La lettre volée

Notes et idées : Politique, Bandes dessinées, Polars, Media, Actualité, Europe...

Sortir de la tour avant qu'elle ne s'effondre

Difficile de choisir un sujet européen en ce moment tant ils se bousculent.

 

Tout donne l'impression de s'effondrer et on ne voit pas comment accorder plus d'importance à tel ou tel élément.

 

Les taux grecs à un an  atteignent presque 100%, ce qui est intenable. Le graphique ci-dessous est spectaculaire.

 

 

gr1.jpg

 

 Les allemands refusent tout système de mutualisation des dettes européennes - ils ont raison. Cela ne ferait que renforcer l'ampleur de l'explosion future : personne n'est capable d'assumer ce que signifierait la création d'un état européen capable de gérer un budget fédéral européen de taille suffisante pour faire compenser, par les pays à faible inflation, l'implacable handicap de compétitivité qu'accumulent les pays à forte inflation, du fait du carcan qu'est l'euro.

 

Merkel a donc réaffirmé il y a deux jours qu'il n'y aurait pas d'euro-obligations.

 

La situation est grave au point que  Trichet a laissé entendre que la BCE pourrait prochainement baisser ses taux d'intérêts.

 

Pas de regret pour les pro européens. L'Union européenne ne sert à rien.

 

 Pendant que l'euro s'effondre, la Commission s'occupe :

 

- de rallonger la durée des droits d'auteur sur la musique, en passant de 50 à 70 années ;

 

- de couler l'Agence France Presse ;

 

- via la Cour de Justice Européenne, d'autoriser l'importation d'OGM ;

 

- d'attribuer 3 millions d'euros à des recherches pour alimenter les européens avec des insectes ;

 

- cherche à obtenir la maîtrise complète des politiques d'immigration ;

 

- réglemente la consommation électriques des machines à café...

 

L'euro est-il mort ? Probablement va-t-il agonir agoniser (merci au correcteur automatique) encore quelque temps. Une sortie de la Grèce  permettrait de relâcher la pression, mais les problèmes structurels de l'euro reprendraient rapidement.

 

La fin de l'euro affole d'ailleurs de moins en moins. Le Monde et le Spiegel ont publié des  articles de Joachim Voth, directeur d'une revue européenne d'histoire économique : " Après l'abandon de l'euro, les Européens se poseront les mêmes questions. Pourquoi avoir perdu plus d'une décennie avec des politiques de taux d'intérêt trop élevés pour certains, trop bas pour d'autres, provoquant d'incessants mouvements de croissance et de récession ainsi qu'un endettement intenable et, au bout du compte, des effondrements bancaires ? Pourquoi avoir digéré tous ces programmes d'austérité et tous ces plans de sauvetage avec, en définitive, si peu à gagner  ? Présenté aux électeurs comme une politique dépourvue d'alternative, l'euro est en fait un arrangement monétaire mal ficelé tenant plus d'un symbole politique que d'un outil économique sérieux."

 

  Patrick Artus et Natixis ont publié plusieurs notes montrant que le Royaume-Uni allait pouvoir bénéficier prochainement de la liberté de la livre par rapport à l'euro, et que si l'Espagne et l'Italie sortaient de l'euro l'effet sur leur croissance serait positif ("L’effet sur la croissance et le commerce extérieur de ces pays serait positif, malgré la forte hausse des taux d’intérêt à long terme, puisque les crédits dans ces pays sont consentis à taux variable et que les taux d’intérêt à court terme resteraient très faibles. Ces pays auraient une inflation persistante, d’abord avec la dévaluation du change, puis en raison de la monétisation des dettes publiques nécessaire en l’absence de prêteurs privés.")

 

On ne peut pas exclure un coup d'état des souverainistes européens cependant. Jacques Delors, la paire fondatrice, Schaüble et Mario "Goldman Sachs" Draghi souhaitent renforcer "l'intégration européenne", comprendre le contrôle bruxellois sur les politiques budgétaires nationales.

 

Avant d'aller dans le sens de ces doux dingues, il faudra changer les traités européens a prévenu Angel Merkel.

Là dessus, après le départ d'Axel Weber c'est Jurgen Stark, économiste en chef de la BCE qui claque la porte, marquant l'importance des conflits internes sur la politique de la banque.

Tout peut donc évoluer dans n'importe quel sens assez rapidement.

Je dirais que la sortie de la Grèce est le scénario le plus probable, suivi ensuite d'un éclatement défnitif impulsé par l'Allemagne quand la démonstration aura été faite que cela ne suffit pas - cf. en ce sens un point de vue américain, recommandé par Jean-Jacques Rosa. D'ailleurs l'Allemagne commence à préparer un plan pour aider ses banques exposées à un défaut de la Grèce.

