La lettre volée

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Le référendum alsacien, pourquoi non ?

Suite à une question sur mon billet précédent, j'ai cherché quelques éléments supplémentaires sur le référendum alsacien.

Il s'agirait de fusionner départements et régions.

Ma réaction instinctive est de rejeter ce projet.

La région Alsace a déjà obtenu de négocier directement avec Bruxelles les attributions de fonds européens.

C'est une des régions françaises la plus culturellement forte, à l'identité la plus marquée (même s'il faut avoir pénétré dans une librairie locale, être tombé sur le rayon des Malgré-Nous pour comprendre qu'il y a une grande douleur d'être alsacien probablement, ou un malaise toujours présent).

Cette réforme peut donc être comprise comme un petit pas de plus vers une indépendance, ou une forte autonomie, comme en Catalogne.

Même chose avec la scission du département du Rhône et la constitution de Lyon en "métropole européenne", on a l'impression qu'il s'agit, pour les détenteurs du pouvoir parisien, de cajoler quelques féodaux en leur donnant des miettes de la république française en cours de démantèlement (belle phrase de Philippe Richert, président du Conseil Régional d'Alsace : "Paris nous laisse plutôt faire. A nous d'y aller". Paris, en effet, ne sait plus faire que cela : laisser faire.)


On aboutit à la constitution de satrapies locales, où l'arbitraire est bien pire que celui de la république honnie (par les régionalistes les plus virulents).

Il faut avoir connu le pouvoir de Georges Frêche, Septiman le terrible, pour savoir ce que cela peut recouvrir de porte ouverte au pouvoir personnel le plus abrupt.

J'entendais il y a peu que des subventions publiques du Conseil régional de Poitou-Charentes s'appellaient "bourses régionales désir d'entreprendre" : comment dire de la façon la plus directe que recevoir cette bourse c'est faire allégeance à la galaxie désirante de Dame Ségolène ?

Mais tout ceci ce n'est que réaction instinctive.

Et des alsaciens ont apparemment des éléments de réflexion  plus précis.

La réforme est, par exemple, censée simplifier les collectivités alsaciennes.

En réalité, comme le montre le blog de Mathieu Lavarenne, la simplification est en réalité complexification, tant il a fallu concilier les intérêts des baronnets locaux - cf. schéma ci-dessous, recopié sur le site que les lecteurs intéressés liront plus avant. On remarque que les départements sont transformés en conférences départementales et que le paysage final n'a pas l'air plus simple que le précédent...

 

dossier-collectivite-territoriale-d-alsace-mode-d-emploi.jpg

 


 Il y a même une nouvelle version et des complications, puisque Hollande a annoncé à Strasbourg que la ville allait être dotée d'un statut de "métropole européenne". Le schéma devient encore plus rigolo :

 

Schema-CTA---Eurometropole-copie-1.jpg

 

 

Les autonomistes les plus radicaux salivent déjà en Alsace. L'association Unsri Heimet prépare déjà l'absorption de l'Allemagne par l'Alsace : " le destin de notre petit pays [...] est européen, tourné durablement vers l'autre rive du Rhin et non derrière les Vosges".

elsass.png

Jeune Alsace, mouvement associé à Unsri Heimet.


Il ne s'agit pas de nier que le schéma territorial napoléonien a peut-être besoin d'un coup de pinceau. Mais si la réforme alsacienne est le prototype de la future organisation de la France, pourquoi est-ce aux seuls alsaciens, le 7 avril, de décider du futur de nos territoires, comme on dit maintenant ?

Si la réforme passe, avec celle de Lyon, et d'autres à venir, il n'y aura plus de citoyens français. L'un sera ressortissant de la satrapie d'Alsace, l'autre citoyen de la bonne ville de Lyon, le troisième dépendra de l'eurorégion du pays basque. L'essentiel restera que tous ne seront plus soumis, in fine, qu'à Bruxelles, Paris ayant disparu du paysage en tant qu'autorité légitime.

