La lettre volée

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Sophie Coignard et Romain Guibert, L'oligarchie des incapables

coignard.jpgJuste quelques lignes sur ce poche vite lu.

Les journalistes qui dénoncent des scandales, collusions et copinages en tous genres ont souvent du mal à dépasser le côté anecdotique de la chose. C'est ici le cas.

Raconter par exemple la carrière de Jean-Charles Naouri, née dans les cabinets socialistes et achevée (pas encore), fortune faite, à la tête d'un groupe commercial, ne démontre en rien que Naouri serait un incapable. A lire les quelques pages où il apparaît on a même tendance à le trouver assez doué. En revanche, relater en détail pourquoi à l'époque il a voulu libéraliser les marchés financiers, les obstacles rencontrés et les effets négatifs qui apparaissent aujourd'hui, ça c'était un sujet à soi seul.

Apparté : les obsédés du découplage banques de dépôts / banques d'affaires manquent souvent cruellement d'imagination. Avant les années 80, les banques françaises étaient spécialisées par fonction (prêt immobilier, consommation, entreprises, export etc). Avec le désencadrement du crédit, tout le monde peut tout financer, côté banques, et les agents non financiers peuvent se financer directement sur les marchés. Sans revenir strictement à ce modèle, on pourrait s'en inspirer. La Chine fonctionne toujours comme cela.

 

Le livre est donc une accumulation de récits d'opérations financières, de "coups", où pouvoir politique et intérêts privés se mélangent à plaisir. Sans grande profondeur d'analyse ni mise en perspective.

Est-il inutile pour autant ?

Il n'est pas mauvais que des journalistes aillent enquêter au delà de ce que les services de communication privés ou publics veulent bien raconter.

Ensuite, certaines affaires évoquées n'ont pas fait la une mais sont tout de même assez spectaculaires (les aventures de L'oréal en Russie par exemple. Même si les conséquences et implications politiques desdites aventures sont quasi nulles).

Enfin, il y a tout de même quelques anomalies monstrueuses qui mériteraient d'être corrigées. On évoque souvent le cumul des mandats politiques, qui certes n'est pas une bonne chose.

mais il y a probablement bien plus urgent à supprimer, c'est le cumul des mandats publics et privés. Déjà l'exercice de la profession d'avocat par un parlementaire en exercice tient du sabreux. Mais lire que le sénateur Marini, président de la commission des finances du Sénat, est membre de plusieurs conseils d'administration (une banque d'affaires, une grande enseigne de distribution) m'a fait frémir. Je ne savais pas cela possible ! A une moindre mesure, lire qu'une députée socialiste est médiateur pour le CETELEM conduit forcément à s'interroger sur son rôle possible si l'Assemblée décidait d'enfin limiter le crédit à la consommation...

Je n'ai aucun doute sur la capacité de ces personnalités - et d'autres sont citées - à pratiquer une stricte séparation entre leurs différentes casquettes, mais une interdiction stricte de cumul d'activités publiques électives, surtout parlementaires, et privées, permettrait d'éliminer tout soupçon.

Pour le coup, Bruxelles n'est pour rien dans ces mélanges peu ragoutants, et l'on peut souhaiter que quelqu'un s'empare de ces sujets, comme à l'époque Montebourg et Peillon s'étaient emparés du statut des tribunaux de commerce (avec peu de succès, certes).


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À propos

Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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fd 02/03/2013 00:09


ah bon ? quand on vote Hollande dès le premier tour après on le laisse tout faire (y compris affaiblir les syndicats - car la flexibilité dans les entreprises et le refuse d'amnistier le
mouvement social alors que Chirac l'avait fait - et les corps d'inspection) sans rien dire ? on fait un chèque en blanc au PS et on laisse Méluche aboyer ? Moi je croyais au contraire que quand
on votait PS ensuite on restait vigilant pour qu'il reste bien à gauche et pour que le peuple garde un minimum d'armes pour se défendre. Par exemple la réduction des délais légaux accordés aux
salariés (ça c'est dans le fameux ANI que Parisot veut faire appliquer sans les modifs que l'aile gauche du PS veut imposer au parlement) pour se pourvoir devant les Prud'hommes, tu en penses
quoi ? Tout le monde dit qu'on est à un tournant du quinquennat dans le rapport de force gauche/medef, tu ne vas pas quand même rester complètement muet là dessus, ou dire juste qu'il s'agit d'un
simple théatre d'ombres comme on a coutume de le dire à l'extreme droite à chaque fois qu'il y a ne lutte sociale...

edgar 01/03/2013 23:27


camarade fred :because il est surmené, il a essayé de comprendre le conflit sur l'inspection du travail sans succès, les syndicalistes j'ai pas suivi non plus, mais j'ai l'impression que
mélenchon suit. je ne voudrais pas lui faire de l'ombre...