On ne peut exclure cependant l'hypothèse d'un coup d'état des souverainistes européens, décidant de modifier les traités dans l'urgence sans validation nulle part. Comme l'a écrit un blogueur canadien twitté par Alexandre Delaigue, "si c'était ainsi que devaient être créés des "Etats-Unis de l'euro", ce serait probablement le pays le plus détesté sur terre. Par ses propres citoyens."

 

*

Sur ce, repos. Pas de publication longue ici jusqu'à mercredi prochain. 

 

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À propos

Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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FrédéricLN 21/09/2011 21:38



Autant le défaut grec est une certitude depuis plus d'un an, et un fait entériné par les Etats eux-mêmes le 21 juillet (avec la décote de -21% pour les banques, même si ce n'est qu'un apéritif
sur le probable -60% au final),... autant sa sortie de l'euro m'étonnerait énormément. Un petit pays en économie hyper-ouverte, comme la Grèce, dépend des prix et salaires des autres. Si une
monnaie spécifique permettait de s'en sortir, la Guinée-Conakry ou le Mali auraient fait fortune tandis que leurs homologues, la Côte d'Ivoire ou la Haute-Volta seraient restées, avec leur
monnaie forte garantie de l'extérieur (le franc CFA), en éternelle langueur.


La Haute-Volta (actuel Burkina Faso) n'est jamais devenue riche mais a toujours payé ses fonctionnaires en temps et heure. La Côte d'Ivoire a eu besoin d'une dévaluation du franc CFA pour
redevenir viable au début des années 90 ; mais la réévaluation (de l'euro, sur lequel le franc CFA est indexé) qui a suivi a presque annulé l'effet de la dévaluation, et pourtant la Côte d'Ivoire
avait, à la veille des dernières présidentielles, une économie et des finances publiques parmi les plus saines d'Afrique. Le Mali a tant souffert de son choix de 1962 qu'il est revenu au franc
CFA en 1984 ; la Guinée-Conakry est considérée comme LE grand échec du développement africain.


Bien sûr, il y a d'autres facteurs : la dictature Sékou Touré en Guinée-Conakry, une cohésion socio-politique presque constante en Haute-Volta, etc. ; des cas individuels de pays à une période
donnée ne permettent pas de tirer des conclusions générales et pérennes.


Mais justement, j'ai les plus grands doutes sur un raisonnement selon lequel le passage de l'euro à la drachme rendrait les recettes de la Grèce supérieures à ses dépenses, rendrait sa balance
commerciale positive, ou rendrait sa dette viable… stabiliserait, au fond, la macro-économie de la Grèce. J'imagine plus facilement un scénario inverse : délocalisation complète des actifs, fuite
des cerveaux, double circulation monétaire "à la monténégrine" enfonçant l'appareil d'Etat et l'économie formelle dans le sous-développement, instabilité de la monnaie dissuadant les contrats de
long terme pour l'étranger, etc.


Mais, n'était ni macro-économiste ni économiste monétaire, je ne demande qu'à être démenti par les faits ! 



fd 12/09/2011 23:33



Oui, bien d'accord avec toi. Je lis la correspondance de Clemenceau en ce moment qui lui aussi vivait à une époque dangereuse et complètement déboussolée - celle où le tsar de toutes les Russies
devait bien accepter d'écouter debout la Marseillaise (chant révolutionnaire subversif dans le monde entier à l'époque), parce qu'il était obligé de s'allier avec Paris, et où toute la classe
politique française pensait et parlait à tort et à travers. L'exemple de ce bonhomme (Clemenceau) montre qu'on pouvait rester avec de la personnalité et des convictions lucides au milieu d'un
marécage politique infesté de moustiques. C'est peut-être lui qui avait raison. Au lieu de perdre le temps et l'espoir avec les purs et durs à la Asselineau ou Mélenchon, il faut peut-être tenter
quelque incursion dans des partis plus en phase avec l'opinion publique - et donc plus susceptibles de peser sur les événements à mesure que le système s'enlisera. En plus comme le disent les
centristes, en temps de crise les gens font bloc autour des partis modérés... Sauf quand il n'y a plus de classe moyenne comme au Venezuela, mais on n'en est pas encore là en France...



