La lettre volée

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Le bonneteau de Maître Eolas

Maître Eolas défend dans un billet l'idée que faire revoter les irlandais était une bonne idée, pas du tout anti-démocratique.

Sur le fond, il a raison : ce n'est pas anti-démocratique de faire revoter un peuple sur une même question.

En revanche, ce qui l'est moins, c'est de passer sous silence les arguments des ouistes irlandais en s'épanchant sur les mensonges nonistes. La campagne du Oui a donc compté des arguments comme "losers vote no" (financé par Ryanair), ou les menaces de Barroso assurant les irlandais qu'ils perdraient un commissaire européen en cas de vote non.

Mais peu importe. Le référendum irlandais engage les irlandais. S'ils avaient voté non, on aurait entendu qu'une petite île de culs-terreux n'allait pas entraver le char triomphal de 500 millions d'européens. En sens inverse, on ne va pas considérer que le référendum irlandais valide le fait que les français ont voté non et ont été abusés par Sarko qui, sous couvert de mini-traité leur a revendu le même texte. N'oublions pas que s'ils étaient consultés, les britanniques et vraisemblablement les allemands, voteraient non, comme nous. Les 500 millions d'européens réjouis du oui irlandais sont donc sans doute bien peu nombreux.

Mais là où Eolas s'embrouille les pinceaux, c'est en opposant souveraineté et démocratie.

Le coeur de son argument est ceci :

C’est là que je vais expliquer pourquoi invoquer simultanément la démocratie et la souveraineté est contradictoire. Cette confrontation est actuellement au cœur du débat européen. 

À ce jour, tous les pays européens sauf l’Irlande ont ratifié le Traité. Un pays de 6 millions d’habitants bloque un processus approuvé par un ensemble de 500 millions. On ne peut qualifier cette situation de démocratique : la démocratie n’est pas la dictature de la majorité, mais c’est encore moins celle de la minorité. Par contre, elle respecte la souveraineté des peuples : rien en se fait si tout le monde n’est pas d’accord. [...]. Imposer à un État une décision prise à la majorité, c’est démocratique, mais c’est contraire à sa souveraineté. Mais invoquer les deux simultanément est contradictoire. Ajoutons qu’une procédure de révision des traités est institué pour simplifier et alléger.

J'ai répondu en commentaire, et je le reprends ici, ce que je pense de cet argument de pompier pyromane :

Vous vous prenez les pieds dans le tapis Maître, en sortant de votre champ de compétences pour entrer sur le terrain politique (vous auriez d’ailleurs dû rattacher votre billet à la catégorie politique puisque vous dites vous-même vous placer sur ce terrain, non sur celui du droit.)

Vous opposez donc souveraineté et démocratie. Vous oubliez d’abord, c’est l’aspect bonneteau de votre démonstration, de définir vos termes. Vous opposez donc souveraineté des nations européennes actuelles à la démocratie hypothétique au sein des 27. Ceci vous permet de glisser avec élégance sur le fait que les structures de l’Union le sont bien peu, démocratiques (vous imputerez certainement cet état de fait aux vilains nonistes, peu importe).

Vous oubliez surtout de considérer une évidence : pas de démocratie sans souveraineté.
Il ne sert à rien de débattre démocratiquement si aucun espace de souveraineté ne permet ensuite de donner une réalité aux décisions prises.

Ce que vous souhaitez masquer, ou oublier, ce faisant, c’est un fait tout bête : ce que souhaitent les ouistes c’est une souveraineté européenne. Ce n’est pas jeter les souverainetés aux orties pour faire une fête de l’humanité, mais troquer une souveraineté jugée mesquine ou trop exigüe pour une souveraineté toute neuve et éclatante.

Là, comme par magie, les égoïsmes autrefois nationaux sont transcendés, et les politiques d’immigration que vous jugez - à fort juste titre - indignes dans un cadre national deviennent comme par miracle acceptables (oui, oui, Frontex et tout ça que vous ne voulez pas voir).

Bref. Vous pouvez bien opposer rhétoriquement souveraineté et démocratie ; si les européens emportent la partie, ils devront se faire à cette idée : en construisant un état européen, ils retrouveront au niveau européen tous les problèmes qu’ils entendaient auparavant transcender grâce à la magie européenne. Il y aura un égoïsme européen comme il y aura eu des égoïsmes nationaux. Egoïsme pour égoïsme, je pense que compte tenu de la minceur des contre-pouvoirs européens, les européens dans leur ensemble auront grandement perdu au change.

Par ailleurs, là où les ouistes trichent, c’est qu’à aucun moment la question d’un échange de souverainetés nationales contre une souveraineté européenne n’est posée : la politique des petits pas prévaut, et nous nous retrouverons avec un état européen souverain par des décisions subreptices de la CJE. Ce digne appendice finira bien un jour par trouver que le Traité de Lisbonne contient suffisamment d’éléments de définition d’un état souverain pour qu’un traité se trouve transsubstantié en constitution - on trouvera bien quelques juristes complaisants pour bénir cette opération.

Donc le referendum irlandais perdu est dommage, ce n'est qu'un épisode d'une histoire qui sera longue. Dans le Financial Times, il y a deux jours, Wolfgang Munchau prévoit une poussée anti-euro en Allemagne, dans dix ans (Within 10 years, I would expect people to start making the case that Germany would be better off outside the eurozone.) On n'en a pas fini de rejouer la querelle des ouistes et des nonistes, avec variations. Nous nous sommes fourvoyés à petits pas, nous n'en sortirons qu'à petits pas.







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À propos

Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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des pas perdus 07/10/2009 09:46


Excellente démonstration. c'est vrai que nous sommes perdants au change. Il suffit de regarder les attributions du parlement...