La lettre volée

Notes et idées : Politique, Bandes dessinées, Polars, Media, Actualité, Europe...

La fondation Robert Schuman aime la crise

"à terme l’objectif est bien d’aboutir à un Etat social européen intégré"

 

 

Dans une note du 21 octobre, la Fondation Robert Schuman parle du dahut de l'Europe sociale.

Le résumé de la note est un bijou de concision - sinon de syntaxe.

Premiers mots : "Après avoir réussi, avec les effets accélérateurs de la crise, à forger des instruments fédéraux de pilotage de l’euro – Fonds et Mécanisme de Stabilité, lancement d’une Union bancairee -, franchi une étape majeure dans l’intégration des politiques budgétaires – Semestre européen, norme unique de déficit budgétaire – et permis l’évolution vers le statut de prêteur de dernier ressort, faisant de la BCE, une banque centrale à part entière".

Le lecteur pervers pourra relever que la crise c'est finalement pas si mal puisque ça permet d'accélérer la construction de l'état européen.

Mais la crise a deux effets gênants : "L’urgence de la question est posée [sic] par la nécessité de répondre aux attentes de nos sociétés minées par le chômage, surtout celui des jeunes mais aussi comme facteur de stabilisation et de pérennité de l’euro". La crise ça crée du chômage mais surtout ça menace l'euro, et ça c'est bien plus ennuyeux.

Il faut donc faire quelque chose.

La suite de la note revient sur les causes de la crise : "Une telle évolution pose la question de savoir si la zone euro a pour fin ultime de construire une véritable monnaie unique ou seulement un régime de taux de change fixe ajustable par la compression des salaires et des prix quand survient, comme ce fut le cas entre 2010 et 2012, la pression des marchés par le canal des dettes souveraines."

La note ne le dit évidemment pas explicitement mais cela valide ce que tout le monde sait : le régime de changes fixes qu'est l'euro n'est régulable que par la compression des salaires et l'austérité.

Bien entendu, la note ne le dit pas et, après ce demi-aveu, renvoie la faute sur les états européens, ces pelés :

"Les déséquilibres structurels des Etats membres de la zone euro doivent peu aux programmes d’austérité mais bien davantage aux politiques nationales qui, après avoir accompli les efforts requis pour adhérer à l’euro, ont entretenu à peu de frais les rentes sociales ou les bulles financières au lieu de mobiliser ce bien collectif qu’est l’euro pour entreprendre les réformes de structures nécessaires en vue de muscler la croissance potentielle à moyen terme."

En gros, il faut des efforts pour adopter l'euro, et après il faut des efforts pour supporter l'euro, mais tout ça n'est en rien la faute à l'euro.

La note, juste après cette preuve de virtuosité, livre la clé de lecture politiquement correcte de ce qui est européen : "en matière d’emploi comme en bien d’autres, les causes des problèmes sont nationales alors que les solutions sont européennes."

Jusqu'ici on ne voit pas bien les avantages de l'euro, on sait juste qu'il coûte, mais que c'est la faute aux états.

En réalité, l'avantage de l'euro, le voici :

"L’euro est ainsi le moteur d’un processus dialectique poussant de l’intégration monétaire à l’intégration budgétaire et, de là, à l’intégration politique en vertu des principes fondamentaux de la représentation : no taxation without representation."

Là on apprend trois choses :

1. L'euro n'a aucune vertu propre, c'est l'élément de construction d'un état européen ;

2. Le processus dialectique signifie que chacun sait que l'euro ne peut fonctionner sans un budget européen mais qu'il ne faut pas le dire. La dialectique exige deux temps : l'euro provoque la crise, ensuite la crise appelle un budget européen. La méthode dialectique est nécessaire - comme toujours pour faire passer des choix arbitraires et soustraits à la démocratie - parce qu'aucun européen sain d'esprit (en dehors des partisans dogmatiques de l'intégration européenne et/dont les rédacteurs de la note) n'aurait accepté en connaissance de cause d'adopter l'euro ;

3. Comme le but ultime de l'euro est d'arriver à un état européen, il manque une pièce essentielle, c'est un budget européen digne de ce nom. Le troisième enseignement de ce passage est donc que nous ne souffrons pas encore assez puisque les états ont rejeté l'augmentation du budget européen et que la prochaine étape va consister à trouver un moyen d'y revenir.

 

La dialectique suppose bien des renversements :

"le fait pour un Parlement national de voter – à supposer que ce soit possible – des impôts illimités sur les Etats membres de la monnaie unique, exerce des effets dépressifs sur l’économie de l’Union monétaire et menace la viabilité de l’euro."

