La pendaison de Saddam est un bon symptôme de la réduction du débat politique et international à un simulacre de procès opposant les bons (victimes) et les méchants (coupables).
Blair l'a jugée choquante, je le crains, moins par le fond de l'absurdité de cette décision (pourquoi pendre Saddam et pas n'importe lequel des dizaines de dictateurs qui parsèment la planète ?), que par la maladresse de sa mise en scène. Bizarrement, le film de la pendaison brouillait l'efficacité (devenue très relative) du conte pour enfants monté par la coalition : il était une fois un méchant dictateur... L'espace d'un film, c'est le méchant qui était digne et les gentils complètement allumés.
L'avant-pendaison m'a inspiré ce dialogue fictif...
Elle : (voix féminine suave, essayant de paraître enjouée) : Monsieur Saddam,
Lui : Mmmmmmm ?
Elle : Monsieur Saddam Hussein, chambre 303 ?
Lui : Oui
Elle : C'est pour une pendaison, debout !
Elle : Ben vous en faites une tête, faut pas...
Lui : Comment pouvez-vous dire ça ? Une sentence digne d'un chef d'Etat c'est d'être fusillé, pas pendu comme un voleur !
Elle : oui c'est vrai... C'est pas très noble une pendaison. Attendez ! On vous mettra un foulard !
Lui : merci ! ce sera réconfortant. Pour vous, surtout !
Elle : on fait ce qu'on peut !
Elle, réfléchissant : et en plus, il paraît que vous lâchez même du sperme... dégoutant non ?
Lui : vous voyez, c'est ignoble, quelle fin !
(pause) Elle : on peut s'arranger. Si vous voulez vous vider, je peux fermer la porte, on se rapproche, un petit calin...
Lui : pas envie. allez vous faire voir...
Elle, déçue : ah, on m'avait dit que vous êtiez méchant !
Lui : et vous ? vous comptez les morts chaque jour depuis votre arrivée ici ?
Elle : ah, mais c'est différent ! Ils sont morts pour la paix. Vous, vous n'êtes qu'un tyran !
Lui : un tyran ? Un dur, oui, vous pouvez le dire. Les guerres de conquête, du moyen-âge jusqu'à Guillaume II, ont toujours été acceptées comme des phénomènes quasi-naturels. Avec vos millions de morts, ne nous faites pas la leçon. Nous n'avons qu'un siècle de retard, nous ne sommes pas des bêtes.
Elle : oui, enfin quand même. Toutes ces armes de destruction massives.
Lui : ?
Elle : Ben oui, vous savez, un bretzel suffit à étrangler notre président, alors des fusils !
Lui : je comprends mieux... Vous vendez pour combien d'armes à l'arabie séoudite chaque année ?
Elle : ...
Lui, énervé : vous savez pourtant ce qu'est ce régime ? Lisez wikipedia : "
La constitution du pays se fonde sur le droit musulman. Aucune manifestation ou culte d'une autre religion n'est acceptée et ceux qui expriment à ce titre une opinion différente sont déclarés apostats et passibles de la peine de mort."
Elle : écoutez, vous êtes gentil, mais j'ai pas que ça à faire, il faut y aller...
Lui : une dernière cigarette ?
Elle : vous n'y songez pas ?!!! et le cancer du poumon ?
Lui : mffff
Elle : dites, ça vous embête si je fais une photo, j'ai mon téléphone ?