La lettre volée

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Le référendum grec et la dictature européenne

Quelques jours après avoir été annoncé, le référendum grec est apparemment sur le point d'être retiré. Entre temps, il aura permis de faire le tri entre les fanatiques de la construction européenne, les partisans de l'eurocrature, et ceux qui restent démocrates.

Dominique Reynié par exemple, en appellait quasiment au retour des colonels :

 

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Sans doute ce politiste pense-t-il que de Gaulle n'était pas un homme d'Etat.

 

 Une autre pièce d'anthologie est l'article "Brisons le tabou d'une souveraineté unique", signé d'une universitaire enseignante en droit public (sic) et publié par Le Monde.

 

Cette brave dame nous révèle ce que les partisans de la construction d'un état européen  se gardent bien d'avouer : seule la loi européenne prévaut aujourd'hui, les états membres ne sont plus souverains. Lisons-la, même pas entre les lignes : "Quelle est la souveraineté d'un Etat seul dans le contexte mondialisé de crise, de monnaie européenne et de lois européennes. Alors, brisons le tabou de la souveraineté du peuple unique. Le cadre d'exercice des compétences n'est plus national, et depuis longtemps. La loi européenne est votée par le Parlement européen et le Conseil de l'Union, eux-mêmes représentant les peuples européens et les Etats. Elle s'impose aux lois nationales et est respectée par les juges nationaux. Dans cette mise en lumière de ce qui devrait être une évidence, il faut dire les choses clairement : non le peuple grec, même s'il rejette le plan d'aide européenne, ne sera pas légitime à le faire. Il ne sera ni légitime ni légal. Pas légitime parce qu'il rejetterait la générosité de ses amis européens. Pas légal parce qu'il oublierait que la règle européenne s'impose à la règle nationale."

 

Cette juriste est dans la position de quelqu'un qui aurait trouvé une montre dans la rue et l'arborerait fièrement à son bras, pendant qu'à la fenêtre le propriétaire légitime crierait "ma montre !"

Là voilà donc qui explique benoîtement que les peuples européens sont dessaisis de leurs souverainetés nationales (par quel acte ? depuis quand ? Parce que nous sommes dans un "contexte mondialisé de crise, de monnaie européenne et de lois européennes" ?).

Peu importe, nous ne le saurons pas, ce n'est visblement qu'un détail pour l'auteure.

 

Ce qui compte, pour les eurocrates, c'est de donner les coups de boutoir finals pour construire leur état fédéral.

 

Ainsi Daniel Cohn-Bendit, qui, sous prétexte de vouloir placer Keynes à Bruxelles, explique qu'il est urgent de transférer des pouvoirs à Bruxelles, pour ne se soucier que plus tard de la légitimité démocratique desdits transferts. Au journaliste qui lui demande, à propos du saut fédéral qu'il souhaite "Si on transfère des pouvoirs, ne faut-il pas transférer aussi de la démocratie vers l'Europe ?" Réponse de Dany : "Si, si, si. Mais cela met un temps. Aujourd'hui, on voit les progrès démocratiques que l'on doit accomplir. Mais si vous voulez décider cela dans les procédures démocratiques de l'Union, cela vous prend quelques années. Il faut faire ratifier les traités dans tous les pays..."

On a donc double forfaiture de la part des eurocrates : ils souhaitent transférer des pouvoirs à Bruxelles sans en avoir la compétence juridique et ne se soucient pas, ensuite, de revêtir ces transferts d'une quelconque légitimité démocratique - on verra ça plus tard.

Il revient à un autre enseignant d'enfumer définitivement le peuple, en expliquant que la démocratie à l'européenne est une démocratie d'un type nouveau : "Nous sommes, à l’échelle de l’Union européenne, dans une démocratie de troisième type qui correspond à la spécificité des institutions européennes."

Ce brave homme n'a pas le courage de dire qu'il souhaite un renforcement des pouvoirs de l'Union , il faut en plus qu'il prétende détenir la vérité : "Ceux qui prétendent que les Sommets européens, comme celui du 27 octobre dernier, sont adémocratiques se trompent."

Ces braves gens ne font que rejoindre  la théorisation de la dictature européenne réalisée par Tommaso Padoa-Schioppa en 2010.