Par cette phrase les auteurs veulent dire que "l'aide" européenne à la Grèce est assimilée à un impôt voté par les grecs (à quelles conditions !) qui de plus est la cause de la dépression européenne. Il faut comprendre donc que l'euro n'est pour rien dans la survenue simultanée de crises en Irlande, Grèce, Espagne, Italie, portugal, France, mais qu'une épidémie mystérieuse rend des aides financières nécessaires, lesquelles aides fragiliserait l'euro.

Heureusement, pour soigner cette épidémie mystérieuse, la Fondation Robert Schuman a un remède miraculeux : faire gérer toute la protection sociale (ou ce qu'il en resterait) par des dépenses européennes.

"L’objectif serait de couvrir tous les Etats membres de la zone euro à un horizon de dix à quinze ans, domaine par domaine : maladie, retraite, chômage, famille, dépendance. Le point de départ de ce processus devrait être une « déclaration Schuman » de l’Europe sociale émanant d’une personnalité ou d’un groupe de personnalités européennes politiques ou syndicales de premier plan."

A l'appui de leur choix de dépenses sociales européennes, les auteurs sont obligés, là encore, de concéder que lEurope est un peu pour quelque chose dans la crise.

Les bretons dont l'agro-alimentaire est ravagé seront ainsi ravis de lire cet aveu discret, lâché comme à regret pour réclamer encore plus d'Europe : "les exemples de concurrence sociale, parfois agressive, sont désormais des faits avérés, notamment dans le secteur agroalimentaire, celui des transports ou dans celui du bâtiment."

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Contrairement à ce que raconte Le Pen, la crise de l'agro-alimentaire c'est pas les musulmans, c'est la libre concurrence européenne.

 

Revenons donc au but essentiel : faire avancer l'Europe et le "petit pas" suivant : un budget européen.

L'idée est de commencer la hausse du budget européen en communautarisant l'assurance chômage.

Il faut d'abord des syndicats pour donner un côté spontané et populaire à la mesure : "il importe que, agissant sans injonction des Etats ou de la Commission, les partenaires sociaux d’au moins deux pays membres prennent l’initiative. Symboliquement on peut souhaiter que l’Allemagne et la France soient les pionniers de l’initiative malgré des traditions sociales différentes." Gageons qu'on cherche déjà des volontaires à la CFDT et au DGB, qui seront récompensés par une belle carrière européenne.

Une fois le soutien populaire simulé, le système devra permettre d'aligner dans toute la zone euro les conditions de l'assurance-chômage : "la méthode vers la convergence devra être souple et graduelle : fixer des écarts maximum au démarrage et prévoir un calendrier pour leur resserrement progressif sur le moyen terme et pourquoi pas leur disparition à un horizon 2020 par exemple."

Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai comme l'idée que cette harmonisation devrait permettre globalement de dépenser moins pour l'assurance-chômage. Par ailleurs, je note qu'une telle harmonisation autoritaire n'est en rien envisagée pour la concurrence fiscale.

*

Une note passionnante donc. On y apprend quelles seront les prochaines étapes de la construction européenne. Comme d'habitude, cela ne sera jamais expliqué directement, et tout doit avoir l'air spontané (il serait bon que les syndicats cessent de jouer, à ce propos, les idiots utiles). Comme d'habitude, le diagnostic porté sur la crise par cet institut européen (que la Commission européenne a financé à hauteur de 1 millions d'euros en six ans, au passage) est faussé parce qu'il convient non pas de résoudre la crise, mais de passer, grâce à celle-ci, à la prochaine étape. La dialectique c'est merveilleux. 


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Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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Gérard Couvert 13/11/2013 13:53


Edgar, votre moteur de forum ne permet-il pas la correction ? si oui en l'activant cela permettrait que l'on corrige les fautes. Comme je commente toujours en
travaillant en parrallèle, et que je n'ai pas l'orthographe innéee, j'en fais plus que de tolérable.

Gérard Couvert 13/11/2013 08:44


"je n'ai rien contre les convictions religieuses d'autrui tant qu'elles ne sont pas aggressives." vous aves lu le Coran ? Vous voulez l'enregistrement de préches, à Toulouse ou ailleurs,
qui exhortent les bons musulmans à contraindre les tiédes, qui expliquent comment égorger "hallal", qui détaille les points ou les "rumi" doivent être attaqués ?


Tant que vous y êtes lissez Celse aussi, sans le vouloir il démontre la bonne qualité intelectuelle des paraboles chrétiennes, nottamment "ceci est mon corps".

odp 09/11/2013 17:07


@ NJ


 


Vous avez raison. Mes mots ont été inutilement excessifs et insultant. Je les retire donc. Mea culpa. 


