La lettre volée

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Le PCF et l'euro, une autre farce

Parmi les énigmes de la vie politique française, il y a la disparition du PCF. N'ayant jamais été attiré par ce parti, je n'ai jamais investigué ce point. Mais la lecture d'un échange entre Denis Durand, du Conseil national du PCF, et Jacques Nikonoff, du M'pep, m'a permis de comprendre dans quel état de déliquescence se trouve le PCF (au passage, Nikonoff et le M'Pep évoluent bien : d'une position fadasse sur l'euro, ils sont maintenant pour un rejet ferme, et travaillent à faire émerger l'idée que refuser l'euro peut être une position de gauche)...  

 

Voici donc les positions de Denis Durand, représentant du PCF, sur l'euro :

On ne peut surmonter la crise du capitalisme financiarisé dans lequel nous sommes sans lutter pour changer aussi l’Europe. La politique de l’euro cher a effectivement des aspects destructeurs sur l’industrie et l’emploi. Mais renverser cette politique exige une solidarité à l’échelle européenne face aux marchés financiers et face à l’hégémonie américaine. Ce sont les États-Unis qui ont délibérément provoqué une politique de création massive de dollars, pour faire baisser le dollar et répondre aux intérêts du capital américain. Le Japon, la Chine, les pays émergent ont réagi en refusant cette baisse du dollar : la hausse de l’euro a servi de variable d’ajustement. Pour en sortir, il faut changer l’euro et sa place dans le système monétaire international, et pour cela organiser une alliance entre l’Union européenne et les pays émergents afin d’imposer un autre système monétaire international, avec une monnaie commune mondiale qui ne soit pas au service d’une puissance dominante, comme l’est le dollar aujourd’hui. Si la solidarité entre Européens éclate au profit d’un repli sur une politique monétaire nationale, on perd un atout considérable dans cet affrontement avec l’hégémonie monétaire américaine. Il faut donc non seulement refuser l’euro tel qu’il est, mais se battre pour le changer.

 

   Donc il faut subir l'euro, jusqu'à la dernière fermeture d'usine européenne, pour avoir une chance d'imposer un nouvel ordre monétaire mondial une fois que l'ensemble des pays de l'Union européenne se seront convertis au communisme...

 

  Il faut créer une force composée de banques renationalisées, en liaison avec les puissantes banques mutualistes, avec la Caisse des dépôts, la Banque de France, Oseo, le Trésor public. Si on a un projet qui est soutenu au niveau local et au niveau national, on peut se tourner vers la Banque centrale européenne (BCE) pour lui dire : qu’est-ce que vous attendez pour favoriser ces projets-là et pour arrêter de refinancer les prêts que la Société générale ou Goldman Sachs font aux spéculateurs ?  

 

Je sens déjà l'immense rigolade à la BCE... 

 

La gauche est traversée par deux courants. Une conception que je considère comme dépassée, qui consiste à faire essentiellement confiance à l’État pour déterminer les évolutions économiques et sociales. Et l’autre qui mesure à quel point il faut aller bien au-delà de l’étatisme, qui a eu ses vicissitudes au XXe siècle, pour développer une prise de pouvoir partout où se prennent des décisions importantes : dans les entreprises, dans les banques, dans les territoires. Et bien sur aux niveaux national, européen et mondial. Le pouvoir sur l’argent, sur la monnaie est effectivement déterminant pour pouvoir financer des projets et des investissements. Il faut le reconquérir. On ne le retrouvera pas avec un gouvernement européen, comme le proposent certains à gauche. Mais pas non plus en s’en tenant au niveau national. Il faut se battre dès le niveau local, régional, celui des bassins d’emploi et des entreprises, jusqu’au niveau mondial pour conquérir de nouveaux pouvoirs.

