La lettre volée

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Manuel Valls, l'euro et l'Europe qui vient

Manuel Valls a triomphé avec des propos sécuritaires à la Rochelle, et certains des brillants cerveaux de la fonction publique ont passé une partie de l'été à plancher sur le "problème des roms", pendant que l'union européenne craque de tous côtés.

Peut-on relier ces événements divers ?

Quelques points.

Un bref papier de Paul Krugman en juillet dernier, the radicalizing effect of euro disaster. Il explique en quelques lignes que les partis centristes, au sens "de gouvernement", de l'Union européenne, étant tous consacrés à appliquer des politiques absurdes (pacte de stabilité et autres TSCG), quand tout ça se cassera la figure, il ne restera que les partis les plus extrêmes à n'avoir pas trempé dans ce désastre.

Sa conclusion vaut d'être traduite : "d'ici quelques années l'Europe sera peut-être très différente de la gentille alliance de nations démocratiques que nous connaissons et chérissons".

En français : les Hollande d'aujourd'hui font la fortune des le Pen de demain.

*

On a l'impression que les plus malins de nos politiques, bien loin de s'aveugler sur ce phénomène, tâchent d'en profiter à l'avance.

Personne ne veut être celui qui aura cassé l'Europe - pas même Mélenchon, qui découvre aujourd'hui que la logique de l'euro c'est l'austérité. L'Union euroépenn ne mérite pourtant que cela, un démontage rapide - c'est même le point de vue de nouriel Roubini, qui appelle à décider d'une fin anticipée de l'euro. Comme quoi un universitaire tout ce qu'il ya de plus intégré peut être plus lucide qu'un Mélenchon (un Jacques Généreux devrais-je peut-être écrire).

Fautde courage sur le fond, sur les vrais problèmes de l'heure, les plus ambitieux vont donc aux extrêmes. A défaut de concevoir une politique à la hauteur, ils veulent au moins donner au peuple des jeux. Avec les roms au milieu de la piste.

Voilà donc Valls parti à la chasse aux migrants, ce "problème" si urgent qu'il semble éclipser tous les autres.

Par une cruelle ironie du sort, c'est aussi un "problème" que l'Union européenne a fait naître !

Que lit-on dans un article du Monde de décembre 2004 : "en Slovaquie, les réformes libérales jettent les Roms dans la misère".

Que s'est-il passé en 2004 en Slovaquie ? Le gouvernement a appliqué des réformes libérales dans le cadre de son adhésion à l'Union européenne.

Extrait de l'article : "Selon un rapport de l'Organisation internationale des migrations, une « catastrophe humanitaire » menace les couches les plus défavorisées de cette population. L'enquête relève des cas de malnutrition et l'aggravation de l'état de santé des enfants."

Il ne s'agit pas de nier les problèmes d'insécurité (comme semble le croire Lauent Pinsolle dans un tribune moins inspirée que d'habitude).

Il faut juste rappeler que le problème de l'heure n'est pas de chasser quelques roms.

Le problème de l'heure est de retrouver les moyens de mener des politiques économiques et sociales qui en soient dignes, reposant sur l'ensemble des moyens dont dispose un pays civilisé et démocratique (une banque centrale, un budget, des douanes, un taux de change...)

Ceux qui préfèrent attendre que ce soit l'Union européenne qui devienne un pays civilisé et démocratique, Mélenchon et le PS ensemble, sont responsables dès aujourd'hui de l'extrémisation qui arrivera demain, lorsque les tensions sociales dans l'Union deviendront ingérables.

 

Post scriptum :

 Pour les Tartuffe qui estimeront que non, Valls n'est pas dans l'agitation démagogique, quelques lignes bien senties : "C'est bien la politique du gouvernement de Nicolas Sarkozy qui est responsable de la précarité intolérable dans laquelle se trouvent ces familles et qui fabrique un groupe de population, bouc-émissaire idéal pour justifier des politiques toujours plus répressives. [...] J'ai toujours dénoncé, et je continuerai à le faire, la stigmatisation dangereuse lancée par le candidat sortant en août 2010 à l'égard des populations de Roms: expulsions brutales à répétition, stigmatisation toujours plus forte d'une population, interdiction de travailler et de se former, reconduites aux frontières sans résultat". Oui, bien sûr, c'était du François Hollande, en avril 2012.

