La lettre volée

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Gouvernés par des eurocrates

La semaine dernière, après avoir appris la nomination probable de Jacques Toubon par Hollande, j'ai voulu faire un billet annonçant que Hollande lâchait l'Elysée pour remplacer Barroso.

Comment exploquer autrement un tel dédain de ses électeurs, de gauche, au bénéfice de la classe européenne ?

Ne pas tenir compte de la vox populi, pour se soucier de l'aristocratie est le mode de fonctionnement européen typique. Même si l'aristocratie européenne est généreuse - elle accueille quelques syndicalistes recyclés, d'ex-contestataires en manque de vocation mondiale, des gauchistes comme Tsipras qui appellent à élire Juncker - elle n'a qu'une ambition, c'est de se couper de la volonté des électorats européens. 

De fait, je ne suis pas passé très loin puisqu'on apprend que c'est Jean-Marc Ayrault qui briguerait le poste de Barroso. 

On comprend mieux le très grand dédain de nos gouvernants si l'on accepte que leur horizon de carrière est à Bruxelles.

L'élection à un mandat national ne semble plus qu'un marchepied pour l'Europe. On peut se faire élire en garantissant une renégociation des traités, comme Hollande, pour espérer percer dans le marais bruxellois, il est urgent d'oublier cet engagement une fois élu.

L'assentiment de l'électorat français, dès qu'il est acquis, est aussitôt converti en capital européen, qu'il convient de ne pas gaspiller en tenant des promesses irréfléchies.

On lira avec intérêt un article de Christian Salmon sur le président français, insouverain obligé, confiné à de la figuration :

"L’homme réputé le plus puissant de la nation est un homme qui doit négocier ses marges de manœuvre avec la commission de Bruxelles ou la chancellerie à Berlin. Le monarque républicain est un homme fragile, malmené par les médias, humilié par les sondages d’opinion, dont la politique ou la moindre déclaration est soumise à la surveillance des marchés et des agences de notation. C’est un souverain sans monnaie ni frontières. Un souverain sans souveraineté."

 

Il est vain d'attendre d'un président français post-Maastricht ce que l'on attendait d'un président auparavant : démuni de tout levier d'action, il peut soit mimer le pouvoir perdu (ça donne les caprices tyranniques à la Sarkozy), soit accepter son effacement avec philosophie et à coup de petite blague - "gouverner c'est pleuvoir" rappelle Salmon citant Hollande.

 

Pas sûr que l'électorat français accepte longtemps cette dépossession par des eurocrates qui ne sont même plus à Bruxelles, mais sont aujourd'hui logés à Matignon et à l'Elysée.

 

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À propos

Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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Sancelrien 25/06/2014 18:23


A mon avis, il est temps de se demander si François Hollande jouit bien de toutes ses facultés ( ce qui ne veut pas dire qu'il soit fou ou idiot ).


 

Julian 22/06/2014 23:05


L'explosion prochaine (imminente ?) de la bulle boursière US sonnera l'heure de vérité.


Il y aura de gros dégats, c'est certain.


Et si, finalement, ce n'était pas le début de la fin du cauchemar ?