La lettre volée

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Le PC grec appelle la gauche européenne à cesser les larmes de crocodile

Au risque de fâcher une fois de plus M. Luigné, je rends compte rapidement d'un appel récent du Parti communiste grec, assez virulent à l'égard du PCF - auquel Mélenchon est allié pour cette campagne.

Ce blog ayant un lectorat étroit mais motivé, pas mal de gens m'abonnent à des lettres d'information diverses - souvent opposées : je reçois ainsi régulièrement des appels à défendre l'Islam maltraité et d'autres à exercer ma vigilance contre l'Islam maltraitant (salut Gérard).

Là, j'ai reçu un billet du blog "Solidarité Internationale PCF", dans lequel on lit une lettre cinglante du PC grec qui invite Pierre Laurent, du PCF, à "éviter les larmes de crocodile" sur la Grèce.

Au départ, un texte de Pierre Laurent "défendant" la Grèce, maltraitée par les dirigeants européens.

Pierre Laurent y recourt à une tactique courante de la gauche de gauche alter-européenne : s'en prendre à des gris-gris sans toucher à l'essentiel (de la même façon qu'on tape sur les agences de notation sans évoquer le désastre de l'euro).

En l'occurrence, Laurent fustige le plan de rigueur imposé à la Grèce par la méchante troïka (Commission/BCE/FMI) et le méchant Sarkozy.

Ce que répond le PC grec à Pierre Laurent est plus radical, au sens premier du terme :

"Toutes ces mesures se trouvaient plus ou moins dans les programmes du PASOK et de la Nouvelle démocratie, et avaient par ailleurs été prévues par les traités européens, en commençant par le traité de Maastricht. C'est la raison pour laquelle les classes ouvrières Grecques et Britanniques – et bien sûr toutes les autres – ont une si mauvaise opinion de l'UE et de son rôle anti-populaire."

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Pierre Laurent vise des bouc émissaires mais évite soigneusement de s'en prendre à l'Union européenne. Le PC grec tient à lui mettre le nez là où réside le vrai problème :

"Le président du PGE parle d'une « mise sous tutelle » de la Grèce par la Troïka. Est-il au courant que la classe bourgeoise grecque accepte consciemment depuis des décennies de participer aux unions impérialistes de l'OTAN et de l'UE, et que sa participation dans le cadre de relations inter-dépendantes, prévoyait la concession de droits souverains à l'UE et à l'OTAN ? Sait-il que, par exemple, la Politique agricole commune (PAC) ne laisse aucune place à un développement dans le secteur de l'économie agricole qui aille dans les intérêts du peuple ? Il faudrait lui rappeler que la Grèce avait, avant de rejoindre la CEE-UE, un excédent commercial agricole, alors qu'aujourd'hui, à cause de la PAC, elle importe même certains produits agricoles qui sont cultivés en Grèce, tandis que des centaines de milliers de petits et moyens agriculteurs ont rejoint l' « armée » des chômeurs."

Le PC grec enfonce le clou :

"L'entrée de la Grèce dans l'UE, que le président du PGE évite de mentionner[...] constituent l'origine de l'inflation de la dette publique et des déficits pour lesquels le peuple Grec ne porte aucune responsabilité."

 

Et pour que ce soit encore plus clair, le PC grec accuse le PCF (et le Front de gauche puisqu'il est aussi membre du Parti de la Gauche Européenne), de s'être vendus à l'Union européenne :

"Bien sûr, ces « omissions » réalisées par le président du PGE ne nous inquiètent pas, car nous savons très bien que le PGE a prêté un serment d’allégeance à l'UE, et est généreusement financé en tant que « parti européen », c'est-à-dire en tant que parti qui accepte les « principes » de l'exploitation capitaliste qui caractérisent l'UE – cette alliance prédatrice des monopoles. [...] Le PGE, en soutenant l'UE et son système d'exploitation, a choisi son camp. Pour cette raison, il constitue un instrument dans la mutation des Partis communistes et dans la liquidation de leurs caractéristiques communistes. Il ne pose aucun problème aux adversaires de la classe ouvrière et des couches populaires en Grèce, peu importe le nombre d'appels qu'il puisse publier."

 


 

En gros, le PCF, le Front de gauche et l'ensemble des partis membres du Parti de la gauche européenne amusent la galerie et permettent de servir de caution sociale à l'Union européenne.

