La lettre volée

Notes et idées : Politique, Bandes dessinées, Polars, Media, Actualité, Europe...

Pour deux ans t'as plus rien

La situation pitoyable dans laquelle nous mène la situation européenne éclate au grand jour avec le délai de deux ans pour respecter les critères du pacte de stabilité que vient de nous octroyer la Commission européenne.

Hollande s'est réjoui de l'épisode : il a montré suffisamment de gages de bonne volonté pour qu'un délai de grâce lui soit accordé.

C'est déja suffisamment pitoyable qu'un président de la république française, dans les dix premières puissances mondiales, soit obligé de se louer d'avoir obtenu un pouce de liberté de la part d'une instance bureaucratique.

Mais la suite est encore plus lamentable puisque la facture arrive directement :

 

lm3.png

 

Evidemment quand on fait un pacte avec le diable, cela a un coût.

De plus en plus, notre politique économique dépend des services de la Commission européenne. 

S'ils étaient au minimum compétents.

Dans un billet récent, Krugman allumait Olli Rehn.

Cet homme, l'un des plus puissants de la Commission, en charge de la politique économique et monétaire, celui donc qui nous pose des conditions, a affirmé récemment que "quand Keynes écrivait dans les années 30, les gouvernements n'étaient pas aussi endettés".

Pas de bol, Krugman sort un graphique qui montre que le Royaume-Uni, où et quand Keynes écrivait, était à 150 % de ratio dette/PIB.

Ce qui est un peu gênant, c'est que personne n'a relu notre brave commissaire ou en tout cas ne l'a corrigé. Nous sommes donc gouvernés par des crétins surpayés qui n'ont rien appris de la crise des années 30, puisqu'ils n'en connaissent même pas les conditions.

Je ne sais s'ils sont réellement idiots ou s'ils sont obligés de prôner des politiques stupides pour ne pas fâcher outre-mesure les pays du Nord de l'Europe. Toujours est-il que Jean-Pierre Vesperini a bien raison d'écrire dans le Monde que nous devons sortir de l'euro - que ce soit pour sauver l'Europe ou pas.

 


Retour à l'accueil

Partager cet article

Repost 0

À propos

Edgar

blogueur parisien depuis 2005

Commenter cet article

odp 22/05/2013 18:02


Et sinon, si pas trotskyste, maoïste? 

odp 22/05/2013 16:55


Je sais. En fait je prends tout ça trop au sérieux. Je suis toujours trop naïf.

edgar 17/05/2013 17:54


ODP:


1929-1935 on peut difficilement imputer un effet de relance sur cette période à la marche à la guerre.


pour les britanniques au sortir de la première guerre, je ne me prononce pas.


krugman vient d'attirer l'attention sur les projections de déficit du CBO, pour dire qu'il ne voit pas l'explosion prédite par les fillons locaux (http://krugman.blogs.nytimes.com/2013/05/15/about-that-debt-crisis-never-mind/?smid=tw-NytimesKrugman&seid=auto)


Je suis ravi de vous avoir permis de découvrir que krugman écrivait des choses intéressantes. de mon point de vue il a le tort de sous-estimer le poids des déficits commerciaux, mais les
américains peuvent se permettre cela, grâce au dollar (jusqu'à quand c'est une autre question).


je choisis généralement des articles courts, et simples, parce que je n'ai pas le temps de discuter des articles complexes en économie. évidemment, je les choisis quand ils vont dans mon sens. à
part ça je n'ai jamais été trotskiste, je ne sais pas pourquoi vous me rattachez régulièrement à ce courant de pensée qui nous a donné tant de grands penseurs.


par ailleurs, et un peu dans le même ordre d'idées, ce blog est un bloc-notes. pour les amateurs de nuances c'est donc en effet ailleurs qu'il faut chercher à se nourrir. j'essaie de mettre en
évidence ce que je crois être les faits saillants de l'économie actuelle. les lecteurs sont seuls juges de la pertinence du propos. bien souvent mes articles sont rédigés à des heures tardives,
sur mes moments de loisir. le jour où les lecteurs me paieront, j'engagerai une équipe de recherche 


blague à part, si vous remontez dans le temps, vous verrez que je me suis beaucoup assagi.


il reste que l'actualité mérite encore de temps en temps quelques coups de gueule et emportements.


salutations !

odp 17/05/2013 16:51


1. Sur Krugman, je pense avoir montré par deux fois qu'il se comportait plutôt comme un propagandiste que comme un débateur sérieux. Tout d'abord, quand il a compare la croissance du PIB en
Europe de 1929 à 1935 et de 2008 à 2014E pour conclure à l'incurie des dirigeants actuels alors que la seule chose que son graphe montre c'est la marche à la guerre et le réarmement lancé par les
nazis, c'est répugnant. De la même manière, quand il utilise le niveau de dette publique britannique après la 1ère guerre mondiale pour disqualifier Oli Rehn dans ses propos sur les déficits
actuels, c'est également, mais dans une moindre mesure, de l'escroquerie intellectuelle, puisque justement la politique économique britannique dans les années 20 et 30 s'est focalisée sur les
aspects monétaires et non budgétaires parce qu'ils n'avaient pas de marges de manoeuvre sur le budget. Et je ne parle pas du fait que si l'on inclue les dettes privées dans le tableau, la
situation actuelle apparaît, sur le plan budgétaire, bien plus délicate que celle des années 30. Tout cela me semble pouvoir être qualifié d'escroquerie intellectuelle. Vous me dites que mes
arguments ne sont pas substanciés, j'ai juste l'impression que vous ne m'avez pas lu.


