La lettre volée

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La fin de la dissuasion

Pour nombre d'électeurs et de citoyens de la région France, l'appartenance à l'OTAN n'est qu'un engagement contractuel réversible.

Sarko nous a mis là dedans mais probablement qu'un jour nous pourrons en sortir. Peut-être, oui, mais dans quel état ?

Commençons par les mesquineries : l'adhésion entière à l'OTAN coutera de 60 à 80 millions d'euros par an (cf. Jean-Dominique Merchet). Il faut bien payer - convenablement -  les militaires français qui seront affectés dans les services de cette institution que de Gaulle jugeait inutile dès 1958 (lire un billet antérieur).

Sans compter les opérations extérieures etc.

Il y a un autre point, c'est que Sarkozy, dans la plus grande discrétion, a décidé de larguer doucement le concept de dissuasion.

A Lisbonne (une ville qui réussit décidemment peu à la France), il a été décidé la participation française au projet américain de bouclier antimissile. En octobre dernier, Hervé Morin, alors ministre de la Défense, estimait que ce projet de bouclier était une "ligne Maginot" moderne.

Là encore, il nous faudra sortir de quelques dizaines à quelques centaines de millions d'euros par an, pour obtenir une place de sous-traitant des Etats-Unis. Comme l'écrit Louis Gautier, nous aurons droit à un strapontin au sein d'un système commandé par les Etats-Unis. Et pour obtenir ce strapontin qui nous placera définitivement en position subordonnée, il nous faudra abandonner tout espoir de défense autonome : nous n'aurons plus de quoi moderniser la force de dissuasion.

 

*

Il n'y a rien là qui devrait étonner le citoyen un peu conscient de ce qui se passe. La politique monétaire, la politique budgétaire, la politique commerciale, bientôt le droit pénal (avec le "parquet européen"), tout a vocation à passer à Bruxelles, pendant que Bruxelles restera inféodée aux Etats-Unis (qui ont financé la construction européenne depuis ses débuts pour neutraliser les états européens).

Quand je lis donc, sous la plume de Louis Gautier, que le sommet de l'OTAN éloigne la France de l'ambition d'une défense européenne, je me bidonne. Il faut véritablement être aveugle pour ne pas avoir vu, depuis au moins le rejet de la CED facilité par Mendès-France, que les projets de défense européens sont systématiquement placés dans un cadre atlantique.

L'Allemagne notamment préfère un cadre atlantique à un cadre européen, sachant que ce qu'elle préfèrerait fort probablement  c'est une défense autonome (en 1954, la RFA avait obtenu le droit de se retirer de la Communauté Européenne de Défense en cas de réunification. Cf. le rappel de ce point par Pierre Mendès-France en 1954). Du point de vue allemand, la défense française et la dissuasion sont des nuisances : "L'Allemagne, un Etat non nucléaire, perd confiance en l'utilité de ces armes, tous partis politiques confondus. Nous ne comprenons pas l'insistance française, émotive, à préserver quelques centaines d'engins de destruction comme un ingrédient de l'identité nationale" (Harald Muller, expert allemand cité par Le Monde, 14 octobre 2010). Harald Muller s'explique comme l'expert représentant un pays défait en 1945, qui a dû s'habituer à dépendre entièrement des Etats-Unis pour sa défense depuis cette date, et qui s'agace du fait que le petit voisin, presque un état du club med, s'attache de façon émotivé à sa défense, comme les salariés s'attachent de façon irrationnelle à leur droits sociaux.

Comme le rappellent des experts français cités par le Monde "A aucun moment, souligne-t-on, l'Allemagne n'a remis en cause la déclaration, signée à Ottawa en 1974 entre les partenaires de l'OTAN, qui affirme le caractère « indispensable » des forces nucléaires américaines, basées tant aux Etats-Unis qu'en Europe." Les allemands veulent donc bien du nucléaire US, mais pas d'un nucléaire français. Question de bête émotivité nationale fort probablement...

 

*

 Bref. Il faut être très naïf pour s'étonner du fait que la France se précipite pour se faire plumer par l'OTAN. C'est dans la logique même de l'édification européenne et des rapports de force entre états tels qu'ils ont été instaurés par les Etats-unis dans l'Union européenne. (au passage, j'allais oublier : un conseiller de Barroso a récemment proposé l'adhésion de l'Union européenne à l'OTAN. C'est juste une question de mois.)

