La lettre volée

Notes et idées : Politique, Bandes dessinées, Polars, Media, Actualité, Europe...

Patrick Artus contre les évidences du bon sens

 

Il est fascinant de constater à quel point les médias peuvent imposer le formatage des discussions politiques.

Il est admis sur le plan international que les dettes publiques sont le problème du moment et en France qu'il n'y a rien de plus urgent que de résoudre le problème des retraites. Difficile de sortir de là.

On peut donc voir un François Bayrou opposé à Stiglitz en une du Monde, imposant son bon sens paysan qui en appelle à la rigueur budgétaire au beau milieu d'une crise sans précédent.

Contre  cela, il est intéressant de lire, sous la plume de l'économiste en chef de Natixis, Patrick Artus, que le bon moyen pour sortir de la crise aujourd'hui n'est pas de réduire la dépense publique, mais d'élever les salaires dans le secteur privé...


Sa note à ce sujet mérite lecture, j'en reproduis l'introduction :


Dans la totalité des grands pays de l’OCDE, le partage des revenus se déforme ou va se déformer au détriment des salariés.


La hausse induite de la part des profits dans le PIB est dans la plupart des pays peu utile, car elle ne finance pas un supplément d’investissement des entreprises en raison de la situation d’excès de capacité de production.


L’affaiblissement de la demande des ménages qui résulte, d’abord de l’arrêt de leur endettement, puis maintenant de la déformation du partage des revenus, est une des causes essentielles des déficits publics et de la hausse des taux d’endettement public.


Compte tenu de la situation des finances publiques, il serait efficace d’éviter la déformation du partage des revenus au détriment des salariés, ce qui soutiendrait la demande privée et contribuerait à la réduction des déficits publics.


La conclusion vaut aussi le détour :


La faiblesse des salaires renforçant celle de la demande intérieure contribue à l’ouverture des déficits publics. Etant données les difficultés de financement aujourd’hui rencontrées par les Etats, il vaudrait mieux éviter la déformation du partage des revenus au détriment des salariés et réduire, ce qui serait alors plus facile, les déficits publics.


Conclusion pour qui sait lire : pas la peine de réduire les déficits publics si l'on ne soutient pas les salaires dans le même temps, la priorité étant le soutien des salaires, qui ont décroché par rapport à la hausse de la productivité.


 *


A envoyer à François Bayrou et à tous ceux qui essaient de redorer leur blason en jouant aux pères fouettard à bon compte et à mauvais escient.

 

 

 

 

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Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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FrédéricLN 25/06/2010 19:46



Je vote pour le bon sens paysan ;)-


Quand la menace, ce sont les huissiers, l'urgence n'est pas de faire des dépenses "de relance", surtout si elles ne relancent rien du tout.


La célèbre productivité horaire française doit beaucoup ... aux 35 heures. Un salarié produit un peu moins qu'avant, mais pas 10% de moins (par rapport à 39 heures), donc sa productivité horaire
a augmenté. D'autant que dans beaucoup de secteurs, la productivité est mesurée par les coûts (car on ne sait pas faire autrement), or le salarié à 35 heures est payé 39.


Par ailleurs, en période de crise, la productivité dans l'absolu n'est sûrement pas très élevée quand il y a "excès de capacité de production", ce qui signifie qu'on sous-produit par rapport aux
capacités !


Rappelons enfin que Keynes était essentiellement favorable à *l'investissement public* permettant *d'augmenter les capacités de production* (dans une période où la production était limitée par le
manque de capital : de routes, d'énergie, de chemins de fer électriques...). Si on savait aujourd'hui quel investissement public aujourd'hui augmenterait la valeur produite demain, je suis
favorable à cet investissement.


Après, je trouve très bien que la pensée unique ait arrêté de mettre en cause le SMIC comme cause de la faiblesse française, c'était à la fois absurde et indécent. Mais s'il y avait une priorité
d'augmentation aujourd'hui je dirais : l'emploi, l'emploi et encore l'emploi. Objet d'un autre billet !



ungars 30/05/2010 09:11



En réponse à "Je ne m'explique pas le biais en faveur des salariés par opposition aux pensionnés et inactifs. Les inactifs consomment davantage que les actifs".


Ces budgets dépendent de l'Etat, qui est déficitaire : on ne peut donc pas les augmenter. Ils le seront après résorbtion des déficits.



Archibald 27/05/2010 10:14



Il est vrai que Bayrou est particulièrement mauvais sur ce coup-là. Il retrouve son ancienne posture (Europe-rigueur budgétaire) de centre droit. Momentanément , j'espère. S'il persévère dans
cette voie, il peut se désister en faveur d'un candidat du nouveau centre.



sav 26/05/2010 18:56



Artus a raison, bien sûr, ça devient une habitude.


Et pour équilibrer le budget, il préconise, quoique travaillant pour une banque... Une taxe sur le capital :


http://www.marianne2.fr/Taxe-sur-le-capital-d-ou-viennent-les-100-milliards-d-Artus_a193068.html


Ragondi : Artus n'oppose pas ici les salariés et les pensionnés et inactifs mais le travail au capital, les salariés aux actionnaires. Il n'est bien évidement absolument pas partisan d'une baisse
des retraites ni des allocations chômage. Au contraire, en bon keynesien, il est favorable à une augmentation des revenus des ménages.



Ragondi 26/05/2010 09:59



Je ne m'explique pas le biais en faveur des salariés par opposition aux pensionnés et inactifs. Les inactifs consomment davantage que les actifs



Autant en emporte le vent 25/05/2010 21:31



Merci. Cette phrase aussi est à noter : "La
chute des exportations n’a été compensée qu’au Royaume-Uni par la dépréciation
de la devise." Comme quoi, être maître de son destin monétaire n'est effectivement pas si mal.



edgar 25/05/2010 15:33



exact



des pas perdus 25/05/2010 08:52



J'en conclus que les mesures "préconisées" par le FMI ou l'UE nous conduisent à la récession