La lettre volée

Notes et idées : Politique, Bandes dessinées, Polars, Media, Actualité, Europe...

Post coitum, animal triste

Juste quelques lignes sur les européennes, en essayant de ne pas reprendre des évidences.

Entendu hier soir Mélenchon dire une grosse bêtise : entre les explications sociales de la crise et les explications "raciales", l'électeur aurait choisi les explications "raciales" du FN (sous-entendu les explications sociales du Front de gauche étaient pourtant les bonnes). Je crois pour ma part que le FN a fait le pari de la rupture de plus en plus franche avec l'UE, rupture qui est principalement économique puisque l'UE est essentiellement un organe de régulation économique, et que ce pari que le Front de gauche n'a pas voulu faire, paye.

Est-ce à dire qu'il ne faut pas s'inquiéter du score du Front National ? Tant qu'on y trouvera des Gollnisch, des bonnes plaisanteries sur Monseigneur Ebola et des conseillers dont les pages Facebook regorgent de plaisanteries racistes, on ne pourra pas considérer le FN comme un parti normal.

 

 

 

 

Visiblement, Mélenchon a été secoué. Puisse-t-il tirer des conclusions politiques de ce choc, et se mettre en bataille pour 2017.

*

Jérôme Guedj, ex-député PS et président du Conseil général de l'Essonne, a lui aussi l'air de vouloir comprendre qu'il est temps de changer de politique, et pas de faire plus de la même chose.

Lire sur son blog, "changeons tout". Extrait : "Il faut repenser de fond en comble notre rapport à l’Europe, repenser la France en tant que puissance mondiale au sein de l’Europe, remettre en cause de nombreux traités européens et mettre sur la table la question de l’Euro. Il faut réinventer cette monnaie, mettre en place le rapport de force nécessaire avec l’Allemagne, car c’est là que réside l’essentiel du problème, pour faire de cette monnaie un outil qui profite à l’ensemble des économies et ne soit pas un frein au développement de tous en dehors de l’Allemagne, comme c’est malheureusement le cas aujourd’hui."

*

Côté gouvernement, on ne changera a priori rien. Je ne sais pas quel conseiller fou a recommandé hier soir à Valls de communiquer de cette façon, mais il avait l'air d'un poisson dans un bocal de formol. L'apparition était surréaliste sur la forme et insignifiante sur le fond. Ce n'est pas en accélérant la réforme de la carte des collectivités locales que l'on créera un emploi.

 

 

 

*

Avec un PS au bord de l'explosion, l'UMP où la bombe des scandales fait tic-tac, la présidentielle de 2017 se présente bien pour le FN. Pour parer à cela, on lit à droite ou à gauche qu'une grande coalition UMP/PS pourrait s'imposer. S'il s'agit de poursuivre ainsi les politiques européennes, ce n'est que reculer pour mieux sauter.

*

Ce que je crois, et espère, c'est que plutôt qu'une victoire du FN, un candidat clairement non raciste rompant véritablement avec l'UE, s'impose à droite ou à gauche, ou les deux : Mélenchon, Wauquiez, Dupont-Aignan ou d'autres. Pour l'heure, aucun d'entre eux ne paraît clair sur l'ampleur des choix non européens qu'il convient d'effectuer. Aucun ne semble non plus avoir la carrure qui lui permettrait de rallier au delà de quelques proches et obligés.

François Asselineau est le plus clair depuis le plus long temps. Mais force est de constater qu'il n'a pas fait de percée électorale, ni même médiatique, même si le score de l'UPR (77 130 voix) dépasse celui du NPA.

*

C'était tout de même une élection européenne. Force est de constater que les institutions européennes sont presque partout rejetées : UKIP premier au Royaume-Uni, FN en France,  un parti anti-immigration en tête au Danemark, Syriza premier en Grèce...

Quelques commentateurs ont essayé de singulariser le cas français, mais il faut lire ce résultat pour ce qu'il est : un rejet massif de l'intégration à marche forcée, de l'européanisation obligée.

*

Pour éviter la montée de partis extrémistes, peut-on compter sur une résorientation par l'UE elle-même des politiques européennes ? Quand on lit que les Verts sont déjà prêts à discuter avec Juncker, on n'a pas l'impression que les institutions européennes soient capables d'une quelconque utilité. Comment un ramassis de combinards sans principe pourrait-il rééquilibrer les pouvoirs européens ?

*

Comme souvent en ce moment, c'est Emmanuel Todd qui a la parole la plus juste, et la plus libre, même s'il se trompe sur l'inexistence de partis autres que le FN prônant la sortie de l'euro - que le FN ne propose d'ailleurs même pas clairement.

