La lettre volée

Notes et idées : Politique, Bandes dessinées, Polars, Media, Actualité, Europe...

Le coup d'état ukrainien

Dans un billet de 2008, j'avais raconté les réjouissances annuelles des anciens SS ukrainiens, enchantés d'être dans l'un des seuls pays au monde où l'on peut encore pavoiser l'espace public avec des drapeaux nazis, et pas pour le tournage d'un film, juste pour se remémorer le bon vieux temps :

 

salut.jpg

 

L'année d'avant, j'étais tombé sur une carte tirée du site de l'Elysée, qui intégrait l'Ukraine dans l'UE :

 

carte-europe.jpg

 

Donc non, je n'avais pas une grande sympathie pour le mouvement ukrainien a priori et pour sa volonté de rejoindre une union européenne en manque d'espace vital (comme ça je ne laisse pas le monopole de l'allusion historique déplacée au camp européen).

Encore moins maintenant en réalité.

Comme l'indique Fred Delorca, juridiquement, le départ de Ianoukovitch n'est pas légal :

"Pour savoir si oui ou non il s'est agi d'un coup d'Etat il faut lire la constitution ukrainienne de 1996. Celle-ci prévoit pour la destitution du président sa mise en accusation devant la cour suprême et un vote du parlement au trois quarts des des députés. La cour suprême n'a pas été saisie, il a manqué dix députés pour atteindre les trois quarts, et Ianoukovitch n'a pas démissionné. Donc c'était bien un coup d'Etat."

Toutes les révolutions sont illégales, celle de 1789 en France également. Vox populi, vox dei. On pourrait donc parfaitement admettre de reconnaître la volonté exprimée place Maidan, et admettre l'Ukraine nouvelle dans un processus progressif d'intégration à l'UE. On pourrait.

*

aparté : j'ai vu Marie Mendras, la semaine dernière, se réjouir de ce que le départ de Ianoukovitch allait clouer le bec aux eurosceptiques et faire baisser l'abstention aux européennes. Tout est débectant dans cette déclaration : le cynisme et la récupération, la naïveté doublée de la légèreté (pas sûr que dans trois mois il reste de quoi se réjouir de la situation ukrainienne).

 Même sentiment d'écoeurement quand, au moment où l'on pensait Poutine mat, les premières déclarations ont fusé pour dire que les ukrainiens devraient patienter avant leur intégration : il s'agit moins d'accueillir des frères que de les extirper des pattes russes. Leur sort ultérieur est assez indifférent et on imagine très bien l'UE faire subir aux ukrainiens le sort de la Turquie. 

*

On pourrait donc constater que la rue ayant voté, l'Ukraine nouvelle est un pays souverain ayant souverainement décidé de rejoindre l'UE. Mais si finalement c'est la rue qui a raison, il est à peu près indiscutable que la rue criméenne est acquise aux russes. Apparemment on aime à s'y faire photographier à côté de soldats russes, qui n'ont pas vraiment l'air d'envahisseurs.

*

Si donc le mouvement euromaidan doit être accueilli avec sympathie, la scission de l'Ukraine doit l'être aussi. Ce matin, il semblait que les diplomates de l'UE étaient sur cette ligne. Je gage qu'ils seront vite débordés par la simplification assimilant Poutine à Hitler, façon Jean-Dominique Giulani, ou François Sergent dans le Libé de ce matin (un monument de langue de bois cet édito, qui rappelle ce que Pierre Servent décrit en 1870, la presse française quia hâte d'en découdre avec la Prusse) ou par le hégélianisme à deux pence de Obama ("la Russie est du mauvais côté de l'histoire").

*

La simplification n'est pas de mise en cette affaire (cf. également l'article de Philippe Grasset, sur De Defensa, citant un ancien ambassadeur de l'Inde  à Moscou).

*

Un dernier pour rire : un article de 2010 du Wall Street Journal louant le nouveau président Ianoukovitch ("Viktor Yanukovych's reform agenda is truly transformational.")

