La lettre volée

Notes et idées : Politique, Bandes dessinées, Polars, Media, Actualité, Europe...

Ukraine : c'était (très probablement) pas du cinéma

Un commentaire récent :

J'aime bien "la lettre volée" que je lis régulièrement. J'ose espérer que vous avez été vous-même abusé et qu'il n'y a donc aucune volonté de désinformer dans ce billet. Vous publiez une photo d'un espace public pavoisé avec des drapeaux nazis en précisant qu'il ne s'agit pas d'un tournage de film. Précisément, c'est un tournage. Les tournages, c'est mon métier depuis plus de trente ans et en agrandissant légèrement la photo, on peut y voir un technicien, debout, jambes croisée, appuyé à un pied de projecteur qui supporte un grand cadre caractéristique des tournages en extérieur. Il ne peut pas y avoir le moindre doute à ce sujet. Merci de vérifier vos sources.

C'est à propos de ce billet sur l'Ukraine, où l'on voyait cette photo :

 

salut.jpg

 

J'avais trouvé des informations à propos de commémorations nazies à Lviv sur deux sites, à l'époque. L'un d'extrême droite américain, qui s'est transformé depuis en "gentille" boutique vendant des reliques de la deuxième guerre mondiale, l'autre russe.

Une recherche nouvelle me fait tomber sur le billet de Louis Monnier, enseignant retraité, sur le blog du nouvel Obs.

Le titre : "J'ai vu l'autre Ukraine, celle qui célèbre les SS et crimes nazis."

Je laisse le lecteur curieux découvrir l'intégralité du billet.

Un extrait est plus particulièrement pertinent pour l'affaire de la photo ci-dessus. Il s'agit de l'enterrement des restes de deux soldats ukraino-nazis :

"Les dépouilles sont escortées par des figurants revêtus des uniformes allemands correspondant à ceux que portaient les divisionnistes et, après la bénédiction des cercueils, une salve d’honneur est tirée par deux soldats en uniformes allemands ornés du sigle SS sur leur col.

 lm.jpg

Au cimetière de Tchervone (Crédit : Louis Monnier)

 

Impression bizarre, émotion mais uniquement personnelle, tout parait très normal aux présents ! Mais le clou du spectacle est à venir : la reconstitution jouée par une troupe de cascadeurs (russes parait-il, ce qui est un comble pour des nationalistes ukrainiens !) de la bataille elle-même.

Il faut rappeler qu’elle a duré trois jours et mis aux prises 15.000 divisionnistes SS (dont la moitié est restée sur le champ de bataille) et le double de troupes soviétiques. La foule apprécie cette agréable réjouissance, avec musique et commentaires diffusés par haut-parleurs, jeux pour les enfants, buvette, vente de souvenirs…"

Ce que je crois donc c'est que ces réjouissances mémorielles sont filmées pour diffusion immédiate et/ou peut-être enregistrées comme souvenirs.

Merci en tout cas à Vincent pour ce commentaire : il est toujours bon de creuser.

*

Pour continuer sur l'Ukraine, un qui n'a pas besoin de reconstitution pour faire un salut qui sent pas bon c'est Oleg Tyahnybok, qui ne rebute pas pour autant la délicieuse Madame Ashton.

 

ashton-svoboda.jpg

Ca n'a pas l'air de plaire à Olivier Berruyer, sur le blog Les Crises, qui lance une série d'articles sur l'Ukraine pour laquelle il cherche d'ailleurs de l'aide.

*

Par ailleurs et enfin, on se demande bien qui, à part les USA, peut avoir poussé l'UE à faire miroiter l'adhésion à l'Ukraine. Tout le monde, dans les cercles europhiles avancés, s'accorde à dire que l'élargissement européen s'est fait trop vite et que, par exemple, l'intégration de la Turquie est impossible car cela déséquilibrerait notre communauté si équilibrée en effet. Pourquoi donc avoir considéré qu'il était criminel de la part de Ianoukovitch de rompre les discussions avec l'UE ? Je serais partisan de l'Europe-c'est-la-paix je me poserais des questions...