 

   Là c'est les Bisounours. Je ne vois pas bien comment on peut conquérir de nouveaux pouvoirs sans passer par la définition légale desdits pouvoirs, c'est à dire par l'Etat. On a l'impression que, encore terrorisé par les critiques de la deuxième gauche contre le stalinisme du PCF, le représentant du PC souhaite faire de la vie politique une sorte de gentil happening. Pas d'objectif précis (qui risquerait probablement de mettre en évidence l'incapacité du PC à obtenir quoi que ce soit), un plan mondialiste qui n'engage à rien (entre la lutte pour une monnaie mondiale et la promesse de la vie éternelle après la mort il n'y a pas une si grande différence).

 

C'est assez pitoyable. Je ne sais si mes lecteurs plus au fait de la vie interne du PCF ont des explications intéressantes sur ce trou noir intellectuel, cela peut être intéressant pour comprendre pourquoi près de 5% des voix se perdent dans le vide...

 

 

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Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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gilles 28/07/2011 15:58



 


D'accord avec l'analyse de Descartes, le PCF s'est désorganisé en rétrogradant l'importance de ses structures nationales au profit du niveau local. L'Association Nationale des Élus Communistes et Républicains reflète cette inflexion du PCF d'une position de
souveraineté du peuple français et l'internationalisme vers une position oscillant aux gré des évènements entre l'européisme franc et massif et l'alter-européisme sous le couvert d'un faux
internationalisme qui est un vrai fédéralisme.


 


 


Financez vos projets locaux grâce à l'Europe


 


Ces mêmes élus locaux étant susceptibles d'être parmi les 500 élus qui soutiennent par leurs signatures un candidat à la Présidence de la République.


 


 


La direction du Parti Communiste Français est d'accord avec la fraction alter-européiste d'ATTAC ( Aurélie Trouvé, Michel Husson… ) ( Une Autre Europe Est Possible ! ! ! )


 


 


Je cite Michel Husson qui est dont l'analyse et les argumentaires sont assez largement repris par les alter-européistes du PCF :


 


 


Souhaitons au contraire que les mouvements sociaux, en Grèce et en Espagne pour commencer, obligent leurs gouvernants à refuser l'hyper-austérité. Etant donné les tensions accumulées, la seule
chose aujourd'hui certaine est que les mois et années à venir seront fertiles en rebondissements économiques et politiques imprévus. Des gouvernements de rupture avec le néolibéralisme pourraient
fort bien arriver au pouvoir dans un ou plusieurs pays. Leur tâche sera de rompre avec les exigences de la finance, pas de défaire l'Europe. 


Plutôt que de décider a priori de sortir de l'euro pour revenir à la drachme, la peseta ou le franc, ils seront bien inspirés de prendre des mesures unilatérales pour montrer aux peuples
européens qu'une autre Europe est possible. Audit public puis défaut partiel sur la dette, contrôle et taxation des capitaux, reprise en main du système bancaire par la société : gouvernements
progressistes et mouvements sociaux européens devront engager un bras de fer avec la BCE, les grands patrons européens et leurs représentants politiques. Pour une refondation démocratique de
l'Union et de l'euro, seule manière de leur redonner une légitimité et un avenir. 


 





 


 


Ce que l'on peut constater, c'est que bien que la direction du PCF et la branche alter-européiste d'ATTAC insistent lourdement pour souhaiter des mouvements sociaux qui remettent en cause
l'austérité, ces deux directions d'organisation se sont bien gardés d'organiser quelque action, manifestation ou grève de soutien contre l'austérité en Grèce au moment le plus opportun le plus
récent, c'est à dire lors du vote concernant le plan d'austérité par la Vouli, les 28 et 29 juin 2011 dernier. Ceci malgré l'appel pressant des communistes grecs à organiser la contre-attaque.


 


 


Voir photo des manifestants du syndicat
pro-communiste ΠΑΜΕ appelant à cette contre-offensive des peuples
contre l'UE et ses mesures d'austérité le matin du 27 juin 2011 à l'Acropole d'Athènes


 


 


 


 


 


J'en ai parlé à un militant PCF de mon quartier qui m'a dit : « Oui, mais on va organiser des manifestations européennes contre l'austérité à la rentrée. »


Une action de soutien aux grecs contre l'austérité lors du vote du Parlement grec aurait été, non seulement de l'internationalisme, mais de plus une action placée à un moment crucial du rapport
de forces, par contre une manifestation fédérale pour demander à une autorité fédérale moins d'austérité au moment où les décisions sont déjà actées, c'est simultanément de la lâcheté, de la
bêtise et du fédéralisme.


