La lettre volée

Notes et idées : Politique, Bandes dessinées, Polars, Media, Actualité, Europe...

Post coitum, jour deux

Parmi les idées entendues dimanche soir, une convergence gourmande des Verts, du FN et de quelques autres, pour souhaiter le retour de la proportionnelle.

Le FN est cohérent sur cette ligne : il veut des députés. Les Verts représentent le sommet du délire : si véritablement le FN est le danger le plus redoutable du moment, poursuivre les politiques qui l'ont mené à 25% (25% d'un électorat faible, certes) tout en lui ouvrant les portes de l'Assemblée équivaut à une sorte de suicide.

La réaction la plus solide consisterait à repousser tout changement institutionnel et à profiter de la solidité des institutions de la cinquième république pour changer de politique.

C'était une remarque que j'avais oublié de noter hier soir.

*

Pour répondre aux commentaires sur ces réactions d'hier, quelques lignes.

Un commentateur me reproche de me méfier encore du FN, de ne pas faire le "grand pari" que défendait Descartes le blogueur, en soutenant un courant "républicain" derrière Philippot. C'est le pas que vient de franchir Philippe Murer effectivement. Le FN comprend encore bien trop de gens peu fréquentables pour que je sois tenté.

En sens inverse, on me reproche de faire trop crédit au FN d'un discours anti-européen qu'il ne couche pas noir sur blanc. Il m'a semblé cependant que le discours était assez clair, notamment sur la volonté d'en finir avec l'euro. Il n'est pas impossible que les documents écrits du FN, que je n'ai pas lu, n'en fassent pas état. On peut interpréter cela de plusieurs façons : il s'agit de ne pas effrayer alors que la majorité des électeurs soutient toujours l'euro ; c'est une tromperie, l'ambiguité permettant d'attraper plus de monde.

L'ambiguité existe donc sur ce sujet. Mais l'ambiguité majeure de ce parti réside qu'il s'agit maintenant d'un parti attrape-tout (comme tout parti "de gouvernement"), sauf que le FN attrape du néo-nazi recyclé jusqu'au chevènementiste fatigué de l'attentisme du Che.

Et je crois que le discours européen du FN est notamment ce qui lui permet de l'emporter haut la main face au Front de gauche. Refuser de reconnaître cela empêche probablement de comprendre ce qui se passe. De la même façon, il est exact que le FN baisse en nombre de voix par rapport à la présidentielle, comme l'ont répété nombre de commentateurs. Mais un très bon tableau sur le site d'un candidat UPR montre que le FN fait mieux que de tripler ses voix par rapport aux européennes précédentes, dans la circonscription Nord-Ouest... Pas le temps de faire le calcul national mais ce serait se rassurer à trop bon compte que de sous-estimer le résultat de dimanche.

*

Pour ce qui est de l'UPR, le même effort de clarté intellectuelle doit prendre en compte quelques critiques. Quand Laurent de Boissieu se plaint des réactions de l'UPR suite à un de ses articles, il touche plusieurs fois juste.  Il explique en effet qu'il classe l'UPR en divers-droite. C'est d'abord son droit. Ensuite, pour faire cela il se base sur l'appartenance passée de François Asselineau à un parti créé par Charles Pasqua. C'est, au fond, appliquer à François Asselineau le même traitement que celui-ci inflige à Dupont-Aignan, sans cesse ramené à son passage à la fondation franco-américaine. Il rappelle enfin que le titre de son article n'était pas choisi par lui, mais par sa rédaction.

Je crois que la virulence des réactions de l'UPR sur plusieurs sujets peut expliquer une partie du black out médiatique dont ce parti fait indéniablement l'objet. Je me trompe peut-être, Andy Grove, le PDG d'Intel, ayant notamment estimé que "seuls les paranoïaques survivent".

*

Un commentaire renvoie à une décision du Conseil d'Etat sur la non prise en compte des dépenses de papier non recyclé dans les campagnes électorales. Apparemment on ne recycle d'ailleurs pas que du papier dans ces exercices. La comparaison avec les élucubrations saladières du parlement européen ne joue cependant pas pleinement : je ne pense pas que l'avis du Conseil ait donné matière à pétitions et mailings à l'ensemble des collaborateurs.