 

Retour à l'accueil

Partager cet article

Repost 0

À propos

Edgar

blogueur parisien depuis 2005

Commenter cet article

nationalistejacobin 10/04/2014 18:03


@ odp,


 


Je suis devenu un opposant déclaré à la construction européenne (et non seulement à "la forme qu'elle a prise depuis deux décennies") lorsque je me suis aperçu que les promesses de l'UE n'étaient
aucunement tenues. De plus, j'ai longtemps cru que le projet était celui d'une "Europe des nations", je ne savais pas grand-chose à l'époque de Jean Monnet, de la mouvance fédéraliste et du
projet supranational qui sous-tend l'action des zélotes européistes depuis le commencement (c'est-à-dire 1957). Lorsqu'il est devenu clair pour moi que la construction européenne se faisait non
pas pour mais contre les nations, et que la France ne gagnerait ni en puissance, ni en rayonnement, j'ai cessé définitivement d'adhérer à ce projet.


 


Ce n'est ni l'UMP, ni la CGT qui sont responsables de l'échec de la construction européenne. Il n'y a pas de CGT ni d'UMP en Italie, en Grèce ou au Portugal. Et pourtant... Si autant de pays sont
dans la merde, c'est peut-être que la construction européenne a un vice de conception, non?


 


"Ce n'est pas l'euro fort qui entre 2002 et 2012 a fait exploser notre déficit commercial avec l'Allemagne"


Justement si. Et cela vient du fait précisément que l'euro a été bien plus conçu pour l'économie allemande que pour l'économie française. Cela n'exclut pas d'autres raisons, mais l'euro est un
problème pour notre économie depuis le départ. Comment se fait-il par exemple que la CGT ou le RPR n'aient pas été un obstacle à nos excédents commerciaux avant l'euro? Les mêmes causes devraient
produire les mêmes effets...


 


"c'est l'absence totale de politique économique et industrielle"


Admettons. Il est vrai qu'il y a eu tout un discours sur "l'économie post-industrielle" et la nécessité de privilégier les services (tertiaire) sur l'industriel (secondaire). Avant qu'on
s'aperçoive que les entreprises de services n'ont d'intérêt que s'il y a des entreprises pour acheter lesdits services, et donc en dernier ressort des entreprises qui produisent quelque chose.


 


Mais je ne comprends pas bien ce que vous appelez "se donner les moyens d'y concourrir décemment": parlez-vous de déréguler à tout crin, d' "assouplir" le droit du travail, bref de priver les
travailleurs français des droits (et non pas des privilèges comme on l'entend souvent) chèrement acquis après des décennies de lutte? Dieu sait que je ne suis pas un ami de la CGT, mais je ne lui
jette pas systématiquement la pierre. Dans la société évoluée et riche qui est la nôtre, je suis très étonné du nombre de gens qui pensent que revenir à une forme de précarité est un progrès...
Qu'on lutte contre les parasites qui abusent du modèle social français, soit. Qu'on détruise purement et simplement ce modèle, non.


 


Quant au Venezuela, allons, cher odp, vous savez très bien que ça n'a rien à voir. C'est un pays latino-américain dépendant de la rente pétrolière, doté d'un Etat faible, avec un fonctionnement
politique et social aux antipodes du nôtre, où la violence est un mode d'expression politique habituel. Mais Mélenchon, pour ne pas le nommer, ne serait pas contre un tel désordre, lui qui rêve
tant d'en découdre avec ses "ennemis".

odp 10/04/2014 11:17


@ NJ 


 


Je suis, sur le fond, d'accord avec presque tout ce que vous dites et avait en réalité méjugé de vos positions puisque je croyais, influencé par la radicalité de de votre pseudonyme, que vous
étiez un opposant de principe à la construction européenne plutôt qu'un adversaire déterminé de la forme qu'elle a prise depuis deux décennies. Dont acte.   