A propos de ces élections :

 

"Je crois que depuis le référendum de 2005, tourné par le traité de Lisbonne, je pense que les institutions européennes, dont le Parlement, sont devenues illégitimes.

Et puis il y a une chose (...) : l'arrière plan de la situation, c'est que l'euro est un échec absolu.

Ca a fait de l'Europe occidentale le trou noir de l'économie mondiale.

Et le seul parti qui dit qu'il faut sortir de l'euro est inacceptable, et donc, quelque part, le débat est totalement stérilisé.

 

Donc voilà, je suis très content de ne pas avoir participé à cette mascarade.

 [...]

S'abstenir, c'est signifier que l'on n'est pas dupe de la mascarade. C'est dénoncer l'européisme béat des partis classiques.

C'est aussi dénoncer le Front National en mettant en évidence son appartenance au système.

L'abstention massive aux élections européennes, si elle se vérifie, aura une conséquence pour le moins positive : elle témoignera de ce que la nation demeure le seul échelon démocratique au sein duquel peuvent s'affirmer les solidarités."


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À propos

Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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ND 04/06/2014 18:30


Je pense qu´en disant que le grand gagnant du 25 mai 2014 est le milieu bancaire c´est parce que l´un des leurs, Juncker, sera- sauf court-circuitage - le président qui entrera à la Commission.

jmfayard 02/06/2014 06:29


L'article de Pierre Charasse est faible sur le point qu'il semble aborder dans le titre, semblant oublier que les banques font encore nettement plus la loi (!) à Paris qu'à Bruxelles, comme le
montre avec clarté la comparaison des propositions de séparations des banques de Moscovici (PS, gouvernement fraçais) et Barnier (UMP, commission européene)


----


Par contre, il apporte une précision tout à fait passionnante.


Quant à la désignation du futur président de la Commission Européenne, présentée comme
la grande avancée démocratique du Traité de Lisbonne, elle donnera lieu à des arrangements selon les formules magiques de l’alchimie européenne. Le Traité de Lisbonne est volontairement flou sur
ce point. Mais le Conseil Européen du 27 mai a clarifié les choses. Il décidera à la majorité qualifiée du nom du candidat qu’il proposera au Parlement. Cette majorité qualifiée est celle prévue
par le Traité de Nice et non par la Traité de Lisbonne qui entrera en vigueur sur ce point le 1er octobre
2014. En toute logique, le candidat présenté par le Conseil devrait appar


 


D'un côté cette information, de l'autre a nouvelle que Alexis Tsipras soutient, comme Daniel Cohn-Bendit, la candidature de Junker pour affirmer la
légitimité du vote et celle du parlement européen.


Non décidément, les vrais opposants à la construction européenne ne sont pas l'UPR et autres europhobes officiels, mais les chefs d'état qui comme Sarkozy dans sa récente tribune déclame leur
amour hypocrite à l'Europe tout en sapant les fondations avec une constance résolue.

ND 31/05/2014 22:09


Intéressant article sur notre sujet par ce lien http://latourdebabelworldpress.com/2014/05/30/qui-a-gagne-les-elections-europeennes-les-banques/

ND 31/05/2014 19:36


Personnellement je ne crains pas le Front National, même si je le préfère au parlement anticonstitutionnel de l´Union qu´au gouvernement de la République de France.


Permettez-moi, Edgar, de vous inviter à suivre le point de vue d´Asselineau sur la victoire en deuxième position des électeurs de ce parti, battus seulemant par le silence des abstentionistes,
sur le site upr ( www.upr.fr ) daté du 28 mai dans un entretien avec Agence Info libre, émission France/Europe.

nationalistejacobin 31/05/2014 17:09


@ Gérard,


 


Il me semble (c'est à vérifier) qu'en 2007, aux législatives, DLR était encore considéré comme étant dans la majorité présidentielle, et à ce titre aurait bénéficié d'un financement que l'UMP
peut accorder aux petites formations "amies". Depuis la rupture de Nicolas Dupont-Aignan avec la majorité sarkozyste (survenue le 9 septembre 2007 d'après Wikipédia), DLR se finance tout seul.

fd 31/05/2014 12:36


comme dit un pote à moi, ce score du FN était manufacturé depuis un an. Reste à voir si Sarko ne va pas en profiter pour faire un accord avec  le FN, et nous offrir une alternative
Sarko-Valls à la prochaine présidentielle. Il est temps que je vous trouve une Jeanne d'Arc de gauche

edgar 30/05/2014 12:09


FD : que nenni. j'ai voulu surtout souligner une certaine ambiguité dans la perception du résultat. Je crois que ce score est un signal fort à la classe politique et le fait que le fn soit en
tête, du point de vue de ceux qui souhaitaient émettre ce signal, est une sorte de performance réussie. force est de constater que ce signal n'a guère été entendu, et que par ailleurs le fn n'est
pas un parti très reluisant sur lequel on peut compter pour rétablir une démocratie satisfaite d'elle-même.

fd 30/05/2014 05:45


Je m'indigne du titre sexiste qui sousentend l'image d'un coït vaginal avec Marine Le Pen. Avez-vous voulu insinuer M. le blogueur que la France a fait une "tournante" avec Mme Le Pen comme
Cortex invitait à le faire il y a quelques années ?

