La lettre volée

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L'Union européenne contre la démocratie

En quelques semaines, Hollande a normalisé la France et renoncé à tout son programme.

Il y aura bien une austérité renforcée, nous sommes juste débarassés de Sarkozy l'agité (certes, ce n'est pas rien).

Si un accord est trouvé pour aller vers plus de "fédéralisme" (comme l'écrit justement Descartes le blogueur, fédéralisme voulant dire politique budgétaire restrictive pour tous, à l'Allemande), ce sera le règne des technocrates sabreurs de budget.

Nous aurons la décroissance : chaque progrès individuel sera pris à d'autres et non pas gagné sur une croissance collective.

Déjà, le gouverneur de la Banque de France, élu par personne, triomphe dans le Monde, énonçant que "la volonté d'autonomie des états de la zone euro doit s'effacer".

La prochaine étape, si la négociation aboutit à un degré significatif de mutualisation des dettes, est la création d'un Trésor européen et d'un impôt européen.

La crise née de l'euro aboutira à renforcer les pouvoirs européens. Cela réjouira les fédéralistes. Mais toutes ces avancées du pouvoir européen se feront avec un système décisionnel qui reste de qualité plus que médiocre.

*

Il faut lire, dans Euractiv, l'interview d'un lobbyiste européen, avec notamment cette phrase assez terrible : « Le plus petit fonctionnaire européen est devenu le Maître de l’Union ».

Il donne un exemple clair de l'absence complète de contrôle sur les décisions de la Commission, où le refus d'autoriser un médicament va conduire à procéder à des greffes de foie sur des jeunes enfants alors qu'une solution médicamenteuse existe :

Le dossier ORPHACOL. Une combinaison d’opacité et d’habillage juridique qui pose une vraie question : à Bruxelles aujourd’hui qui est le patron ?

Voici près de 40 ans que je pratique les Institutions européennes et je n’ai jamais vu un tel cas qui cumule tous les ingrédients d’une mauvaise gouvernance. D’abord, une opacité sur les motivations de la DG SANCO. Pourquoi une telle obstination à l’encontre d’un médicament qui a fait ses preuves depuis 20 ans et dont la mise sur le marché est soutenue par les plus hautes autorités médicales y compris par l’Agence Européenne des Médicaments à l’unanimité ?

Comment – ensuite – admettre le refus de la Commission de suivre la volonté des Etats-membres exprimée deux fois à la majorité qualifiée d’autoriser la mise sur le marché d’ORPHACOL ? Pire, la Commission représente un nouveau projet de règlement contre la mise sur le marché sans attendre le jugement de la Cour de justice attendu dans les prochaines semaines ?

*

Ne nous y trompons pas. Ce qui est en jeu à travers les marchandages qui risquent d'aboutir à une consolidation temporaire de l'euro au prix d'une austérité renforcée, ce n'est pas la "souveraineté" française. C'est, tout simplement la démocratie.


 

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À propos

Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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Zebulon Whateley 01/07/2012 12:09


Mais ces transferts sont délimités par les traités européens, qui peuvent être dénoncés légalement à travers l'Article 50: les transferts ne sont donc pas éternels.

Zozo 30/06/2012 23:42


Si on a transféré un pouvoir, c'est qu'on ne l'a pas délégué. Donc le transfert est ad vitam aeternam.

aliena 29/06/2012 20:36


"For the architect of the euro, taking macroeconomics away from elected politicians and forcing deregulation were part of the plan"
"Mundell explained to me that, in fact, the euro is of a piece with Reaganomics:



"Monetary discipline forces fiscal discipline on the politicians as well."



And when crises arise, economically disarmed nations have little to do but wipe away government regulations wholesale, privatize state industries en masse, slash taxes and send the European
welfare state down the drain."



http://www.guardian.co.uk/commentisfree/2012/jun/26/robert-mundell-evil-genius-euro

edgar 29/06/2012 15:40


ll : la france peut parfaitement passer dea ccords vaec le brésil dans le domaine agricole, avec la chine dans d'autres et ne pas se faire "écraser". le canada, la corée du sud se sortent très
bien d'être "seuls". 

edgar 29/06/2012 15:39


Pierre Noel : je n'ai pas lu assez pierre manent, notamment pas la cité et l'homme. mais j'avais écrit très nettement ici : http://www.lalettrevolee.net/article-28541164.html que la souveraineté est la condition de la démocratie. J'ai écrit ici un peu
rapidement, et en me mettant à la place de nombreux partisans de l'union pour lesquels la souveraineté c'est mal, alors que la démocratie reste une référence (bien pmaltraitée en pratique). mais
c'est effectivement une concession que seule la rapidité peut excuser.