 


Sur un aspect plus mineur, à savoir les remarques désobligeantes que j'ai formulées à l'encontre de l'UMP et de la CGT, vous avez également raison tout ça est un peu excessif. Néanmoins, c'est
loin d'être complètement faux. Bien sûr il y cet euro for-re (et les peuplades sans musique comme dirait Brel) mais ce n'est pas l'euro fort qui entre 2002 et 2012 a fait exploser notre deficit
commercial avec l'Allemagne: c'est l'absence totale de politique économique et industrielle de notre pays durant cette période ainsi que les combats d'arrière garde menés par la CGT et autres
PCF/PG. Il me semble que ni la CGT ni l'UMP n'étaient ni ne sont pour la sortie de la zone euro. A partir de ce moment, il faut en accepter les règles et laisser l'économie française dériver
comme elle l'a fait vis à vis de l'Allemagne est tout simplement criminel. On en paye les fruits maintenant.


 


Il n'y a pour moi que deux positions possibles. Soit l'on accepte l'économie libérale (ce qui est me semble-t-il le cas de l'UMP) et l'on se donne les moyens d'y concourrir décemment (ce qui n'a
pas été fait); soit on les refuse (comme la CGT) mais il faut dans ce cas accepter de mener la seule politique compatible avec cet objectif; à savoir la sortie de l'euro (ce que n'a pas fait la
CGT)... avec, comme ligne d'horizon, le Vénézuela et ses émeutes du PQ.


 


Je maintiens donc que la droite et la gauche de la gauche française ont été les fossoyeurs de l'économie de notre pays au cours des 15 dernières années.  

nationalistejacobin 09/04/2014 20:33


@ edgar,


 


Tout à fait d'accord. Le contentieux de l'Alsace-Lorraine rendait une réconciliation (et a fortiori une alliance) franco-allemande quasiment impossible. Et la politique étrangère de la France à
l'égard de la Russie a toujours eu pour objectif de donner à notre pays les moyens de récupérer les provinces perdues.

edgar 09/04/2014 19:34


Nj & ODP : c'est évident mais ça mérite d'être rappelé : en 1914, Russie ou pas, la France souhaitait récupérer l'Alsace-Lorraine, et donc l'affrontement avec l'Allemagne était une tentation
permanente.


Pour ce qui est des remarques discourtoises, odp a beaucoup pêché récemment, il peut en encaisser une ou deux. odp : pour les obsessions un peu trop apparentes, je ne vois pas, non...


 


 

nationalistejacobin 09/04/2014 19:25


@ odp,


 


Je ne pense pas qu'on ait "perdu un million d'hommes pour l'honneur du Tsar". D'ailleurs, le Tsar a perdu bien plus, quand on y pense: le pouvoir, la vie et celle de sa famille. Considérons la
France et le Tsar en 1919: la première est exsangue, mais victorieuse et en passe de se créer un cordon de pays alliés en Europe de l'est (Pologne, Roumanie, Yougoslavie), pays qu'elle aide
parfois à se constituer (je pense à l'appui donné à la Pologne). Des milliers de soldats français sont alors déployés dans les Balkans et en Europe de l'est. Certes, la France a perdu ses
emprunts russes. Le Tsar, lui, est mort, son armée dissoute ou en déroute, son pays en pleine révolution et déchiré par la guerre civile. Juste une question: à qui a profité au final l'alliance
franco-russe? Au Tsar ou à la République?


 


Par ailleurs, je crois que vous vous trompé en ne voyant pas qu'abattre la puissance allemande était de l'intérêt de la France. Il est toujours préférable de neutraliser un voisin dont la
puissance militaire et navale surclasse la vôtre. Le Royaume-Uni était d'ailleurs dans la même position. On a tendance à ne lire l'entre-deux-guerres qu'à l'aune du désastre de juin 40. On oublie
aujourd'hui combien le prestige et la puissance de la France étaient grands dans les années 20: vainqueur de l'ennemi allemand, ayant retrouvé sa pleine intégrité territoriale, à la tête du
deuxième empire colonial du monde, protectrice des nouveaux pays d'Europe centrale et balkanique. Non, ce million de soldats français n'est pas mort en vain ou pour les beaux yeux du tsar, mais
bien pour abattre la puissance germanique qui reléguait la France à un rang médiocre.


