La lettre volée

Notes et idées : Politique, Bandes dessinées, Polars, Media, Actualité, Europe...

Nicolas Dupont-Aignan dans l'impasse, suite...

Je n'avais pas prévu de donner une suite à cette description des limites relevées dans le discours de Nicolas Dupont-Aignan. Mais Laurent Pinsolle, dans ses commentaires, m'incite à poursuivre.

 

Tout d'abord je reconnais qu'il y a une certaine injustice à critiquer NDA, qui a au moins le mérite de poser certaines questions, à l'heure où Martine Aubry redécouvre le care, une philosophie qui m'a tout l'air filandreuse, genre supplément d'âme pour vieilles dames charitables.

 

  Pour ce qui est de NDA, son programme souffre cependant d'une incohérence majeure à mon sens, renforcée par un positionnement parfois râs-des-paquerettes (j'ai le souvenir de slogans étonnants aux dernières régionales : "votez pour vous" (sic) et "la défense des automobilistes").

 

Allons donc pour l'incohérence majeure : on ne peut, à mon sens, sans mentir aux électeurs, prétendre modifier radicalement l'Union européenne sans appeler en même temps à en sortir.

 

  Il faut prendre la mesure des choses et éviter de prendre les gens pour des idiots : il a fallu SEPT années pour modifier le taux de la TVA sur la restauration - plus longtemps que pour aboutir au Traité de Lisbonne après l'échec du premier traité constitutionnel.

 

L'Union européenne est une construction historique qui repose sur quelques grands équilibres contre lesquels on ne peut rien.  

Si l'on parle d'Europe, l'Allemagne ne peut l'accepter sans un euro fort - ruineux pour les autres. Le Royaume-Uni n'y tient que pour les aspects de libre-échange.

  Toucher à ces grands points c'est s'exposer à un refus immédiat. Or NDA propose de toucher aux deux, en revenant sur l'euro fort et sur le libre-échange intégral. Fort bien. Cela signifie que s'il veut appliquer les mesures d'assouplissement du pacte de stabilité et de protection commerciale, il part pour un minimum de cinq années de négociations. Un mandat entier à pleurer pour obtenir le droit d'appliquer des politiques jugées nécessaires pour la population ? Est-ce bien raisonnable ?  Et digne ?

  La modération, si l'on considère que les politiques européennes sont néfastes, consiste à en tirer acte et, dès maintenant, à expliquer aux français qu'on ne peut avoir le cadre européen et des politiques sensées (de même qu'on ne peut avoir le cadre européen et un président qui préside.) Ne pas le faire relève, au choix, du cynisme ou de l'inconscience.  

  Laurent Pinsolle m'explique d'abord que je suis opposé par principe à toute forme de construction européenne. Je ne comprends pas l'argument. Je ne suis opposé ni à de la coopération internationale, ni à une autre Europe qui fonctionnerait démocratiquement (en 1992 j'ai voté oui, bien à tort) et aurait un sens. J'estime simplement que l'Union européenne n'a aucun rapport avec quelque chose d'utile. Je ne me sens pas l'âme d'un bricoleur qui trouve une poignée de portière dans un fossé et reconstitue avec cela une automobile de collection, de Dion Bouton ou autre - c'est fastidieux, surtout s'il doit passer par l'avis de ses 26 voisins...

Pour ce qui est des coopérations industrielles, invoquées par Laurent, des traités bi ou multilatéraux peuvent suffire.

Pour ce qui est de la régulation financière internationale, je te renvoie, Laurent, au très bon papier de Dani Rodrik qui explique exactement l'inverse. Ce professeur à Harvard juge qu'il vaut mieux une diversité de réglementations, tant les réglementations internationales sont vidées de contenu, pour plaire à tout le monde et parce que les grandes entreprises y concentrent leurs efforts de lobbying.

