La lettre volée

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Le goût catholique de la souffrance et l'euro

J'ai depuis longtemps l'intuition que le goût pour l'euro a un rapport avec cette fascination catholique pour la souffrance (cf. mon billet sur les saint patrons de l'Europe).

Lisant un peu plus avant un texte de Jean-Paul II sur les saint patrons de l'Europe, je tombe sur ce passage, à propos d'Edith Stein :

Elle ressentit alors, dans l'extermination systématique des juifs, que la Croix du Christ était mise sur le dos de son peuple, et elle vécut comme une participation personnelle à la Croix sa déportation et son exécution dans le tristement célèbre camp d'AuschwitzBirkenau. Son cri se mêla à celui de toutes les victimes de cette épouvantable tragédie, s'unissant en même temps au cri du Christ, qui assure à la souffrance humaine une fécondité mystérieuse et durable.

 

Il y a une sorte d'obscénité dans la récupération de l'extermination au bénéfice de la Croix (cf. en 1998 l'affaire de la Croix plantée à Auschwitz). Elle est probablement liée au fait que les religions se doivent de trouver un sens à l'extermination des juifs, une intention divine à dévoiler, et que d'autre part toute religion qui se considère comme vraie doit chercher à ramener à elle les différents événements. Donner à l'Europe une co-patronne juive ralliée au catholicisme indique bien le sens de la marche.

Ce qui me retient surtout ici, c'est le fait que l'église catholique considère que la souffrance humaine est féconde. Elle peut l'être, mais l'église va au-delà de cela et, en une sorte de célébration du masochisme, assure que toute souffrance humaine est, certes mystérieusement, mais durablement, féconde, à l'égal de celle du Christ.

Donc supporter l'euro si c'est pour la plus grande gloire de Dieu, c'est finalement probablement très fécond. La question est de savoir de quoi.

 

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Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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edgar 17/09/2014 11:24


Bonjour Jean-Baptiste,


le catholicisme est une religion trop riche pour être résumée, fût-ce à une déclaration de Jean-Paul II. Mais il est indéniable qu'il y a, dans le patrimoine de cette religion, un certain goût
pour la souffrance rédemptrice (je constate que votre blog dénonce justement un euromasochisme qui vient bien de quelque part !). goût que les catholiques partagent plus ou moins, jusqu'à le
rejeter ou, à l'inverse, en faire le coeur de leur conviction (je me souviens du film d'alain cavalier, thérèse, dont un extrait montrait la sainte se donnant à elle-même la tuberculose, ou
quelque chose de ce genre : même avec une grande richesse rhétorique d'argumentation, je suis incapable d'accorder une valeur positive à ce comportement. je n'y vois que névrose).


Je sais que le phénomène européen est complexe, et que les idéologies qui le soutiennent sont multiples, depuis un internationalisme mal compris jusqu'à un catholicisme plus ou moins dévoyé. Je
ne simplifie donc pas outrancièrement ni la varitéé des soutiens à l'union européenne, ni le cathoclicisme. je dis juste que certaines variantes de l'un et de l'autre se rejoignent dans un
euromasochisme qui vient bien de quelque part.


par ailleurs je suis athée ou agnostique, comme on veut. étant d'origines à la fois protestante et catholique, je n'ai aucune antipathie pour ces religions, je crois même qu'une certaine
curiosité bienveillante m'anime à leur égard. 


(sur rené girard, sa position sur la valeur du sacrifice est un bon exemple. je croids qu'il ne lui accorde d'abord aucune valeur, puis que, dans des entretiens ulétrieurs il lui trouve une
valeur d'exemple - si mes souvenirs sont bons. le corpus de la pensée catholique ou se rattachant au catholicisme est vaste, on peut y trouver de très nombreux points de vue... Jean-paul II a
tout de même bien écrit, à propos de l'extermination des juifs, qu'il y avait là une fécondité mystérieuse et durable. je ne l'ai pas inventé !) 

Jean-Baptiste Bersac 17/09/2014 09:03


Bonjour,


 


Il a toujours été de bon ton d'attribuer tous les troubles à la religion catholique. Comme elle se veut la source de toute notre civilisation, c'est de bonne guerre je pense. Mais à force clamer
successivement (voire simultanément) que le catholicisme est responsable du libertinage (cf critique protestante d'alors), du communisme, du puritanisme, du libéralisme et en particulier de
l'euro, il y a un moment où il faut trouver ces accusations suscpectes, même s'il est bon d'approfondir ses niveaux d'analyse.