2. Ceci dit, là où vous avez un point, c'est qu'en effet Krugman n'est pas un escroc. J'ai parcouru plus sérieusement son blog et il est en fait intéressant. C'est juste vous qui avez le don de
choisir les articles les plus tendancieux ou les plus outranciers. Des vestige de votre passé trotskiste j'imagine. 


3. Si vous parliez du policy mix et pas simplement de l'équation budgétaire, soyez plus précis: ce n'est pas évident de vous suivre dans vos simplifications.


4. Sur le change, quelques chiffres: entre le déclencheement de la crise et aujourd'hui, l'euro a baissé de 19% contre le dollar, de 22% contre le yen, de 23% contre le Franc Suisse, de 19%
contre le dollar canadien, de 19% contre le dollar australien et de 9% contre la courronne suédoise. Il n'y a que contre la livre sterling qu'il s'est apprécié de 6%. Pas si mal finalement comme
résultat de policy mix. 

edgar 17/05/2013 10:14


la consolidation budgétaire n'est possible qu'en rétablissant une dynamique de croissance. sinon l'expression huile de ricin visait la poltique européenne pour l'ensemble de sa contribution : le
mix politique monétaire/budgétaire/change/commerce est catastrophique, à des degrés divers selon les moments.


pour ce qui est de krugman escroc, c'est le type même du non-argument : en quoi, pourquoi ?


 

odp 16/05/2013 19:12


@ Alexandre Clément: je ne sais pas de quel gouvernement vous parlez qui aurait fait des avancées sociales considérables tout en relançant l'économie et l'emploi et finalement en rétablissant les
comptes publics, mais s'il s'agit du Front Populaire, je ne suis pas sûr de partager votre enthousiasme.


Sur le plan militaire, l'imposition de la semaine de 40h (équivalent à la fermeture d'1/6ème des usines françaises a dit Paul Reynaud) au moment où l'Allemagne réarme à tous crins frôle le crime
contre la Nation.


Quant aux performances économiques, elles sont franchement mitigées: l'augmentation de 12% des salaires est gommée dès 1937 par une inflation de 17.5%, la production commence à chuter dès 1937 du
fait de la détérioration des marges des entreprises, de goulets d'étranglement liés à la loi de 40h et de la détérioration de la productivité, le commerce extérieur se dégrade (il faut acheter de
la houille à l'étranger car la production nationale a chuté de 10% au printemps 1937), le Franc est attaqué, il faut dévaluer et Léon Blum finit par être poussé à la démission. En 1938, la loi
sur les 40 heures est abandonnée pour faire face aux besoins du réarmement.


Enfin, sur le strict plan du PIB, alors que la France avait connu l'unes des trajectoires les plus catastropiques des grandes puissances de l'époque de 1930 à 1935 (chute du PIB réel de près de
9%) et possédait donc théoriquement une capacité de rebond supérieure, la croissance du PIB réalisée au cours de la période 1936-1938, est la plus faible de celle des grandes économie de
l'époque: +8.9% pour la France, contre +13.1% pour les E-U, +25% pour l'Allemagne, +15% pour l'Italie, +9.1% pour le Royaume-Uni, +20% pour le Japon et +21.4%pour la Russie (http://gribeco.free.fr/spip.php?article32).


Bref, rien de vraiment infâmant mais pas de quoi pavoiser non plus. 


 


http://www.defi-univ.org/IMG/pdf/GD_papier_dette_mai2012-2.pdf


http://www.idhe.cnrs.fr/IMG/pdf/No_8703_Autour_de_la_Politique_Economique_du_Front_Populaire.pdf


http://www.alternatives-economiques.fr/une-analyse-macro-economique-de-la-france-au-xxe-siecle--pierre-villa_fr_art_71_7113.html


http://www.herodote.net/3_mai_1936-evenement-19360503.php


http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/polit_0032-342x_1984_num_49_2_3381_t1_0454_0000_2

alexandre clément 15/05/2013 17:11


odp a l'air très malin, et il nous pond un mini article laissant entendre que Krugman est un escroc et que Keynes soutiendrait aujourd'hui l'inommable olli Rehn. la question n'est pas tant de
laisser filer la dette que de comprendre que l'austérité tue l'économie en général. Lorsque l'économie tue la demande et accroit les inégalités, il est quasi certain que le malheur advienne.