Très bien vu pour Baudelaire. Autant je n'ai jamais lu un recueil de poème, autant je reconnais que lire le poème qui va bien au moment qui va bien est une expérience impressionnante.

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Je recommande enfin la lecture d'un article de Christophe Bouillaud sur l'Italie. Il explique que le score de Renzi, présenté comme celui qui ose réformer l'Italie face à qui Hollande n'ose pas "réformer" la France, provient de deux facteurs que l'on oublie de signaler, avant que d'être le résultat d'un goût des italiens pour la réforme à la sauce Bruxelles : le mouvement protestataire Cinque Stelle est perçu comme dangereux et ne constitue pas un recours attractif ; Renzi par ailleurs n'a cessé de dénoncer l'austérité européenne.








 

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Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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jmfayard 02/06/2014 00:04


@Descartes:


Pourquoi prendre en compte seulement les trente dernières années de la cinquième ? Question légitime.


1. Parce que comme le disais, le sentiment est que la stabilité tant vantée de la cinquième n'est qu'un lent pourissement permis par la capacité qu'ont les pouvoir en place de rester immobiles
face aux attentes de la population. 


2. Parce qu'il faut je pense distinguer la période gaullienne (+pompidou qui en est la suite logique) de la période où la cinquième cherche en vain un président réeussirait à rentrer dans les
habits de de gaulle. Disons que je pense qu'un régime parlementaire-primoministériel est en théorie et en pratique moins inconstant en terme d'efficacité.


Si on accepte ma distinction, la majorité de ce que vous évoquez relève soit des réformes sociétales qui ne sont pas l'objet principal des reproches (ivg, peine de mort, pacs, mariage
homosexuel,...) soit ont été avant cette époque où l'élite parisienne fonctionnait encore (nucléaire, TGV, minitel, ...)


Dans les grandes lois récentes, on ne voit guère que les 35 heures... loi qui date d'ailleurs d'une période parlementaire primoministérielle que nous réserve la cinquième (cohabitation)


Sauf que même là si on se regarde les statistiques officielles EUROSTAT/INSEE, on s'aperçoit que si le nombre d'heures légal a été abaissé, la pratique n'a pas suivi


http://epp.eurostat.ec.europa.eu/tgm/table.do?tab=table&init=1&plugin=0&language=fr&pcode=tps00071


 


Nombre d'heures travaillées en 2008 par semaine des personnes ayant un emploi à plein temps (inclus les heures supplémentaires, payées ou non)


France : 41.0 h


Allemagne : 41.7 h


Belgique : 40.9 h


Espagne : 41.9 h


Italie : 41.1h


Royaume-Uni : 43.0 h


Norvège : 39.2 h

Descartes 31/05/2014 16:48


@jmfayard


[D'où la question : qu'a accompli de si admirable depuis 1975-1980 la Vème république ?]


C'est un peu bizarre de comparer l'oeuvre de la IIIème et IVème Républiques avec seulement la moitié de la Vème. Pourquoi ne pas prendre aussi en compte ce qui a été accompli par la Vè dans la
période 1958-1975 ?


Mais bon, prêtons nous à l'exercice: qu'est ce que la Vème a fait depuis 1975 ? Et bien... la légalisation de l'avortement, la cinquième semaine de congés payés, l'abolition de la peine de mort,
la décentralisation, le programme électronucléaire, le TGV, la légalisation des radios libres, création du droit au regroupement familial pour les immigrés, retraite à 60 ans, semaine de 39 puis
de 35 heures, majorité sexuelle à 15 ans, loi littoral... et je pourrais continuer. Bon, ok, certains considéreront certaines de ces mesures plus ou moins "admirables", mais dans l'ensemble il y
a pour tous les goûts...

nationalistejacobin 31/05/2014 12:38


"L'obsession de l'immigration et de l'islam" est une bonne chose. Indépendamment des problèmes sociaux et économiques (qui sont importants et doivent être traités), les questions d'immigration,
et plus généralement d'identité (qu'est-ce qu'être Français? quel modèle de civilisation?), ont toute leur place dans le débat. La nation est une entité politique autant que culturelle, presque
"ethnique" (au sens strict, car "ethnie" n'est pas synonyme de "race"). Ceux qui nous veulent nous vendre une nation purement abstraite, déracinée, diversitaire, multiculturelle ont oublié
l'histoire... 