Je vais essayer de résumer et résoudre le problème de la souffrance et de sa clé christique en ce seul commentaire. Veuillez m'excuser si je semble trop court et abstrait pour être pleinement
convaincant eu égard à la tâche.


Jésus n'est pas un sadique en quête de masochiste. Au contraire, il soigne, apaise, etc. Cette partie de son enseignement sera poursuivie par l'Église jusqu'à nos jours, et on oublit trop
facilement ce que notre histoire hospitalière, éducative, ou d'assistance aux pauvres doit à la lutte catholique contre les douleurs de toutes sortes.


Maintenant, il faut faire un gros effort de lucidité pour constater à quel point notre humanité peut être pervertie, aujourd'hui encore malgré tous nos progrès. Combien de fois nous-mêmes
n'avons-nous rejeter l'amour sous prétexte « qu'on souffre trop », ou même que ça ne peut être vrai si ce n'est dur (d'ailleurs, on confond allègrement le dur/solide avec le résistant, alors que
les aciers, titane etc. doivent plus à leur souplesse qu'à leur rigidité. Fable du roseau et du chêne, etc.), l'idée que la survie serait une sur-vie et non une sous-vie. Regardons aussi par
exemple, à quel point même le vaste public est adepte d'humour et d'humouristes méchants, où on « vanne » ou « casse » les autres pour que ce soit drôle. Or, à tous ceux qui pensent ainsi que la
réalité ultime est souffrance, que « Dieu est méchant » voire que ce serait très bien ainsi, Jésus oppose sa crucifxion et sa résurrection : Pourquoi est-il méchant s'il répond encore avec de
l'amour et de la compassion jusqu'au bout (« Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu'ils font. ») ? Quand montrera-t-il sa prétendue foncière méchanceté ? Au cinquantième coup de fouet,
au quatrième clou ? Et à quoi bon toute cette souffrance si pour finir il ressuscite pour nous offrir le paradis où il n'y en a pas, par opposition à l'enfer qui en abonde ? Uniquement à nous
prouver qu'il nous comprend et veut venir jusque dans nos pires vices pour nous restaurer. La descente de Dieu dans notre misère est impressionnante, mais il y a très difficile aussi : la
remontée avec nous, maintenant que nous commençons tout juste (à peine) à nous laisser toucher.


