour ce populiste qui entend sortir de l'euro, si j'avais été italien." Meuh non, t'aurais voté pour le centre gauche par peur de voir Berlusconi revenir au pouvoir.
Tu es l'homme tu "vote utile" toi.

Gérard Couvert 26/02/2013 15:26


Dopo cosa facciamo ?


Voilà en substance ce que me disent mes amis Italiens de Sicile qui ont voté mi-Beppe mi-Berlusconi.


Quoique l'on pense de ce dernier il était (est) le seul à pouvoir éventuellement créer la surprise en réintroduisant la lire (il à fait quelques déclarations, genre ballon d'essai, en ce sens).


Il ne faut pas oublier qu'il n'a jamais été eurolätre ni même libéral-financier ; en revanche il est francophile et francophone et son echec avec "La5" (fait-on mieux actuellemnt ? il était un
peu en avance) uft une blessure intime. Il déteste les Allemands et rêvait d'un axe Paris-Rome remplaçant Paris-Berlin.


Même si le contenu politique et la largeur sociologique sont différents des extrémismes grecs ou de Mélanchon, Cinque Stelle est une impasse.


Reste que la déconfiture de Monti est jouissive, tout autant que les commentaires du Monde, Libé etc. du pur bonheur.