La lettre volée

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Jacques Vergès en serial plaideur

Hier soir au Théatre de la Madeleine, Jacques Vergés jouait, seul, une pièce écrite par lui. Au départ, ce devait être le procès de Georges Bush, mais faute de volontaires, Vergès s'est rabattu sur une sorte de testament moral, un résumé de sa carrière et de sa conception du métier d'avocat.

C'est passionnant du début à la fin. Il alterne souvenirs personnels et références littéraires avec brio et un à-propos remarquable. Son parallèle entre le théatre, la tragédie, le roman, et le procès est peut-être banal pour un littéraire mais raconté par un robin c'est beaucoup plus vivant. Et le lien qu'il établit entre sa stratégie de rupture et certaines oeuvres classiques est frappant (à mon avis sa défense de Barbie ne rentre pas cependant dans sa démonstration d'hier soir, il ne l'évoque d'ailleurs pas).

Sa thèse, fort juste, vise à montrer que la stratégie de rupture vient invoquer des valeurs contraires, voire supérieures, à celles du juge. Et que bien souvent, la vérité juridique qu'il combat se trouve invalidée peu après. Dans sa défense d'indépendantistes algériens, on voit parfaitement la logique. Dans celle de Barbie, je ne me souviens pas de Vergès ayant tenté autre chose que d'introduire la confusion sur le rôle de la Résistance. Cela devrait m'inciter à revenir sur ce procès.

Ce qui frappe donc finalement c'est le parti-pris humaniste de Vergès. Il ne nie pas la nécessité pour la société de se défendre, d'une certaine manière, mais appelle avant tout à se méfier des jugements hâtifs et des faciles condamnations. Au nom de valeurs que l'on ne peut appeler d'un autre nom que celles de l'humanisme.

Il évoque avec un peu de nostalgie le temps où la courtoisie prévalait entre confrères avocats de bords opposés, parsème son discours d'histoires vécues, tragiques ou drôles, et offre un plaidoyer convaincant sur la richesse du métier d'avocat. La présence de Roland Dumas parmi les spectateurs donnait par moments l'impression de vivre un petit morceau d'histoire de France.

La salle n'était pas pleine et c'est fort dommage car on passe un moment remarquable. Bref, allez-y.

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Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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Gérard Couvert 24/03/2009 18:31

Colons ? de qui parlez-vous, de deux cents privilégiés contre qui la lutte desclasse suffisait, de deux milles autres, un peu paternalistes que le vent du progrés aurait balayé en une génération de plus !La grande masse des pieds-noirs étaient comme la grande masse de la métropole, en un peu plus pauvre le plus souvent.La France n'a jamais pu avoir de colonie de peuplement, et les petits-colons du XIXeme. ont pratiquement tous disparus à l'orée du XXeme. au profit des prêteurs d'argent et des grandes exploitations.Pourquoi se limiter aux Alsaciens -l'une de mes tantes en était- les départements Algériens votaient SFIO et dans les armées de 1944 il y avaient, majoritairement (!) des pied-noirs pénétrés de leur devoir envers la Liberté.Laisser la main au F.I.S ! je préfère encore cette rognure de Bouteflika.

edgar 24/03/2009 17:40

Pas complètement faux. Mais la France n'avait pas fait des algériens des citoyens à part entière. Le livre de Christophe Nick (résurrection) rend sympathique le combat des pieds noirs à l'époque.pour avoir connu des pieds noirs d'origine alsacienne, qui avaient encore une volonté républicaine et progressiste, même en tant que "colons", je sais que ce conflit n'a pas opposé les bons aux gentils. et je suis assez d'accord sur les états de service peu glorieux du FLN - qui aurait du passer la main lors de la victoire du FIS aux législatives en 1992.

Gérard Couvert 24/03/2009 16:25

Face au F.L.N., c'est-à-dire ? La république Française et ses lois, sa société, perfectible sans doute, mais d'une justice sans commune mesure avec l'occupation Turque ou la dictature Islamo-marxiste des planqués de l'A.L.N.Face au F.L.N., c'est-à-dire ? L'armée française, avec quelques bavures et des emplois très circonvenus de collecte illégale de renseignements sur des combattants qui revendiquaient ce titre.La guerre est une chose terrible, qui fait faire à des hommes des choses terribles (relisez Alain), lorsque la guerre oppose des armées constituées c'est déjà complexe de distinguer le mal du pire, lorsque l'une des parties manie la terreur sur des civils, c'est quasiment impossible d'éviter les débordements de violence, jusqu'à l'inhumanité.La responsabilité de la nature du conflit revient à une poignée d'individus dont la suite à montré que leur valeur morale n'était pas très élevée ; y compris pour l'instituteur communiste.Je maintiens que la population algérienne n'a rien gagnée à cette guerre, même pas une nation.Désolé mais les porteurs de valises cela s'appelle des traitres, et pour avoir senti le souffle des bombes je sais ce que cela fait à un enfant !