 

 

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Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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edgar 23/07/2014 18:09


oh mais je n'ai rien pioché du tout, c'est l'UE qui a estimé louable de faire rentrer l'ensemble des ces braves gens dans notre bonne union. comme ça nous sommes unis dans la diversité, missiles
compris !

odp 21/07/2014 18:32


Dis-donc, ils sont trop sympa tes anti-nazi. Il est vrai qu'un petit Boeing abattu c'est de la bibine par rapport au caractère grandiose de La Lutte. On va pas se formaliser pour si peu. Et puis,
comme l'a dit Douguine, "il faut tuer, tuer, tuer et rien d'autre". Bonne pioche! 

nationalistejacobin 12/03/2014 14:48


@ odp,


 


Sur les "pacifistes à l'ouest" et les "missiles à l'est", il m'avait échappé en effet que l'Occident est pacifiste comme on l'a vu en Serbie, en Afghanistan, en Irak, en Libye et dans quelques
autres endroits durant ces quinze dernières années. Dans le même temps, la Russie a mené des opérations limitées dans l'espace (mais très brutales, certes) en Tchétchénie, en Géorgie et à présent
en Crimée. Des petits joueurs, ces Russes! 


 


Il a dû également m'échapper que la plupart des pays de l'est ont adhéré à l'OTAN, y compris la Pologne, la Lituanie, la Lettonie et l'Estonie, lesquelles ont toutes une frontière avec la
Russie... Je ne prête nullement de saintes intentions à M. Poutine, mais en regardant une carte des alliances militaires en Europe, on peut tout de même se demander qui est sur la défensive
depuis 1991. J'ignorais également qu'il n'y avait pas de missiles de l'OTAN en Europe occidentale et centrale.


 


En revanche, je suis tout à fait d'accord avec vous pour dire que les Ukrainiens, surtout ceux de l'Ouest, ont de solides raisons de détester la Russie et de rejeter la tutelle russe. Un patriote
ukrainien ne peut que souhaiter que l'Ukraine sorte du face-à-face pesant et inégal avec Moscou. Je ne conteste nullement les chiffres que vous citez sur le PIB par tête, mais je souhaiterais
revenir sur la conclusion un peu hâtive que vous en tirez:


a) Qu'est-ce qui vous permet d'affirmer que l'adhésion à l'UE est la seule (ou la principale) cause de cette augmentation en Bulgarie, Roumanie et Pologne?


b) Quels sont les chiffres de la Russie, de la Biélorussie et du Kazakhstan? Il me paraît plus pertinent de comparer trois pays ayant rejoint l'UE à trois pays qui ne l'ont pas rejoint, car rien
ne dit que l'Ukraine n'est pas une exception.


c) La situation économique de l'Ukraine est-elle une conséquence de la politique russe ou la preuve de l'incurie des dirigeants ukrainiens, y compris les pro-occidentaux de la "Révolution orange"
au pouvoir de 2004 à 2010?


 


Enfin je vous fais remarquer que l'UE est nettement moins fringante que du temps où elle s'étendait hardiment à la Pologne, à la Roumanie et à la Bulgarie, vous ne trouvez pas? Et si on parlait
de l'évolution du PIB par tête de la Grèce entre 2008 et 2014? N'y aurait-il pas matière à quelques commentaires sur la "réussite" de l'intégration européenne? Ianoukovitch a été pragmatique:
l'UE est à la ramasse économiquement et n'avait à proposer que quelques centaines de millions... et le paradis dans l'autre monde sans doute. La Russie a mis 15 milliards sur la table. Une très
bonne raison de signer avec la Russie à mon avis (indépendamment du sentiment qu'on peut avoir de ce pays, on ne peut pas faire des affaires uniquement avec son coeur, sa passion et ses rancunes,
sinon on voit mal pourquoi la France commercerait avec l'Allemagne et l'Algérie, ou le Japon avec la Chine...).

odp 11/03/2014 19:05


@ NJ


 


Je ne sais pas si l'influence des USA et de l'UE est meilleure ou pire pour qu celle des russes les ukrainiens, mais je note qu'une fois de plus les pacificistes sont à l'Ouest et les missiles à
l'Est. C'est une chose que de supporter les opposants en coulisses; c'en est une autre d'envoyer les chars et les forces spéciales. 


