La lettre volée

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Roubini et Krugman sur le policy-mix européen

Paul Krugman est d'accord avec la doxa : certains gouvernements ne se sont pas conduits avec la prudence exigée pour la gestion d'une monnaie unique et ont voulu complaire à des électeurs accrochés à des théories obsolètes, se comportant de façon irresponsable...

Sauf que pour lui il ne s'agit pas des dépensiers espagnols ou italiens (ou français) accrochés à un keynésianisme vieillot, mais bel et bien des allemands.

Krugman montre que les allemands sont bien plus éloignés de la cible de 2% d'inflation de la BCE, que d'autres pays présentés comme coupables (c'est plutôt un plafond qu'une cible selon moi, dans les traités en tout cas, mais il est vrai que le contexte déflationniste aidant, ça devient une cible acceptable).

Pour Krugman, l'Allemagne exporte la déflation vers ses voisins, pratiquant un jeu non-coopératif.

Pour compenser cela, il faudrait une relance d'une autre ampleur que le plan de relance préparé par le patron du plus grand havre fiscal du monde (plan de relance qui, pour Krugman, est "si petit que c'en est presque une farce").

Bon, je n'aime pas le moyen employé par Krugman pour minimiser le caractère délicat de la situation française : pour lui il n'y a pas de problème de dette français, car la France emprunte à un taux historiquement bas. Il est vrai que cela facilite le service de la dette. Mais le fait que celle-ci soit passée de 70% à 90% du PIB sans aucun effet sur la croissance est tout de même un gros problème.

*

En cela, parmi les keynésiens lucides, il est utile de lire le dernier papier de Nouriel Roubini sur la guerre des monnaies.

Il montre bien que dans un contexte mondial aux tendances déflationnistes, la tentation est très forte d'engager une course à la dévaluation.

Le Japon, la zone euro, les BRICS, se referaient ainsi une santé sur l'économie américaine, à travers une hausse durable du dollar. L'assouplissement de la politique monétaire serait le moyen d'affaiblir les monnaies de chacune de ces zones.

Or Roubini souligne un point que Krugman ne mentionne que rarement : la politique monétaire accomodante est nécessaire pour éviter une récession trop violente, elle ne peut en aucun cas conduire seule à un redémarrage de la croissance.

Il faut, pour cela, une politique budgétaire active, de l'investissement public et une politique monétaire qui n'a pas besoin d'être aussi accommodante, un policy-mix comme on dit, fort différent de la tendance de la plupart des grands pays.

Comme le note Roubini, dans ce domaine, la zone euro a été la plus mal gérée puisque, comme ailleurs, il n'y a pas eu d'investissement public et de politique budgétaire active, mais qu'en plus la politique monétaire n'a pas été aussi favorable à la relance.

Deux auteurs américains qui détaillent la faillite de l'eurozone, pendant que ladite zone se penche avec gravité sur les 35 heures et le SMIC, coupables de tous nos maux...

*

Ne voulant pas laisser le lecteur sur une impression pessimiste, je souligne qu'il y a une solution à cette impasse, c'est la sortie de l'euro Captain'euro. Plus sur ce sujet une prochaine fois...

 

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À propos

Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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edgar 03/12/2014 23:22


oups, j'avais pas vu que le lien était cliquable ! je regarderai la vidéo. tu as raison, il est fort probable que les deux points de vue se recoupent : règne des experts/imposteurs = absence
complète de démocratie débattante.

Axelzzz 03/12/2014 23:08


le 'ci après' du commentaire est un lien qui mène à la vidéo youtube (chez moi ça fonctionne)


je recopie au cas où:


https://www.youtube.com/watch?v=2FEtiA18lZU


pour le reste, je crois que le projet européen - du point de vue interne, pas du point de vue US qui cmopte également bien sûr - est fondé sur une utopie de l'efficacité régulatrice : sur le plan
du droit pour instaurer la paix éternelle et illimitée, sur le plan économique pour atteindre à une puissance équivalente aux effets d'échelle des autres 'pôles' (US, Asie, Russie). En tout cas
c'est ce que j'avais compris de tes ecrits notamment à propos de J Monnet. Sans doute est-ce une vision partielle, mais c'est ainsi que je reliais les deux propos.