Pierre Noel 29/06/2012 15:15


Vous êtes trop bon lecteur de Pierre Manent pour ignorer que la démocratie est inséparable de la souveraineté.

edgar 29/06/2012 11:06


je pense en particulier que nos représentants n'avaient pas à accepter de voter en 2008 un texte rejet é en 2005. je pense aussi que dans l'exemple cité par euractiv aucun représentant n'est
consulté. je pense enfin que chaque décision de la BCE n'est validée par personne (et que la BCE s'est attribué le pouvoir de gérer le taux de cnahge, contre les traités). et je pense qu'il n'est
pas normal que les français ne soient pas consultés régulièrement sur leur volonté de poursuivre en ce sens. ce n'est pas parce qu'un élu une fois a transféré un pouvoir que ce transfert est
légitime ad vitam aeternam.

Fabien 29/06/2012 10:52


Edgar: je ne comprends pas en quoi vous refusez de voir que c'est votre modèle de démocraties nationales s'alliant entre elles qui ne fonctionne pas aujourd'hui.


L'Europe d'aujourd'hui n'est pas la démocratie que je souhaite en tant que fédéraliste, mais pour autant, rien n'a été "volé" aux citoyens de notre continent: ce sont leurs représentants qui
votent tout et non pas une Commission hors-sol. Par exemple, sur Schengen, c'est un ministre socialiste qui a voté pour le rétablissement potentiel des frontières nationales... ce qui gêne du
reste considérablement les eurodéputés de son camp: http://www.ceuropeens.org/interview/sylvie-guillaume-eurodeputee/il-ne-faut-pas-ecarter-le-parlement-europeen-du-controle-de-s


La question est donc comment on change tout ça. Vous noterez que je suis assez critique sur l'utilisation du mot "Europe fédérale" alors qu'ils ne parlent "que" d'une union
bancaire: http://fabiencazenave.eu/2012/06/27/lunion-bancaire-est-ce-leurope-federale/

edgar 29/06/2012 10:09


Fabien : Le principal reproche que je fais aux gens comme toi, c'est de tolérer que l'on transfère plus de compétences à l'union, alors que le système n'est toujours pas démocratique. Il y a,
dans vos rangs, comme une satisfaction amère à constater que c'est toujours ça de pris et que des transferts non démocratiques valent mieux que pas de trasfert du tout.


Sauf qu'on finit par avoir un ensemble de compétences pas du tout négligeables, pas du tout démocratiques, dont finalement vous êtes responsables.


Je vous trouverais plus sympathiques, démocrates et cohérents si vous refusiez toute avancée supplémentaire sans renforcement préalable de la démocratie.


Ma conclusion personnelle c'est que ce renforcement n'est pas possible parce qu'il ne peut pas y avoir de débat démocratique au niveau européen, faute de sentiment commun d'appartenance, de
volonté de faire société commune.


Vous préférez continuer à avancer plutôt que de voir cela, c'est assez pathétique au fond.


 

DAELIII 29/06/2012 10:07


Ahurissant! Ce ne sont pas les gouvernants qui s'attachent à leur pouvoir, mais les français qui VEULENT conserver leur LIBERTE. Le seul peuple qui ait réussi à créer au fil des siècles un petit
peu de vraie démocratie et de limiter les inégalités, contrairement à l'univers anglo-saxon, veut conserver sa liberté. Ce sont les brésiliens et les chinois qui ont à gagner à la continuation de
l'histoire "à la française". Ils ont tout à y gagner et ce malgré les vaticinations des  "cabris" imbéciles qui ont avalés toutes les sottises eurocratiques répandues, tant par les
possédants français qui souhaitaient de l'aide du dehors pour mater des travailleurs-citoyens trop peu dociles, que par les idéologues bourgeois qui parlent au nom de la "Gauche" et dont le
millénarisme décervelé, marxisant ou pas, n'a jamais eu d'autre conséquence réelle que d'asservir les citoyens-travailleurs à des maîtres étrangers, allemands voici 70 ans, allemands encore et
étatsuniens aujourd'hui.