La lettre volée

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L'ordre pervers

La seule caractéristique, peut-être sans analogue, des camps allemands, me semble avoir été la rigueur méthodique ou, pour employer un terme allemand qui n'a guère d'équivalent dans notre langue, la Gründlichkeit, avec lesquelles a été poursuivie l'oeuvre d'extermination.

Voilà qui, peut-être, pourrait donner lieu à une remarque importante.

Oh ! Il ne s'agit certes pas de faire l'apologie du désordre, mais il convient, je crois, d'observer que l'ordre sous ses formes bureaucratiques, là où il est poussé à l'extrême, ne présente pas seulement un caractère de neutralité, par rapport aux valeurs elles-mêmes, mais qu'il contient en soi un germe de perversion, peut-être d'abord parce que l'apparence de perfection qu'il affecte comporte une complaisance à soi-même, dont je crains bien qu'on ne puisse pas contester le caractère luciférien. Mais du luciférien au satanique, la transition s'opère insensiblement. Que les technocrates auxquels notre monde est de plus en plus livré, hélas, prennent garde à ce péril auquel ils se trouvent tous exposés, si la volonté d'organisation qui les anime ne trouve pas son contrepoids dans cette force qui ne réside pas dans l'âme et où les écervelés croiront trouver le contraire d'une force, car elle s'appelle l'humilité.

 

Gabriel Marcel, préface au livre de Victor Frankl, Découvrir un sens à sa vie.

 

 

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Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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Gérard Couvert 09/12/2013 10:50


J'ai parlé de la tyranie de la rationalité, pas de son usage ; néanmoins le refus du recours au sensible, soit comme filtre préalable soit comme correctif, soit comme choix ultime d'une
alternative est primordial ; est oublié de nos élites, ces puceaux éternels.
La religion catholique est justement une manière d'organiser ce recours, de le stratifier (de le rationaliser ?) le résultat du concile de Trente, ou le Toast d'Alger (et l'encyclique
sous-jacente) sont des marqueur forts et aussi des leviers immenses. Port Royal ... c'est le choix magnifique de Colbert contre Fouché.

DAELIII 09/12/2013 10:27


Sur le fond : remarque sans doute fondée de la citation, avec un fort correctif toutefois nécessaire. Vous oubliez que le terme accolé dans le dicton à "gründlich" est "gesund". L'origine de
l'aberration germano-nazie tient sans doute plus au second qu'au premier premier. C'est la certitude d'avoir raison, de par l'ordonnacement divin du monde, qui explique, mieux que le sérieux,
l'attitude, passée comme présente, des allemands. L'ubris qui les caractérise en général assez bien, et que l'on doit probablement étendre pour une bonne part, à toute la pensée anglo-saxonne (je
songe à certains commentaires de Russell dans les Essais Sceptiques), est à la base de leur assurance, perinde ac cadaver. Chez eux Luther, ici Arnault et Port Royal.

DAELIII 09/12/2013 10:14


corrections : "sorties"

DAELIII 09/12/2013 10:13


Objection.


La rationalité est un outil, son usage humain. Ce n'est pas le marteau qui écrase le doigt, c'est la maladresse, ou l'ignorance. A ce jour le marteau reste ce qu'il y a de mieux pour enfoncer les
clous.


La belle période ou la rationalité a cessé d'être l'outil dominant, au moins dans l'imaginaire des humains, de ce côté de la planète, nous a valu la régression gnostique, d'ou sont sortis les
religions monothéistes, et leurs mille ans d'obscurantisme (c.f. Festugière).

Gérard Couvert 09/12/2013 09:32


La tyranie de la rationalité est à l'origine de la démocratie totalitaire que nous vivons et elle s'accomode fort bien des "désordres" (espaces de liberté de Weber) libertaires.