 

fd 01/03/2013 20:05


Est-ce que mon ami Edgar met aussi sur le dos de l'Europe la signature de l'ANI en janvier, la réforme annoncée de l'inspection du travail, et la loi d'amnistie des syndicalistes ? Pourquoi ne
prend-il pas position sur ces sujets importants pour l'orientation du quinquennat de François Hollande ?

alexandre clement 18/02/2013 21:13


Réponse à J. Payen


Je suis à peuprès d'accord avec vous. Mais tout cela ne servirait à rien tant qu'on est dans l'Europe et ses traités criminels. A vos propositions on peut ajouter une assemblée unique de 1000
députés tirés au hasard sur une liste électorale, avec un seul mandat et non renouvelable. On pourrait revenir à un impôt progressif sur le revenu, comme il était dans le temps. En outre il
faudrait éliminer tous les impôts injdirects de type TVA qui plombe le pouvoir d'achat.


La question est qu'il noius faudrait des hommes politiques qui "en aient" un peu comme on dit. Mais cela passera probablement par une sorte de révolution vu la capacité des lobbies à bloquer
toute réforme "républicaine" sérieuse pour des réformes qui vont toutes dans le même sens : alourdir les charges sur les salariés, enrichir les plus riches, etc. programme dui XIXème siècle, voué
à l'échec, mais qui entre temps nous fait beaucoup souffrir...

J.Payen 18/02/2013 18:45


M. Clément,


les hommes étant ce que nous en savons, introduire un peu de morale, comme vous le suggérez,  semble , comme toujours, voué d'avance à l'échec. Nous croulons sous les codes de déontologie
jamais appliqués !


De simples et solides lois d'inspiration authentiquement républicaine auraient sans doute plus de valeur et davantage de mérites à la cause.


Tenez, quelques pistes :


- au moins pour les mandats nationaux, obligation pour  le fonctionnaire élu de choisir entre son mandat et son statut (entre les deux assemblées, nous avons...quelques 500 fonctionnaires
élus ! Un record mondial !)


- instauration d'un "crédit d'impôt" à la disposition de tout souscripteur de déclartion d'IRPP par ailleurs  inscrit sur une liste électorale. A crédits constants, le financement des partis
serait fait...à l'intiative du citoyen qui, bien sûr, favoriserait l'émergemence de "forces politiques" neuves;


- Interdiction -absolue et définitive- pour tout fonctionnaire ayant exercé des fonctions dans un cabinet ministériel et/ou une Direction de Ministère de '"pantoufler" dans des entreprises à
participation d'Etat, même très minoritaire, et interdiction -définitive- d'être le salarié, l'associé ou le dirigeant d'une société dont l'objet social est en lien avec les emplois public
prédcedemment occupés.


- Enfin, après un jugement pénal devenu définitif, impossibilité pour un élu de se représenter -à vie- à une élection, même locale, mesure qu'on peut fort opportunément étendre aux agents publics
corrompus.


Coût supplémentaire de ces mesures : pas un cent d'euro ! 


 


 


 


 

alexandre clement 17/02/2013 06:36


Analyse assez juste, mais doit on demander à des journalistes de comprendre de quoi ils parlent ? En outre, peu de personnes ont les idées claires sur ce qu'il faudrait faire pour introduire un
peu de morale dans la déliquesence de nos moeurs. 


Je suis par ailleurs plus qu'étonné des références récurrentes qui reviennent à Philippe Seguin. Sa carrière a tout de même montrer un grand manque de courage et l'amour de la compromission. Il
ne peut servir de point d'ancrage y compris pour un discours anti-européen, sinon n'importe qui pourrait faire l'affaire, y compris Marine Le Pen. le malheur de l'Europe n'est pas qu'elle soit
contre la nation, c'est plutôt qu'elle est une machine de guerre au profit d'un capitalisme sauvage et prédateur.

J.Payen 16/02/2013 19:41


Ce bouquin appartient à la catégorie des livres "muleta".


On excite le lecteur avec des chiffons bien rouges. On déclenche en lui le réflexe du:  "ils" n'ont tout de même pas osé !


Au final, on passe à côté des MAUX considérables, parfaitement anti-républicains, qui sont les vrais symptômes de la déliquescence publique : appropriation et vérrouillage de la démocratie par
les partis, qui n'en sont devenus qu'une très faible expression. Vénalité, oui, vénalité ! et pantouflage de la haute fonction publique. Professionalisation des carrières politiques le plus
souvent par l'usage immodéré et indécent du statut de la Fonction publique.


Plutôt que ce livre sans profondeur, lire et relire encore : " Discours encore et toujours républicains " de Philippe Séguin (Denöel).