 


"Il n'est de souveraineté que de puissance": tout à fait d'accord. En 1914, la France est relativement puissante (grâce aux gros efforts de redressement national effectués par la III°
République). En 1920, elle l'est plus encore, elle est redevenue la première puissance continentale. On ne peut pas en dire autant de la Russie, qui ne retrouve son rang (et l'améliore) qu'en
1945... après les terribles saignées de la "Grande Guerre Patriotique". Tiens, tiens... Etrangement le sacrifice des Français à Verdun et celui des Russes à Stalingrad ont produit les mêmes
effets: donner (ou redonner) une place prépondérante au pays en question. Alors un sacrifice inutile? Certainement pas. Trop lourd? C'est possible. Mais la France et la Russie existent toujours.
Les morts de Verdun et de Stalingrad y sont sans doute pour quelque chose...


 


L'OTAN nous a protégé dans une certaine mesure jusqu'en 1990. Depuis... A titre personnel, du temps (pas si lointain) où je n'étais pas hostile à la construction européenne, je souhaitais une
alliance militaire européenne indépendante. Mais cela ne se fera pas, l'atlantisme est trop puissant. Ni en Afghanistan, ni en Irak, l'OTAN ne nous a protégés. En s'étendant en Europe de l'est
(malgré des engagements pris), l'OTAN nous a brouillés avec la Russie. Or la Russie est un pays qu'il faut selon moi ménager, non pas parce que c'est un "ami naturel et désintéressé", mais tout
simplement parce que c'est un pays dangereux.


 


"franchement insultantes"


Je plaide coupable. Je reconnais avoir bafoué les règles élémentaires de courtoisie. Je vous prie d'accepter mes excuses. 


 


"l'Allemagne n'a pas attendu l'UE pour dominer l'Europe"


Tout à fait d'accord. Et le devoir de la France est de contrer cette hégémonie, de faire contrepoids à la puissance germanique. Pas de se mettre à la remorque pour devenir une Allemagne bis ou
"le meilleur ami qui dit amen" pour ne pas fâcher Berlin. La politique européenne de la France (du moins de Mitterrand au moment de la réunification) consistait à mon avis à arrimer l'Allemagne à
la France, et non le contraire, afin d'empêcher la première de retrouver le chemin de ses ambitions hégémoniques. Le plan était cohérent mais c'est un échec. Il faut donc changer de stratégie.
L'Allemagne a capté à son profit exclusif la construction européenne. Dont acte.


 


"l'incurie de la droite française", "les trahisons de la CGT et de FO", tout cela ce sont des mots creux, et vous le savez. Le problème est structurel: l'Allemagne dispose d'un outil d production
industrielle plus performant que le nôtre depuis la fin du XIX° siècle. L'Allemagne se positionne sur les créneaux du haut-de-gamme industriel. La France est sur le créneau de la moyenne gamme,
comme les Etats-Unis et l'Italie. L'Allemagne a toujours pu se payer le luxe d'un mark fort: sa réputation industrielle la protège des concurrents. Il en va autrement pour la France et l'Italie,
qui sont à la peine avec une monnaie surévaluée. Le problème ce ne sont pas ces salauds de syndicalistes ou ces fumiers de droite, le problème c'est une monnaie pour dix-huit pays avec des
économies très hétérogènes. Parce que vendre de la feta, de l'huile d'olive et des raisins secs comme la Grèce, ce n'est pas pareil que vendre des BMW, des Mercedes, des machines-outils et des
produits chimiques comme l'Allemagne...

odp 09/04/2014 14:55


@ NJ


 


Je réalise que je n'ai pas répondu à votre remarque sur la domination allemande.


