La lettre volée

Notes et idées : Politique, Bandes dessinées, Polars, Media, Actualité, Europe...

Le Franc et le choc de compétitivité

Le premier problème de l'euro c'est que, année après année, les pays qui ont une inflation supérieure à l'Allemagne perdent en compétitivité par rapport à ce pays.

Par ailleurs, l'euro est surévalué par rapport aux devises extérieures (dollar et yuan - on note avec intérêt que le président de la République a dénoncé la concurrence déloyale du yuan, mais pas celle du dollar).

Notre pays reste, selon certains indicateurs (par exemple la productivité par heure travaillée), assez performant. Ce qui explique qu'il ne se soit pas effondré. Il est quand même sur une pente descendante dont on ne verrait pas la fin. Difficile pour les entreprises d'investir en pariant sur la croissance dans ce contexte.

La perte de compétitivité française, même si elle est lente, est donc réelle. Le rapport Gallois traite donc d'un vrai problème.

Face à ce constat, si nous disposions de notre propre monnaie, nous pourrions décider de dévaluer. On ne fixe pas un taux de change aussi facilement qu'un taux d'intérêt mais disons qu'une dévaluation de 10% du franc ne serait pas insupportable.

Nois exportations étant de 430 milliards d'euros en 2011, une dévaluation de 10% représenterait un choc de compétitivité de 43 milliards d'euros - et c'est une dévaluation faible. Certains ont évoqué le spectre de 30% de dévaluation : un choc de compétitivité de près de 130 milliards d'euros !

Qui paye ou subit le coup d'une dévaluation ?

Ceux qui consomment des produits importés.

Tous les utilisateurs de matières premières énergétiques (pétrole et gaz). On peut jouer sur la TIPP mais c'est aussi une incitation à relancer l'action publique dans le domaine des renouvelables (ce que bruxelles interdit de faire de façon directe dans le cadre de la politique de la concurrence).

Tous les consommateurs de produits finis importés : l'Ipad et la Volkswagen seraient renchéris. C'est tout bon pour les ventes d'Archos, de Renault ou de Toyota made in Valenciennes (ceux qui ne veulent pas d'Archos achèteront un modèle Ipad sur deux au lieu d'acheter chaque modèle).

Une dévaluation a un puissant effet incitatif pour les producteurs locaux, même si effectivement elle réduit en partie le pouvoir d'achat à court terme (à moyen terme, elle permet aussi de transformer des chômeurs en salariés, généralement mieux payés).

Mais les mesures prônées par les partisans d'un choc de compétitivité non monétaire, dont Gallois, ne sont pas sans inconvénients - supérieurs à mon avis.

Les baisses de charges compensées par des hausses de la TVA ou d'autres taxes ont un effet un peu similaire à une dévaluation, en permettant une baisse des fabrications locales. Sauf que, contrairement à une dévaluation, les baisses de charges peuvent être utilisées pour augmenter les bénéfices sans baisse des prix. On pourrait très bien imaginer que les baisses de charge en France servent à Renault à investir à l'étranger !

Les taxes n'avantagent pas non plus aussi nettement les productions locales puisque toute la consommation serait taxée, qu'elle se porte ou non sur des produits importés (le cas est différent pour la TVA, plus vertueuse de ce point de vue, mais qui n'empêche pas les comportements de hausses des marges).

De fait, on l'a pas mal oublié, et les tenants du protectionnisme aussi, avoir sa propre monnaie est un instrument protectionniste extrêmement puissant. J'ai même tendance à penser que c'est le plus puissant de tous, et le plus efficace. 

Quelle qu'en soit la cause, les dérapages de compétitivité peuvent être absorbés par une dévaluation. Il est évident que cette dévaluation ne constitue pas la panacée, peut mener à une inflation incontrôlée, mais c'est un outil extrêmement puissant, et précieux, pour conserver une économie sur un sentier de croissance.