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 



Descartes 27/07/2011 19:03



Puisqu'un certain nombre de participants m'invite à donner mon avis sur la position du PCF, je le fais volontiers. Je pense d'abord qu'il ne faut pas voir dans la prise de position du PCF une
position réfléchie. Comme j'ai eu l'opportunité de le dire plus d'une fois, le PCF est devenu un parti "local", intéressé essentiellement par le maintien de ses forces - et ses élus - dans les
différents territoires. Ce qui fait que lorsqu'il prend des positions sur des questions nationales, européennes ou internationales, il ne le fait plus en fonction d'une vision générale, mais du
stricte point de vue de sa tactique locale.


D'abord, il faut constater qu'après des années d'un discours condamnant l'Euro dans sa conception même - critiquée par les économistes "officiels" du Parti qui opposaient à la "monnaie unique" la
proposition d'une "monnaie commune", le PCF devient tout à coup partisan d'une monnaie unique. Et quand le devient-il ? Quand le Front National prend une position claire et nette sur la sortie de
l'Euro. Est-ce une coïncidence ? Je ne le crois pas. Et je ne le crois pas parce que j'entends de plus  en plus chez le dirigeants du PCF (e.g. Francis Wurtz) une petite musique faisant
l'amalgame "sortie de l'euro=extrême droite".


Ensuite, il faut regarder la sociologie. Le PCF aujourd'hui n'est plus celui qui a combattu pied à pied le traité de Maastricht. Le parti de la classe ouvrière est devenu le parti des classes
moyennes boboïsées. D'une certaine manière, le PCF adhère à la vision défendue dans le rapport de Terra Nova d'une gauche dont la base sociologique n'est plus la classe ouvrière - trop
conservatrice et trop éloignée des "valeurs" du communautarisme multiculturaliste sauce SOS racisme - mais les classes moyennes. Or, les classes moyennes ne veulent pas entendre parler d'une
sortie de l'Euro, de la même manière qu'elles ne voulaient entendre hier parler d'une sortie du franc fort, et pour les mêmes raisons.


Enfin, le PCF comme une bonne partie de la "gauche radicale" sont si résignés à leur impuissance qu'ils ont quitté le monde réel pour se réfugier dans un monde de rêve. Les commentaires de Denis
Durand sont de ce point de vue très révélateurs: à l'entendre, on se croirait dans un monde où il suffit de demander pour obtenir, et de proposer pour être suivi. Et il n'est pas le seul: les
blogs liés au Front de Gauche sont remplis d'interventions délirantes sur ce que le PS fera lorsque le candidat du FdG sera au second tour, sur le premier ministre que Mélenchon prendra lorsqu'il
sera président, et d'autres du même tonneau. Pourquoi cette fuite dans le rêve ? Parce qu'une fois encore la composition sociologique du PCF le fait dériver vers le gauchisme: le changement de
société, qui était une ardente nécessité du temps où le PCF représentait la classe ouvrière n'est plus qu'un jeu intellectuel.


Quelqu'un avait comparé le PCF à un astre mort, dont la lumière nous parvenait alors que son énergie s'était épuisée. On ne peut que constater que la lumière faiblit de plus en plus...



Muhaha 27/07/2011 14:06



Le fait qu'un parti d'opposition déjà politiquement inexistant en France pense pouvoir imposer sa vision des choses aux 26 autres Etats-membres au niveau de l'UE est vraiment hilarant
d'inconséquence.
Mais il n'est pas étonnant que des communistes se satisfassent de structures européistes. Le même goût pour l'idéologie.



edgar 27/07/2011 11:44



Samuel et Joe : d'accord avec vos commentaires. Il y avait effectivement un appel du pied à Descartes...