 C'est peut-être une bonne chose que ce projet fédéral européen. Mais les partisans d'un tel projet avancent masqués. Les éléments d'un redécoupage/dépeçage de la république se présentent de façon discrète, subreptice, comme en toute chose européenne, à petits pas.

*

La nullité absolue de l'équipe Hollande sur ce sujet se comprend dans la position du maire PS de Strasbourg, Roland Ries, qui va probablement voter Non au projet,(avec des arguments assez clientélistes) et qui ne comprend pas le chèque en blanc laissé par Paris à des élus locaux alsaciens majoritairement de droite. Le projet est si mal ficelé, au passage, que personne ne sait ce qu'il restera des préfectures départementales en cas de oui. 

*

Le vote aura donc lieu le 7 avril. Je ne voterai pas non, n'étant pas alsacien, mais le coeur y sera.

 

 

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Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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edgar 02/04/2013 14:24


matin calme : faites comme bon vous semble.


il est vrai que l'état a mal loti strasbourg, probablement par un mélange de méfiance et par peur de ne pas arriver à faire aussi bien que ce qu'a fait l'allemagne entre 1871 et 1918. la france a
raté l'implantation de la BCE à strasbbourg par exemple. l'ena était une bonne idée, le tgv est vient bien tard.


en revanche, je vois mal l'état demander la banalisation du régime de sécurité sociale alsacien alors qu'avec ce référendum il encourage le particularisme...


 

Matin Calme 02/04/2013 13:28


j'habite l'alsace.


1/ On veut nous voler nos particularités locales, que ce soit avec notre régime spécial de la sécu ou on paie plus mais ou on est également beaucoup plus pris en charge ( régime spacial
excedentaire )


2/ On veut nous prendre notre concordat et les jours fériés spécifiques que nous avons


 


3/ Nous sommes les seuls à avoir du payer nous même pour avoir droit au TGV ( et encore dans quel délai)


4/ Nous sommes presque systématiqument écartés des grands équipements nationaux.


Alors oui, autant voter pour être plus forts et plus autonomes.


Et encore oui, je passe beaucoup de temps en allemagne et je m'en porte pas plus mal. Certes là bas j'ai le défaut d'être français, mais en France j'ai bien le défaut d'être alsaco. A tout
prendre.. que choisir.


 


 

yvan le terrible 29/03/2013 18:38


concernant les sondages : ls sont parus dans les DNA et l'alsace,appartenant tous deux aucx crédit mut, qui a passé une méga convention avec ... la region alsace, dont le président n'est autre
que le principal instigateur de cette réforme.


Concernant le devenir des trois collectivités : l'intérêt résidant dans le transfert de compétences, et notament la capacité à signer des traités transfrontaliers (nonobstant les questions de
respect de la constitution, mais c'est un autre problème) , n'est absolument pas garanti.  Pire, l'Etat risque de diminuer fortement DGF et DGD.


 


enfin, le schma de gouvernance montre a travers les  conférence de territoire qule clientélisme de l'affaire envers les élus. Un tel schéma pourrait convenir à un territoire de la taille de
la belgique, mais ne plaisantons pas, nous sommes en alsace.


enfin, les économies annoncées s'inscrivent dans le cadre d'une chasse au sorcières anti fonctionnaires (qu a commencée à la CUS). Le statut empêchera le licenciement des fonctionaires en trop,
et sans compétence nouvelle, que faire des doublons et "triplon" (je ne conais pas le temre exact).? créer des postes intermédiaires et d


se perdre en réunionite. pour le coup, oui il y aurait de quoi s'interroger sur le bien fondé de la dépense publique. N'oublions pas enfin que les président des trois collectivités sont eux mêmes
issus de la fonction publique.


enfin bon.