Depuis, Hollande est, comme Sarkozy, voué à l'impuissance européenne. Il s'apprête scandaleusement à faire adopter le TSCG sans référendum, il laisse donc les mains libres à un Sarkozy de gauche qui reprend, quatre mois après l'élection, les mêmes politiques de gesticulation pour que, surtout, les français se consacrent à toutes sortes de problèmes mais pas aux questions européennes. La suite est écrite : quand Ayrault sera usé, c'est Valls qui prendra le peuple français par les cornes pour lui faire avaler, jusqu'à l'abrutissement le plus complet, sa potion européenne.


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À propos

Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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Gérard Couvert 31/08/2012 15:43


Je sais que cela va mettre Edgar de mauvaise humeur, mais il me semble que l'on peu aussi lire l'épisode "roms" d'un autre façon :


comme boucs émissaires ils ont le grand avantage, pour l'Europe Liberale et son land Franckreich de n'être pas musulmans ...


comme cela le projet de tuer définitivement les nations par substitutions de populations peut se poursuivre ; ça devenait difficile ces temps-ci de nier l'agression musulmane !


 


A part ça je reviens d'un mois en Sicile et de quelques jours à Rome, et bien le ton à changé et les critiques contre l'euro sont immédiateq "torniamo alla lira" s'entend aisaiment, de plus le
lien Euro / Europe fait son chemin ; trés réjouissant.

edgar 31/08/2012 14:24


trubli : c'est une question de priorité. Valls monte au créneau avec l'assentiment de hollande parce que de toute façon il n'y a que dans ce domaine que le gouvernement peut jouer les gros bras.


Fred : glorifier les victimes est en effet une spécialité du moment, pas que bobo d'ailleurs - ça marche depuis Jésus non ? je ne nie pas les problèmes de cohabitation etc. et ce n'est pas depuis
l'union européenne que les roms sont assimilés à des voleurs de poules. Je dis juste que c'est une spécificité du moment et un problème européen que ce thème semble figurer parmi les priorités du
jour, en grande partie parce que ça rassure les foules de savoir que l'état a encore un bras. le problème c'est que ce bras a vraiment l'air de ne s'employer qu'à cela. 

fd 31/08/2012 11:16


Pas tout à fait d'accord avec cette idée qu'on cherche des boucs émissaires. Le gouvernement est bien obligé de montré ses muscles quand il y a des problèmes, sans quoi on le taxerait de laxisme
(et quand je dis "on" je parle aussi des populations de Tremblay et d'Aubervilliers). Le point de vue de Médecin sans frontières, des ONG et des bobos de tout poils ne peut pas être déterminant.
On ne peut pas dire "on ne fait rien sur les roms" car beaucoup de gens diraient "on laisse l'impunité tout une population".


Et je ne pense pas que le libéralisme soit la seule raison, ce n'est pas seulement un problème économique. Les Roms étaient déjà un problème en Europe de l'Est dans les pays communistes. Quand on
a une population qui décide de rester nomade alors que tous les autres autour sont sédentaires depuis 3 000 ans, ça pose nécessairement un petit problème d'ordre public, de santé, d'éducation.
Personnellement j'aurais préféré qu'il n'y ait pas Schengen. Mais une fois qu'il y a eu Schengen il faut bien circonscrire le problème par la sécurité. Il paraît qu'il existe une ligne budgétaire
sur le budget européen spécialement dédiée à la gestion du problème rom, mais que ses crédits ne sont guère consommés. Je suppose que c'est parce qu'il n'est pas facile de monter des programmes
d'éducation avec une population qui ne veut pas se sédentariser. Les bobos qui croient tenir là leur "victime idéale" pour culpabiliser le corps social devraient réfléchir à tout cela sur un plan
plus concret.

Trubli 31/08/2012 11:11


Je trouve qu'utiliser Sarko comme éternel épouvantail c'est de la paresse intellectuelle Edgar. Que je sache ce n'est pas Sarko qui a inventé l'expulsion de roms. 


Et de toutes façons il n'y a que deux alternatives : soit on fait respecter les règles de séjour et le droit de propriété, soit on décide une fois pour toute que n'importe qui peut venir
s'installer en France s'il le souhaite et que n'importe qui peut aller s'installer où il le souhaite le droit de propriété ayant été aboli. Il n'existe aucune solution qui permette de concilier
humanisme absolu et réalisme économique. 