 


Il me semble, mais arrêtez-moi si je me trompe, que l'Allemagne n'a pas attendu l'UE pour dominer l'Europe. Il me semble même que sa domination, y compris hors périodes de guerre, était, comment
dire, un peu plus pesante avant l'existence de l'UE qu'après. Il me semble même que tout le but de la politique Européenne de la France était d'arrimer de force la France à l'Allemagne (par le
Franc fort puis l'Euro) de peur que notre pays ne rejoigne voire dépasse ses soeurs latines (Italie, Espagne) dans l'arriération économique et industrielle.


 


Malheureusement, ces efforts se sont avérés vains et nous avons, à cause de l'incurie de la droite française et des trahisons à répétition de la CGT et autres FO, dilapidé les efforts de
competitivité réalisés dans les années 90 pour nous retrouver au niveau et sous certains aspects même derrière l'Italie. Avec ce type de trajectoire au sein de la zone euro ou du SME, il paraît
assez clair qu'en dehors, notre horizon c'était le Vénézuela où les gens se battent pour un rouleau de PQ... Ca fait rêver. 

odp 09/04/2014 13:13


Bonjour NJ - à vrai dire, ce petit commentaire était plutôt une invitation à lire le journal de Bainville - même si, à la fin, c'est un peu répétitif et ses obsessions un peu trop apparentes...
mais pour cela, ce n'est clairement pas le seul... suivez mon regard.


 


Quant au persiflage auquel je n'ai pas résisté, il est, bien sûr, un peu excessif, mais il reprend un des thèmes de Bainville (qui l'analyse lui sous angle anti-démocratique des tribulations du
10 millionème de souverain que l'on envoie se faire étriper dans les tranchées) et ne manque malgré tout pas d'interroger.


 


En effet, ces rêves d'une souveraineté où l'ont perd plus d'un million d'hommes pour l'honneur du Tsar, où l'on implore les Anglais puis les Etats-Unis d'intervenir à notre secours - ce que l'on
paiera bien évidemment à la Conférence de Paris puis à la SDN, où l'on subit ensuite le pacifisme de notre principal allié en Europe (comme si le nôtre ne suffisait pas), pour enfin sombrer pour
la Pologne, cela me paraît, comment dire, étrange. Pour reprendre la métaphore connue, cela ressemble fort à la souveraineté de la poule souveraine face au renard souverain...


 


Il n'est de souveraineté que de puissance. Dans ou en dehors de l'UE, cela n'a à vrai dire rien à voir.


 


Quant à l'OTAN, c'est une alliance qui, nous seulement nous a protégé de la guerre depuis bientôt 70 ans, mais en plus nous a raporté bien plus qu'elle nous a coûté (cf. Plan Marshall, nucléaire
civil et militaire...). On est bien en mal de trouver de tels avantages à l'alliance franco-russe ou à la Petite Entente qui non seulement nous ont précipité dans la guerre dans les 25 ans qui
ont suivi leur conclusion mais qui plus est nous ont ruinées. 


 


Enfin, pour ce qui est de vos remarques sur les éventuels regrets que j'aurai à avoir vu les allemands quitter si rapidement notre territoire en 1918 ou 1944, elles me paraissent infondées et
franchement insultantes. Comme je commence à vous connaître, je ne m'en formaliserai pas, mais sachez que non seulement je suis ravi de voir notre beau pays libre d'occupation étrangère mais que
par ailleurs j'aurai préféré qu'elles n'aient pas eu lieu.     

nationalistejacobin 08/04/2014 19:00


@ odp,


 


Vous confondez allègrement souveraineté et mépris de la réalité géopolitique... Que la France ait été contrainte, après 1815 et plus encore après 1870, à des alliances de circonstances, y compris
des alliances contre-nature (avec l'absolutisme tsariste comme avec le rival colonial anglais), c'est une évidence que personne ne nie. C'est de la Realpolitik, rien de plus. Mais la France ne
s'est rien laissé imposer: elle a fait des choix, en connaissance de cause. Les diplomates français savaient parfaitement ce qu'étaient la Russie, ses intérêts, ses ambitions géopolitiques. Les
Russes n'ont jamais fait de mystère d'ailleurs. Quand un Etat fait des choix, il les assume. L'alliance russe avait pour objectif de faire peur à l'Allemagne et de pouvoir lui résister en cas de
besoin. Et ce fut réussi. 


