La lettre volée

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Les français en avance sur la classe politique

C'est un article de l'un des centres de propagande français sur l'Union européenne, Toute l'Europe, qui met en avant le résultat d'un récent sondage IFOP : 69% des français souhaitent un retour au Franc (il faut savourer les commentaires des partisans de l'Union en dessous de l'article ("qui commande des sondages pareils ?", "du grand n'importe quoi" et celui d'une experte en économie monétaire, encore mieux : "si on avait eu le franc au moment de la crise, on pourrait aujourd'hui se servir de la monnaie nationale pour... jouer au monopoly".)


Ceux qui seraient tentés d'approuver cette dernière opinion avisée liront avec intérêt un article, paru dans les Echos, de Jean-Pierre Vesperini, professeur agrégé d'économie, membre du Conseil d'Analyse Economique, titré Le mythe de l'euro bouclier.


Après avoir montré que chômage et croissance ont baissé récemment de façon identique aux Etats-Unis et en Europe, ce qui prouve que l'euro n'a protégé personne de rien du tout, l'auteur continue...


Extrait :

On voit donc que l'euro n'a été en aucune manière un bouclier contre la dépression venue des Etats-Unis.

Mais cette simple observation ne suffit pas à décourager les tenants du mythe de l'euro bouclier. Pour vanter les vertus de l'euro, ils font appel non pas à l'économie réelle, mais à l'économie fiction, c'est-à-dire à ce qu'ils imaginent qu'il se serait passé si l'euro n'avait pas existé. Et d'affirmer que, en son absence, des tempêtes monétaires se seraient abattues sur l'Europe.

Que se serait-il passé ? Les monnaies européennes se seraient sans doute dépréciées vis-à-vis du dollar, mais dans une limite maximale de 20 %, ce qui les aurait ramenées à leur parité de pouvoir d'achat vis-à-vis du dollar. La livre, qui a perdu 20 % de sa valeur vis-à-vis du dollar au cours de la crise, a fixé la limite maximale de cette dépréciation pour au moins deux raisons : d'abord parce que le secteur financier y tient une place beaucoup plus importante que dans les autres pays européens, ensuite parce que les banques anglaises ont eu une gestion beaucoup plus aventureuse que celle de la plupart des banques européennes. Par ailleurs, sans aucun doute, nous aurions assisté à la dépréciation de toutes les monnaies européennes vis-à-vis du mark, dans la mesure où toutes les économies européennes ont laissé se creuser un écart de compétitivité considérable vis-à-vis de l'économie allemande.

Certes, il n'est jamais souhaitable de laisser sa monnaie se déprécier, puisque cela s'analyse comme une perte de pouvoir d'achat vis-à-vis de l'extérieur. Mais il n'est pas non plus souhaitable qu'une monnaie soit surévaluée, puisque cela entraîne une perte d'activité. Or notre monnaie, c'est-à-dire l'euro, considéré comme la monnaie actuelle de la France, est clairement surévaluée. Elle est surévaluée par rapport à la concurrence des produits allemands à laquelle nous nous heurtons partout en Europe. Et elle est surévaluée par rapport au dollar et aux monnaies qui lui sont liées.

Dans ces conditions, la crise, en l'absence de l'euro, loin de provoquer des catastrophes, aurait eu pour effet de rétablir notre compétitivité vis-à-vis de l'Allemagne et des pays extérieurs à l'Europe, avec les effets positifs qui en seraient résultés pour notre activité économique.


Il y a donc, contre l'Euro, à la fois une volonté populaire forte et des avis d'experts parfaitement autorisés. Ce sera la même chose pour l'Union européenne en général, et de plus en plus.

J'espère que cela donnera matière à réfléchir à certains de mes interlocuteurs sur la blogosphère, qui m'ont souvent expliqué que si leur candidat favori n'appelait pas à sortir de l'Union européenne et se contentait d'exiger, au choix, une Europe qui marche ou une autre Europe, c'était parce que le peuple n'y était pas prêt (juste pour les inviter à répondre, il s'agit de Laurent Pinsolle, de Malakine et de Christophe de l'Observatoire de l'Europe).


Je crois bien au contraire que le peuple est prêt, et n'attend que de rencontrer une offre politique à la hauteur de ses attentes.

*

Amusons-nous encore cinq minutes de la bêtise crasse de la réponse pro-europe à ce sondage. L'auteur du billet écrit, du haut de ses grandes connaissances en économie : "Une évidence : le retour au franc n'est pas envisageable, ni souhaitable." Le débat est donc clos.

Pour le centre de propagande officiel en matière de questions européennes, la solution passe par l'usage d'un billet de un euro. Selon Louis Giscard d'Estaing, cotoyer plus d'euros-papier réconcilierait le citoyen avec la monnaie inique.

Je crois surtout que M. Giscard d'Estaing junior étant député de Chamalières, où se trouve l'imprimerie de billets de la Banque de France, il serait ravi pour ses électeurs qui trouverait là de quoi remplir leur carnet de commande (Toute l'Europe épargne aux lecteurs ce détail sans importance). Pour finir, je ne veux pas de mal aux ouvriers de Chamalières, ils auront aussi du travail quand il faudra réimprimer des francs...






