Comme beaucoup de lecteurs du Monde, j'ai un rapport parfois passionnel avec ce journal. La ligne générale, les compromis, les énormités au moment du référendum, un grand nombre de choses m'ont énervé dans les dernières années. Mais les articles d'Eric Le Boucher (ELB) décrochent régulièrement la palme de mon énervomètre intérieur.
Il y a ainsi trois semaines, le keynésianisme était enterré par ELB, mais la semaine suivante référence respectueuse était faite à Lord Keynes, pour les besoins de la démonstration du jour - la cohérence n'est pas le fort de l'homme.
Aujourd'hui, sur la dernière page du Monde - daté des 2 et 3 octobre -, ELB suggère de remplacer Villepin, Schröder et Berlusconi, par Gordon Brown, ministre des finances britannique. Chute de l'article : "le seul problème avec l'écossais Brown est qu'il ne sourit jamais. Ce n'est pas un marrant. Bon. Mais ça nous changera de nos comiques". En matière de guignol, ELB peut s'aligner, je crois qu'il ne déparera pas.
Ce n'est pas son libéralisme qui est en cause, Philippe Simonnot, autre journaliste du Monde, est tout aussi libéral. Mais il ne provoque jamais chez moi la même interrogation sur la raison qui pousse un quotidien sérieux à publier ces pochades. Les articles de Simonnot ont de la tenue et du contenu ; ceux d'ELB ne font que surfer sur la vague, suivre l'air du temps, avec des généralisations hâtives assénées comme des vérités.
A croire que le grand chic au Monde est, non pas de faire un travail de journaliste, mais de décrocher le droit de faire la morale aux lecteurs, sur l'impératif européen "inéluctable" (nouvelle chronique Europe de Ferenczi), sur le fait que cette ligne européenne doit être celle de Blair (Eric Le Boucher), ou une synthèse de ces deux points (sa majesté Colombani en personne).
Si, comme moi, vous ne supportez plus, non pas la pensée libérale, qui allie parfois rigueur et cohérence, mais sa version débraillée, moralisatrice et, pour finir, beaufisante, ajoutez un commentaire à ce message. Je me ferai un plaisir de livrer l'ensemble à qui de droit.