gilles 12/09/2011 22:55



T'as peut être raison, puisque je ne regarde plus régulièrement la télévison depuis 2002 et que je suis toujours surpris par la partialité de la téloche concernant
la politique, les rares fois où je la regarde chez les gens que je connais, et par les résultats globaux conformes, même si il y a des exceptions, au gnan-gnan-gnan véhiculé par les médias.
N'empêche que le raisonnement dit du vote utile qui fait voter comme il faut pour l'oligarchie est quand même bien aidé par les sondages bidonnés. Mélenchon a à mon avis raison de faire respecter
cette loi, ping 75000 € d'amendes pour Harris, d'autant plus que les français n'ont plus confiance dans les sondages bidonnés, mais que paradoxalement ils sont bien obligés de faire avec. Là, où
je suis d'accord avec toi, c'est sur les illusions de Mélenchon concernant les reports de voix. Il y a une alchimie des personnalités et des positionnement politiques qui fait que les reports,
quelqu'ils soient, ne sont jamais mécaniques.


« Les contestataires sont déboussolés », je ne peux qu'approuver, puisque déjà personnellement, ce n'est pas la peine que je vante à tort de savoir toutes les
solutions à mettre en oeuvre, ni être sûr outre mesure de mes choix politiques, à part celui de la nécessité de sortir de l'UE et que je vois autour de moi, le climat soit de panique,
d'incompréhension ou soit les attitudes du style : autruches se cachant la tête dans le sable.


 



fd 12/09/2011 21:44



Des conneries. Mélenchon (qui est à 5 %) prétend qu'il devrait être au dessus de 10 % à cause du désistement de Besancenot (il compte "mes intentions de vote + celles qui allaient au NPA"),
mais la politique ne marche pas comme ça. L'électorat NPA ne se reporte pas arithmétiquement sur le FG. Le fait est que le FG n'est pas très attractif pour un électorat largement hypnotisé par
les médias depuis 30 ans. Voilà la vérité. Il ne sert à rien d'attaquer les sondages ni de vouloir casser le thermomètre. Le FG plafonne à 5, et plus il y aura d'offre politique (notamment si
Borloo se présente) plus il sera bas; Idem pour le FN. Car les contestataires sont si déboussolés qu'ils sont prêts à voter au centre à la faveur de la première opération de marketing qui passe.
C'est ce qu'on avait constaté avec l'effet Bayrou de 2007.



gilles 12/09/2011 15:15



Edgar, merci pour tes billets, tu écris :
« On ne peut exclure cependant l'hypothèse d'un coup d'état des souverainistes européens, décidant de modifier les traités dans l'urgence sans validation nulle part. »


C'est l'hypothèse du sieur Attali avec son idée de transformer le Parlement européen en Assemblée Constituante :


http://www.slate.fr/story/43501/crise-pire-scenario-depression-effondrement-attali


Attali est l'expression du cynisme à l'état pur comme celui de Donald Rumsfeld ou d'autres tristes personnages décrits dans le livre de Naomi Klein : « La Stratégie
du Choc - La montée d'un capitalisme du désastre ». J'espère que les citoyens serons assez forts pour balayer ce genre de solutions.


Après François Asselineau en colère contre les enfumages, désolé, nous ne pouvons plus appeler « sondage », les bidonnages d'Harris Interactive :


 


http://www.u-p-r.fr/actualite/france/faux-sondages


 


Mélenchon vient de ruer dans les brancards contre leur dernier enfumage,  celui du 7 septembre paru dans « Le Parisien ».


Mélenchon va saisir la Commission des Sondages :


http://www.jean-luc-melenchon.fr/2011/09/08/qui-truque-un-oeuf-truque-un-boeuf/


 


Un extrait du texte de Mélenchon : 


[…]Ma démarche devrait intéresser la Commission des sondages dans la mesure où il est temps pour elle de revenir sur une scène qu’on pourrait lui reprocher d’avoir
déserté alors que de toutes parts montent les critiques. En particulier en ne faisant pas respecter la loi. En effet la plupart des obligations légales ne sont pas appliquées et nul ne semble
s’en émouvoir. La loi sur les sondages de 1977 renforcée en 2002 n'impose pas beaucoup de contraintes aux sondeurs et aux médias qui publient leurs sondages. Mais ceux-ci trouvent quand même le
moyen de les violer en toute impunité. Pourtant le non respect de ces obligations est puni d'une amende de 75 000 euros par le code électoral. Ces violations ne font curieusement l'objet d'aucune
poursuite. Cependant n’importe lequel d’entre vous pourrait bien saisir la Commission et celle-ci devrait alors engager les poursuites.[…]


 


François Asselineau, si il en a le temps, pourrait lui aussi saisir la Commission des Sondages afin de faire refluer les bidonnages d'Harris Interactive, par des
condamnations méritées.