 


Sur le fond, ceci dit, cela ne change rien au fait que, si l'on veut aborder le sujet sous l'angle économique (qui était celui de JMLP), il n'est soit pas très malin soit clairement malhonnête,
dans "l'affaire des cantines scolaires", de ne regarder qu'un paramètre (la baisse de la consommation de porc) et d'oublier les autres (l'augmentation de la consommation des autres viandes ainsi
que de leur accompagnement) qui font que, tout compris, cette politique est bénéfique pour la filière agricole française. 


 


Sinon, je ne crois pas avoir dit que les "musulmans" ou les maghrébins travaillaient plus que les autres. Dans l'ensemble, ils sont moins qualifiés, plus pauvres et plus fréquemment au chômage
que le reste de la population française. Que dans certaines cités du 93, de Lille ou de Marseille, il y ait des cas de grande pauvreté parmi eux ne me parait pas particulièrement surprenant.


 


Pour ce qui est des préceptes religieux, il ne me paraît pas plus "stupide" de ne pas manger de porc parce Dieu ou son Prophète l'ont interdit que de croire à la communion avec le Christ quand
l'on mange une hostie ou que Marie a enfanté tout en restant vierge. En ce qui me concerne, je suis athée mais je n'ai rien contre les convictions religieuses d'autrui tant qu'elles ne sont pas
aggressives.


 


Enfin, bien que le ton que j'emploie puisse parfois en faire douter, mon objectif n'est pas de donner des leçons à qui que ce soit. En revanche, j'ai un amour tout particulier pour les faits et
estime, quand ils sont ignorés ou manipulés, qu'il est important de les faire connaître ou de les rappeler.

nationalistejacobin 09/11/2013 14:43


@ odp


 


"La profonde stupidité de l'argument"


Il m'avait semblé que vous étiez désormais capable d'argumenter sans être désagréable. Toutes mes excuses, je m'étais trompé.


 


Je comprends tout à fait l'hostilité que peut susciter Jean-Marie Le Pen. Le personnage est ambigu, et il a toujours joué de cette ambiguïté et de son image un peu sulfureuse. Mais le qualifier
de "stupide" est la chose la plus stupide qui soit, pour reprendre votre terminologie. Puisque vous connaissez à merveille les arcanes de l'extrême droite, penchez-vous donc sur l'histoire du FN:
comment il est né, comment il a évolué. Comparez donc le FN des années 70 et celui de 2013, ses scores électoraux notamment. Vous constaterez que Le Pen père a toujours réussi à éliminer ses
rivaux (et l'extrême droite, vous le savez, est une famille politique turbulente où les haines et les divisions ne manquent pas). Vous verrez que ce "stupide" bonhomme a réussi à fidéliser un
électorat populaire et à se hisser au 2ème tour de la présidentielle en 2002. Il est parvenu à léguer à sa fille un parti puissant et craint, qui marque des points. On peut reprocher mille choses
à Le Pen, mais douter de sa remarquable intelligence politique, cela dépasse l'entendement.


 


Votre histoire sur les pauvres petits musulmans qui ne mangent de la viande qu'à la cantine m'a arraché des larmes de tristesse. Je croyais que les musulmans bossaient et enrichissaient la
France. Je suis très étonné d'apprendre qu'ils n'ont pas les moyens de se payer de la bidoche. En tout cas, les musulmanes enfoulardées que je croise dans mon supermarché en achètent...


 


"il s'agit d'un phénomène très minoritaire"


Je suis d'accord, mais c'est un phénomène minoritaire qui se répand. Et à force de se répandre, un "phénomène minoritaire" peut devenir un jour majoritaire... même si ce n'est pas pour demain.


 


"voire ne mangeait pas du tout par crainte de "contamination""


Expliquez-moi comment un républicain laïc et rationnel peut ne pas trouver ce type de comportement "stupide", alors même qu'aucune étude scientifique ne démontre que le porc est particulièrement
dangereux pour la santé. Vous êtes prompt à donner des leçons aux extrémistes (pardon, "radicaux") qui développent selon vous des arguments "stupides". Dommage qu'on vous sente moins motivé pour
raisonner les imbéciles qui suivent à la lettre des préceptes rétrogrades sans le moindre fondement scientifique...

odp 09/11/2013 11:38


@ dsk et NJ, 


 


Je me demandais quand l'histoire des cantines scolaires allait sortir. La voilà. Très bien, cela me permet de démontrer la profonde stupidité de l'argument et par conséquent celle de celui
qui l'a amené dans le débat: JMLP. 


 


Allons-y.