 


Par ailleurs, en 1991, au moment de l'implosion de l'URSS, le PIB par tête en Ukraine était de $1490 contre $1254 en Roumanie, $1268 en Bulgarie et $2190 en Pologne. 22 ans plus tard, l'Ukraine
ne se situait qu'à $3867 contre $9036 pour la Roumanie, $6978 pour la Bulgarie et $12708 pour la Pologne; soit une mulitplication par près de 6x pour les pays rattachés à l'UE pour moins de 3x
pour celui resté dans le giron de la Russie. A ce niveau de divergence, cela commence à peser. 


 


Cela fait quand même, selon moi, quand on est ukrainien, 2 bonnes raisons (en sus des tueries perpétrées sous Staline) de préférer l'UE.   

nationalistejacobin 10/03/2014 20:29


@ odp,


 


Mais tout le plaisir est pour moi.


 


En lisant ce que vous écrivez sur l'extrême droite, je me suis dit: "j'aurais pu écrire cela", c'est dire si nos positions se rejoignent au fond sur la question. A ceci près qu'adolescent,
j'étais très (trop?) bienveillant à l'égard des extrêmes en général, et au sortir de l'adolescence, je ne nierai pas que la droite extrême (du moins certains secteurs de celle-ci) a pu exercer
une certaine séduction sur le jeune citoyen en quête d'identité politique que j'étais (les mauvaises langues diront qu'il en reste quelque chose ;).


 


Juste pour le plaisir de pinailler (tout de même!):


Je ne dirais pas que les maurrassiens "pullulaient" autour de de Gaulle en 40 parce que... de Gaulle avait un entourage très réduit! Et il ne faudrait quand même pas oublié que beaucoup de
maurrassiens ont plus ou moins soutenu Pétain, même s'il n'y avait pas qu'eux. Quant à Pilsudski et Mannerheim, je ne sais pas si le terme "extrême droite" leur convient. Nationaliste, c'est
certain, de droite, c'est plus que probable, mais que signifiait précisément "extrême droite" dans le contexte politique polonais ou finlandais à cette époque (des pays tout jeunes rappelons-le)?


 


Quant à la chasse aux minorités, n'oubliez pas que ça peut venir... Et que la minorité hongroise a, je crois, déjà maille à partir avec les nationalistes ukrainiens. La rhétorique antisémite
n'est pas très rassurante non plus. 


 


Je vous trouve quand même très dur avec Ianoukovitch (que je n'aime pas particulièrement). Vous le comparez à Pétain gagnant Sigmaringen, mais si l'on considère, et c'est mon cas, que l'influence
UE-OTAN en Ukraine n'est pas moins néfaste que l'influence russe, on peut aussi se dire que Ianoukovitch, après tout renversé par des manifestants soutenus ouvertement par des puissances
étrangères, a quelques affinités avec de Gaulle partant pour Londres... Lequel fut également accusé d'être un "traître", tout dépend du point de vue que l'on adopte. Franchement, entre un
gouvernement ukrainien qui louvoyait entre Moscou et Bruxelles, et un gouvernement aveuglément acquis à la cause occidentale, je ne suis pas convaincu qu'il soit si aisé de décider lequel est le
plus patriote d'un point de vue purement ukrainien. Ce ne serait hélas pas la première fois que des "nationalistes" se mettent au service d'un pays étranger. 


 


Comme vous, je souhaite que des élections honnêtes aient lieu le plus tôt possible pour qu'un gouvernement légitime prenne les rênes du pays. C'est pourquoi je juge sévèrement M. Iatseniouk qui
veut signer à la hâte un traité crucial pour l'avenir de l'Ukraine, alors qu'à mon sens il n'a pas le mandat pour le faire. J'ajoute que le gouvernement provisoire de 1944 avait pour lui: a) la
personnalité d'un de Gaulle qui n'hésita jamais à tenir tête aux Anglais et aux Américains; b) les morts des FFL et de la Résistance intérieure, et ils étaient un peu plus que 80, excusez-moi.
Toute chose qui manque pour que Iatseniouk ou ses amis me paraissent des héros... Et puis, entre nous, le III° Reich, c'était quand même autre chose que le pauvre Ianoukovitch, qu'on accuse
d'ailleurs un peu vite, je trouve, d'avoir été "l'homme de Moscou". 

odp 10/03/2014 18:47


Bonjour NJ - ravi de vous retrouver.