 

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Le texte du PC grec invite à abolir le capitalisme, je ne les suis pas sur ce point, mais j'approuve en revanche entièrement leur appréciation du rôle du PCF et du Front de gauche.

Il est absurde de persister, contre toute évidence, à prôner une évolution positive d'un système européen, dont chaque jour qui passe montre qu'il est fait pour avancer sans soutien populaire, au bénéfice exclusif des grands groupes et des quelques organisations censément de gauche mais enivrées de strapontins européens (Pierre Laurent n'a jamais été élu au suffrage direct en France, mais est Président du Parti de la Gauche Européenne, financé par l'Union européenne).



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Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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fd 13/03/2012 12:21


Gilles, merci pour ton commentaire sympathique. Si j'ai employé le mot "craché" c'est parce que je trouve que les critiques d'Edgar à l'égard de Mélenchon sont si répétées qu'à la longue ça
ressemble vraiment à une tactique de déstabilisation pour dire "surtout ne votez pas Mélenchon". Bien sûr on critique surtout les gens dont on est proche - je comprends qu'Edgar ne critique pas
autant Bayrou ou Joly avec qui il n'a rien en commun. Mais c'est très pervers, parce que ça revient à détourner les lecteurs de ce blog de l'option la plus crédible parmi les moins éloignées de
leurs convictions. Je vois la même attitude chez des communistes orthodoxes anti-front de gauche, et des "antiimpérialistes" sectaires qui se répandent en insultes parce que Mélenchon n'a pas été
assez clair sur la non-ingérence. Ces gens font le jeu de François Hollande (un ultraeuropéiste ultraotaniste), c'est quand même beau...


Mélenchon fait un boulot TRES DIFFICILE ! ramener au vote beaucoup de gens aigris et dépolitisés. Il leur réapprend des tas de trucs basiques qu'ils ont perdu de vue. Ca lui demande une énergie
folle d'autant qu'il se bat contre un système idéologique qui lui est très défavorable. Je ne suis pas du tout convaincu qu'il ferait mieux en brandissant le drapeau français un peu plus haut, en
annonçant la rupture avec l'Europe etc, car quoi qu'on en dise beaucoup de gens n'ont pas du tout les idées claires sur l'Union européenne, même parmi les nonistes, et trouveraient Méluche
rouge-brun s'il allait trop loin sur ce terrain.


Je ne crois pas non plus que les ouvriers abandonneraient le Front national simplement parce que Méluche serait plus dur contre l'Europe. Mon père,ouvrier à la retraite, ne vote pas Front
national, mais est convaincu que le RER à Paris ne fonctionne pas "à cause des syndicats". Le divorce entre le Front de Gauche et les ouvriers du privé ne tient pas seulement à l'Europe.


Les gens comme Edgar sont trop polarisés sur le vote et les programmes, et pas assez sur les dynamiques historiques. Mélenchon défend une culture de la VIe république, de la mobilisation des
masses etc. Cette culture, si elle arrive à se développer, entrera d'elle même en conflit avec l'oligarchie européiste. Il est dommage de cherche à l'entraver. Je pense que le lectorat très
"middle class" (pour ce que je peux en deviner) de ce blog (comme du mien) gagnerait davantage à s'ouvrir au potentiel de ce mouvement porté par le Front de gauche (petits fonctionnaires,
étudiants, salariés syndiqués) et travailler avec lui, plutôt que de s'en tenir à une posture ironique et moralisatrice à son égard.

gilles 13/03/2012 10:48


Frédéric, toute mon amitié et mon respect pour tes combats littéraires et politiques, je pense notamment à ton engagement sur le terrain en Yougoslavie et à ton livre : « 10 ans sur la planète
résistante » aux Éditions Thélès, je ne vois pas où Edgar dans son texte aurait craché nommément et personnellement sur Mélenchon. Edgar, bien qu'il ne soit pas communiste, comme de nombreux
communistes n'approuve pas la création du « Parti de la Gauche Européenne - European Left » sur des bases européistes et l'hypocrisie de Paul Laurent son président sur la Grèce. Les tendances du
PCF qui ont acceptés la mutation du PCF proposée par Robert Hue au congrès de Martigues en 2000 ont bâillonnés toutes les tendances opposées et tiennent la direction de ce parti et il me semble
qu'eux aussi sont tenus par les financements fournis par l'UE aux partis organisés à l'échelle de l'UE. Ces financements ne sont fournis qu'à condition d'accepter les valeurs de l'UE, ceci
expliquant cela.

