La lettre volée

Notes et idées : Politique, Bandes dessinées, Polars, Media, Actualité, Europe...

Parfois le courage c'est dire non - Sur Jacques Sapir, la France, la Suède...

Pas beaucoup de temps en ce moment.

Mais quelques sujets s'accumulent pour lesquels un point commun s'impose : il faut savoir dire non.

La Suède se ridiculise par exemple, pour longtemps, en ayant accepté de saisir Interpol parce que lors de rapports sexuels consentis Julian Assange n'aurait pas mis de préservatif. Avec de tels mobiles Interpol aurait du travail pour quelques millénaires.

Eric Besson s'est couvert de ridicule en tant que ministre de l'industrie, lorsqu'il a demandé, en dehors de toute procédure, la fermeture de Wikileaks - temporairement hébergé sur les serveurs d'OVH.

Dans un autre domaine, la France vient d'accepter, en tout cas via la cour d'appel du tribunal de Pau, l'exécution d'un mandat européen d'expulsion d'une française vers l'Espagne. Cette française, Aurore Martin, aurait participé en Espagne à des activités d'un parti interdit, Batasuna. Les militants basques - pour lesquels je n'ai pas une particulière sympathie - soulignent que l'Espagne aurait recours à des traitements abusifs contre les militants de Batasuna. Aurore Martin n'est pas non plus accusée d'avoir participé à des actions violentes. Elle pourrait donc être expulsée en exécution d'un mandat d'arrêt européen. De quoi redonner la nostalgie des frontières et en tout cas aucune raison de se réjouir des progrès de la construction européenne...

Dernier point : l'euro, la monnaie commune et Jacques Sapir.

Jacques Sapir est un économiste brillant et rigoureux, qui ne biaise pas ses analyses pour complaire aux néo-libéraux et aux keynésiens - cf. un papier récent sur la crise. Il préconise donc la sortie de l'euro, avec le retour au Franc, mais le maintien d'une monnaie européenne commune. On recréerait donc une sorte de Serpent Monétaire Européen, avec des plafonds et des planchers de variation autour de valeurs cibles etc. On me demande ce que j'en pense. Pas du bien en réalité. Il est exact qu'avec l'Allemagne comme premier partenaire, suivie par le Royaume-Uni, l'Italie et l'Espagne, nous n'avons pas intérêt à revenir à une trop forte volatilité des changes. Mais le problème du Serpent Monétaire Européen, c'est que de toute façon l'essentiel n'est pas la volonté de se coordonner - on voit bien avec l'euro que la volonté ça s'use. L'essentiel est de définir des règles d'évolution des parités des uns par rapport aux autres. Sinon toute dévaluation est vécue comme une indignité nationale et on se retrouve, comme dans l'euro, avec une monnaie qui n'est pas gérée comme elle doit l'être mais en fonction de critères politiques. Je ne vois pas ces règles chez Sapir. Autant donc ne pas se remettre dans un carcan et poser qu'il y a intérêt à conserver une parité du futur franc avec un panier des devises de nos partenaires commerciaux (lire par exemple ceci).

Il y a un argument politique encore plus important à mon sens : sortir du carcan de l'euro pour en retrouver un autre n'a que peu d'intérêt. Sapir laisse de côté complètement la question de l'appartenance à l'Union européenne. Avec un euro monnaie commune, nous resterions avec une politique budgétaire décidée à Bruxelles, avec les critères du pacte de stabilité ? Quel intérêt ? L'échec de l'euro est plus qu'un problème technique. C'est l'échec d'un projet qui n'a pas de sens : celui de faire de 27 pays un seul - e pluribus unum. Il faut avoir le courage de dire non à cela sans chercher à contourner l'écueil.

 

Des fois, c'est simple : mettre Assange en prison, c'est non ; expulser en Espagne, où elle risque des brutalités,  une française qui n'a commis aucune violence, fût-ce - surtout - au nom du droit européen, c'est non ; soumettre plus longtemps la France à l'imbécilité de l'acharnement européen, c'est non. Il est temps que le peuple récupère son droit de dire non, et de voir sa volonté s'imposer. Ceux qui réduisent à rien ce non sont ceux là mêmes qui aggravent la crise et préparent des violences. Personne d'autre.

 

*

Un peu de Camus pour finir. C'est beau.

