La lettre volée

Notes et idées : Politique, Bandes dessinées, Polars, Media, Actualité, Europe...

Peter Sloterdijk

Un bon article dans Le Monde de Axel Honneth (Pauvres classes dominantes), qui confirme ce que j'écrivais sur la philosophie rance de Peter Sloterdijk (son point de vue sur les relations France/Allemagne, sa conception monarchique de la démocratie, une autre déclaration platement néolibérale).

Ca commence par recadrer le pourquoi du succès de Sloteridjk le nébuleux : "La popularité de l'essayisme philosophique de Peter Sloterdijk a, depuis le début, partie liée avec la montée en puissance d'un milieu social qui professe pour tous les phénomènes relevant de l'Etat-providence capitaliste le plus grand mépris, sans proposer pour autant la moindre alternative."

Et ça finit par un constat désabusé, où Honneth commente la proposition de Sloterdijk d'une "grève de l'impôt" :

"En définissant l'Etat-providence comme une "kleptocratie", Sloterdijk en est arrivé à un moment de son parcours où il se croit autorisé à prodiguer des conseils politiques. Dès lors que l'Etat-providence, simple instrument au service de la rancoeur des classes inférieures, extorque aux "couches productives" toujours plus de recettes fiscales, le temps serait donc venu d'exiger que les élites exploitées surmontent leur altruisme. Que commence la "guerre civile antifiscale", afin que celles-ci retrouvent le chemin de la fierté et les délices de l'estime de soi.

Cette légèreté à couper le souffle peut paraître risible. Mais ce serait oublier que celui qui la profère est la coqueluche des médias, enfant chéri des politiques, ainsi qu'un intellectuel paré des plus hautes distinctions académiques. Du coup, il peut y en avoir quelques-uns à qui viendrait l'idée de se demander si notre culture démocratique n'aurait pas atteint un degré de déréliction et de superficialité tel qu'elle en vient à renoncer à ses propres exigences."

 

Sloterdijk arrive à point nommer pour donner une philosophie à cette frange de personnes qui se veulent de gauche, ont enterré la social-démocratie avec le communisme, et cherchent désespérément de nouveaux alcools. Les verts par exemple pourraient fort bien faire de Sloterdijk un de leurs penseurs : arrêtons de nos soucier des geignards pour nous occuper du Co2 et autres choses plus importantes pour l'avenir de la planète. Les verts pourraient ainsi se débarasser du souci de toute pensée sociale, celle qui encombre tout le monde aujourd'hui.

Ils ne se rendent pas bien compte que sous couvert de nouveauté et d'emballage conceptuel new look, ils se feront refiler les banalités les plus plates de la pensée ultra-individualiste des années 50 (l'hymne à l'entrepreneur créateur d'Ayn Rand) mélangées au credo anti-fiscal du libéralisme reaganien.

 

 



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Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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CA 28/02/2010 16:20


L'article de Le Goff est plutôt léger. Il y a d'autres travaux récents en science politique qui permettent de voir les effets d'un climat idéologique plus
profond, le développement durable n'en étant qu'une forme de convergence. Voir notamment : http://yannickrumpala.wordpress.com/2009/12/07/la-%c2%ab-consommation-durable-%c2%bb-comme-gouvernementalisation-de-la-consommation/


edgar 29/10/2009 10:07



Eric : merci pour l'idée ! mais il faudrait d'abord que je trouve le temps d'écrire le bouquin définitif qui achèvera l'Union européenne, avant de m'attaquer aux verts...


Dès que ma petite entreprise est à l'abri de la crise ? 



La Règle du Je 29/10/2009 09:41


C'est bien dit. Quand trouveras tu le temps d'écrire un bouquin sur le sujet ? 
En guise d'indication biblio, je te suggère l'article de Jean-Pierre Le Goff dans le dernier numéro du Débat : "Au nom du développement durable". Pas lu mais entendu à la radio. Il semble
s'inquiéter du discours écolo dominant dans lequel il voit ente autres un retour du new age le plus fumeux...


edgar 27/10/2009 18:23


oui. je crois qu'on a pas fini de parler de ce recyclage du néolibéralisme au sein de la gauche désemparée. auparavant il s'agissait de gens de gauche séduits par des arguments de droite, là
l'exercice est différent. Il s'agit de faire d'idées clairement de droite des valeurs de gauche. c'est peut-être le début d'innovations pas très appétissantes...


Antoine Block 27/10/2009 16:31


Effectivement, c'est assez hallucinant.
Benoîtement, je me figurais que la lutte contre l'impôt était l'apanage de la droite (sur le mode : libérons les libertés libérales, finissons-en avec les garrot fiscal qui étrangle l'initiative
individuelle le soir, au coin d'un bois), tandis que la redistribution était une pierre angulaire de la gauche.
Mais, las !
Je vois que les choses sont plus subtiles. Je connais mal la pensée de Sloterdijk (je connais mieux sa bobine tellement télégénique) et j'avais raté ce papier du Monde. Merci donc pour
cette éclairage novateur, Edgar.