La lettre volée

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La Grèce, sacrifiée sur l'autel du souverainisme européen

ours.jpgC'est Patrick Artus et Laurence Boone dans le Monde qui énoncent ce qui est une vérité d'évidence : "si la Grèce était un pays isolé, la solution consistant à faire un défaut et une forte dévaluation du taux de change serait la meilleure : elle permettrait à la Grèce d'alléger le poids de sa dette publique et d'espérer reconstituer une capacité à exporter et à créer des emplois à moyen terme, après une période transitoire très difficile. [...] l'expérience de l'Espagne et l'Italie, sorties du système monétaire européen en 1992, montre que les fortes dévaluations (30 % à 40 %) génèrent à moyen terme une croissance rapide tirée par les exportations et les investissements étrangers. Progressivement, le déficit extérieur est éliminé."

 

 Tous les boniments sur l'Europe au secours de la Grèce ne sont donc que du vent : l'aide à la Grèce la plus directe consisterait à permettre à ce pays de retrouver sa liberté et sa monnaie.

Les grecs sont donc en train se se serrer la ceinture non pour leur propre bonheur mais pour les délires souverainistes des partisans de l'Union européenne. Artus et Boone : "Le choix auquel sont confrontés les gouvernements est donc binaire : sauver la Grèce ou courir le risque de perdre l'euro."

 Il est donc très clair que les grecs sont citoyens d'un pays parfaitement normal, et non pas, comme on pourrait le croire en lisant Jean Quatremer, des inconscients qui se balladent en conduisant des BMW achetées avec des subvention européennes - pour des informations moins propagandesques sur la Grèce, lire le blog Les crises, le récit d'un français expatrié en Grèce.  

   Pour revenir à Artus et Boone, ils préconisent donc un "soutien" financier à la Grèce en échange de l'envoi de commissaires de l'Union européenne qui prendraient le contrôle des dépenses grecques. En résumé, la Grèce deviendrait le premier pays développé au monde à être mis sous tutelle permanente par quelques technocrates - lire également sur le blog Les crises, l'ambiance au sein des manifestants laisse penser que cela pourrait ne pas aller sans mal.  

  Les politiques de gauche, qui devraient dénoncer cet esclavage moderne, rétabli au nom de la glorieuse construction européenne, se tairont tous, car tous se sont prononcés pour le "sauvetage" de l'euro.

  En attendant, nous devrions avoir conscience que la reprise en main qui s'appliquera demain en Grèce, si nous en acceptons le principe brutal, pourrait parfaitement être appliquée à la France après-demain. Le pire, enfin, de cette situation, est que les sacrifices que l'Union demandera aux grecs ne bénéficient même pas à la zone euro, qui a la croissance la plus faible du monde et la conservera. L'entêtement à "sauver" les grecs en leur plongeant la tête sous l'eau relève du plus pur nationalisme, européen.

 

Post scriptum : la situation doit être réellement grave, la revue de presse de Sauvons l'Europe me cite deux fois dans sa dernière édition...

 

 

 

 

 

 

 

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Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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edgar 07/10/2011 09:56



François : il est évident que je me place dans la perspective où les grecs s'en sortent seuls. Que ce soit difficile, ils s'en apercevront. Mais la situation actuelle est déjà difficile. S'ils
sortent de l'euro l'amérlioration sera rapide. s'ils y restent ce seront de longues années de pénitence. C'est leur choix mais je sais ce que je choisirais.



Francois GRIESMAR 07/10/2011 06:41



@ Edgar


Oui, j'ai ecrit "a la condition que" parce que personne n'aide personne inconditionnellement, surtout si un Etat est en cause. Soit les Grecs "se debrouillent" seuls, en sortant de l'euro et en
s'affranchissant de la tutelle de l'UE, ce qui ne me choque pas, mais cela aura un prix eleve qu'il faut etre pret a payer. Soit la Grece demande l'aide d'autres Etats pour mettre en oeuvre un
plan qu'elle aura defini et il est normal que ceux qui aideront demandent des garanties de serieux, i.e. d'efforts reels -- qu'il appartient aux Grecs de definir, decider et repartir -- car les
kleptocrates de tous partis qui gouvernent la Grece depuis des decennies nous ont habitue a extorquer des prets, subventions, etc. sans fournir de garantie sur leur bonne utilisation. Le point
commun de tout cela, encore une fois, est que passant sous les fourches caudines de l'UE-FMI & Cie ou definissant seule un plan de redressement, la Grece et les Grecs devront faire d'enormes
efforts et supporter de grands sacrifices : je ne puis que renvoyer encore a l'exemple de la Coree qui a su le faire en preservant sa souverainete, chemin escarpe qui fut difficile. Or on entend
trop de discours doloristes laissant croire aux Grecs qu'il suffit de dire non aux vilains rapaces de l'UE pour s'en tirer sans trop de mal : il est vraiment important de tenir des propos plus
rudes mais dictes par une amitie sincere pour ce grand peuple qui a su plusieurs fois dans son histoire payer le prix de l'independance...


Cordialement


 


PS : desole pour l'absence d'accent : en Coree les claviers n'en ont pas



edgar 05/10/2011 23:31



françois : je n'ai pas été clair. je qualifie les partisans de l'ue de souverainistes parce qu'ils le sont ! et j'essaie ainsi de replacer le débat là où il doit l'être, non pas sur une ligne
souverainistes/européistes qui n'existe pas, mais sur une ligne démocratie/technocratie européenne.


 


pour les grecs, vous voyez bien que vous employez le terme "à la condition". mais personne n'a à poser de condition aux grecs. leur avenir leur appartient, erreurs et excès compris.