La révolte naît du spectacle de la déraison, devant une condition injuste et incompréhensible. Mais son élan aveugle revendique l'ordre au milieu du chaos et l'unité au cœur même de ce qui fuit et disparaît. Elle crie, elle exige, elle veut que le scandale cesse et que se fixe enfin ce qui jusqu'ici s'écrivait sans trêve sur la mer. [...] Qu'est-ce qu'un homme révolté ? Un homme qui dit non. Mais s'il refuse, il ne renonce pas : c'est aussi un homme qui dit oui, dès son premier mouvement. Un esclave, qui a reçu des ordres toute sa vie, juge soudain inacceptable un nouveau commandement. Quel est le contenu de ce « non » ? Il signifie, par exemple, « les choses ont trop duré », « jusque-là oui, au-delà non », « vous allez trop loin », et encore, « il y a une limite que vous ne dépasserez pas ». En somme, ce non affirme l'existence d'une frontière.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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olyvier 09/12/2010 19:53



Ceux qui réduisent à rien ce non sont ceux là
mêmes qui aggravent la crise et préparent des violences.


Oh que "oui", si j'ose dire.



fd 09/12/2010 12:20



" En Espagne, pays dans lequel Batasuna est interdit, la justice soupçonne Aurore Martin d'appartenir à ETA et lui reproche d'avoir participé à des conférences de presse, à des meetings et
d'avoir signé un article en langue française dans le journal « Gara ». Et, plus étonnant, d'avoir participé à un meeting et à une conférence de presse en France, où, pourtant, Batasuna est un
parti politique En Espagne, pays dans lequel Batasuna est interdit, la justice soupçonne Aurore Martin d'appartenir à ETA et lui reproche d'avoir participé à des conférences de presse, à des
meetings et d'avoir signé un article en langue française dans le journal « Gara ». Et, plus étonnant, d'avoir participé à un meeting et à une conférence de presse en France, où, pourtant,
Batasuna est un parti politique « Si la justice française répond favorablement à la demande de la justice espagnole, cela reviendrait à une illégalisation de fait de Batasuna en France
et à appliquer ici un état d'exception qui règne en Hégoalde », soulignait Xabi Larralde, lui-même membre de Batasuna, qui a participé aux mêmes réunions qu'Aurore Martin, mais n'est pas pour
l'heure visé par un tel mandat d'arrêt. Car pour les abertzale, le cas d'Aurore Martin servirait de test, pour affiner la procédure, avec quelqu'un de moins médiatique." http://www.sudouest.fr/2010/11/18/le-precedent-d-aurore-martin-242251-754.php Il est urgent que M.
Asselineau aille expliquer aux nationalistes basques (6 % aux dernières élections régionales en France) qu'il faut sortir de l'Union européenne.



fd 09/12/2010 12:07



Très bien !



edgar 09/12/2010 09:52



eurokritik : la propagande européenne est telle qu'on a l'impression que la France s'évaporerait hors de l'Union.


Il faudrait évidemment gérer cette sortie. Les marchés financiers, sachant que l'euro est une contrainte intenable, pourraient tout aussi probablement saluer la sortie de l'Union que la déplorer.
cela dépendra de la qualité du plan de sortie qui est présenté. Nous retrouverions déjà les quelques 10 milliards d'euros annuels que nous coute l'union. nous pourrions ensuite prévoir un
redressement budgétaire sur quinze années, et pas la purge accélérée en trois années que nous impose l'Union. Par ailleurs, avec un fort taux d'épargne domestique, il est étonnant que 70ù de la
dette française soit détenue par des étrangers. Il est possible de corriger cette dépendance extérieure excessive. Par exemple en lançant un grand emprunt au moment de la sortie, pour ne pas
avoir à faire appel aux marchés.


Le gain principal de la sortie de l'euro est que nous retrouverons de nombreux degrés de liberté. A nous de les utiliser tous de façon intelligente. De toute façon nous ne pouvons guère faire
pire que ce à quoi nous mène l'euro.


Car ceux qui alertent sur les dangers de la sortie de l'union ne rappellent guère à quel point elle nous tire vers le bas...



Eurokritik 09/12/2010 09:26



Mais une fois sorti de l'euro, qu'elle peut être la marge de manoeuvre possible, en terme de politique économique ? La contrainte exercée par les marchés financiers ne nous empêche t-elle pas de
mener une politique réellement indépendante ?