 Laurent me renvoie ensuite au petit livre mauve de NDA, sur l'Europe. J'y trouve ce projet de nouvelle constitution européenne, dans lequel :


"5.1 -Les domaines de compétence obligatoire sont les suivants :

a) Le fonctionnement de l’union douanière et la politique commerciale commune ;

b) La politique commune de l’agriculture ;

c) La conservation des ressources biologiques de la mer dans le cadre de la politique commune de la pêche ;

d) La conclusion d’accords internationaux à caractère commercial ;

e) L’adhésion à un système monétaire européen.
"
 


Donc si je comprends bien, NDA dénonce le pacte de stabilité et le libre échange intégral mais il souhaite réformer la constitution européenne (sans préciser comment) pour réinstaurer immédiatement l'euro et la participation à l'OMC gérée par l'Europe.


Parvenu à ce point, je ne peux que conclure que le programme de NDA est encore incroyablement confus et ambigu, pour ne pas dire inapplicable et vain.


La clause 5.4 est d'ailleurs assez fascinante : 5.4 -Les Etats membres sont incités à coordonner leurs politiques économiques et fiscales et à veiller au maintien de parités appropriées entre les monnaies nationales et l’Euro d’une part, entre l’Euro et les autres monnaies d’autre part.


On retrouve le même pari de la coordination des politiques économiques, qui ne fonctionne pas, et l'invocation faite au maintien de parités "appropriées" sans plus de précisions.


Voilà pourquoi je ne peux prendre au sérieux qu'un candidat qui commence à vouloir réformer en mettant les choses dans le bon sens : d'abord on met fin à l'Union européenne qui ne fonctionne pas, ensuite on voit ce qu'il convient éventuellement d'en conserver (certainement pas la politique commerciale commune et l'euro). Pas la peine de neuf années de négociations pour conserver Erasmus...

Mais si on ne prévient pas les français que les choses doivent se passer dans cet ordre, alors autant renoncer à prétendre qu'on souhaite changer quoi que ce soit. S'il s'agit de faire la charité aux pauvres, l'Union européenne convient parfaitement.


Le succès incontestable de la propagande européenne c'est d'avoir fait croire à tout le monde que sans l'Europe c'est le chaos - l'actualité montre chaque jour, en sens inverse, qu'à cause de l'Europe c'est le chaos.

Si bien que quiconque n'est pas satisfait de ce régime inique se croit obligé de protester de son profond engagement pour une Europe, mais autre. A partir de là cet insatisfait doit avoir conscience qu'il a déjà perdu la bataille intellectuelle : il est réduit à l'insignifiance et à la politique en chambre - ou à prendre rang dans la longue file des politiciens gestionnaires, occupés à réformer comme on taille ses rosiers.


 

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À propos

Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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fd 28/04/2010 14:25



Jean Luc Mélenchon rejoint Edgar : il critique le "babélisme" européen, et plaide pour une Grande France (Grosse Frankreich, Greater France) qui englobe la Wallonie belge : http://www.jean-luc-melenchon.fr/2010/04/quoi-de-plus-grec-quun-belge-en-ce-moment/#more-2922



edgar 26/04/2010 23:11



pourquoi ne suis-je pas étonné de lire que la raison centriste consiste à trouver sensé de vouloir le beurre et l'argent du beurre, l'europe et la souveraineté, la dignité républicaine et la
soumission à l'OTAN, les services publics et le pacte de stabilité ?


Mais finalement Fred, ton soutien bayrouiste est plus gênant pour NDA que le constat que tu trouves mes positions excessives, auquel je suis habitué...



FrédéricLN 25/04/2010 18:17



Bonjour, je ne peux pas me prétendre surpris par les propositions de Nicolas Dupont-Aignan ainsi exposées : bien que je ne le connaisse pas personnellement, il m'a toujours semblé plus sensé que
beaucoup de ses supporters ;-)


Détail du billet, que je partage, la référence au "care" qui me semble en effet une réinvention du "conservatism with compassion"… Argl.



edgar 21/04/2010 15:45



Parce que les décisions ne sont pas prises au même niveau. Les évolutions de l'Union ne concernent que l'eurobulle. Sortir de l'Union concerne les populations de chacun des pays membres. Il me
semble qu'en mai 2005 les français ont montré qu'ils n'étaient pas pour aller plus loin en matière européenne, au minimum.