Il importe en tout cas que les citoyens de la république française soient prévenus : leur avis compte pour rien et ils ne sont déjà plus maîtres de leur destin. Ce sont des grecs virtuels, et il ne manque qu'une occasion pour que cela devienne manifeste.

Tout cela, in fine, pour défendre les porteurs de la dette publique. Il est temps de redécouvrir, comme l'a excellement formulé  Dani Rodrik, que l'Union européenne qui se donne comme objectif de s'adapter à la globalisation tout en construisant une souveraineté européenne, ne peut pas être une démocratie. C'était détaillé dans un article de ce blog en février 2009.

 

*

 

Post scriptum : même Quatremer se rend compte qu'il y a un problème démocratique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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À propos

Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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Rolland 05/11/2011 16:37




   "Le meurtre est pour eux la victoire


   Leur oeil par l'ivresse endormi,


   Prend le déshonneur pour la gloire"


Victor HUGO



nicolas 05/11/2011 02:45



Cet article du monde est tout simplement hallucinant. Le plus stupéfiant c'est que les Français ne réagissent pas...pour le moment du moins. J'ai de plus en plus l'impression que tout ceci va
déboucher sur de graves troubles.


Je me rappelle d'un professeur de science-po qui avait du mal à définir l'union européenne et qui la qualifiait "d'objet politique non identifié" (un OPNI).Non ce n'est pas une blague! Je pense
aussi à cette réfléxion d'Annie Lacroix-riz qui parlait d'esprit "science-potique" pour qualifier les tournures intellectuelles des docteurs de cette glorieuse institution. Quand on voit
dominique reynié à la télé, on a vraiment peur. N'oublions pas que le gratin des élites françaises est formaté dans cette école...on comprend!



Torsade de Pointes 04/11/2011 20:56



Merci à Edgar d’avoir attiré notre attention sur cet article du Monde, lequel, effectivement, est une pièce d’anthologie. Ce que cet article a de frappant, c’est la juxtaposition d’un
style cucul-la-praline («les amis européens» – plus glaireux que moi tu meurs) et d’un ton comminatoire digne d’une mère sup de couvent. Cependant, si la thèse de l’auteure se vérifie, thèse
selon laquelle, si j’ai bien saisi, l’UE constitue désormais un État à part entière, et que les anciens États-nations ne représentent plus que des provinces de ce nouvel État, tout mouvement
tendant à recouvrer l’indépendance des anciennes nations serait assimilable à une sédition, et donc réprimable, s’il y a lieu militairement, par le nouvel État central. Le souverainisme serait
hors-la-loi. Voilà à quoi nous aurait mené la si louable méthode Monnet, consistant à prendre des décisions en sous-main, à œuvrer en coulisse, pour ensuite mettre les populations devant le fait
accompli. Autrement dit: l’on ne pourra se libérer de la prison européenne sans action violente; si cette dame a raison, ou s’il se trouve suffisamment de personnes au sommet de l’UE pour estimer
qu’elle a raison, l’on ne pourra faire, pour se libérer, l’économie d’une effusion de sang. Nous sommes tombés dans un piège affreux.


 


Mais peut-être tot ce bel édifice s’effondrera-t-il de lui-même dans les prochains jours. J’apprends sur le site de l’UPR que l’Allemagne fait d’ores et dèjà imprimer de nouveaux
billets de banque libellés Deutsche Mark. Il apparaît de plus en plus probable que l’Allemagne, apparemment douée de peu de «maturité européenne», mais ayant gardé, elle, le sens commun et le
sens de son propre intérêt, quitte sous peu cette pantalonnade européenne qui ne fait plus son jeu. Mais ce serait là une sécession que le pouvoir central de Brussels aurait du mal à réprimer par
la force.



Gérard Couvert 04/11/2011 18:57



Si vous n'avez pas peur de jeter votre téléviseur par la fenêtre, de mourir d'apoplexie, ou de préméditer un meurtre, je vous engage à visioner l'émission d'aujourd'hui (Vendredi 4/11) de "C dans
l'air".