 

edgar 25/03/2013 09:28


paracoua : je ne sais pas pourquoi, mais c'est un fait. j'avais remarqué ça à propos des élections européennes de 2009 (http://www.lalettrevolee.net/article-30891074.html)


par ailleurs entre dom et tom le statut n'est pas identique au sein de l'ue : http://www.revue-pouvoirs.fr/L-Union-Europeenne-et-l-Outre-Mer.html


 

Paracoua 24/03/2013 23:29



@ Edgar: J'ai grandi en Guyane, donc je me doute bien que la situation des DOM-TOM n'est pas tout à fait celle de l'Alsace. Ma question portait sur
l'objet du référendum, non sur le contexte: la question posée aux électeurs est-elle la même? En cas de victoire du oui, les conséquences, au plan strictement juridique et institutionnel,
sont-elles comparables? Ou bien y a-t-il des différences? C'est là ce que je voudrais savoir.


Cela dit, je suis intéressé d'apprendre que "la population française outre mer n'entre pas dans la population française pour tous les calculs européens, comme le pib français pour les
questions européennes est apprécié hors outre-mer". Quelles en sont précisément les raisons, alors que juridiquement ces territoires font tout de même partie de l'UE?



 

edgar 24/03/2013 14:04


zefran: je vois bien les critiques que vous entendez écarter, je ne vois pas d'arguments en faveur de la réforme dans ce que vous écrivez.

Zefran 23/03/2013 17:56


Beaucoup de commentaires sont à côté de la plaque, en plus d'être hors sujet. Vous vous posez trop de questions. Lorsqu'on est alsacien, comme moi, on ne se demande jamais si on est plus ou moins
français, ou plus ou moins allemand.


Nous nous sentons bien entendu français à 100%, et nous avons la chance d'avoir à la fois la culture française et la culture germanique. Cela étant acquis, quelques rappels sont nécessaires :


- les mouvements nationalistes ou indépendantistes que certains evoquent sont non seulement marginaux, mais en réalité, sur le terrain, quasi inexistants. J'y suis né il y a près de 40 ans, je
n'en ai même jamais rencontré... et pourtant je bourlingue pas mal. A côté des Corses, les nôtres sont des enfants de coeur ;-)


- La proximité économique et culturelle avec nos voisins allemands nous suffit amplement, les supposées volontés de rejoindre l'Allemagne relèvent carrément du fantasme...


- Le référendum du 7 avril n'est pas la première initiative de ce type. La même avait déjà été prise en Corse dans les années 90, et s'était soldée par un rejet. Les parties prenantes n'avaient
notamment pas réussi à trouver d'accord sur l'organisation de la nouvelle entité.


- Ce qui est fait aujourd'hui en Alsace est à la portée de toutes les régions françaises, et leur est ouvert. A elles de se bouger un peu.


- Certes, la nouvelle organisation n'est pas parfaite, mais Rome ne s'est pas faite en un jour. Le mille-feuilles administratif est complexe, mais c'est une première étape nécessaire pour adapter
les organes des deux départements et de la région dans le futur.


- Il est parfaitement normal que Strasbourg ne soit pas concernée directement, et son statut de Métropole n'a en réalité pas d'impact sur le projet. En effet, le référendum porte uniquement que
la fusions des conseils généraux et régionaux, et laisse les autres institutions en place.


Pour toutes ces raisons, je vous invite à prendre exemple sur l'Alsace pour demander à vos élus de prendre le sujet en main, afin de rendre nos institutions plus efficaces et plus lisibles.