Dans tout ce contexte, il y aurait matière pour le Parti Socialiste ou pour des ténors de la politique française, à essayer de réveiller les consciences. A ma connaissance, au PS, à part Louis Gautier qui a mollement protesté contre les orientations sarkozystes, aucun de ceux qui se sentent une stature présidentielle ne s'est prononcé sur ces questions de défense, et encore moins ne s'est engagé à sortir la France de l'OTAN. Ont-ils seulement saisi ce qui se passe, ont-ils encore la moindre volonté de se charger de ces problèmes compliqués ? C'est tellement plus simple d'être en pilotage automatique avec la BCE aux commandes...

 

Post scriptum :  Jean-Dominique Merchet, spécialiste des questions de défense, est plus optimiste à court terme, dans un billet chez son nouveau tôlier, le site de Marianne.

 

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Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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Pierre Charasse 27/11/2010 02:37



 


Voici un article que je viens de publier en espqgnol dans "la Jornada" de Mexico, avec mes salutations,


 


                        La Russie limite
les ambitions hégémoniques de l’OTAN           


 


            Depuis le fin de la guerre froide et après la dissolution du Pacte de Varsovie, l’OTAN, forte de sa
victoire idéologique,  s’est élargie en incorporant les pays d’Europe de l’Est anciens  alliés de l’URSS et en intervenant en dehors des zones définies par le
Traité de l’Atlantique Nord (Afghanistan, Méditerrannée orientale, Iraq, Soudan, Somalie). Dans le nouveau contexte post-guerre froide et post-attentats du 11 septembre 2001, les chefs d’Etat des
vingt huit pays membres réunis au Sommet de Lisbonne (19-20 novembre) ont  défini un « nouveau concept stratégique » pour la période 2010-2020 et
abordé  deux points  délicats : le retrait des troupes d’Afghanistan et le bouclier anti-missiles que les Etats-Unis veulent déployer en Europe.


             Le « nouveau concept stratégique » approuvé par les chefs d’Etat
reflète l ‘ambition de l’OTAN de renforcer la vocation mondiale de l’organisation politico-militaire de l’Occident au nom de « valeurs universelles », y compris dans des domaines
qui ne relèvent pas directement de la sécurité, comme la gouvernance des Etats-faillis. Partant d’un catalogue élargi de menaces réelles ou supposées, l’OTAN a officialisé le principe selon
lequel la sécurité de ses membres dépendait désormais de situations extérieures à la zone euro-atlantique telle que définie par le traité de 1949. Il ressort clairement que pour elle la sécurité
du monde passe avant tout par la sécurité de l’Occident et en premier lieu celle des Etats-Unis. L’OTAN s’arroge désormais le droit d’intervenir dans le monde  « où et
quand la sécurité de ses membres l’exige ». Elle considère qu’il faut abolir les anciennes divisions entre sécurité intérieure et extérieure, entre menaces conventionnelles et menaces
non-conventionnelles, maintenir une capacité nucléaire « suffisante ». Considérant que les menaces conventionnelles sur l’espace euro-atlantique étaient aujourd’hui très faibles, elle a
décidé de se réorganiser pour réagir rapidement, éventuellement par des actions préventives, à tout ce qui peut menacer le bloc occidental, le terrorisme, bien sûr, mais aussi l’insécurité des
sources d’approvisionnement énergétiques  et des routes maritimes, les « cyberattaques » contre les systèmes informatisés des pays occidentaux ou leurs
« infrastructures vitales ». Mais l’OTAN va plus loin en demandant à ses membres de renforcer leur capacité collective de lancer des « opérations expéditionnaires » n’importe
où dans le monde, y compris des actions de  « contre-insurgence » et de se doter d’un commandement unique qui pourrait agir sans avoir besoin du consensus de tous ses
membres. Dans la liste des « nouvelles menaces », l’OTAN inclue les conséquences du changement climatique, la raréfaction de l’eau, les risques sanitaires. Elle compte sur des
partenariats avec des pays non-membres pour agir comme « prestataires de sécurité » sur des théâtres éloignés.


            En pleine crise financière et budgétaire, les Etats-Unis ont réussi à imposer à leurs alliés une
participation accrue aux dépenses de l’OTAN y compris le financement du bouclier anti-missiles américain (1000 milliards de dollars), alors que dans plusieurs pays la fin de la guerre froide
s’était traduite par une baisse des budgets militaires. Même la France,  jadis si jalouse de son indépendance, s’est dite prête à participer l’effort budgétaire pour financer in
fine l’industrie américaine de l’armement. L’Union Européenne a ainsi enterré définitivement toute possibilité d’avoir une défense autonome s’en remettant pour sa sécurité aux décisions
américaines.


