La lettre volée

Notes et idées : Politique, Bandes dessinées, Polars, Media, Actualité, Europe...

Le Front de gauche perd une voix...

La mienne.


Les élections régionales me semblent surréalistes. Les suppressions d'emploi ont battu un record l'an dernier ; la Grèce est mise sous tutelle par une armée d'eurocrates qui trouvent que même l'intervention du FMI ne serait pas assez douloureuse ; les drapeaux européens ont envahi nos plaques d'immatriculation bien plus sûrement que les burqas n'encombrent nos rues ; on parle de faire encore avancer un FME, un gouvernement économique de l'Europe et autres joyeusetés qui nous livreront encore plus aux doctrinaires européens.


Dans tout cela, se passionner pour le prix du ticket de métro est un peu difficile.

Mais je m'étais dit qu'il fallait encourager le Parti de gauche, dont j'avais cru percevoir, à partir des interventions de Mélenchon, qu'il se durcissait contre l'Union européenne.

En Île-de-France la tête de liste a été obtenue par un apparatchik du PC au détriment de Mélenchon, mais même ça j'étais prêt à l'avaler. Et puis ce matin, Marie-Georges Buffet sur France Inter.

Qui se lance dans un grand discours sur "il faut un Front Populaire européen", "je suis internationaliste", "l'Europe est une solution..."

Elle gagne là son brevet de bien-pensance, on pourra la ranger sagement à côté de Bayrou, Aubry, Sarkozy, Marine le Pen (même si je constate que le programme du FN se durcit lui aussi à l'égard de l'Europe) et autres européens et alter-européens.

Marie-Georges n'a rien compris, et elle trahit deux fois ceux qu'elle croit défendre.

1. Pour qu'un Front populaire européen soit efficace, il faudrait à la fois une majorité de gauche au Parlement, mais également à la Commission. La probabilité que le Front de gauche arrive au pouvoir en France est déjà faible, celle qu'un Front populaire européen ait une quelconque efficacité est infinitésimale.

2. Pour faire de l'internationalisme, il faut des nations. L'Union européenne vise à créer une nation unitaire et à dissoudre les nations, il n'y a rien d'international là-dedans, juste de l'autoritarisme qui se donne du temps.

Je range donc le Front de gauche à côté des partis inutiles.

Partis qui soit donnent dans le maximalisme sachant qu'ils ne seront jamais au pouvoir (NPA, LO ; pour lesquels de toute façon, France ou Union européenne c'est le même capitalisme), soit vendent l'espoir d'un changement européen de la même façon que l'église vendait l'espoir d'un accès au paradis : "soyez sages maintenant, après ce sera mieux".

L'Europe est un opium du peuple dont le Front de gauche vient d'accepter de se faire le revendeur.

Pour la forme, j'évoque rapidement le pauvre Bayrou. Il s'interroge gravement pour comprendre pouquoi son parti semble avoir perdu la baraka. C'est assez simple à mon sens. Les français ont bien vu qu'au moment de ratifier Lisbonne il a plié, alors même qu'il avait avancé que cela ne pourrait se faire sans référendum. Chacun est libre de croire qu'il y a d'autres raisons. Il est cependant incontestable que Bayrou s'était fait une tête de candidat du changement le temps d'une présidentielle, et qu'en acceptant les orientations européennes il a renoncé à une quelconque différence (s'il s'agit de redresser les finances publiques jusqu'au dernier chômeur, la BCE et le FME s'en chargeront très bien, avec ou sans Bayrou).

Finissons, avec le Parti Socialiste.

Comme Marie-Georges Buffet, Martine Aubry vend l'espoir d'un changement européen. Elle réclamait hier à France Inter le droit à des services publics forts etc, comme si ce n'était pas précisément l'Union européenne qui mettait ceux-ci à plat.

L'UMP me vient soudain à l'esprit.

Eux ont au moins le mérite de la cohérence. L'Europe libérale qui pèse sur les salaires et plombe la croissance ça leur va très bien, et de tous temps la droite a préféré l'ordre au respect des aspirations majoritaires. Voilà un parti qui a son utilité, même s'il n'aura pas ma voix.

Il manque au paysage politique français un parti utile en face de l'UMP. Un parti qui posera comme condition première à son action la nécessité de sortir de l'euro et de l'Union européenne. Les autres partis se condamnent à faire de la figuration, ou à gagner sur les défaites de l'UMP, par défaut et par hasard (ce qui laisse à Bayrou une chance, non pas en raison de son talent, mais des lois de la probabilité et des tirages aléatoires).

Il me restera donc à ne pas voter dimanche, comme je vais finir par en prendre, à regret, l'habitude...