Et c'est là que le bateau louvoie, tangue, gite et menance presque constamment de chavirer. Car, si un sadique peut y voir le triomphe de l'amour sur toutes ses pulsions qu'il croyait
indépassables, il peut aussi y voir une victime supplémentaire offerte à ses bas instincts. Et réciproquement pour le masochiste. C'est peu de dire que le catholicisme doit composer avec ces
instincts qui nous collent encore tant. Cela se voit jusque dans l'iconographie, où la croix ne porte plus un Jésus vivant voire rayonnant dans les premiers siècles, mias un Jésus de plus en plus
souffrant, mort et visiblement accablé de douleur. Toutefois, et je ne veux pas jouer la facilité, le message christique n'est pas un long fleuve rose sucré pour autant. Parce que le refus de
toute souffrance serait le refus de ce monde imparfait où on peut malgré tout beaucoup aimer, il nous est demander d'accepter un certain nombre de frustration, de souffrances plus ou moins
grandes, contrairement à nos élites si cupides et irresponsables, qui ne se refusent à peu près rien. Aimer sincèrement n'est pas juste jouir du bonheur quand il passe par là, c'est aussi y
travailler, et pas seulement pour soi. Donc effort et même souffrance. L'amour, à ce titre, fait souffrir beaucoup de monde : violeurs, voleurs, (mini-)tyrans, gourmands en surpoids, etc. oui,
l'amour frustre et fait souffrir beaucoup de monde, auquel il faut rajotuer tous ceux qui vienennt en aide à autrui et se prive pour lui de leur propre bien, même une piècette qui aurait pu
acheter des bonbons. Pour les perfectionnistes, la tentation est très forte de croire que seule une très grande souffrance peut, doit, et suffit à nous unir à l'amour. C'est ce qui crée les
ambiguïtés des vies des grands saints : d'un côté ils soulagent énorméement de souffrance et se donnent sans compter en ce but, de l'autre ils favorisent grandement leur souffrance et celle de
leurs disciples. Ainsi, par visions, Jésus lui-même est obligé de réfreiner leurs ardeurs, bien qu'il ne refuse pas leurs preuves d'amour (il ne manquerait plus que ça !), comme on peut le
constater dans la relativement célèbre scène de sainte Marguerite-Marie tentant d'avaler les excréments d'un dysentrique et ne recrachant tout que parce que Jésus lui rappelle qu'elle a juré
d'obéir à ses supérieures et notamment de ne rien manger sans leur permission, et d'ajouter « Tu es bien folle de faire cela ! », (Sa vie par elle-même, éd. St-Paul, 1993, p. 101-102), ou encore
sainte Faustine à qui Jésus répète qu'il préfère qu'elle lui obéisse plutôt que de prendre des initatives de mortifications supplémentaires (Petit Journal de sainte Faustine, Hovine, 4e éd.,
p.331-332, passim). On pourrait donner beaucoup d'autres exemples. Bien évidemment, si même les plus spirituels ont du mal à ne pas devenir fous face à la violence, combien plus les médiocres.
Ainsi, l'odre de saint François d'Assise avait une règle extrêmement dure pour ses membres et ce bien qu'elle pousse à soulager les souffrances des autres, que beaucoup des disciples de l'ordre
occasionnèrent de graves dérives et que l'Église dût intervenir pour adapter l'ordre religieux à des disciples manifestement pas taillés pour suivre exactement la voie du maître spirituel.


Une solution prônée par les bouddhistes, en particulier zen, est de ne s'attacher qu'au néant, de ne plus désirer afin de ne plus être frustré si peu que ce soit, donc de ne plus souffrir. Mais
il y a un coût exobritant à payer : il n'est plus possible d'aimer. On parle de « zen disease » lorsque la spiritualité n'acchappe plus à ce trou noir méditatif. Et effectivement, les sociétés
qui ont le plus recherché et obtenu le bien-être spirituel et matériel de leurs populations sont les sociétés issues du christianisme. Saint François se faisant violence pour adoucir celle de ses
contemporains était de ce point de vue nettment moins fou qu'on ne pourrait de prime abord le penser.


Pour en savoir plus, je vous recommande d'abord l'indispensable et incontournable René Girard bien sûr, il y aurait encore énormément à dire par exemple sur le rôle d'avertisseur par
somatisamtion de nos maladie cf http://www.lessymboles.com/neosante-janvier-2012-oui-il-y-a-de-grands-espoirs-pour-guerir-la-sclerose-en-plaques/ et toute la théorie de plus en plus vérifiée de
SOulier sur les microbes., etc.


Bon, il faut bien finir un commentaire un jour. Alors je vous dirai simplement que, même si on ne corit en définitive que ce que l'on veut bien croire, avant d'accuser le catholicisme de toutes
les dérives de l'euro et de l'UE, qui soit dit en passant s'est refusée à se définir comme issue du christiannisme et mène des politiques comme la promotion de l'avortement qui n'ont guère l'air
catholique, demandez-vous si vos réflexions débouchent effectivement sur une responssabilité catholique de tout cela, et si vous le faites sincèrement dans l'esprit de l'amour. Faites lui
confiance, continuer à écouter votre cœur, et je suis sûr que vous éviterez tout faux pas.


Cordialement,

junk 17/09/2014 07:46


Baignant dans la culture chrétienne je n'avais jamais fait attention à ce gout  chrétien pour la souffrance . Ce sont mes deux filles qui agées de 7ans m'ont dit "on déteste ces églises où
il y a que surtout des scènes de tortures " Etonnées je leur ai demandé de me les montrer  :Alors j'ai vu les crucifixions, les décapitations ,les buchers ,  les femmes dont on coupe
les seins , celles à qui on arrache les yeux.....Et quand on va dans les églises portugaises et espagnoles : le sang rouge coule sur tous les tableaux . Même la vierge à l'enfant est triste .
Elle regarde son fils avec peine car il sait qu'il va mourir .