François GRIESMAR 05/10/2011 23:15



@Edgar : sur l'usage du terme "souverainiste", je ne suis pas sûr de comprendre votre raisonnement ; or, dans ce cas, un mot est un symbole, voire une tête d'affiche dont l'emploi ne doit
pas nécessiter d'exégèse ; cela dit, je suis d'accord avec votre position sur le fond.


   Quant à la Grèce, je ne puis que me répéter : ce n'est certes pas à des "autorités" autoproclamées comme le fonctionnaires de l'UE manipulés par des "lobbyistes" de tout poil et qui
se sont constamment trompés qu'il appartient de décider du destin des peuples. MAIS les peuples doivent avoir le courage de se prendre en mains et de cesser de chouiner systématiquement "C'est la
faute à l'Europe" ou encore d'avouer à mi-mot qu'il vaut mieux rejeter sur l'UE la responsabilité d'une réforme impopulaire. De Gaulle a toujours défendu l'indépendance sans reculer devant son
coût. Et, encore une fois, les Coréens ont donné il y a 13-14 ans une leçon de patriotisme courageux fondé sur lesacrifice et l'effort et couronné de succès, histoire qui est
malheureusement passée à peu près inaperçue dans les 3/4 du Monde.


   Je le répète encore : les Grecs n'ont pas besoin de consolateurs démagogues mais plutôt d'amis rejetant toute complaisance pour leur dire : "C'est bien sûr à vous
seuls de déterminer comment redresser votre pays et nous essaierons de vous aider... à condition que vous élaboriez une stratégie valable, que vous corrigiez vite et sans faiblesse les
graves abus que plus personne ne peut nier et que l'effort soit réel, profond et durable".


   Maintenant, il ne faut pas rêver : pendant des décennies, les calamiteux dirigeants grecs ont fait vivre leur pays à crédit et ont toléré et encouragé une hallucinante gabegie, cela
finit par se payer... sauf à être une grande puissance comme les États-Unis qui font pis que pendre, par exemple en ayant ravagé le Monde avec leur "subprimes", alors que cet empire
mériterait par exemple qu'on fasse saisir sa ferraille militaire pour la vendre aux enchères et ainsi rembourser une partie de ses dettes. Mais ces animaux-là sont assurément plus égaux que
les autres...



edgar 05/10/2011 10:05



François : c'est justement parce que la souveraineté est une condition de la démocratie que je qualifie les européens de souverainistes. S'ils prétendent construire une démocratie européenne il
faudra bien à un moment qu'ils s'apreçoivent que cela revient à construire une souveraineté.


Pour ce qui est de la Grèce, que l'Etat grec soit perfectible paraît évident; Qu'il doive être amélioré selon l'exact tempo qui est arrêté par bruxelles et les marchés n'a aucun sens. Nous
n'avons donc rien à recommander aux grecs, sinon que de refuser la tyrannie européenne; s'ils arrivent à s'en défaire ils sauront probablement reconstruire un état.



François GRIESMAR 05/10/2011 01:25



1) Petite remarque sémantique : je préférerais qu'on emploie le terme "supranationalisme" à la place de "souverainisme" pour qualifier l'attitude de l'UE : ces gens prétendent déjà monopoliser
les termes "Europe" et "européen", alors ne leur faisons pas cadeau du noble terme "souverainisme" qui incarne au contraire la résistance des nations à cet étouffement antidémocratique.


2) Sur le fond, tout en pensant que les "rèmèdes de cheval" appliqués à la Grèce ne sont pas les meilleurs, je crois que ce n'est pas rendre service aux Grecs que de nier leur responsabilité,
notamment les effarantes pratiques de presque tous les citoyens (sans parler des sociétés et administrations) depuis des décennies : fraude fiscale qui ferait passer pour vertueuses les
voleries de Berlusconi, incivisme érigé en système, corruption, népotisme, mauvaise administration (par exemple, existe-t-il enfin un cadastre dans ce pays ?) : en privé, plusieurs amis grecs,
honteux et révoltés, m'en ont raconté dix fois pis. Quelque soit la solution macroéconomique préconisée, les Grecs devront faire preuve de civisme : il ne s'agit pas de faire plaisir aux magots
de Bruxelles mais de respecter son pays en lui donnant les moyens de se redresser... comme le firent les Coréens en 1997-1998 justement pour se libérer du joug du FMI. Langage désagréable à
entendre certes mais que me dicte mon amitié et mon respect pour la nation grecque : aux Grecs de se mettre à la hauteur et de passer des gémissements stériles aux actes, donc aux sacrifices, encore une fois pour le salut de leur patrie. Et puis, dire "Vous êtes (aussi) responsables" signifie "Vous pouvez faire
quelque chose par vous-mêmes pour vous en sortir sans tout attendre de l'extérieur", ce qui est un message d'espoir : encore une fois, pensons à l'exemple de la Corée, même si la situation
diffère sur maints points...



Graeculus 02/10/2011 18:20



Il est plus que temps que la Grèce paie pour la guerre de Troie qui a été gagnée par une ruse déloyale, comme chacun sait. Comme l'a rappelé Godard il y a quand même le problème de la fiabilité
des Grecs http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=2824



fd 01/10/2011 22:46



Timeo danaos et dona ferentes



Joe Liqueur 01/10/2011 16:31



A part ça, complètement d'accord avec Gilles.



Joe Liqueur 01/10/2011 16:30



C'est marrant, parce que j'étais justement sur le blog de l'inénarrable Quatremer à l'instant. La situation doit être réellement grave, parce que le gars s'enthousiasme à haute voix pour les
dernières déclarations de Juppé, et répond à ses commentateurs avec des phrases aussi subtiles que : "Todd ferait mieux de la fermer" (sic) ou encore : "gros, très gros soupir". Je le trouve un
peu nerveux ces temps-ci.