 

 

 

 

 

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Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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gilles 15/03/2010 16:52






Pas le temps d'argumenter, juste quelques images des manifestations du 5 mars contre l'austérité imposée par l'UE.


 





 






Orwelle 15/03/2010 16:42


En Afrique et en Amérique latine des pays ont formé des unions sans abandonner pour autant leur souveraineté nationale.


aymeric 15/03/2010 12:00








edgar 15/03/2010 11:49



Une grave crise politique ? Marie-Georges compte prendre le pouvoir par la rue ?


 



des pas perdus 15/03/2010 09:23


Qui  parle d'un mouvement social européen qui serait au pouvoir dans tous les pays de l'union ? Pas moi ni Buffet.

Je pense qu'un mouvement social qui provoque une grave crise politique dans les pays précités... et par ricochet dans l'UE, n'est pas irréaliste.


edgar 14/03/2010 15:56



elle est très gentille madame buffet. mais pour qu'un mouvement social européen ait de l'effet il faudrait qu'il soit au pouvoir dans une quinzaine de pays et qu'il emporte la majorité au
parlement européen. il faudrait ensuite pour changer ne serait-ce que les statuts de la BCE l'unanimité des pays membres.


autant dire jamais. donc vendre l'attente d'un hypothétique mouvement social européen aux populations comme remède à la crise (Aubry ne fait pas grand chose d'autre d'ailleurs), c'est du vent, du
préchi-précha, de la bouillie,l'équivalent de ce que font les églises lorsqu'elles vendent le paradis pourplus tard aux pauvres sur terre maintenant.


L'europe cest le nouvel opium du peuple et marie-georges, comme le front de gauche, je le regrette, sont des revendeurs.


 



des pas perdus 13/03/2010 17:27


Je pense que vous interprêtez mal...
 
Buffet évoquait un front de gauche européen en dehors des actuelles institutions européennes.  Autrement dit, un mouvement social qui dépasse
les frontières de la Grèce, un mouvement de solidarité européen pour faire échec à l'UE qui teste nos amis grecs avant peut-être d'y appliquer les mêmes recettes ailleurs (Portugal, Espagne,
Italie, France, Irlande ?).

Le front de gauche prône la désobéissance visi à vis des directives européennes. Aucune liste n'est parfaite, mais l'abstention NE DÉRANGE PERSONNE, sauf ceux qui combattent démocratiquement le
système.


edgar 13/03/2010 14:32



diadore : tes calculs sur le PCF sont des raisonnements de comptable (excuse ma rapidité d'expression).


au delà des afficionados du PCF, personne ne connaît machin, alors que mélenchon a le mérite d'avoir lancé un mouvement unitaire.


pour ce qui est de l'europe, tant mieux s'il y a des débats internes, j'attendrai pour ma part que le côté lucide l'emporte.


 



Orwelle 13/03/2010 14:25


Il y avait une bonne raison pour que Jean-Luc Mélenchon soit tête de liste en Île de France : c'est lui qui est à l'origine de la formation du Front de Gauche avec Maie-George Buffet, et il possède
un charisme qui aurait pu apporter bien plus de voix que l'homme qui a été choisi à sa place (et dont j'ai déjà oublié le nom).


DiadoreCronos 13/03/2010 10:59


Je voudrais juste apporter quelques éclaircissements.

D'abord, "l'apparatchilk du PC" qui a pris la tête de liste en IDF, c'est Pierre Laurent, N°1 de fait (et bientôt de jure) du PCF. Le PCF représente 90% des forces du Front de Gauche, en militants,
budget et voix. Il n'y avait aucune raison que Mélenchon soit tête de liste. Le PCF a déjà été très généreux avec ses partenaires, en offrant au Parti de Gauche trois circonscriptions aux
européennes, plusieurs régions en 2010, et la région Midi-Pyrénées au dirigeant (Christian Picquet) d'un goupuscule de quelques centaines de personnes (la Gauche Unitaire).

Ensuite, est-ce que vous découvrez seulement maintenant que le PCF a une ligne proeuropéenne? N'était-ce pas déjà le cas en 2004-2005?

Mais surtout, il faut savoir que le PCF est le seul parti de gauche non négligeable où il y a, à la base du moins, un débat (ou plutôt un affrontement) entre pro- et antieuropéens. Au NPA
ou à LO, la position antieuropéenne est honnie du fait de l'accusation de chauvinsme. Sinon il y a le POI, dont le nom est l'inverse de sa réalité (pas de poids).

Donc, pour ma part, pour des raisons partisanes et tactiques, je vote Front de Gauche demain.