 



Tythan 21/04/2010 12:37



Vous avez raison Edgar, cette force d'inertie est considérable. C'est d'ailleurs pour cela qu'il faut absolument éviter de disperser ses efforts.


Si la résistance au changement est si forte, alors comment ne comprenez vous pas que la résistance à la disparition de l'UE soit encore plus grande??



edgar 21/04/2010 11:09



je vois bien une différence dans le discours, mais la méthode est la même et les résultats seront probablement identiques : l'Union européenne a une force d'inertie colossale à opposer à tous les
alter-européens.


Par ailleurs il y a une coquile, je voulais écrire tatonnant et pas talonnant !


 


 



Tythan 21/04/2010 10:04



Là Edgar, les bras m'en tombent... Ainsi, vous ne voyez aucune différence entre François Bayrou, Daniel Cohn-Bendit et tous les autres d'une part, et Nicolas Dupont-Aignan d'autre part?
Ce n'est pas sérieux!


J'apprends avec joie que vous n'êtes pas de ceux qui condamne le relatif abandon du qualificatif de "souverainiste" par NDA qui lui préfère le terme de gaulliste... Mais je crains que ce ne soit
pour de mauvaises raisons!


Vous tournez casaque: NDA ne serait pas flou mais talonnant? Mais qu'est ce que cela veut dire? NDA n'est en rien un suiveur, ce serait vraiment un comble!


J'attribue ces incohérences à l'heure tardive, bonne continuation,


Tythan



edgar 21/04/2010 01:38



tythan, c'est gentil et noble d'être énervé pour une bonne cause, mais TOUTE la classe politique française s'oppose à la construction européenne "telle qu'elle se fait actuellement". Cf. les
affiches de Gilles.


Par ailleurs l'appellation "les souverainistes" est imbécile. Les partisans de la construction européenne sont des souverainistes européens ! Qu'on m'explique comment on peut prétendre avoir une
défense, une monnaie et une politique étrangère commune sans souveraineté ? Ca n'a AUCUN sens !


Pour l'appréciation sur le jusqu'au boutisme, ca ne m'impressionne pas. NDA n'est pas flou, il est tatonnant, si vous voulez.


 


 



Tythan 21/04/2010 01:18



Tout comme beaucoup de supporters de Nicolas Dupont-Aignan, l'énervement me gagne... Alors que NDA est l'un des rares hommes politiques à choisir la voie difficile de l'opposition à l'UE telle
qu'elle se construit actuellement, les souverainistes sont encore à le disputer pour des conneries (il n'y a pas d'autres mots) et à lui chercher des poux dans la tête.


Malgré toutes mes explications et les interventions éclairantes de Laurent, Edgar continue de critiquer NDA sans raison. Effectivement, les oui-ouistes n'ont qu'à se frotter les mains!


Edgar, je vous le redis avec toute la sincérité dont je suis capable: votre jusqu'au boutisme ne fait rien d'autre que vous décrédibiliser. NDA n'est en rien flou, j'aimerais vraiment que vous le
reconnaissiez.



maup 20/04/2010 20:47



NDA a eu peur d'être étiqueté "souverainiste". A une époque où nos chers médias (qui ne lui laissaient que quelques minutes d'antenne en pleine nuit) mettaient dans le même panier Villiers, le
Pen et tout ce qui se disait souverainiste. Dommage parce que moi aussi je le trouvais bien. Mais son ralliement (provisoire) à Sarko restera un boulet pour lui.


Depuis j'ai pris mes distances avec les idées de "croissance", de "povoir d'achat" etc. Forcément, ce petit virage personnel me rend NDA plus pâle, moins différent des autres.


Je regarde maintenant plutôt du côté de Mélenchon. Et encore, à confirmer...