 

edgar 03/12/2014 22:51


salut axelzz ! il me manque la vidéo de gori pour me faire un e opinion ;-)


mais j'ai acheté un de ses livres (la dignité de penser) qui doit bien m'intéresser puisque je l'ai acheté deux fois sans faire exprès (et ne l'ai toujours pas lu...)


sur l'idée de rationalité formelle, on peut aussi parler de puritanisme et, pour être en partie protestant, je suis assez sensible à ce thème. 


mais il n'y a pas que cela de gênant dans l'UE. c'est un projet qui a en lui-même sa propre justification, et dont les partisans supportent parfaitement que l'on puisse, au nom de l'europe,
s'asseoir sur des choix démocratiques - ou se passer de délibération.


là où ça rejoint gori probablement, c'est que cette façon de procéder ravale à rien la dignité des humains que l'on gouverne ainsi, comme des moutons. 


je n'ai aucune naïveté sur la pureté des démocraties nationales, mais elles me semblent bien plus riches en espaces de discussion, d'opposition, que ne l'est l'UE.


 

Axelzzz 03/12/2014 18:14


Salut edgar, je voulais te faire part d'une réflexion intéressante, qui rejoint et peut être explique pour partie (à toi de le dire), ton opposition à l'UE et à la zone euro. Il me semble à la
réflexion, que cette opposition est d'ordre essentiellement éthique: ce que tu reproches à l'UE à longueur de post ne s'arrête pas à une mauvaise gestion de la crise économique ou à un échec de
coopération avec l'Allemagne (qui sont à mon avis deux points assez incontestables vu de 2014), mais la suppression de tout autonomie politique sur le continent, au nom du fait que
l'uniformisation des normes techniques les rends plus efficaces. Or d'une part tout fonctionnement politique et souverain est sebstantiellement un obstacle à l'extension des normes et d'autre
part l'éthique humaniste elle-même en est un ennemis puisqu'elle implique un principe d'action qui dépasse la pure logique de conformité à la norme. 


C'est il me semble la thèse développé par Roland Gori dans la vidéo ci après. Je trouve
cette perspective très stimulante: non seulement le lien établit avec l'imposture (dont il est frappant qu'elle ait submergé le paysage politique occidental) et l'éthique du capitalisme comme
dirait l'autre, mais aussi la dimension méta-européenne du problème ou pourquoi nous sommes collectivement incapable de sortir de la crise, de l'Europe, de l'apathie.


L'UE ne serait en somme qu'une cristallisation d'un mouvement bien plus général de soumission aux normes de la 'rationalité pratico formelle'. En effet, parmis le puissances occidentales qui ont
le vent en poupe, on retrouve ce trait culturel tgroublant de l'amour des normes pratico-formelles. Ce ne sont certes pas tout à fait les mêmes amours ou les même soumission en Allemagne, en
Chine , Japon ou aux Etats-Unis, mais ces cultures politique accordent toutes assez peu de place à la transgression.


La qualification de l'opposition entre islam radical et occident comme un conflit entre une rationalité pratico-formelle occidentale et un rationalité substantielle est je crois assez bien vue
elle aussi. Elle explique notamment le comportement de notre jeunesse plaquée or qui se laisse séduire parfois par des discours radicaux - des rationalités substantielles - qui donnent un sens en
s'inscrivant dans un grand récit. 


J'arrête là mais serais curieux de connaitre ton opinion sur ce que raconte Gori (peut être l'as tu déjà lu et rencensé sur le blog d'ailleurs ?).


 

edgar 03/12/2014 00:10


peut-être mais à force d'intérioriser les caractéristiques propres de l'économie américaine on finit par faire n'importe quoi. Par exemple il y a un consensus pour estimer que le déficit
commercial n'a aucune importance, valable quand on émet la monnaie de réserve mondiale, mais pas pour la France. 

internaciulo 02/12/2014 07:43


Krugman est sur la meme ligne que Roubini.


S il parle rarement politique fiscale c'est que le blocage politique est total la dessus aux U.S.


politics vs policy