Gérard Couvert 29/05/2014 19:11


DLR à "touché" de l'argent de l'UMP ... ah bon, vous avez des preuves ?


Indépendamment de l'absence de raisons pour lesquelles l'UMP ferait cela, je ne vois pas comment cela ne serait pas transposé dans la comptabilité.


La commission des comptes de campagne n'est guère tendre, si des grosses machines comme l'UMP (et dans d'autres cas le PS ou EELV) se font prendre malgré les bataillons de comptables, les
milliers de lignes d'enregistrements et les méthodes sophistiquées je ne vois pas comment DLR aurait pu dissimuler quoi que ce soit.


Je repète que le gourou de l'UPR à un sérieux problème d'égo ; j'ai du mal à croire que cette assoication ait plus de 5000 membres, mais l'important n'est pas là, c'est encore et toujours le
refus d'admettre pleinnement la notion du Peuple souverain, et donc de considérer les motivations du vote : l'identité (au sens buissonien).

Axelzzz 29/05/2014 18:04


re-Bonjour, 


 je n'avais pas écouté Todd lors de l'émission de FCulture de lundi à propos de la mise en résonnance (c'est la question initiale) des résultats électoraux en Ukraine et en Europe. En fait
l'interview est intéressante et sympathique à écouter ce qui ne gâche rien (le ton badin de E Todd dénotant un peu des tristes mines de circonstance qu'on nous sert à l'envi depuis dimanche, au
premier rang desquelles celle de Valls mérite sans doute un prix spécial du Jury, pour son côté art et essai). Il y évoque l'avenir Européen, avenir qui reste très sombre selon lui évidemment.
Mais le point qui me parait intéressant et qui fait directement écho aux propos des UPRiens et DLRistes qui ont émaillé ce blog récemment concerne ce qu'il appelle la 'stabilité' de nos sociétés.


En gros, il explique pourquoi, du fait notamment de leur stratification sociale et de leur vieillissement (DAELII faisant figure à cette aune d'exception) la transformation politique de l'UE et
de l'euro est à son avis sinon tout à fait impossible très improbable. Je crois que cette observation merite attention de la part de tous les souverainistes: d'une part le FN s'il a réussi à
devenir un point de fixation anti-européen du vote des classes populaire ne parvidendra sans doute jamais à convaincre au-delà ou à vraiment prendre le pouvoir; d'autre part, on le voit les
aurtes souverainistes manquent cruellement de structure et d'une organisation politique efficiente. Si, comme le rappelle NJ, DLR est sans doute l'offre politique la plus pragmatique aujourd'hui
en la matière. Mais même si DLR n'est pas bloqué au stade embryonaire de l'UPR par des rêves de pureté politique assez déplacés (voire carrément détestables sur le fond), ce parti n'est pas du
tout à l'échelle de l'enjeu qui est de peser dans les décisions. 


La crise de l'UMP actuelle (crisette ou plus je ne sais pas trop) est l'opportunité politique de raviver un courant gaulliste et souverainiste fort qui est en fait la seule voie tant que la
gauche extrême et la gauche du PS reste dans une no man's land idéologique. Ce courant pourrait s'appuyer sur les succès relatif du FN et la faiblesse de Hollande. En gros, Sarko a utilisé
Buisson pour récuprer les voix FN - ça a fonctioné en 2007 et échoué n 2012 - il faudrait maintenant qu'un leader parie sur la ligne Guaino/Dupont Aignan tout en rassurant le centre sur certains
marqueurs idéologiques (l'immigration par exemple, qui passe objectivement au second plan).


L'autre question très ouverte reste celle de  la réaction du PS à cette débâcle. Y aura-t-il même une 'réaction' ?  


Bon j'arrête là car je suis déjà allé très au-delà de mes capacités d'analyse politique. Mais je crois que le spleen (ou la tristesse pour reprendre ton titre) de voir que l'on perd précisément
parce qu'on a eu raison à propos de la ligne de fracture idéologique sur l'Europe, peut aussi être l'occasion d'une mise à plat et d'une prise de conscience que le scénario de la crise politique
salvatrice est en fait assez improbable (la crise financière un peu moins).