Je n'ai même pas ajouté que l'un des moyens d'obtenir une dévaluation est de réduire ses taux d'intérêt, ce qui permet d'accompagner la reprise. Inutile de dire que, quand bien même nous adopterions le choc Gallois ou l'une de ses variantes, on voit mal la BCE baisser ses taux pour nous faire plaisir.

Pendant donc que l'on s'empaille sur le rapport Gallois en glosant sur des modalités techniques mineures, il serait bon de rappeler que le rapport Gallois est à la dévaluation ce que le Canada dry est à l'alcool : ça vise à obtenir un effet similaire sans jamais approcher la réalité du produit. 

 

Retour à l'accueil

Partager cet article

Repost 0

À propos

Edgar

blogueur parisien depuis 2005

Commenter cet article

edgar 22/11/2012 00:32


descartes : tu verras ici : http://www.lalettrevolee.net/article-29023580.html


que j'allais même un poil plus loin que toi. je pense qu'un taxe de libre échange permettrait de compenser le fait qu'un taux de change est unique et ne peut pas prendre en compte les distorsions
qui peuvent être différentes selon les couples de devises considérés. Si le franc français par exemple était face à un dollar surévalué et un mark sous-évalué, l'entre deux ne serait pas
forcément satisfaisant. Une taxe de libre échange telle que je la décris serait appliquée aux importations allemandes sans surévaluer encore plus le dollar (ce qui pourrait nuire aux
importations).


dans tous les cas nous sommes d'accord : le taux de change est une des clés majeures de l'économie, et nous ne le gérons pas.


 

Descartes 21/11/2012 17:28


De fait, on l'a pas mal oublié, et les tenants du protectionnisme aussi, avoir sa propre monnaie est un instrument protectionniste extrêmement puissant. J'ai même tendance à penser que c'est
le plus puissant de tous, et le plus efficace.


Il faut ici préciser ce qu'on entend par "instrument protectionniste". Personnellement, je ne crois pas à un protectionnisme "bête", qui aurait pour but de protéger des activités productives
inefficaces - sous prétexte qu'elles sont locales - de la concurrence d'activités économiques plus productives installées ailleurs. J'adhère tout à fait par contre à un protectionnisme
"intelligent", qui vise à protéger les activités économiques nationales d'une concurrence distordue par l'absence de prise en compte des externalités (environnementales, sociales...) et par des
parités monétaires artificielles. Pour prendre en compte ces problèmes, l'instrument monétaire est non seulement le plus puissant et le plus efficace. Il est le seul,
l'unique instrument dont l'efficacité soit prouvée.


Encore une fois, il ne s'agit pas pour moi de manipuler la monnaie, de la fixer à une parité incompatible avec les réalités économiques. Ce genre de politique finit toujours en désastre. Il
s'agit au contraire d'ajuster la parité monétaire à une valeur qui reflète la productivité globale de l'économie dans l'espace national, qui est le seul espace où les transferts inconditionnels
sont encore possibles.


 

bertgil 07/11/2012 17:31


Bonjour, Trés bon article.


La sortie de l'euro quel qu'en soit le prix à payer est une nécessité pour la France.La dévaluation qui suivra sera une bouffée d'oxygéne à condition de la compléter par des mesures adéquates.


les transferts de charges patronales vers la csg ou la tva, ne produiront  pâs de choc de compétitivité.Pour les consommateurs et les redevables de la csg,la mise en oeuvre sera immédiate
.Pour les entreprises ça sera selon leurs bons vouloir.Il y a le risque qu'il n'y ait pas de diminution des prix, donc augmentation des marges, des bénéfices et augmentations des dividendes.Le
gouvernement par hypothése, a choisi les dividendes.S'il souhaitait aider les entreprises pourquoi ne pas avoir ciblé les investissements réels des entreprises en autorisant  une
déductibilité des amortissements sur une durée de temps plus courte ou un taux plus élevé.Cette façon serait appréciable dans le temps.Le gouvernement n'a pas à faire de cadeau, il doit dans tous
les s'assurer de l'efficacité de ses décisions