edgar 24/03/2009 16:01

M. Couvert, je ne suis pas sûr qu'en face du FLN les valeurs aient été toujours elles aussi très humanistes.

Gérard Couvert 24/03/2009 15:24

Vergès humaniste !Quel cauchemar que ces constantes inversions de valeurs !Vergés est un dandy hédoniste préoccupé de l'homme nouveau (Tsombé dites-vous, et Pol pôt, et qui encore ..) à tout prix. Il promène sa haine du sensible depuis 60 ans dans tous les combats où il pourrait apparaitre défendre le juste mais ou il ne s'occupe que de détruire, par pur esthétisme amoral, ce qui s'oppose aux sois-disant justes.Domination coloniale, à la réunion ? vous vous trompez de siècle ; faut-il pour vous rappelez les réalités sonnantes et trébuchantes évoquer le référendum de dimanche prochain ?Quand au F.L.N. - des égorgeurs de femmes et d'enfants - beau résultat, belle indépendance ; sans aucun doute les habitants de l'Algérie, qui n'ont pas encore réussi à former un peuple, ont surement bien plus perdu que gagné.ntrait bien la cohérence entre les engagement : le FLN, la Palestine, PolPot. Venant d'un type fils d'une grande famille communiste réunionnaise qui avait mal vécu la domination coloniale, c'est très cohérent (sutout dans le contexte des années 60). Ca se prolonge

fd 13/01/2009 17:52

Disons que le narcissisme individuel est plus facile à récupérer par les institutions (ou par le système) que la discipline d'un parti. Mai sil a un potantiel d'innovation intéressant.Schroeder montrait bien la cohérence entre les engagement : le FLN, la Palestine, PolPot. Venant d'un type fils d'une grande famille communiste réunionnaise qui avait mal vécu la domination coloniale, c'est très cohérent (sutout dans le contexte des années 60). Ca se prolonge avec Milosevic et Saddam Hussein, ce qui est très cohérent aussi.Ce qui l'est moins, c'est la défense de Barbie (encore que, l'esprit de provocation peut conduire à ça, surtout chez les antisionistes, même s'ils ne sont pas antisémites ni pronazis), ça s'explique aussi quand on replace ça dans la bienpensance hypocrite de l'époque (SOS racisme and co). L'envie de foutre un coup de pied dans la fourmilière.La tache vraiment noire dans le parcours de Verges selon moi, c'est son lien avec Tchombé (dont il ne parle probablement pas dans son spéctacle). Tchombé l'adversaire (et peut être complice de l'assassinat) de Lumumba, c'est à dire d'une des figures de proue du tiers mondisme. Là ça ne colle plus du tout. Et ça, c'est peut-être une des faiblesse de l'individualisme dandy. Dans une discipline de parti tiersmondiste, Vergès n'aurait pas flirté avec Tchombé. But, on the other hand, il n'aurait pas non plus tenté tout ce qu'il a brillamment fait par ailleurs.

edgar 13/01/2009 17:12

Je n'ai rien contre le narcissisme et beaucoup contre la discipline, qu'elle vienne du Parti ou d'ailleurs !Il y a un degré de narcissisme qui est nécessaire, avant, s'il est excessif, de confiner au dérisoire ou au futile.Dans le cas de Vergès, on peut dire qu'il n'a pas explicité la cohérence de ses choix successifs, à défaut de se référer à une doctrine explicite, mais le spectacle est une bonne tentative. Car le film de Schroeder, même s'il était très bon et m'a donné envie de voir Vergès "en vrai", était un peu plat et factuel.A entendre Vergès hier soir, on avait l'impression que l'humanisme était son combat, point, et que les causes qu'il défendit sous cet angle furentun peu le fruit du hasard et des rencontres. Finalement, pourquoi pas ?

fd 13/01/2009 15:17

Le film de Schroeder sur Vergès est aussi très bien. Vergès est un dandy. Il mène un combat politique, mais hors des organisations collectives. L'exercice a de fortes potentialités ... et des limites (le narcissisme).

olyvier 13/01/2009 14:42

J ai egalement trouve ce spectacle interessant. J ai egalement deplore le conformisme du public parisien qui boude.J ai ete sensible a l histoire de la femme qui finit par se suicider parce qu on la mise trop a nue. Comment aurait elle combattu cette horreur apres, si elle avait resiste, je me le demande.