 


Quelques éléments sur certains des points que vous soulevez: 


 


1. Sur ma "tolérance" à l'égard de l'extrême droite ukrainienne.


 


Parmi les choses que j'ai appris depuis que j'ai atteint l'âge d'homme figure le fait que l'enfer est pavé de bonnes intentions, qu'il est beaucoup plus facile de juger des hommes et des
événements quand soi-même on n'y participe pas et que l'histoire est écrite par les vainqueurs.


 


Par conséquent, mon regard sur l'extrême-droite est beaucoup plus nuancé que celui que je pouvais avoir étant adolescent; et, si l'extrême droite a bien été l'une des incarnations du "mal", cela
ne veut pas dire que l'extrême droite est forcément, et dans toutes circonstances, l'incarnation du mal.


 


Aussi, la présence de l'extrême-droite dans un mouvement de revendication politique ne me paraît pas devoir disqualifier de facto celui-ci. On sait tous qu'en 1940 les maurrassiens pullulaient
autour de Gaulle; cela ne veut pas dire que la France Libre devait être considérée comme infréquentable, même si certains à l'époque l'on fait; et pour ces raisons. De même, Pilsudski et
Mannerheim étaient des hommes d'extrême-droite; ils n'en n'ont moins été des héros pour leur pays. 


 


Par ailleurs, il ne me paraît pas choquant de voir l'extrême droite en pointe des mouvements de libération nationale et, pour tout dire, je préfère les voir dans ce genre d'aventures que quand
ils font la chasse aux minorités. On n'attrape pas plus les mouches avec du vinaigre qu'on ne fait la guerre avec des moines chartreux. A la guerre comme à la guerre. 


 


Enfin, l'Ukraine c'est l'Ukraine et la France la France. Comme vous l'avez souligné dans un billet fort intéressant (http://blog-nationaliste.blog4ever.com/l-ukraine-un-etat-ecartele), l'histoire
de l'Ukraine est particulièrement complexe (c'est à dire douloureuse). Au regard des millions de morts directs et indirects que les affrontements entre "nationalistes/koulaks" et
"staliniens/rouges" ont fait dans ce pays et compte tenu de la chappe de plomb que le système soviétique y a fait peser pendant tant d'années, que les "passions" y soient plus vives qu'en France
paraît somme toute naturel. 


 


En un mot comme en cent: de mon point de vue, Maïdan, n'est pas déconsidérée ex ante par la présence de Svoboda dans ses rangs. Toute la question est de savoir comment ceux-ci évolueront et
comment évolueront également les rapports entre les "démocrates" et les "nationalistes". Tout est ouvert de mon point de vue.   


 


2. Sur l'opposition coup d'Etat/révolution/vacances du pouvoir pour l'affaire ukrainienne.


 


Je pense que l'on peut débattre de ce sujet pendant des heures sans trouver de points de convergence; car il s'agit d'une appréciation des faits plutôt que des faits eux-mêmes.


 


Néanmoins, il me semble que la fuite de Yanoukovitch permet de conclure que "l'ordre ancien" s'est auto-dissout. Yanoukovitch en fuite, c'est Louis XVI à Varennes ou, pire, Pétain à Sigmaringen.
Difficile de négocier avec les "traitres". 


 


Par ailleurs, vous indiquez que beaucoup de gens avaient intérêt à ce qu'il fuît. Je n'en suis pas sûr que ce soit ceux auxquels vous pensez, car la véritable radicalisation de la crise (qui
seule a permis l'intervention russe en Crimée) ne s'est effectuée qu'après sa fuite. Je ne sais si cette théorie correspond à la réalité, mais ce qui est sûr c'est que sans fuite de Yanoukovitch,
pas d'intervention russe en Crimée.  


 


Sinon, bien sûr que le pouvoir "transitoire" n'est pas "légitime"; pas plus que le gouvernement provisoire ne l'était en France en 1944. La clé est que des élections générales sont prévues pour
le mois de mai et que le suffrage universel fera naître un gouvernement qui, lui, sera incontestablement "légitime".  

nationalistejacobin 09/03/2014 10:00


@ odp,


 


Je dois dire que vous m'étonnez, mon cher. Comment! Vous, le républicain irréprochable, qui n'avez pas hésité à me reprocher d'être un disciple de Maurras et de Rosenberg, vous fricotez
présentement avec Svoboda et Secteur droit! Certes, le terme de "néo-nazis" me paraît un peu réducteur pour qualifier la mouvance nationaliste ukrainienne qui a hérité d'une histoire complexe,
comme le pays d'ailleurs. Mais toute de même.