Joe Liqueur 26/07/2011 22:43



@Edgar


 


Bien vu, carrément bien vu. Surtout le coup du "gentil happening"… D'accord sur le fait que le M'PEP évolue dans le bon sens. Voir ici (c'est une reprise d'un papier de David Desgouilles sur le site du mouvement). Je suis assez d'accord aussi avec le commentaire de Samuel.


 


Je suis toujours frappé par ce genre de phrase : "Il faut créer une force composée de banques renationalisées, en liaison avec les puissantes banques mutualistes, avec la Caisse des dépôts, la
Banque de France, Oseo, le Trésor public".


 


Voilà qui fleure bon le programme partagé du Fd"G". Mais enfin, camarades, comment se fait-il que, dans la mesure où l'on prétend représenter la "gauche de la gauche", on puisse ne jamais
défendre un monopole d'Etat sur le secteur bancaire et financier (et donc sur l'mission monétaire)… et ne jamais appeler à un retrait immédiat et unilatéral du traité de Lisbonne,
donc à un retrait de l'UE (puisque c'est la même chose quoiqu'en dît Mélenchon dans le Diplo de juin), histoire de mettre en œuvre ces mesures de gauche tout de suite au lieu de
la reporter aux calendes grecques ? Histoire que la France commence par montrer l'exemple. Je note que ces gens se plaisent toujours à parler de "pôle public", suivant cette formule
tellement vague et molle, qu'ils affectionnent tant - enfin, c'est quoi ? C'est pour ne pas désespérer la villa Montmorency ?


 


Pour ce qui est de "faire essentiellement confiance à l'Etat pour déterminer les évolutions économiques et sociales", il me paraît urgent de rappeler à ces gens que l'Etat, c'est nous, puisque
nous sommes censés vivre sous un régime démocratique - celui-là même qu'il faudrait rétablir dans son intégrité… en sortant tout d'abord de l'UE.


 


Ta dernière phrase sonne un peu comme un appel à Descartes, j'espère qu'il viendra faire une petite
visite.


 


Enfin, pour compléter, je me permets de (re)mettre ce lien vers le dernier billet de Frédéric Lordon.



samuel 25/07/2011 10:51



Deux hypotheses pour expliquer le comportement du PCF.


 


1:


Adhésion à idéologie selon laquelle Bien = Europe = UE = Euro


Accompagnée d'une vision de l'Histoire future, où évènements révolutionnaires sont imprévisibles, sauf par les visionnaires du PCF qui imaginent et croient en un soulèvement des peuples européens
par lequel ils "changent l'Europe", c'est a dire renversent institution européenne actuelle pour la remplacer par une grande institution vraiment démocratique ; cet évènement révolutionnaire sera
aussi celui qui fonde le peuple européen, en faisant fusionner les peuples européens, dans la réalité et dans un mythe que se raconteront les générations futures de citoyens européens


 


2:


Pour négocier avec le PS des places dans la future "gauche plurielle" au pouvoir, anti-démocratique et ultra-libérale, il faut, même quand on est communiste, ne pas être opposé au PS sur un point
trop important et précis à la fois. Il ne faut s'opposer que sur des points soit flous, soit accessoires. Sinon on n'aura pas nos places dans le gouvernement, ni notre accord electoral pour les
legislatives et municipales nous menageant des places a l'assemblee et dans mairies


 


Je ne m'y connais pas assez bien pour savoir si ces deux hypotheses sont plausibles, et laquelle l'est le plus ?



Damien 24/07/2011 19:26



"Il faut se battre dès le niveau local, régional, celui des bassins d’emploi et des entreprises, jusqu’au niveau mondial pour conquérir de nouveaux pouvoirs."


Sans nouveaux pouvoirs ils pourront jamais térasser le dragon et sauver la princesse il a raison dans le fond !

Seulement pour battre le dragon il faut au moins posséder l'armure des chevaliers d'or ...donc avant cela il faut trouver l'armure de bronze dans sa localité , puis celle d'argent qui se cache
quelque part dans sa région.


ps: les bisounours avaient des pouvoirs ne l'oubliez pas ! :)