Edgar, dans son article, montre un exemple de l'encadrement de l'opposition de gauche permise et tolérée par le système UE. Il y aurait à décrire toute cette galaxie de personnes, de médias et de
relais organisationnels bien pourvus qui élaborent et relaient ce nouveau cours européiste de gauche tolérée par l'UE. « Communistes unitaires », revue « Cerises », Fédération pour une
Alternative Sociale et Écologique, etc …

La question principale posée par Edgar dans son article est non-pas celle d'un retour à l'autonomie de la Grèce, ce que je souhaite qu'il ait le temps et le courage de traiter plus à fond, mais
bien celle de l'utilité du vote pour Jean-Luc Mélenchon aux élections présidentielles et il y répond par la négative de manière un peu abrupte à mon goût.

C'est là tout le dilemme, c'est que le vote Mélenchon, à mon sens est simultanément utile et inutile ! Utile, il l'est pour rééquilibrer le rapport de forces entre les salariés et les
propriétaires des capitaux, faire remonter le niveau de la démocratie, inutile puisqu'il ne combat pas le principal instrument qu'utilisent ses adversaires et même il en accepte le fondement sous
la pression d'une direction du PCF endettée jusqu'au cou et tenue par les financements UE. Mais, il me semble comme toi Frédéric, que plus le vote pour Mélenchon sera important, plus l'aspect
anti-UE aura de force pour s'imposer.


Jean-Paul Sartre
10 février 1977 :
« Si la gauche doit diriger un jour ce pays, elle se doit, à l’inverse de la droite, de regarder la vérité en face. On ne peut espérer séparer aujourd’hui la politique intérieure des problèmes
internationaux ni transformer la société en France sans combattre l’hégémonie germano-américaine sur l’Europe occidentale. »






fd 12/03/2012 17:12


C'est son point commun avec le président de l'UPR, mais les peuples latins sont comme ça. Ils aiment le show du chef. Au Venezuela ça n'empêche pas les comités populaires de fonctionner quand
même à la base.Si un jour il y a confrontation avec l'Union européenne, la mobilisation citoyenne à la base sera décisive. La marche du FdG du 18 mars sera peut-être un test de cette capacité d'
"automobilisation" des gens. L'idéal pour la gauche serait qu'une mobilisation de base se lance comme sur le référendum de 2005, et qu'en son sein une aile radicalement antieuropéenne puisse
prendre place, comme une aile radicalement républicaine a pu progresser dans la révolution française à mesure que les anglomanes accumulaient les déconvenues. Mais pour que la pâte prenne, il ne
faut pas que les antieuropéistes s'excluent d'emblée du jeu et s'asseoient au bord du fleuve comme Lucrèce en s'enfermant dans l'ironie.

edgar 12/03/2012 10:55


en même temps, mélenchon fait un one man show permanent, pas très participatif...

fd 12/03/2012 10:36


Et puis il y a cette démarche de la "révolution citoyenne" que tu ne prends pas en cxompte (toi qui fus pourtant un lecteur attentif de mon "Programme pour une gauche"). Méluche travaille à
mobiliser les gens au quotidien, dans les entreprises, les associations, pour qu'une pression "à la base" se maintienne au delà de l'élection. Bien sûr on peut doute de l'efficacité de la
démarche dans la société d'aujourd'hui, mais il faut en saluer les bonnes intentions, plutôt que de passer son temps à chercher à saboter ces efforts pour le seul plaisir de montrer que soi-même
on est plus intelligent.

fd 12/03/2012 10:32


Apparemment ce n'est pas ce que pense Hollande qui dit que le vote Mélenchon ne compromet pas ses chances.

edgar 12/03/2012 09:39


on peut aussi bien dire que voter mélenchon c'est faire passer sarkozy. sarkozy a bien plus de chances de passer face à mélenchon que face à hollande.