 


Par ailleurs, désolé de vous titiller sur le sujet, mais le renversement de Ianoukovitch est bel et bien un coup d'Etat. Comme le "gland" Delorca (pour reprendre vos propos) l'a écrit, la
destitution de M. Ianoukovitch a été votée par la Rada suprême alors que la Cour suprême ukrainienne n'avait pas été saisie et que le quorum des trois quarts des députés n'était pas atteint. Or
c'est la procédure légale prévue par la constitution ukrainienne pour destituer un président. Vous me direz, on ne va pas se formaliser d'une constitution, n'est-ce pas. Et bien je pense que
raisonner ainsi, c'est ouvrir la voie à des comportements politiques plus qu'inquiétants... On pourrait aussi se demander pourquoi Ianoukovitch s'est enfui. Tout le monde a l'air de penser que
son explication sur les menaces de mort qui pesaient sur lui relève de la pitrerie. Quand on connaît la violence des nationalistes ukrainiens, on a quelques raisons de penser que ses inquiétudes
n'étaient pas nécessairement feintes.


 


Vous dites que le pouvoir était à ramasser, mais certains ont tout fait pour que Ianoukovitch le lâche. Les accords du 21 février entre l'opposition et le gouvernement n'ont pas été respectés, et
l'opposition a interprété les concessions de Ianoukovitch comme un encouragement à aller plus loin (regardez en France comment se conduisent les bonnets rouges aujourd'hui, qui se croient
autorisés à convoquer Hollande comme s'il était leur majordome, croyez-vous que tout cela serait arrivé si le gouvernement s'était montré plus ferme dès le début?). Mais vous conviendrez que le
pouvoir issu de Maïdan a une légitimité quelque peu contestable. Il lui manque la consécration du suffrage universel, qui me paraît être important en démocratie, pour moi en tout cas. Pas pour
vous? Tenez, j'ai une autre question pour vous: trouvez-vous normal que M. Iatseniouk accourt à Bruxelles pour signer un accord, alors qu'il dirige un gouvernement transitoire dont la légitimité
institutionnelle et démocratique reste à prouver?


 


Enfin, je vous trouve assez injuste quand vous affirmez qu'aucun commentateur n'a contesté vos arguments quand vous attaquiez ceux de Sapir. Je me souviens surtout que vous avez insulté certains
intervenants ("baltringue" si j'ai bonne mémoire), ce qui ne doit pas motiver grand monde pour vous répondre. Mais dans toutes les discussions que j'ai suivies, edgar s'est toujours efforcé de
vous répondre, en proposant arguments et liens. Je précise que je suis une bouse en économie et que je ne voue aucun culte à M. Sapir.


 


Cordialement

Vincent 08/03/2014 23:06


J'aime bien "la lettre volée" que je lis régulièrement. J'ose espérer que vous avez été vous-même abusé et qu'il n'y a donc aucune volonté de désinformer dans ce billet. Vous publiez une photo
d'un espace public pavoisé avec des drapeaux nazis en précisant qu'il ne s'agit pas d'un tournage de film. Précisément, c'est un tournage. Les tournages, c'est mon métier depuis plus de trente
ans et en agrandissant légèrement la photo, on peut y voir un technicien, debout, jambes croisée, appuyé à un pied de projecteur qui supporte un grand cadre caractéristique des tournages en
extérieur. Il ne peut pas y avoir le moindre doute à ce sujet. Merci de vérifier vos sources.

odp 08/03/2014 20:55


@ Gilles


 


Bonjour - je sens un peu de persiflage dans votre commentaire, mais je ne m'en formaliserai pas. 


 


Comme vous l'aurez peut-être remarqué si vous suivez ce blog de près, dire que j'apprécie Sapir est un peu excessif. 


