La lettre volée

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L'hubris occidentale

En commentaire de mon précédent billet, Fred, commentateur régulier, soulignait qu'il est difficile de défendre la présomption d'innocence en faveur de DSK sans se soucier de la situation de la Libye.


Je crois défendre, dans les deux cas, ce que je crois être la voie du droit. Cela me semble particulièrement important face à la volonté de puissance occidentale.


En Libye en effet, il est aujourd'hui évident que la coalition dirigée par l'OTAN s'est fixé comme objectif un renversement du régime. L'observateur le plus critique envers Kadhafi peut aussi remarquer également que Kadhafi semble bénéficier d'un soutien au moins regional en Libye. Il apparaît donc ainsi que nos pays s'ingèrent dans les affaires libyennes aux côtés d'un camp, baptisé "de la liberté", au détriment d'un autre, réputé barbare.


On apprendra peut-être à la fin des combats que l'ensemble des opérations aura entraîné plus de morts que ce que la seule répression de Kadhafi aurait pu causer.


Il ne s'agit pas, pourra-t-on rétorquer, de se limiter a un décompte utilitariste des morts de part et d'autre. Ce qui est en jeu en Libye, ce sont des principes : la démocratie, l'état de droit...


Peut-être. Où range-t-on alors l'absence totale de réaction face à la répression à Bahreïn (j'ai le souvenir vif d'un Bernard Guetta énonçant les révolutions arabes en oubliant Bahreïn) ? Quid de la Syrie où nous ne ferons visiblement rien ?


Même question pour la Côte d'Ivoire. Quel est le texte juridique qui dicte maintenant que des élections sont obligatoires et que leur résultat doit être arbitré par des interventions militaires occidentales ? Sans un tel texte, comment justifier l'intervention pro-Ouattara ?

Qui jugera les excès avérés des troupes de Ouattara ?


Comment justifier l'exécution sommaire d'un Ben Laden, regrettée même par les familles de certaines victimes ?


Quid des prisonniers de Guantanamo, sujets de non-droit, ou non-sujets de droit, sur le sort desquels la gauche démocrate américaine s'insurge régulièrement, sans effets ?


Il semble que l'Occident, inquiet et frileux maintenant que les pays émergents demandent un partage des bénéfices de la mondialisation, se soucie de moins en moins du respect de la légalité formelle. On trouve assez facilement des considérations "pragmatiques" pour justifier les libertés prises tant avec les voies du droit qu'avec les voies de droit.


Certes, dans le cadre des relations internationales, c'est plutôt la loi des rapports de forces qui a toujours régné. On a cependant l'impression que, sous couvert de terrorisme, c'est à une régression formidable que l'on assiste. L'intervention au Pakistan s'est faite en dehors de tout cadre légal, sur le sol d'un état avec lequel les Etats-Unis ne sont pas en guerre.

 
Que donnera dans dix ans le prolongement de cette évolution unilatéraliste et a-légale de l'Occident ? Une guerre avec la Chine sur le plan extérieur ? L'internement direct des opposants à la construction communautaire sur le plan intérieur ? (avant de lever les yeux au ciel, relire l'article de Sylvie Goulard dans lequel elle traite les opposants à la construction européenne d'"assassins" ).

 

Le droit, partout et pour tous, c'est la seule façon, sur le long terme, d'éviter l'affrontement militaire entre puissances. Nous ne semblons pas prendre ce chemin.

J'exagère ? Je laisse le dernier mot à Zygmunt Bauman : "Krzystof Pomian appelait l'Europe une civilisation de la transgression, marquée par "une diminution du respect pour les barrières, les obstacles, voire les interdits", une civilisation qui pense que "les frontières ne sont là que pour être transgressées", et qui "ne se contente pas de tolérer les transgressions à condition qu'elles soient marginales ; elle se met à les provoquer".

 

 

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À propos

Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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