La lettre volée

Notes et idées : Politique, Bandes dessinées, Polars, Media, Actualité, Europe...

Sartre et Aron, par Tony Judt

"Le romantisme révolutionnaire de Sartre et de ses disciples était, de manière paradoxale, conservateur. Ne menaçant en rien les habitudes de pensée de son public et ne cherchant nullement à explorer l'espace qu'il y avait entre le désir de « tout » changer et le fait de ne rien faire, il était conventionnel par essence. Il était donc irresponsable au sens que Sartre lui-même donnait à ce terme, alors qu'Aron prenait extrêmement au sérieux le sens originel de l'engagement, auquel il ajoutait un souci personnel de cohérence et de continuité.

 
Les intellectuels français, observa-t-il un jour, ne cherchent ni à comprendre le monde ni à le transformer, mais seulement à le dénoncer. Ce faisant, ils abdiquent non seulement toute responsabilité en ce qui concerne leur propre condition, mais ils se méprennent sur la nature de la condition humaine."

 

Tony Judt, in La responsablité des intellectuels, Blum, Camus, Aron 

 

Citation relevée par un lecteur et portée sur Amazon, trouvée en préparant une note de lecture sur un autre ouvrage  de Tony Judt.

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Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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fd 25/01/2011 21:43



Hallucinant, je l'ai acheté il y a 15 ans pou 60 balles à tout casser ! Dommage, c'est un livre très bien écrit qui se lit bien et vite.



edgar 25/01/2011 15:44



Gérard : c'était la première partie de la citation qui m'intéressait. Je suis moins convaincu par la deuxième. Les généralisations du type les intellectuels français ceci, ou l'Islam cela (...)
me paraissent le plus souvent vaseuses, même émanant de Raymond Aron. Sauf quand c'est sérieusement développé sur quelques dizaines de pages, l'exercice est toujours délicat.


 


Fred : garde le Piaget, sur amazon il est à 99 € !



fd 25/01/2011 13:21



L'engagement étant lié au statut social de l'intellectuel mais aussi au fond de sa philo, il faut se rappeler toute l'irrationnalité de la philosophie existentialiste et de la psychologie
sartrienne justement critiquée par Jean Piaget dans Sagesse et illusions de la Philosophie.



fd 25/01/2011 12:28



Je me souviens de la biographie de Sartre par Annie Cohen-Solal. Notamment les passages où elle racontait la tournée de Sartre en Amérique latine expliquant aux gens de là bas ce qu'ils devaient
faire pour faire la révolution sans même commencer par les écouter. Et pourtant Cohen-Solal est favorable à Sartre dans ses commentaires. Mais il faut dire aussi que Sartre bénéficiait d'un état
d'esprit répandu à travers le monde à cette époque selon lequel l'intellectuel français était une sorte de demi-dieu qui pouvait tout se permettre. Je préfère de loin un penseur à la fois plus
radical dans ses engagements, plus courageux, ayant les pieds sur terre et... "anglo-saxon" : Bertrand Russell. Dommage que ses écrits politiques soient si peu traduits en France.



Gérard Couvert 25/01/2011 09:28



Sartre est sans doute l'un des premiers médiartistes, sans l'exprimer il a toujurs eu grand soin de son image. Quoiqu'il en dise le Luxembourg l'a plus engagé que Bab el Oued pour Camus. Il ne
s'est extrait de rien de ce qui le constituait.


Pour le reste, en ne prenant en compte que l'extrait, on imagine la charge habituelle des anglo-saxons contre la pensée française, incapables qu'ils sont de percevoir que la légéreté ou
l'hyper-critique entre lesquelles nous évouont sans cesse sont des explorations dont nous savouns en nous mettant en route qu'elles sont des impasses ; mais au moins, nous nous y allons et nous
éprouvons.


A cette aune là, Mitterand à tord sur Céline.