Notre pouffiasse grenobloise est une pure démocrate passéiste et accrochée à la représentativité populaire à coté d'un pisse-vinaigre assensuel nommé Dominique Reynié qui nous explique que le
peuple grec n'a plus le droit de vote parce qu'il n'a pas élus les "bons" !


 



Eric RAT 04/11/2011 11:18



Dans l'article du Monde j'ai été surpris par le commentaire de l'auteure qui justifiait l'illégitimité du referendum par l'exemple d'une commune qui serait placé sous tutelle de l'Etat en cas de
defaillance sans que les administrés aient leur mot à dire.


Une commune n'est pas souveraine et est placé sous l'autorité de l'Etat.


L'auteure sous entend que la Grece serait dans la même situation?


Surprenant pour une professeure de droit qui semble par la même ignoré la pyramide de KELSEN qui place la constitution d'un pays souverain et independant au dessus des traités internationaux.


Il me semble qu'il s'agit d'un des principes fondamentaux de la democratie et de l'Etat de droit.


Donc à moins de considérer la Grece comme une commune de l''Etat UE et nier sa souvraineté, je m'explique mal comment un professeur de droit public peut affimer qu'un referendum national
puisse etre illegal.  


Tenter de légitimer l'intervention exterieur pour contraindre un pays à annuler un referendum populaire est juridiquement absurde, il s'agit d'une ingerence voir d'une agression.


Imaginont la même situation au sein de l'Union Africaine, l'ONU ferait voter une résolution pour légitimer l'ingerence ou pour envoyer l'OTAN ?


 



Joe Liqueur 04/11/2011 10:33



@ Achille Tendon


 


Je ne partage pas tout à fait ton analyse : j'ai toujours pensé que les prétendus fédéralistes ne voulaient pas construire un Etat fédéral. A part quelques doux rêveurs (genre Quatremer) dont le
discours ne dérange pas. Les "fédéralistes" sont profondément reaganiens et atlantistes, ce qu'il veulent construire, c'est un non-Etat, sous protectorat américain. Suivant l'adage bien connu :
"L'Etat n'est pas la solution à nos problèmes ; l'Etat est le problème".


 


@ Achille Tendon


 


La conscience populaire est là.



François GRIESMAR 04/11/2011 01:59



Tout à fait d'accord avec cette mise au point : que tant de gouvernants et de politiciens puissent exiger -- et sur quel ton ! -- l'interdiction ou l'abolition du principe de la
consultation directe des peuples sans susciter un tollé en dit long sur l'affaiblissement de la conscience démocratique au sein des éiltes autoproclamées. Quant à l'argumentation de la
professeure de droit, elle consiste à vouloir habiller d'un vernis de légalité 50 ans de sournois empiètements sur la souveraineté des États, constante et détestable pratique de l'UE et des
supranationalistes depuis les "pères fondateurs" comme J. Monnet. Peut-on espérer que les peuples européens finiront un jour par prendre conscience de la destruction de leurs
droits fondamentaux et en tirent les conséquences ? J'aimerais y croire. En attendant, les Suisses ne sont pas près d'entrer dans "quelque chose où on ne me demande pas mon avis", comme
l'exprimait clairement un ami helvète...


Certes, on peut critiquer M. Papandréou et tout les dirigeants grecs sur de nombreux points, y compris les modalités d'organisation du référendum, le choix de la question posée, etc. Et il faut
garder à l'esprit que la sortie de l'euro ne dispensera pas les Grecs d'énormes efforts (cf. l'Argentine il y a quelques années) et sacrifices car l'hallucinante gabegie qui règne dans ce
pays ne peut continuer dans aucun contexte. Et c'est justement parce des décisions cruciales vitales pour son avenir doivent être prises qu'il est indispensable que le peuple grec soit
consulté.


Pour le reste, la réaction hytérique de M. Sarkozy est logique : coupable de forfaiture en 2007 puisqu'il a foulé aux pieds le vote du peuple français de 2005 rejetant la soi-disant
constitution européenne, il n'allait pas "tolérer" l'idée d'un référendum, en Grèce ou ailleurs...



Achille Tendon 03/11/2011 23:11



Le peuple des robots va se mettre en marche sous les yeux ravis de leurs inventeurs.


Mais où est donc passée la conscience populaire ?