Bien sur que l'UE est le problème principal. Mais Valls n'est pas Premier ministre ou ministre des affaires étrangères ou ministre de l'économie et encore moins Président de la République pour
décider de nous sortir de là. 

edgar 31/08/2012 10:03


Fred : non, je ne suis pas anti-corrida, même si je n'aime pas les corridas (enfant mon père, qui adore ça, m'y emmenait régulièrement et j'en profitais pour lire un picsou ou un pif gadget au
son des trompettes).


pour ce qui est des roms, je ne nie pas le problème, je souligne juste qu'il est dû à la libéralisation européenne, que d'autre part si on a pas d'argent pour proposer mieux aux roms c'est aussi
parce que l'euro a vidé les caisses, et surtout valls n'a en rien changé l'approche sur le sujet. c'est le président de médecins du monde qui écrit ça dans libé ce matin (les roms, le préfet, le
ministre): "sur le fond, l'intention politique du gouvernement est la même que celle du gouvernement précédent : utiliser la symbolique de la fermeté à l'égard de quelques centaines de
personnes..."

fd 31/08/2012 06:00


"prendra le peuple français par les cornes"... est-ce un propos subliminalement anti-corrida ? De la par d'un homme du Sud comme toi cela me décevrait, mais il est vrai que même les Espagnols
versent dans la taurinophobie, preuve que le pouvoir du Grand Stratéguer bruxellois (ou du Golem XIII) est infini, même dans l'esprit de l'auteur de ce blog - lol. Blague à part le
problème des Roms est réel, il a pris des proportions folles dans les années 2000, et n'a été inventé ni par Sarkozy ni par Vals. Il est juste un effet collatéral de cette chère adhésion de la
Roumanie à Schengen que notre classe politique a voulue par pure démagogie. J'ai vu des maires Front de gauche au coeur très ouvert finir par adopter le même discours que l'UMP sur la question
rom. Je t'assure que ce n'était pas uniquement pour se défausser des problèmes économiques posés par le Golem XIII "austéritaire" (qu'ils passaient leur temps à dénoncer dans leurs feuilles de
choux municipales) mais bien parce que les campements sauvages créent des difficultés énormes à leurs villes qui en ont déjà beaucoup (de difficultés)....

Joe Liqueur 31/08/2012 01:34


@ Edgar


 


Désolé, j'avais à peu près bien compris, je pense (enfin j'espère) ta position vis-à-vis d'Hollande. N'empêche, je persiste à croire que voter pour lui n'est la meilleure idée que tu aies eue. De
mon côté j'ai voté Cheminade au premier tour, par défaut mais pas que, et on pourrait en discuter aussi.


 


Sur le nucléaire, il faut être clair me semble-t-il. L'alternative au nucléaire, ce sont les hydrocarbures. Ce n'est pas le solaire et encore moins l'éolien (ou même l'hydrolien). Et encore, le
nucléaire n'est à ce jour qu'une alternative très partielle aux hydrocarbures. Mais au moins, c'est une alternative partielle qui est valable, et qui ouvre des perpsectives. Plus que valable :
elle est brillante - question de densité d'énergie, y a pas photo. C'est peut-être un autre débat, mais cela me semble clair : l'avenir de l'homme, c'est le nucléaire. Si on n'y va pas, si on n'y
va plus, si l'on renonce, de toute façon d'autres iront. Et demain, c'est eux qui seront riches. Et nous qui seront sous-développés. La France m'est trop précieuse, politiquement, pour que
j'admette qu'elle se détourne de la grande technologie d'avenir, alors même qu'elle est encore aujourd'hui en pointe dans ce domaine. Désolé de partir vent debout sur un sujet connexe, mais je
suis intimement persuadé que notre avenir - celui de la France, mais aussi, au-delà, celui de l'homme, se joue précisément sur ce terrain.

edgar 31/08/2012 01:08


je n'ai jamais eu la foi en hollande. j'ai voté pour lui sans tapage pour sortir sarko, point.


sur le nucléaire, j'aimerais m'y connaître suffisamment pour avoir une opinion assurée.

Joe Liqueur 31/08/2012 00:43


@ Edgar


 


Si tu as perdu la foi en Hollande, alors, camarade, tant mieux…


 


Concernant la France, dans ta petite liste ("une banque centrale, un budget, des douanes, un taux de change…"), il me semble qu'il manque un élément essentiel : UNE INDUSTRIE NUCLEAIRE DE POINTE,
et sur ce chapitre on dirait pour le coup que notre gouvernement de sociaux-traîtres est un peu plus lucide que sur le reste. Quitte à navrer ses alliés écolos, et là encore c'est tant
mieux.