 


Nous faire croire que la France aurait pris ses ordres de St Pétersbourg, non. La France a dû épouser pour une part les intérêts de la Russie dans les Balkans... mais dans la mesure où les
intérêts russes contrecarraient l'influence germano-autrichienne, cela rejoignait parfaitement les intérêts français du moment. Vous oubliez aussi un peu vite que la Russie dépendait beaucoup de
l'argent français, et celui qui paie a toujours son mot à dire. France et Russie se retrouvaient dans une situation d'interdépendances, dont les deux tiraient profit.


 


Par ailleurs, la Triple-Entente n'a jamais imposé un franc fort, la fin du protectionnisme ou des réformes dans la politique sociale, ça fait une sacrée différence. Là où la France a
véritablement abdiqué, c'est lorsqu'elle a suivi la Grande-Bretagne dans son inaction lors de la remilitarisation de la Rhénanie par Hitler.


 


Nous avons compris, cher odp, que vous rêvez d'une France arrimée à l'Allemagne, que pour vous, l'alliance russe c'est bien pire que la suzeraineté germanique, l'euro fort et la destruction de
notre économie par notre cher voisin d'outre-Rhin. On en viendrait presque à vous poser la question: n'aurait-il pas fallu perdre la guerre dès la fin 1914? Et pourquoi diable avoir chassé les
Allemands en 44, eux qui nous offraient du boulot dans leurs usines et des débouchés garantis pour notre agriculture et notre tourisme? 


 


Quand on sait ce qu'était la France en 1914 (en tant que puissance économique, militaire et culturelle) et qu'on vient dire que "l'UE, en termes de perte de souveraineté, c'est une blague", on se
demande si les mots ont encore un sens. D'ailleurs, à côté de l'OTAN (car il faut comparer une alliance militaire à une autre), la Triple Entente, "en termes de perte de souveraineté", pour le
coup, c'était de la blague... 

odp 08/04/2014 12:05


@ Edgar, NJ


 


Je suis en train de lire le journal de guerre de Bainville qui vient d'être republié. C'est assez passionnant.


 


Sur les sujets qui nous occupent (c'est un bien grand mot, je sais), ce germanophobe acharné (comme son maître Maurras), tout en pointant le rôle structurant du Pangermanisme (que nul ne saurait
nier), indique que pour la France, l'alliance russe, c'était la guerre assurée; non plus pour le roi de Prusse mais pour le Tsar de Saint-Pétersbourg. Tout cela me paraît frappé au coin du bon
sens.


 


Il y a également quelques pages bien sentie sur la "souveraineté" française à cette époque. Belle souveraineté en effet que celle qui nous fit faire la guerre pour l'honneur des russes dans la
péninsule balkanique. Mais il est vrai que 25 ans après, cette même souveraineté nous faisait "faire la guerre" (c'est un peu hyperbolique pour définir la drôle de guerre, je le reconnais, mais,
formellement, c'était la guerre) pour la Petite Entente. A côté de la Triple Entente ou de la Petite Entente, l'UE, en termes de perte de souveraineté, c'est une blague.


 


Depuis que la France n'est plus la puissance dominante en Europe (c'est à dire depuis 1815), elle est des alliés et par conséquent une souveraineté qui n'est que formelle. L'Allemagne en
revanche, qui est la puissance dominante depuis 1870, a des vassaux et est donc souveraine quel que soit le cadre dans lequel s'exprime cette souveraineté: alliances ou UE.  

nationalistejacobin 19/03/2014 16:42


@ fd,


 


Je me borne à constater que cette thèse n'est plus admise par tous. Odp a cité un ouvrage, écrit par un Australien je crois, qui pointe les responsabilités de la Russie et tend à dédouaner
l'Allemagne. Je n'ai pas lu l'ouvrage en question, mais si j'en crois odp, la thèse défendue est solidement étayée. En histoire, aucun dossier n'est jamais définitivement classé. 


