La lettre volée

Notes et idées : Politique, Bandes dessinées, Polars, Media, Actualité, Europe...

Onédan la merde

Ce blog est souvent d'un goût très sûr et d'une expression soutenue. Ce titre ne signale dons pas une dégradation subite de mon état mental, il renvoie à un très bon article de Brumes, qui m'a fait rire dans mon bus (pas trouvé mieux comme compliment).

Après Ali Devine, c'est le deuxième blog tendance conservateur/désabusé que je recommande, probable signe que je deviens moi-même un peu des deux.

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Logiquement, compte tenu de la ligne de ce site, j'aurais dû publier tous les jours pendant ces européennes. Le manque de temps m'en a empêché, ainsi qu'un certain manque de motivation. Le FN va faire un gros score, le PS l'aura cherché, Mélenchon est perdu entre l'économie de la mer et l'euro révolutionnaire qu'il souhaite promouvoir, l'UMP compte ses conventions et n'a rien à proposer... J'ai quand même noté deux ou trois choses que je souhaitais faire partager, en vrac.

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Yvonne Bollmann m'écrit pour me signaler un article qu'elle a écrit sur Martin Schultz. Effectivement, en ayant parcouru quelques lignes, ça ne sent pas super bon. Le gentil barbu francophone semble s'inscrire dans une pensée allemande très ethniciste et profondément ancrée, puisqu'elle n'épargnait pas Willy Brandt. Le genre de doctrine qui aboutirait à une Europe des régions assez originale, du genre défendu par les Verts.

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Une petite note de Natixis : l'euro n'est pas près de baisser

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Jean Gadrey consacre un long article à défendre la gauche alter qui s'attache à l'euro malgré tout (trois pages, 1, 2 et 3). Malgré tout ou über alles ?

Mauvaise blague à part, je vois plusieurs défauts à son raisonnement :

- il comprend que l'euro est une mécanique infernale qui accroît les déséquilibres entre pays d'une façon implacable. Il ne veut pas y croire, au nom d'un idéal politique qui rendrait les lois de l'économie dépassées ("Quand je lis ces démonstrations, je suis perturbé. Et puis j’essaie de me ressaisir en me disant que c’est de l’économie, seulement de l’économie, et que les économistes peuvent se tromper, même ceux que j’apprécie. L’avenir d’une monnaie unique et de son espace économique ne serait qu’une question de compétitivité comparée ? Il n’y aurait que deux grandes « armes » : la dévaluation et l’austérité salariale ?") Ca n'est pas un argument, c'est un voeu pieux ;

- il note que, de 1993 à 2008, les déséquilibres entre pays membres de la zone s'étaient réduits. Il oublie juste de rappeler que certains indicateurs convergeaient (l'emploi, la croissance), mais que les déséquilibres couvaient sous la forme de transferts de capitaux massifs de l'Allemagne (et de la France et d'autres) vers le sud. Mon avis est que la crise financière n'a été qu'un déclic qui a amené à apercevoir ces piles de dettes que l'on souhaiatit cacher sous le tapis. Mais la crise européenne d'aujourd'hui n'est pas née d'une crise bancaire. C'est, à mon sens, le système de change fixe qu'est l'euro qui nous empêche d'absorber la crise et de la dépasser ;

- il pense que les "conservateurs et les lobbies d’affaires" ont plus d'influence dans un état national qu'au niveau bruxellois. Je crois qu'il a factuellement tort. Par ailleurs, il note que Hollande pourrait être, sur certains points, plus libéral que la Commission. Sauf que Hollande le paiera électoralement alors que la Commission est beaucoup plus stable politiquement, compte tenu de son mode de désignation. De façon générale, Gadrey ne se contente pas d'invoquer un dépassement de l'économique par la volonté politique, il ne se soucie pas trop, non plus, du mode de décision de l'Union européenne. La structure de l'Union n'a aucune chance de permettre l'émergence de politiques sociales avancées, alors que l'arrivée de gouvernements socialement progressistes dans des pays européens est plus facilement concevable.

Bon. Il y aurait beaucoup à dire mais les articles sont à lire pour comprendre où en est la réflexion du côté des économistes atterrants atterrés et de la gauche qui défendra l'euro jusqu'au dernier grec.

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C'est pas moi, promis

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Les gens du M'PEP sont assez décevants. Je me souviens d'échanges par courriel avec l'un de leurs représentants à une époque où ils soutenaient encore l'euro. Maintenant qu'ils ont vu la lumière, ils ressortent un article de François Asselineau qui prônait l'abstention aux européennes de 2009, pour le lui balancer dans les gencives alors que son parti présente des listes. L'ardeur des nouveaux convertis. Peut-être devraient-ils aussi méditer cette citation de Juncker, qui s'assoit déjà sur le taux d'abstention : "Le succès du projet européen "ne se mesure pas à l'aune du taux de participation", a estimé mardi à Bordeaux Jean-Claude Juncker, candidat conservateur à la présidence de la Commission européenne". Juncker devrait préciser que le succès du projet européen ne se mesure en effet jamais.

C'est de bonne guerre mais ça tourne au minable quand on constate qu'ils bloquent les commentaires qui essaient d'apporter un autre éclairage à leur argumentation. Manquent de panache, de hauteur de vue et d'ouverture ces braves gens. Ils ont néanmoins pondu un article bien senti sur la fable que l'on entend partout dans la bouche des populistes européens, qui proclament que le parlement européen pourrait s'opposer au futur traité transatlantique.

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Sur l'Ukraine, quelques lignes de Bernard Guetta, qui ne nie pas les responsabilités européennes dans l'affaire :

"Les faits sont là. Ils ne sont pas discutables mais cela n’efface pas les responsabilités plus lointaines mais profondes des Etats-Unis et de l’Europe.

 La première aura été d’avoir trahi les engagements qu’ils avaient pris lors de l’éclatement du bloc soviétique. Face à Mikhaïl Gorbatchev qui ne voulait pas utiliser la force contre les nations d’Europe centrale qui s’affranchissaient à la fois du communisme et de la Russie, les Occidentaux avaient alors solennellement déclaré qu’ils n’en profiteraient pas pour étendre les limites de l’Alliance atlantique en y intégrant les pays sortant du bloc. On sait ce qu’il en a été. Les Occidentaux ont très vite fait ce qu’ils avaient dit qu’ils ne feraient pas."

Lire l'article complet sur le site de Libé.

Avec ce raisonnement en tête, on peut comprendre à quel point l'affiche du Modem/UDI est non seulement simplette mais également fausse :

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Si l'on suit Bernard Guetta, ce sont bien les occidentaux et l'Europe qui nous ont rapproché de la guerre en Ukraine...


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Voilà. Je crois qu'avec tout ça j'ai justifié mon titre. Bonne fin de semaine...

 

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À propos

Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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DAELIII 22/05/2014 16:09


Permanence allemande et retour vers le futur ? Les serpillières de tous temps ont été faites pour que l'on s'y essuie les pieds brenneux.