Pour toutes les raisons qu'on connait la politique européenne est un fiasco, tous ses résultats sont mauvais. Il est donc impératif de changer cette politique mortifère. En outre, il faut se
souvenir que la France avait un ratio de dette publique très élevé, ce qui n'a pas empéché le gouvernement de l'époque de faire des avancées sociales très considérables, réduisant les inégalités,
relançant l'économie et l'emploi et finalement rétablissant les comptes publics. Soit l'inverse de ce que préconise cette vieille crapule d'Oli Rehn

odp 15/05/2013 14:29


1/ Dans la théorie générale de l'emploi (1936), Keynes pense aux Etats-Unis et pas au Royaume-Uni justement parce que les Etats-Unis avaient, avec un ratio de dette sur PIB de 40%, des marges de manoeuvres budgétaires que les anglais n'avaient pas.
La grande affaire pour le Royaume-Uni dans les années 20 et 30 en matière économique a été monétaire (niveau des taux directeurs, retour ou non à l'étalon-or, parité avec le dollar) et pas
budgétaire.


2/ Si, du fait de la première guerre mondiale, la dette du Royaume-Uni et de la France était en effet très
élevée avant la crise de 1929, c'était avant tout un problème de stock (i.e. de dette accumulée) et non de flux (i.e. de déficit). Ainsi, les budgets anglais et français au cours des années 20 et
30 sont restés proches de l'équilibre, ce qui n'a d'ailleurs pas empêché ces deux pays de connaître des plages de forte croissance sur la période (et pan sur le nez des keynésiens): pendant les
années 20 pour la France et pendant les années 30 pour la Grande Bretagne.


3/ Cela marque évidemment une différence très nette avec la période actuelle, où les déficits des pays du
Sud de l'Europe ont explosé à des niveaux jamais été atteints au 20ème siècle hors période de guerre (16% en Grèce, 15% en Irlande, 12% en Espagne et 10% au Portugal en 2009). Sur ces bases, il
n'y avait d'autres choix que la consolidation budgétaire et imaginer qu’un économiste puisse recommander à la Grèce d’accroître encore son déficit (à 20%?) est tout simplement un non
sens : même un keynésien patenté comme Yanis Varoufakis (que vous avez déjà cité dans ce blog) admet que la consolidation budgétaire était la seule solution. Cela ne veut pas dire que la
gestion de la situation grecque ait été parfaite, ni même bonne, mais, d’une manière ou d’une autre, il fallait que le pays se rapproche de l’excédent primaire. Ce qui a d’ailleurs réussi,
puisque le déficit primaire a été divisé par 7 en 3 ans, passant de 24.7 milliards d’euro en 2009 et à 3.5 milliards d’euro en 2012. L’austérité marche en Grèce !
      


4/ Par ailleurs, la grande différence avec les
années 30 est le poids de l'Etat dans l'économie. Tout comme il y avait des marges de manœuvres budgétaires du fait du caractère relativement restrictifs des budgets de l’époque, il y avait
également des marges de manœuvres dans l’intervention pour aider a stabiliser l’économie. De nos jours, il n'y en a plus. Quelques chiffres : la dépense publique représentait 25% du PIB en
Grande Bretagne en 1924 et 45% du PIB en 2009 tandis qu’en France les chiffres pour les mêmes dates sont de 32% et 54%. Il va sans dire qu’à ce degré de pénétration dans l’économie l’effet de la
dépense publique s’est sensiblement érodé, sans même parler des risques, réels, de mauvaise allocation du capital. 



5/ Bref, déficits jamais vus hors temps de guerre et pénétration déjà très forte de l’Etat dans l’économie, il y a de fortes chances que sur le fond Oli Rehn ait vu juste : si Keynes était
vivant, il n'aurait probablement pas désavoué la mise en oeuvre d'une politique de consolidation budgétaire en Espagne, Grèce, Portugal et Irlande afin d'éviter un effondrement financier et
aurait probablement recommandé la mise en œuvre de "réformes structurelles" en France et en Italie. En revanche, il aurait probablement également recommandé la sortie de l'euro au moins pour
l'Italie et le Portugal.



6/ Conclusion : Krugman est un escroc, mais ça on le savait déjà.

alexandre clément 11/05/2013 10:19


Oui tout ça toimbe sous le sens. Mais la question est : pourquoi nous complaisons nous dans une politique qui a toujours échoué ? Depuis l'entrée en vigueur de l'euro, tout s'aggrave, mais on
refuse encore de faire une relation de cause à effet. On a encore des europhiles qui disent, oui, mais l'euro ne serait pas un problème si on faisait l'UE avec un gros budget, avec un pouvoir
important etc. Sauf qu'elle n'a pas été faite pour devenir un Etat, mais pour détruire ceux qui existaient, sauf que pour des raisons diverses et variées 2/3 des pays au moins n'en voudront pas,
etc. 


Donc le mieux est effectivement d'en sortir

Gérard Couvert 11/05/2013 10:14


"ils" ne sont ni stupides ni contraints, ils sont complices !


Ce sont les héritiers de la Hanse qui n'ont pas digéré la réussite de la contre-réforme ; c'est la relation au monde des pays du sud européen qui est honni de ces gens-là.


Revoir "le festin de babette" éclaire tout, la guerre économique n'est qu'un moyen de détruire notre art de vivre et au-delà notre arrangement avec les réalités.