edgar 30/05/2014 12:11


fd : oui. le fn continue à utiliser à intervalle régulier l'islam comme bouc émissaire. ça va mieux en le disant. philippot est sans doute celui qui tombe le moins dans ce travers, mais il est
exact que sa patronne y verse plus régulièrement. 

fd 30/05/2014 05:42


"bien trop de gens peu fréquentables" ? Si ton critère est celui-là tu ne dois pas aimer non plus l'UPR qui est rempli de dieudonnistes... Le problème du FN, ce ne sont pas les gens "peu
fréquentables" dedans. C'est le bal néo-nazi de Mme Le Pen en Autriche, l'obsession de l'immigration et de l'Islam, le refus de regarder en face l'héritage du colonialisme, des fascismes etc.
Dire que c'est juste "parce qu'il y a des gens peu fréquentables" (sous-entendu : enlevez X,Y,et Z et je rallie ce parti), c'est déjà avoir une main dans l'engrenage.

jmfayard 30/05/2014 00:56


Ben oui, conserver des institutions taillées pour De Gaulle alors que décidément on ne lui trouve pas de remplaçant est une aberration. Le système parlementaire est sans doute moins glorieux mais
historiquement il a bien plus souvent donné des résultats pas trop mauvais :)

edgar 30/05/2014 00:53


t'as raison : elle a accompli la construction européenne. avec la IIIème ou la IVème le gouvernement aurait sauté, au moins en mai 2005. mais de gaulle aurait démissionné en mai 2005. les
institutions de la vème sont trop grandes pour les politiciens du moment. elles mériteraient d'e^tre, à mon avis, mâtinées d'une dose de proportionnelle (au sénat par exemple), mais pas
plus. 

jmfayard 30/05/2014 00:48


Edgar:


Si par stabilité, tu entends uniquement la capacité du pouvoir en place à rester immobile, tu as indéniablement raison, mais dans ce cas, rien ne vaut en terme de stabilité la monarchie à vie et
héréditaire.


Je pensais qu'était impliqué par là davantage, à savoir une capacité à maintenir sur le long terme un climat politique sain qui suit à une juste distance les évolutions de la population.


Petit tour sur Wikipédia pour voir en quoi le bilan des IIIème et IVème république sont si affligeants


IIIème république: lois constitutionnelles, liberté de la presse, lois Ferry sur l'école obligatoire gratuite et laïque, légalisation des syndicats, Dreyfus acquité au bout du compte,
légalisation des associations, séparation des églises et de l'état, accords de Matignon sur les conventions collectives, la semaine de 40h et les congés payés.


IVème république, diabolisée par les tenants du status quo: Reconstruction des infrastructures et de l'économie d'un pays laissé exsangue par la seconde guerre mondiale, miracle économique,
planification (Jean Monnet d'ailleurs) efficace, nationalisations, mise en place de la sécurité sociale, gestion paritaire, préambule de la constitution 1946 dont on devrait continuer à
s'inspirer, comités d'entreprise, réconciliation franco-allemande, construction européenne, extension des congés payés, décolonisation en Indochine, Maroc et Tunisie


D'où la question : qu'a accompli de si admirable depuis 1975-1980 la Vème république ?

edgar 30/05/2014 00:31


JM : la solidité se juge par rapport au carrousel gouvernemental des IIIème et IVème république.


Tu remarqueras qu'aux USA le "marché" politique est encore plus fermé, et favorable aux insiders, sans qu'émerge là-bas un parti tel que le FN (même si le tea-party s'en rapproche, mais reste à
l'intériur du camp républicain).


 

jmfayard 30/05/2014 00:04


La solidité de la cinquième ?


Lent pourissement oui !


Qui est assez aveugle pour ne pas voir que la seule raison pour laquelle le parti national-xénophobe est si haut est que les deux "grands" partis sont dans la situation confortable d'avoir bon
60% et mal an 30% des députés, partant n'ont aucune incitation à ne pas être en dessous de tout depuis bien trop longtemps, le FN jouant là dedans le rôle de "diable de confortdu système"
(formule très juste de Mélenchon).


C'est cela qu'il faut briser pour briser le symptôme front national.