Votons oui :-)

edgar 21/03/2013 23:11


Jeff, j'ai bien conscience de ce phénomène. Pour avoir moi-même dit, au beau milieu d'une réunion à strasbourg, "nous en France" (léger refroidissement de l'atmosphère garanti), je sais que le
rapport des français à l'alsace est complexe.


strasbourg est une ville superbe, dotée en batiments publics splendides construits par l'allemagne probablement pour flatter les habitants. se disent-ils que l'allemagne les a mieux dotés que la
france ? les français non alsaciens sont-ils complexés de cette richesse ? l'affaire des malgré-nous, que j'ai mentionnée dans mon billet, n'a probablement rien fait pour simplifier les
relations.


avoir mis l'ena à strasbourg était probablement une bonne idée de ce point de vue (d'un renforcement des liens entre paris et strasbourg). le tgv paris strasbourg peut aussi banaliser les
relations ?


il ne faut peut-être pas non plus croire que l'alsace est un cas entièrement à part. la bretagne, le pays basque ou la corser ont tous des spécificités marquées qui en font des territoires à
l'identité locale plus forte.


pour m'être un peu balladé aux états-unis, je sais que l'appartenance à un état est aussi un élément d'identité assez fort. il n'y a pas qu'en france que des tensions existent entre local et
national.


ce que je crois en revanche, c'est que même de votre point de vue, il n'est pas du tout sûr que bruxelles traite mieux l'alsace que la france. et d'abord parce que la première chose que bruxelles
souhaitera faire c'est de piquer à strasbourg le parlement européen (que la france devrait mieux défendre. il faudrait par exemple, ne pas verser le salaire des députés européens français
siégeant à bruxelles. on manque de c. pour faire ça).


par ailleurs, il ne manque pas de potentats locaux qui ont envie de passer par dessus la tête de paris pour négocier avec bruxelles un renforcement de leur fief : les lyonnais font la même chose
avec leur projet de métropole européenne et je doute qu'ils soient des "mal-aimés".


votez oui si cela vous enthousiasme, mais je ne crois pas qu'alsacien je ferais le même choix que vous. 


 


 


 


 

fd 21/03/2013 21:39


J'ai vécu six mois en Alsace. Et je trouve le commentaire de jeff68 assez juste.

jeff68 21/03/2013 20:15


Bonjour,


Tout d'abord je tiens à préciser à l'auteur de cet article que les alsaciens sont davantages "les allemands de la france" que les "francais de l'allemagne". J'entend par là que les alsaciens se
sentent profondément francais. Ils ne souhaitent certainement pas devenir Allemand et ceux meme si l'economie allemande a de sérieux avantages.


Vous avez raison de dire que la fusion des deux departement ne fera faire que peu ou pas d'économie. Vous avez également compris le sens profond et caché de ce réferendum. A savoir un premier pas
vers plus d'independance.


C'est d'ailleurs uniquement pour cela que je voterai OUI.


Je suis jeune, je me sens "habitant de la terre, européen, alsacien et francais. Loin du cliché des indépendantistes fascistes. J'aime la france et pourtant je veux m'en éloigné car j'ai le
sentiment que les francais eux n'aiment pas l'alsace. C'est un sentiment profond que j'ai depuis petit. Personne ne me l'a appris ou imposé. Ce sentiment, énormément d'alsaciens le partagent.


A votre avis pourquoi Paris ne s'inquiète pas de ce référendum et nous laisse faire ? A mon sens c'est parce que nous ne somme rien pour eux.


Pourquoi les medias parlent si peu de ce référendum ? parce que la majorité des francais n'en ont rien à faire de l'alsace. Dans le meilleur des cas nous sommes ces gens avec un accent
"horrible", dans le pire nous ne somme que des "sale bosch" (merci pour la mémoire de mon grand père qui à été dans l'armé francaise en 40 puis a dû allez sur le front russe dans un uniforme qui
n'était pas le sien avant de passer un temps à Tambov).


D'une facon générale je trouve d'ailleurs que le modèle jacobain de la france méprise ses régions et leurs spécifités. Pourquoi vouloir tout uniformiser ? Ne pourrions nous pas protéger nos
cultures régionales au sein meme de la france ? "Tous différents, tous égaux"


Voilà, j'aime la france mais je ne pense pas que se soit réciproque alors je préfère m'en éloigner.