La lettre volée

Notes et idées : Politique, Bandes dessinées, Polars, Media, Actualité, Europe...

Pour une renationalisation du monde

La première grossièreté de ce billet consiste à infliger au lecteur un titre peu clair - que j'espère assez intrigant néanmoins pour avoir éveillé la curiosité.

Le deuxième va consister à rattacher sous ce titre un plaidoyer qui n'est pas le mien mais qui vient de Dani Rodrik, professeur d'économie du développement à Harvard.

J'avais déjà cité Rodrik à propos de son triangle d'incompatibilité (billet à lire absolument).

Anecdotiquement, un rédacteur du Taurillon s'était empressé de conclure qu'il nous fallait plus d'Europe, commettant, à mon sens, un magistral contresens.

Le nouvel article de Rodrik, où celui-ci écrit que "donner le pouvoir à des bureaucraties supranationales, comme l'OMC ou l'Union européenne, peut déboucher sur un déficit démocratique et une perte de légitimité", devrait donner à réfléchir aux taurillons (je gage qu'après réflexion, ils en concluront qu'il nous faut plus d'Europe, mais il ne faut jamais désespérer).

Que dit donc Rodrik (qui, accessoirement est turc, donc probablement plus au fait des problématiques européennes que l'universitaire américain moyen) ?

Il plaide pour une renationalisation des politiques publiques mondiales, plutôt que pour une gouvernance globale qu'il juge irréaliste.

Selon lui, les pressions venant de citoyens nationaux préoccupés par des questions mondiales sont bien plus efficaces que les mesures prises par les organes de la "gouvernance globale".

Les décisions des organismes supranationaux sont, par nature, inefficaces : "Parce que leur responsabilité envers les électorats nationaux est indirecte et incertaine, ils ne créent pas l'allégeance - et la légitimité requises, pour des institutions véritablement représentatives". (Au cas où passerait par là un taurillon, je signale que Rodrik ajoute immédiatement : "de fait, les incessantes difficultés de la construction européenne montrent les limites de la volonté de construire un espace politique trans-national, même au sein d'un ensemble, de taille limitée, d'états relativement homogènes".)

Rodrik décrit donc un monde idéal d'activistes à la sensibilité globale, agissant sur des gouvernements nationaux et responsables. Ce n'est que dans un deuxième temps que ces pressions locales influeraient sur le niveau global.

Cela peut paraître irréaliste.

Il me semble cependant que c'est la seule façon de s'assurer que l'on ne mette pas la charrue avant les boeufs : transférer des pouvoirs exercés démocratiquement à des entités irresponsables est le moyen le plus sûr d'arriver au rien actuel.

Si la chouette de Minerve ne s'envole qu'à la tombée de la nuit, on pourra peut-être plus tard reprocher à la construction européenne d'avoir voulu prendre son essor dès l'aube.

Que l'erreur de cette construction soit un rythme fautif plus qu'une visée injuste, n'en fait pas moins une erreur.


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Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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CVT 09/07/2013 13:41


@Griesmar Denis,


Le Taurillion en question est le blogueur auquel Edgar répond dans son billet.


Pour le reste, je suis d'accord avec tout ce que vous avez écrit, notamment sur le nouveau St Empire Germanique Romain et ses conséquences.


Si on veut rester fidèle à l'histoire de notre pays, il serait a priori de notre devoir de nous opposer à son émergence comme le fit François Ier contre Charles Quint. Malheureusement, son
lointain successeur François Hollande, notre représentant, n'est pas à la hauteur de cette mission...


 

Griesmar Denis 09/07/2013 09:40


Pourquoi parlez-vous de taurillons ? On ne sache point qu'un françois hollande (les minuscules s'imposent) soit à ce point doté d'hormones mâles ... Le général de Gaulle, qui connaissait mieux la zoologie, les qualifiait de cabris ...


Sur le fond, ce n'est pas seulement le tempo qui est mauvais dans l'"Europe", mais la visée. Les rois de France le savaient bien, qui, face à l'ambition démesurée de l'Empire (A.E.I.O.U.)
cherchaient des alliés de revers (Suède, Pologne, Turquie). Pour résister à l'empire saxon (collusion évidente - bancaire, déjà, dès l'entre-deux-guerres - et partage du monde, nouveau traité de
Tordesillas, que les machiavels au petit pied d'aujourd'hui (Brzezinski, le dear Henry Kissinger ...) appellent "partnership in leadership" : à l'Amérique, le monde ; à l'Allemagne, relais de
puissance indispensable, l'"Europe" ...


Le nouveau "Saint Empire de nations germaniques", qui s'annexe les Européens de l'Est effrayés par la Russie, ne saurait nous convenir. Nous y serons toujours en minorité. Comme disait De Gaulle,
"cette guerre est une guerre mondiale". L'"Europe" est un psychovirus (concept créé par un disciple d'Henri Laborit) visant à faire croire aux Français qu'ils sont plus proches des Lettons
(lesquels, comme les Flamands, célèbrent encore la Waffen SS) que des Québécois. Ce n'est pas innocent.


D'ailleurs sur aucun plan l'"Europe" n'est pertinente. Renault s'est associé à Nissan ... qui n'est pas européen. Et alors ?


 


(Et aussi, qui dit Empire, dit Tribus et "communautés". Fin de la laïcité ...)


La vraie, la seule politique française doit consister à rassembler la Francophonie, la Latinité, à tendre la main à la fois aux Russes et aux Turcs (aujourd'hui plus partenaires qu'ennemis), à
discuter en direct avec les Chinois (comme le font les Allemands - je n'ai jamais entendu parler de "das deutsch-französische Ehepaar !" ...) Bref, à "jouer sur plusieurs pianos".


C'est la seule vision géopolitique digne de la France, et depuis De Gaulle, on cherche qui pourrait bien l'incarner.

alexandre clément 09/07/2013 06:12


C'est de la simple logique. Quand j'étais jeune on avait comme slogan "small is beautiful". Ce qui contestait aussi bien les formes supranationales que les pouvoirs démesurés des multinationales.
Si personnellement je suis pour la nation, ce n'est pas pour un fétichisme d'une forme institutionnnelle passée, mais parce que, à mon sens, c'est seulement à ce niveau qu'on peut faire de la
politique. On le voit bien aujourd'hui avec hollande qui succède à sarko et qui fait à la virgule près la même politique. Le cadre européen lui apermis de se débarrasser de ses res ponsabilités.
Par contre je ne comprends pas ce que les couillons de l'ump lui reprochent.


Rodrik est par ailleurs bien connu des économistes pour sa critique du libre échange.