 


Par exemple, je pense - avec des arguments qu'aucun commentateur n'a encore ici contesté - que ses papiers sur la trajectoire économique de la France en cas d'explosion de la zone euro relèvent
de la pure escroquerie intellectuelle.


 


D'une manière générale, quand il essaye de faire passer le militantisme politique le plus basique pour du travail "scientifique", j'avoue que cela me dégoûte assez. Il me semble en effet que le
rôle d'un universitaire doit être de chercher à faire progresser la réflexion ou la connaissance, pas d'enfumer ou de manipuler sciemment son lectorat ou son auditoire.


 


De fait, dans le camp de "l'autre politique" - qui "hante la France depuis 30 ans" comme dirait Sapir, avec toute la boursouflure dont il est capable - un Michel Husson, un Frédéric Lordon ou
même un Cédric Durand, pour ne citer que ceux que dont je connais les travaux, me paraissent bien plus honnêtes, et par conséquent respectables, dans leur démarche. 


 


Cependant, dans le Tapir, tout n'est pas forcément mauvais et ses papiers sur l'Ukraine m'ont semblé à la fois assez pertinents et, une fois n'est pas coutume, équilibrés. Il n'est évidemment pas
le seul. Parmi les experts les plus connus du grand public, T. de Montbrial, JP Chevènement, H. Kissinger ou T. Snyder ont également publiés de forts intéressants points de vue.


 


Néanmoins, comme je sais que ledit Sapir est révéré comme le Messie par de nombreux lecteurs de ce blog, qui font le signe de croix quand un commentateur ose s'en prendre au Saint Personnage,
j'ai pensé que ses textes fourniraient une bonne base à la discussion. 


 


Jusqu'à présent, je n'ai pas vraiment eu à la regretter et je note que passé l'emballement qui a suivi la publication de cette fuite - à ce titre, il semblerait que les américains ne sont pas les
seuls à voir "de grandes oreilles"... -, Sapir est revenu à une position plus "raisonnable" dans un autre papier publié hier (La Crimée et le Droit http://russeurope.hypotheses.org/2062).


 


Dans celui-ci, il enterre complètement la qualification de coup d'Etat qu'il avait utilisé dans le billet que vous citez et indique qu'à la suite des accords du 21 février qui avaient été signé
par l'ensemble des parties et l'Union Européenne, l'unique responsable du renversement de la situation est le Président Yanoukovitch qui, fuyant Kiev dans la nuit, a de facto abandoné le pouvoir.
Comme le dit Sapir: "le pouvoir était à prendre. Des gens l'ont ramassé".


 


Je note qu'il compare d'ailleurs Yanoukovitch à Mazarin et Anne d'Autriche durant la Fronde, indiquant qu'il cherchait probablement à rétablir sa position et par conséquent à ne pas honorer ses
engagements en cherchant des appuis hors de Kiev, dans les provinces de l'Est ou à Moscou. De fait, il aurait également pu citer Varennes ou Baden-Baden.  


 


 

gilles 06/03/2014 21:46


 


odp, je suis content que vous appréciez Sapir, il apporte des informations intéressantes sur la cause commune des morts des manifestants et des policiers à la place Maïdan : 


Extrait de http://russeurope.hypotheses.org/2051


Le site ZeroHedge[1] a mis
en ligne une conversation téléphonique entre Mme Catherine Ashton (représentant l’UE) et le Ministre des Affaires Étrangères de l’Estonie quant à l’origine des snipers qui ont fait une partie des
morts lors des manifestations de la place Maïdan à Kiev qui ont conduit à l’éviction du Président légal, M Ianoukovitch. On peut y entendre (la conversation est en anglais) :


Paet: Toutes les évidences montrent que les personnes qui ont été tuées par des snipers des deux côtés, les policiers et les personnes dans les rues, que c’était les mêmes snipers tuant ces
personnes des deux côtés… Des photos montrent que ce sont les mêmes pratiques, le même type de balles, et il est très troublant que maintenant la nouvelle coalition, ils ne veulent pas faire une
enquête sur ce qui c’est exactement passé. Ainsi il y a maintenant une compréhension de plus en plus forte que derrière ces snipers il n’y avait pas Ianukovitch mais quelqu’un de la nouvelle
coalition.