 


Pour ma part, je dirai ceci:


1) L'Autriche-Hongrie a "profité" de l'assassinat de François-Ferdinand pour adresser un ultimatum, inacceptable pour un pays souverain, à la Serbie. Vienne a reçu le soutien inconditionnel de
Berlin à cette occasion. Il est clair que l'Autriche voulait écraser la Serbie, et que l'Empire allemand l'a plutôt encouragé. Or l'implication du gouvernement serbe dans l'attentat de Sarajevo
est loin d'être établie. Ceux qui accusent la Serbie vont un peu vite en besogne. Ce n'est pas parce qu'il y avait des extrémistes serbes, éventuellement soutenus par certains cercles militaires
de Belgrade, que l'ensemble de la classe dirigeante serbe est coupable. 


2) La mobilisation partielle s'opère d'abord en Serbie et en Autriche, pas en Russie. odp pense que la Russie aurait dû laisser tomber la Serbie, mais je crois que ce n'était pas si simple: une
grande puissance ne peut pas si facilement abandonné un allié, sous peine de perdre beaucoup de prestige. Et la Russie en avait déjà perdu face au Japon. La Russie jouait aussi sa crédibilité
internationale. De la même façon, Poutine peut difficilement abandonner les Criméens (même si je n'approuve pas l'annexion de cette région). 


3) Le fait est que les tentatives de médiation allemande et anglaise ont échoué. C'est un "bon point" pour l'Allemagne si je puis dire.


4) Il n'empêche que c'est l'Autriche-Hongrie, soutenue par l'Allemagne, qui déclare la guerre à la Serbie. Et la Russie ne mobilise que le lendemain. Contrairement à ce qu'odp affirme, ce n'est
pas la mobilisation russe qui déclenche la guerre, mais bien l'intransigeance de Vienne.


5) Autre "bon point" pour l'Allemagne: Bethmann Hollweg essaie de négocier pour empêcher l'escalade, mais il apparaît à ce moment que, suite à la mobilisation russe, l'état-major allemand a
clairement fait le choix de la guerre, en adressant deux ultimatums, un à la France, un à la Russie. Là encore, notre ami odp s'imagine que, quand on signe une alliance, on peut ensuite décider
de ne pas l'honorer. La France aurait-elle pu laisser tomber la Russie sous le prétexte que ces salauds de Russes avaient mobilisé pour défendre ces enfoirés de Serbes? Bien sûr que non.


 


6) En choisissant de violer la neutralité belge, l'état-major allemand ne pouvait pas ignorer que la Grande-Bretagne réagirait. Les Anglais n'ont jamais voulu des Français à Anvers, ce n'était
certainement pas pour y tolérer les Allemands devenus la nouvelle puissance dominante du continent.


 


Au vu de ces faits, il me paraît très discutable de faire porter à la Russie l'essentiel de la responsabilité. Les empires centraux portent à mes yeux une responsabilité plus grande du fait de
l'intransigeance autrichienne et de la "solidarité germanique" inconditionnelle accordée à Vienne par Berlin. L'Allemagne n'a pas déclenché le conflit, mais elle a poussé à sa radicalisation, et
elle a probablement envisagé la première une guerre généralisée, qu'elle n'a pas vraiment cherché à empêcher. L'état-major allemand avait fait ses plans et était prêt. Je pense également que
notre vision moderne des choses est obscurci par la disparition de l'Autriche-Hongrie, un état dont les intérêts et le poids politique sont aujourd'hui méconnus, alors que l'Allemagne et la
Russie existent toujours avec une stature internationale.