La lettre volée

Notes et idées : Politique, Bandes dessinées, Polars, Media, Actualité, Europe...

Le PDG Hollande

Deux anecdotes et un point commun ne font pas une analyse.

Mais quand même.

J'avais déjà été un peu choqué que Hollande signe l'accord Google/éditeurs aux côtés d'Eric Schmidt. Je suis probablement un jeune vieux con mais voir le président de la république, et surtout ses communicants, présenter comme extraordinaire que le PDG d'une société américaine, fût-ce Google, condescende à poser à côté du chef de l'état m'avait un peu étonné.

Surtout que l'accord avait l'air de beaucoup satisfaire Google, ravi d'éviter une loi, et que Hollande a écarté d'une de ses habituelles blagounettes la question de savoir ce que fera Google après la durée de vie de ce fonds de 60 M€.

Aujourd'hui je lis dans les Echos que Hollande invite les entreprises françaises à "saisir les opportunités" en Grèce.

Il s'agit d'acter le fait que la France a échoué à impulser une relance européenne, et que donc la seule chose qui reste à faire - puisque la Grèce, un genou à terre, est à vendre - est d'en ramasser un maximum (lire l'analyse de Mediapart, dans la même veine, ou encore OkeaNews, encore plus direct).

Dans les deux cas, Hollande entérine l'impuissance publique, la sienne ou celle des autres, et ravale l'Etat, au rang de première entreprise de France. Juste une méga-boite, un peu plus grosse que les autres. 

L'idée que l'Etat puisse être d'une autre nature, supérieur à des entreprises qu'il surplomberait, encadrerait, semble avoir disparu. Sans quoi Hollande ne se serait pas assis à côté d'un Eric Schmidt pour signer un vague compromis commercial (tu me fous la paix et je te file 60M€ plus un coup de pub...), ni n'accepterait que l'on dépouille les grecs de leurs biens publics privatisés.

A travers ses diverses prestations, c'est, sinon au fond, du moins dans la forme, la dignité particulière du politique que brade notre chef de l'état PDG.

 

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Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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CVT 21/02/2013 16:51


@jmfayard,


la version anglaise de UERSS est encore frappant: EUSSR! En english, ca sonne PAREIL que USSR !


Sinon, il y a autre mot qui était utilisé par l'extrême-droite pendant la crise de 29 (arrivée en France en 34) qui a eu son petit succès: BANKSTERs!

jmfayard 21/02/2013 15:50


Hello,


la métaphore euro-soviétique a des antécédents ici et ailleurs, mais il faut avouer qu'avec son bon mot sur l'"UERSS" (plus fin que celui sur Durafour mais même obsession du
passé), Le Pen a voulu marquer les esprits durablement.


En me rappelant l'heureux sort du terme UMPS qui a voyagé de l'extrême droite à l'extrême gauche jusqu'à l'extrême centre, je prends ici et maintenant le pari qu'on le verra ressurgir dans le
débat public dans des endroits insoupçonnés


Add: ah merde il figure déjà depuis deux jours dans les forums de l'U-P-R, mais je jure que je métais fait cette réflexion avant de faire la recherche google.

fd 20/02/2013 23:22


Sur Filoche et l'inspection du travail voici un lien : http://www.filoche.net/2013/02/18/mise-a-mort-de-l%E2%80%99inspection-du-travail/ Sur le cynisme de Hollande, Mélenchon écrivait l'an
dernier que Hollande sous des airs bonhomme avait ce côté un peu "je prends les gens de haut, et je joue cyniquement des coups". Il me semble que Mélenchon disait que pour Hollande la vie n'était
qu'une série de coups, que c'était un joueur amoral. Tout ce que dit Méluche n'est pas parole d'Evangile, mais quand un mec qui a longtemps bossé avec un autre en vient à dire cela de lui (ce qui
était le cas de Méluche avec Hollande), c'est qu'il y a anguille sous roche. De toute façon, je n'ai personnellement jamais vraiment cru à la bonne volonté des socialistes ni à leurs bons
sentiments. Ils sont l'huile qui fait passer la violence du système. A la longue ils ne peuvent pas l'ignorer. Tiens, dans la série "l'Etat s'affaiblit" : Montebourg qui à midi jure qu'il ne
répondra pas au PDG de Titan, et qui le soir même publie sa réponse. Et encore Ségolène VP de la BPI : jadis on donnait des bâtons de maréchaux pour récompenser les bons et loyaux services aux
partis, et aujourd'hui on donne des postes de banquiers...

edgar 20/02/2013 22:14


fred : il me semble qu'avec la grèce hollande flirte d'encore un peu plus près avec le cynisme intégral. à lire quelques titres j'ai l'impression que je ne suis pas seul à le penser.


pour ce qui est de filoche, je n'ai pas vu. envoie moi un article.

fd 20/02/2013 18:04


Euh, on va pas faire comme si on découvrait le fil à couper le beurre non ? Ca fait combien de temps que l'Etat ne pense qu'à "positionner ses entreprises" pour raffler des marchés, et s'abaisse
à poser, non seulement avec des patrons, mais aussi avec la première tocarde qui passe (Ingrid Bétencourt, Florence Cassez) sous prétexte qu'elle a mangé un peu de vache enragée ou qu'elle a eu
un dégât des eaux chez elles, ou avec la première équipe de foot un peu victorieuse, en faisant comme si tous ces gens étaient des divinités incarnées... très au dessus de notre misérable Etat
fait de pauvres ploucs de profs, juges, assistantes sociales, infirmières, flics, balayeurs et... inspecteurs du travail (au fait Edgar, quand est ce que tu nous parles de la réforme de
l'inspection du travail vue par Filoche ?)

DavidOn 20/02/2013 12:24


Bonjour Edgar,


surtout, ne vous privez pas... de continuer à rendre publique vos analyses !!!

edgar 20/02/2013 10:36


Lucien : merci !


Alexandre : oui, mais les élites, et surtout pas Hollande, n'affichent jamais ce choix et prétendent toujours "défendre la république" etc. Il n'est donc jamais mauvais de rappeler périodiquement
ce qu'il en est...


J'ai ajouté un lien vers un article d'OkeaNews, très bon site sur la crise grecque.

alexandre clement 20/02/2013 09:09


Oui, c'est assez juste. Mais si c'est ainsi c'est parce qu'à l'ère de la mondialisation on ne peut pas avoir les deux en même temps : soit les marchés régulent, soit c'est l'Etat. L'élite a
choisi massivement les marchés. D'ailleurs l'Union européenne ne veut pas remplacer l'Etat national, elle vise à la supprimer ce qui n'est pas pareil. La discussion récente sur le budget le
montre.

Lucien PONS 20/02/2013 08:06


Bonjour.


Vos articles sont toujours un vrai bonheur, le souci d'indépendance et le sens de l'intérêt général impregnent tous vos écrits. Le souffle républicain fait beaucoup de bien et encourage à lever
la tête.


Dans cet article pointe en plus la colère et l'indignation devant les renoncements et les trahisons des politiques, surtout quand ceux-là sont théoriquement de gauche. Bravo!