            La réunion de Lisbonne comportait aussi un Sommet Russie-OTAN. Celui-ci  a permis
au président Medvedev, fidèle à la grande tradition diplomatique du Kremlin, de faire un retour spectaculaire dans le débat mondial sur la sécurité et de modérer le triomphalisme occidental tout
en se positionnant comme un partenaire incontournable.  Lors de la guerre déclenchée par la Géorgie en août 2008 (encouragée par Washington), la Russie avait réagi fortement et
marqué la « ligne rouge » que l’Occident ne pouvait pas franchir, infligeant une cuisante défaite à la Géorgie. L’OTAN a compris à ses dépens que l’on ne pouvait plus traiter le Russie
en partenaire mineur.  En réactivant son partenariat avec l’OTAN la Russie se met en position de force pour exiger des occidentaux qu’ils modèrent leurs ambitions mondialistes.
Le président Medvedev a clairement posé ses conditions : l’OTAN n’est pas le gendarme du monde, ses interventions doivent être validées par le Conseil de sécurité des Nations Unie (où la
Russie et la Chine ont un droit de veto). La Russie accepte de coopérer sur le projet de bouclier anti-missile, à conditions  qu’il ne permette que l’interception de missiles de
courte et moyenne portée et qu’il ne soit tourné  ni contre elle, naturellement,  ni contre aucun pays en particulier. Or les experts occidentaux ont
clairement défini l’Iran comme la principale cible du projet  et  pensent qu’il faut rester vigilant à l’égard de la Russie.  Moscou a
suspendu l’application des accords START (limitation des arsenaux nucléaires) et FCE (Forces conventionnelles en Europe) bloqués par le Congrès, en attendant que 
les  américains, qui posent toujours de nouvelles conditions, honorent leurs engagements. Et pour donner des preuves de ses bonnes dispositions,  la Russie
s’est dite prête à renforcer sa coopération avec l’OTAN sur l’Afghanistan  pour permettre le transit de certains types d’armes sur son territoire, notamment en vue du retrait
des troupes occidentales. L’OTAN ne maîtrise plus totalement la route Kabul-Karachi, seule voie possible pour le transit du matériel lourd.  Quelle humiliation pour l’Occident
de devoir compter sur le bon vouloir de la Russie pour mettre en œuvre un retrait sans gloire ni victoire, en évitant d’avoir à affronter des combattants afghans et
pakistanais redoutablement efficaces!


            L’OTAN, submergée dans la crise budgétaire et enfoncée dans le bourbier afghan, prétend encore
vouloir étendre son champ d’intervention dans le monde entier malgré ses échecs. Vis à vis de ses partenaires européens, l’emprise de Washington est renforcée :  ils
appuieront et financeront le déploiement sur le sol européen d’un bouclier anti-missiles qui restera entièrement sous contrôle am&eacut



Fd 23/11/2010 14:33



C'est un truc sérieux, je viens de le disséquer sur mon blog



edgar 23/11/2010 14:26



Kobaye : excellent, merci ! Après lecture je suis incapable de savoir si ce site est une parodie ou un truc sérieux !



Gérard Couvert 23/11/2010 13:44



Ce qui est amusant c'est que les états-unis aussi !



Kobaye 23/11/2010 13:15



J'ai trouvé un argument béton contre le fédéralisme européen : c'est que les nords coréens y sont favorables - cf http://juchefrance.org/2009/07/18/communisme-et-federalisme-europeen/



Gérard Couvert 22/11/2010 10:44



A ma connaissance Nicolas Dupont-Aignan est le seul à avoir dénoncé vivement cette forfaiture.



fd 22/11/2010 10:33



Hélas en France la résistance intellectuelle à l'OTAN est morte pendant la guerre de Yougoslavie. C'est un processus très ancien dans la gauche française. N'oublions pas qu'Alain Touraine
demandait l'envoi de brigades internationales en Roumanie en 1989, ce que BHL allait demander aussi pour la Bosnie. Chirac a resserré les liens avec l'OTAN en 1995 et seule la maladresse de Bush
a ralenti le processus.