Ashton: Je pense que nous voulons une enquête. Enfin, je n’avais pas saisi cela, c’est intéressant. Gosh.


Paet: Cela discrédite déjà la nouvelle coalition.


Ceci est extrêmement grave. Cette fuite, confirmée par ailleurs par le Ministère des Affaires Étrangères de l’Estonie[2], indique que ce
sont bien des provocations organisées par des personnes dans le camps de manifestants, qui ont abouti à créer l’émotion nécessaire pour forcer le Président Ianoukovitch au départ. 


Ces provocations sont responsables de dizaines de morts. On discerne alors mieux la trajectoire de ce qui s’est déroulé. Après l’accord du 21 février 2014, certains dans le camp des
anti-Ianoukovitch ont décidé de passer en force, et dans ce but ont organisé des provocations criminelles, qui ont été relayées par la presse dans les pays de l’UE et aux Etats-Unis. On comprend
mieux, dans ce contexte, l’inquiétude qui s’est rapidement propagée dans l’Ukraine de l’Est et du Sud, conduisant aux manifestations pro-Russes de la fin de semaine dernière. 


Très clairement cela établit aussi que autant le début du mouvement avait bien était démocratique, autant ce qui s’est passé à Kiev relève d’un coup d’état et non d’une « révolution ».


 


Fin de citation.


Les États-Unis sont à l'origine de la crise et ne se cachent d’ailleurs pas : ils avaient envoyé sur place deux hauts fonctionnaires, Victoria Nuland (adjointe de John Kerry) et John McCain
(qui n’est pas seulement sénateur républicain, mais aussi président de l’IRI, la branche républicaine de la NED pour soutenir les "manifestants".


 


 


Examinons maintenant le cas de deux personnes du nouveau régime :


 


Le Secrétaire du Conseil national de Sécurité et de Défense (organe qui chapeaute le ministère de la Défense et les Forces armées) du nouveau régime Andriy Parubiy (Андрій Парубій). Il fut le Co-fondateur du Parti national-socialiste d’Ukraine (avec Oleh Tyahnybok) parti qui a changé de
nom et qui s'appelle maintenant Svoboda.


 


 


 


 


 


 


 


Le nouveau ministre de la Défense Ihor Tenyukh (Игорь Тенюх) :Bien que son appartenance formelle au Parti de la Liberté (Svoboda/Свобода) ne soit pas certaine, il participe à leurs réunions. Formé aux États-Unis, il dirigea les manœuvres conjointes de l’Ukraine et de l’Otan. Durant la
guerre de Géorgie (2008), il organisa le blocus de Sébastopol et fut nommé amiral en second de la flotte. Sa nomination comme ministre de la Défense a convaincu la Marine ukrainienne de ne pas
reconnaître le nouveau gouvernement et de hisser le pavillon russe.
Svoboda (Liberté) ex Parti National social d’Ukraine fondé en 1995. Son sigle est similaire à la croix gammée et il ne recrute que des ukrainiens de souche ; il a ressuscité comme
son hymne un chant nationaliste des années 30 « Gloire à l ‘Ukraine ». Son leader Oleh Tiahniybok fut un des chefs de la Révolution Orange (2004) ; il avait alors appelé à la lutte
armée contre les « Moskali (moscovites) et les youpins »et parallèlement se livre à des attaques antisémites violentes. Svoboda a un bras armé « Patriotes d’Ukraine » qui lui
est lié informellement. En 2009, il a passé un protocole d’accord avec le FN et Jobbik et est membre de «  l’Alliance of European National Movements » Son programme politique se
rapproche de celui des républicains américains et il a participé avec les deux autres partis d’opposition à des entretiens avec Mac Cain venu apporter son soutien à Maïdan.


 


Quand nos paisibles voisins helvétiques votent, ils ne cachent pas leur peu d'appétence pour les charmes de l'Union Européenne et ils sont vilipendés, tancés de haut par nos maîtres-censeurs,
tandis que les nazis ukrainiens sont aidés à aller au pouvoir parce qu'ils ont le bon goût d'arborer un drapeau bleu-étoilé.


 


Bref, affirmer « À bas l'Europe ! » vous rend coupable des pires intentions ; mais criez « Vive l'Europe ! », et tout vous est permis.