 

fd 11/03/2012 23:10


ben, je ne sais pas, vous êtes sûrement tous très purs et très intelligents. Mais on ne doit pas avoir le même logiciel mental. Moi j'ai publié un livre "Programme pour une gauche française
décomplexée" en 2007 dans lequel je prônais la sortie de l'Union européenne et de l'OTAN en analysant ce que ça impliquait sur le plan de la mobilisation nationale. Pour autant je n'éprouve nul
besoin de cracher sur Mélenchon qui parvient à réconcilier avec la chose publique des milliers de gens désabusés qui viennent maintenant à ses meetings. Rappelez-vous que même dans les années 50
les gaullistes (le RPF) s'étaient posé la question de la participation au régime de la IVe République qu'ils détestaient. Et puis pensez à Robespierre, qui était un radical dès 1789 : croyez vous
qu'il aurait dû se mettre en marge du processus révolutionnaire en disant "la plupart des élus du Tiers Etat sont pour la monarchie constitutionnelle à l'anglaise, moi je me mets en marge du
processus et je critique ce que font les révolutionnaires jusqu'à ce qu'une apocalypse me donne raison et que tout le monde vienne sur mes positions" ? Vous savez parfaitement que si Mélenchon
était président, il serait obligé par la force des choses de rompre avec l'Union européenne. Et vous savez aussi que plus il aura de voix et de supporters actifs (car les voix ne suffisent pas),
plus un Hollande président devra donner des gages de socialisme à son électorat et donc se mettre en porte à faux avec le reste de l'Europe. Mais vous ne voulez pas de ce processus. Vous préférez
dire aux gens "Mélenchon n'est qu'un saltimbanque européiste, ne votez pas pour lui", pour avoir ainsi un Hollande bien social-libéral et eurocompatible à la tête du pays. Dans ce contexte, vous
pourrez continuer à prier pour que l'Apocalypse ait lieu et ramène vers votre tendance un peuple au bord du gouffre. Je ne vois pas la différence entre votre posture et celle de LO ou du NPA. Et
cela ne me paraît pas très responsable.

edgar 11/03/2012 20:30


Fred : pas de tactique, et encore moins celle de l'UPR qui parlerait à travers moi !


plus je l'écoute et moins je comprends mélenchon en réalité.


par ailleurs, si le pc grec exprime, avec une légitimité incomparable, ce que dis depuis un moment, c'est à dire que le Front de gauche cautionne le désastre de l'euro partout en europe, y
compris en grèce, je ne vois pas au nom de quel calcul politicien (ne pas désespérer billancourt ?) je me priverais de le faire savoir à un modeste auditoire ? 


 

DAELIII 11/03/2012 19:35


En histoire il faut une stratégie avant tout, et avant, par dessus, une tactique ! L'UPR a cette stratégie, éclairer les français décervelés par 70 ans bientôt de bourrage de crâne. La tactique
sans cette stratégie, la seule possiblement efficace aujourd'hui, n'a servi, ne sert et ne servira qu'à maquiller des trajectoires politiques personnelles, et par cela même destructrices de tout
espoir de renouveau.


Si la gauche actuelle, sous toutes ses composantes, n'a pas pour stratégie de faire sortir la France de ce Machin, qui n'a d'Europe qu'un nom volé aux peuples qui composent la vraie, c'est parce
qu'elle a, par dela sa faute internationaliste originelle qui la poussait de toute façon sur des voies erronnées, laissé occuper tous ses postes dirigeants par des représentants de la bourgeoisie
française la plus crasse. Songeons à l'arrivée de Miterrand à la tête des socialistes avec la caution de tous ceux qui, alors, dans la gauche non-communiste, avaient une aura de gauche réelle.
Ils avaient une tactique, ceux-là, et ils nous ont "enfumés", sans faire aujourd'hui leur mea-culpa bien sûr.


Quand aux communistes français, ils n'avaient pas besoin de gauchistes commes ennemis pour se suicider par toutes les façons possibles. Ajoutons que si l'Europe est aujourd'hui allemande c'est
plus par la volonté des Etats Unis, et que c'était déjà leur objectif et leur stratégie,à la fin de la première guerre mondiale comme de la seconde. J'ai le sentiment que c'était, les deux
fois,sans doute plus une volonté de supprimer la France comme pôle d'opposition qu'un anticommunisme simplet. Les mémoires de De Gaulle en tout cas vont bien dans ce sens.