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À propos

Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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edgar 02/03/2010 10:51



Deux niveaux de réponse : de façon statique, Laurent et toi avez parfaitement raison, la question n'est pas la même.


Mais quand on part d'aussi haut sur un sujet très proche, difficile de penser que les français ne sont pas "éducables". Par ailleurs ce sentiment d'abandon et de démobilisation des français n'est
pas un phénomène extérieur à la construction européenne : on a habitué les français à penser que bruxelles va tout résoudre...


Il s'agit donc d'enclencher une dynamique, en ayant bien conscience qu'il appartient aux partis politiques de proposer des solutions qui ne tomberont pas du ciel...


 



Malakine 02/03/2010 10:47


Comme le dit Laurent K, entre regretter le franc (c'est à dire la décennie 90 et sa croissance optimiste) et vouloir y revenir, il y a une petite nuance ..

En ce qui me concerne, ce que j'ai toujours dit c'est que les Français ne sont pas prêt à accepter un message de sortie de l'UE ... Je serais curieux de voir combien seraient favorable à une sortie
unilatérale de la France de l'Union Européenne. ... mais si un tel sondage sort et qu'il donne plus de 40%, je te promets que je change aussitôt de position.

Jusqu'à preuve du contraire, je ne pense pas que la nation française soit endcore suffisamment forte pour être capable de souhaiter un retour à une souveraineté pleine et entière. Il me semble que
la France ne se pense plus que comme une banlieue soit de l'Empire américain, soit de l'Europe bruxelloise. C'est sur ce point que nos avsi divergent, me semble t-il ...


Laurent K 26/02/2010 19:22


Ce chiffre de 69% n'est pas tellement supérieur à 2005 où déjà 61% des Français disaient  regretter peu ou prou le franc (ce qui est quand même différent de vouloir y retourner). La thèse de
la crise et du bouc émissaire ne tient donc pas la route. C’est une tendance de fond montrant que la désillusion par rapport à l’Europe ne cesse de gagner du terrain.


speakfrench 26/02/2010 14:23



 


L'EUROPE EST UN IDÉAL DE PACOTILLE


Il y a un peu plus de deux siècles, la Nation française confiait son destin à la République. Il semble qu'aujourd'hui l'Europe veuille le lui confisquer...


Certains agitent la prétendue "mauvaise image de la France à l'étranger" (*) et dénoncent : "ces Français qui donnent la leçon au monde alors que de Terreurs en Bonapartismes, ils ont la vie
publique la moins démocratique et la moins apaisée du monde occidental" (*). Il faut leur répondre qu'au prix douloureux de la désunion nationale, c'est encore une fois la France qui fait son
travail d'accouchement (politique) de l'idéal. Et qu'il faille commencer par brûler un peu quelques épouvantails bruxellois ne surprendra personne : du linge propre, et faîtes bouillir de l'eau -
l'enfant arrive - et il se présente mal.


Car c'est bien d'idéal dont il est question ici, puisqu'un vingtième siècle épuisé s'est sacrifié sur l'autel de la fin de l'histoire en nous promettant, bonheur suprême, qu'enfin il ne se
passerait plus jamais rien, moyennant quelques concessions indolores à la liberté (c'est à dire : à la faculté) de penser. Mais le sol et même le sous-sol est toujours là : les vieilles économies
animales de la régulation (ces fameuses lois : de la jungle, du marché...) restent à l'oeuvre, et lors même que les foules humaines n'aspireraient plus à rien.


En ce sens, c'est le film "Matrix" qui désigne notre pire cauchemar : monoculture industrielle généralisée des cocooning individuels, chacun absolument isolé et potentiellement relié à tous les
autres. La culture n'a jamais été aussi proche de l'agriculture, depuis 100000 ans !


Mais revenons à l'idéal, c'est à dire à la transcendance. L'animal religieux veut manger l'Homme à la sauce de la déraison, et pas seulement en Europe, et il est aidé en cela par la faiblesse des
rêves qu'on lui (propose) oppose. Car si la modernité décline astucieusement les rêves de désincarnation via par exemple la révolution numérique et celle des transports, ces rêves ne transcendent
que l'animalité végétative (patates de canapés), et en aucun cas l'Humanité en proie aux morts passés et à venir. Or les églises mêmes les plus grossières promettent un au-delà et un surhumain
qui échappent radicalement à nos sociétés civiles sidérées de leur renoncement originel. L'Europe est un idéal de pacotille.


(*) : vieilles lunes, tous media


  



Euromaque 26/02/2010 13:29


Malgré le fait que j'ai parfois rencontré des européistes très raisonnables et tolérants, l'orgueil, le fanatisme et cette volonté de nier la réalité à outrance sera la perte des européistes et du
projet européen. Le réel l'emportera toujours sur l'imaginaire...