 


Quelques cantines scolaires diminuent la place du porc dans les menus parce qu'elle ne souhaitent pas ou n'ont pas les moyens de mettre en place une offre alternative pour les musulmans ou les
juifs et que les responsables "culpabilisent" à l'idée que certains enfants ne mangent pas de viande les jours où du porc est servi alors même que la cantine est souvent la seule occasion pour
ces enfants d'avoir une alimentation carnée.


 


Au delà du fait qu'il ne s'agit que d'un phénomène très minoritaire et que l'interrogation est légitime, refléchissons à l'impact économique de cette "mesure".


 


Précédemment la situation était la suivante: le jour où du porc était servi, les musulmans ne mangaient pas de viande, voire ne mangeait pas du tout du fait de craintes de "contamination".
Postérieurement à la mise en oeuvre de cette "politique", le nombre de jours où les musulmans ne mangeaient pas de viande ni de plats d'accompagnement diminuent tandis que rien de change pour les
non-musulmans. Par conséquent la baisse de la consommation de porc est plus que compensée par une augmentation de la consommations des autres viandes mais également des plats
d'accompagnements.


 


Conclusion: 1) la filière agricole au sens large bénéficie de cette évolution et 2) JMLP est un imbécile.  

dsk 09/11/2013 00:01


@ Nationaliste Jacobin


Pour aller dans votre sens, et celui de JMLP :


http://www.letelegramme.fr/ig/generales/france-monde/france/cantines-le-porc-deserte-les-assiettes-13-10-2013-2266230.php?xtmc=Porc&xtcr=2

Gérard Couvert 01/11/2013 12:20


 


Je ne peux pas résiter :


http://www.nationspresse.info/libres-propos/tribune-libre-louis-aliot-repond-au-president-du-crif


En politique les mots sont des actes ; parvenu au pouvoir par ces mots, comment voulez-vous que le FN ne les respecte pas ? il n'a pas l'invraisemblable tolérance aux mensonges et aux promesses
jamais tenues du PS.

dsk 31/10/2013 14:24


@ Edgar


Bruno Gollnish ministre de l'intérieur de Marine Le Pen ? Peut-on savoir sur quel article de Libé vous vous fondez pour estimer un tel scenario "plausible" ?

Gérard Couvert 31/10/2013 00:31



C'est un scénario, mais je ne suis pas sur que cela ferait un bon film, cela ressemble trop à Hollande au pouvoir. J'imagine tout autre chose, mais moi je suis un idéaliste.

Pour Terra Nova, n'y-a-t'il que l'eurosepticisme qui vous en sépare ?
A titre informatif le droit du sang est le cas général, et fut longtemps appliqué en France, surtout par des gouvernements de gauche; cette nouvelle fixette est désolante ; parfois vous avez des
comportements d'anti-corrida.

Je crois que vous vous trompez sur le FN et les étrangers, vous restez immobile alors qu'il bouge et vos fantasmes commodes vous empêchent de voir ce qui se passe ; c'est toujours cette certitude
des gens de gauche -et des protestants- d'être la mesure du Bien.

Je n'ai pas de problème avec les musulmans, c'est l'islam qui en a un avec tout ce qui me fait. Où que vous situiez la naissance de notre nation, vous n'y trouverez rien qui soit en relation avec
l'islam, et tout qui s'y oppose. Vous voulez croire que l'on peut être français et musulman, je sais qu'il n'en n'est rien, soit on est un mauvais musulman -que les bons attendent au tournant
(cf. Gao)- soit on est un français partiel ou de "papier".
Des nationaux français convertis à l'islam depuis plusieurs générations ? je ne pense pas que vous en trouviez. Des nationaux français musulmans par filliation (et choix interdit !) sur plus de 3
générations vous en trouverez fort peu. En revanche des conversions forcées, dans des quartiers pauvres, il y en a, trop nombreuses et ce sont des naufrages.
Regardez une carte du monde Méditéranéen et alentours du IXeme au XVIIeme, les meilleurs terres, les meilleurs climats, l'ouverture sur le reste du monde connu, des mines, du savoir-faire
(antique), moins de destructions de la fin de l'Empire Romain, une unité (contrainte), la richesse, des épidémies moins violentes, tout est favorable ... pourquoi l'échec ?

dsk 31/10/2013 00:27


@ odp


JMLP partage probablement un certain nombre de "thèmes" et de valeurs avec le journal Rivarol, mais cela n'implique pas qu'il les partagerait tous. Si j'interviens sur ce blog, par exemple, c'est
parce que je partage une certaine sensibilité anti-UE avec Edgar. Cependant, vous voyez bien que je ne partage pas du tout son hostilité à l'égard du FN.