La lettre volée

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La course du rat, les retraites et la décroissance

Avec une croissance à un taux normal de 2% par an, nous pourrions fort probablement financer les retraites.

L'euro a cassé la croissance et pour éviter d'appeler un chat un chat la gauche qui pense a choisi maintenant de crier haro sur la croissance. 

Un élément nouveau est intervenu sur ce débat : à l'occasion de la sortie du livre de Thomas Piketty, il a rappelé que plus le taux de croissance est faible et plus les revenus du capital sont élevés.

Les décroissants sont donc aussi des fabricants de rentiers (il y en a au moins deux qui s'agitent beaucoup en ce moment, Bernard maris et Dominique Méda).

Je referme la parenthèse.

Une autre conséquence de la décroissance est la difficulté pour chacun à conserver un travail rémunérateur.

Ca donne des graphiques assez éloquents.

 

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Ici on voit l'évolution entre 2002 (l'année de l'euro) et 2012, du taux d'inactivité par tranche d'âge, dans l'Union Européenne (graphique pris sur un site fort intéressant, Real World Economics).

Le site d'Eurostat donne aussi l'évolution du taux moyen d'inactivité :

Inactivity_rates_15-64_by_sex-_EU28-_2002-2012.png

 

 Depuis 2002, en moyenne, l'Union européenne travaille plus, mais pas du tout de la même façon selon les tranches d'âge et le sexe : le premier graphique montre en effet que les plus de 64 ans, hommes ou femmes, travaillent plus, qu'au milieu (25-54) ce sont les femmes qui doivent de plus en plus se remettre au travail (c'est génial, ça fait baisser le gender gap) et que les jeunes font la queue gentiment pour entrer sur un marché du travail où l'offre de jobs décents se raréfie.

C'est le même phénomène aux Etats-Unis, où des choix similaires d'ouverture au commerce international non régulée ont été faits. Le graphique ci-dessous montre l'évolution du taux d'activité des hommes depuis 2007 :

 

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L'article original d'où sont tirées ces données se conclut ainsi : "ce qui semble se passer c'est que les seniors retardent l'âge de la retraite pendant que les jeunes ont du mal à entrer sur le marché du travail". Lire aussi Marginal Revolution, avec un graphique pour les USA encore plus parlant.

 

Quel est le message transmis par ces données ?

1. la décroissance ça coûte très cher socialement. Dans un marché du travail qui se réduit, avec des ressources y compris publiques plus rares, ceux qui ont une source de revenus s'yaccrochent de plus en plus. Et ceux qui n'en ont pas encore attendent de plus en plus longtemps.

Apparté : j'entendais Bernard Maris il y a peu faire le malin en expliquant qu'une voiture accidentée c'est de la croissance (il faut la réparer). Il sous-entendait qu'un économiste digne de ce nom, qui ne s'occupe que du bonheur des gens, ne saurait s'abaisser à réparer des voitures. Ce qu'il ne dit pas c'est qu'avec son raisonnement ce sont aussi les garagistes qui sont inutiles.

 

2. Quelle que soit la cause de ce ralentissement de la croissance, il faut s'habituer à penser que les conséquences en sont lourdes, à considérer le prix payé par ces années de stagnation qui s'accumulent.  Certes, personne ne tombera amoureux d'un taux de croissance, mais l'humeur collective sera certainement beaucoup plus guerrière si la croissance disparaît.

 

3. Pour la France, il est évident - pour moi - que l'euro est le principal responsable de l'anémie économique actuelle (je laisse aux rêveurs l'idée d'une BCE abandonnant une politique d'austérité et d'une relance européenne). Plus longtemps nous restons dans l'euro et plus cela nous coutera socialement cher.

Pour ajouter un argument aux sceptiques, prenons l'effet de l'euro dans l'industrie. Eric Dor, professeur à l'IESEG, a collecté quelques chiffres avant/après dans différentes branches de l'industrie française.

Il a comparé quatre années de croissance cumulée en France, juste avant l'euro (1995-1998) et la croissance cumulée pendant la durée de l'euro (1999-2013).

Pour toute l'industrie : Avant l'euro, +5,5% (en quatre années) ; pendant l'euro : -11,4% 

 

Pour l'automobile : avant l'euro, +28% ; pendant l'euro : -22,3%

Il y a le détail des données pour de nombreux autres secteurs l'industrie, c'est assez concluant.

L'ensemble du papier de Dor est intéressant, expliquant bien que les défauts de l'euro étaient connus dès l'origine, mais acceptés car ils devaient contraindre à plus d'intégration politique (pour un commentaire très détaillé du papier, en français, voir sur le blog à lupus). 

Il montre bien que si la France veut rester dans l'euro, il faudra encore plus de réductions des revenus, pour aligner les coûts salariaux avec l'Allemagne. Et comme je l'avais indiqué dans un billet antérieur, si c'est encore à la limite concevable pour la France, ce serait de la folie pour d'autres pays européens.

 

Conclusion : c'est folie de rester dans l'euro et cela ne se fera qu'au prix d'un coût social extraordinaire, que tous les hymnes à la décroissance n'arriveront pas à masquer. Ne pas voir cela, à gauche et au Front de gauche notamment, c'est offrir la France à une radicalisation à droite. Rester dans l'euro, c'est organiser une permanente course du rat.

 

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À propos

Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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alexandre clement 10/09/2013 08:37


Oui, cela semble évident et pourtant on continue à nous raconter que c'est à cause du vieillissement de la population. Un autre effet très négatif de l'euro est qu'il est conçu aussi pour
exacerbé la concurrence fiscale, ce qui veut dire en gros taxer moins les riches et faire porter les prélèvements sur la consommation - donc les pauvres. 


C'est une destruction systématique de l'Etat providence. ça veut dire clairement que ceux qui n'auront pas accumuler un capital vont devoir travailler jusqu'à 75 ans pour avoir une retraite à
taux plain.