La lettre volée

Notes et idées : Politique, Bandes dessinées, Polars, Media, Actualité, Europe...

L'Europe contre la démocratie

Je signale un long papier, brillant, de Christophe Beaudouin, sur l'Observatoire de l'europe après le non.

Il explique en effet que la plupart des promesses qui seront faites lors de la présidentielle seront en réalité illégales au regard du traité de Lisbonne.

J'aime beaucoup la citation finale (en note) de Paul Thibaud : "Le parti européen hérite de traditions libérale, sociale-chrétienne, socialiste utopique, qui ont pour point commun de penser que les valeurs collectives sont à chercher dans la vie sociale, qu’elles sont encastrées dans un vivre ensemble qui les produit comme naturellement, par rapport à quoi l’Etat et la politique ne sont que subsidiaires, fonctionnels. Ces traditions voient spontanément la politique comme fausse, rhétorique, artificielle, elles ne la croient pas source de valeurs, elles se méfient de sa capacité de faire croire, d’aller à la réalité par les songes. On se trompe sur la dynamique européenne si l’on néglige qu’elle fut orientée à limiter ces grands producteurs de politique que sont les Etats-nations infiniment plus qu’à produire un autre vouloir, à faire couler d’autres sources du politique."

 

Fondamentalement, l'Europe est antipolitique, comme une bonne partie des courants de pensée européens. La quintessence de ce mode de pensée me semble résider dans les raisonnements à la Rosanvallon , qui concluait ainsi un papier récent : " L'Europe ne pourra être chérie par les citoyens que si elle devient également un vivant terrain d'expérience de la démocratie post-électorale." En clair, une dictature.

 

 

 

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Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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Trubli 21/09/2011 23:07



"Cette pensée démocrate au sens large (écologique, libérale, centriste,
etc.) a donc été de façon très cohérente à la fois décentralisatrice et européiste, pour que le pouvoir soit de plus en plus dans les mains d'autorités pacifiques, fonctionnant sur le consensus,
et de moins en moins dans celui d'Etats suspects de préférer la violence, le "passage en force""


Je ne crois pas, si on prend un Delors ou un Attali qu'ils soient des démocrates. Ce sont tout simplement des libéraux. En tant que libéraux  leur travail a consisté à saper les bases du
pouvoir des états pour que leurs amis puissent s'en mettre plein les poches.


Le libéralisme s'accomode très bien de la dictature surtout quand il s'agit de la dictature d'une haute autorité ou d'un aéropage d'experts qui gouvernera sous le couvert de la technique.
Personne n'a élu les membres de la commission européenne, pourtant nous subissons leurs méfaits tous les jours. Les autorités européennes n'ont rien de pacifique, elles croient seulement que le
doux commerce pacifiera les relations humaines. La concurrence est devenue leur dogme quand ce n'est pas simplement leur religion de substitution.


Le libéralisme est une chose. La démocratie une autre. Merci de ne pas les confondre.



FrédéricLN 21/09/2011 22:06



Je suis assez d'accord avec l'analyse de Paul Thibaud. La pensée démocrate-chrétienne ou sociale-écologiste européenne actuelle se forge, disons entre 1934 et 1968-72, sur une contre-expérience
fondatrice, celle des totalitarismes nazi et soviétique.


Elle veut affirmer la prééminence de la personne, et de sa capacité d'entreprendre avec les autres (une famille, une association, une entreprise...), sur la violence et en particulier sur la
violence monopolistique d'Etat.


Comme l'écrivait il y a quelques semaines la blogueuse notzugzwang en pensant aux dictatures arabes : "La violence circule de la sphère publique à la sphère privée, et vice-versa.
Pour survivre en tyrannie, il ne suffit pas de savoir se taire un peu, ni se faire simplement discret. Il faut mourir à soi-même, n’être qu’une ombre chinoise".


 


Elle veut affirmer la prééminence de la personne, et de sa capacité d'entreprendre avec les autres (une famille, une association, une entreprise...), sur la violence et en particulier sur la
violence monopolistique d'Etat.


Cette pensée démocrate au sens large (écologique, libérale, centriste, etc.) a donc été de façon très cohérente à la fois décentralisatrice et européiste, pour que le pouvoir soit de plus en plus
dans les mains d'autorités pacifiques, fonctionnant sur le consensus, et de moins en moins dans celui d'Etats suspects de préférer la violence, le "passage en force", supects de vouloir imposer
leur propre ordre institutionnel aux dépens des personnes, des entreprises, des familles et des associations (les "corps intermédiaires", dans le jargon démocrate-chrétien).


Cependant, assimiler cette hiérarchie de valeurs à un rejet "du politique" dans son ensemble me semble erroné. Ce n'est pas toute la politique qui semble "fausse, rhétorique, artificielle" ;
c'est seulement la forme de politique qui fait miroiter à l'électeur un mirage de toute-puissance, par une sorte de possession collective de la force armée ; et qui l'éloigne ainsi des
possibilités de coopération, de construction collective, d'harmonie sociale ou écologique. Si l'on oublie les régimes criminels des années 40 ou 50, et qu'on en reste à des régimes respectueux de
l'ordre républicain et de l'élection, la Présidence française actuelle est un excellent exemple de cette pensée "européenne" (sociale-chrétienne, écologiste, etc.) abhorre.


Donc le caractère très négatif de la dernière phrase me semble erroné — de même que la conviction apparente de l'auteur selon laquelle les Etats-nations seraient les (?) grands producteurs de
politique, ce qui ferait d'ailleurs bien rire les Suisses, les Belges ou les Burkinabè, qui ne sont certainement pas moins politiques ni moins démocrates que nous autres Français.


Je suis donc encore moins d'accord avec la conséquence que le titre en tire "L'Europe contre la démocratie"


C'est au contraire, de mon point de vue, en tant que démocrates, que cette école de
pensée s'est méfiée des Etats (cf. le départ du MRP des gouvernements de De Gaulle, en 1962). Qu'elle se soit, ces dernières années, institutionnalisée, ossifiée, au point de se prétendre
légitime et pérenne indépendamment des échéances électorales et du vote populaire, c'est une triste maladie, mais qui me semble hélas commune à tous les groupes socio-politiques qui détiennent un
pouvoir ; je doute que ses bases philosophiques soient en cause. Pour prendre un exemple, le MoDem, un des héritiers de cette tradition, propose qu'il y ait pour l'élection au Parlement européen
une fraction de sièges élus sur des listes pan-européennes : c'est, me semble-t-il, donner plus de place au débat démocratique, et plus d'influence au citoyen sur les lignes politiques… et non
pas, moins d'influence.


Tout ceci dit, un mot personnel : dans une économie mondialisée, dans une vie quotidienne mondialisée (Facebook...), la place des Etats a profondément changé. Le risque de les voir exercer une
pression totalitaire sur leurs citoyens est bien plus réduit que dans les années 30 (même si ça existe encore). Eux aussi pourraient être considérés à juste titre comme des "corps
intermédiaires", "producteurs de politique et de démocratie", par la même pensée social-chrétienne ou écologiste, qui s'en méfiait hier, quand ils étaient en mesure de faire régner sur toute la
société l'ordre de fer de la dépersonnalisation.


Et voilà pourquoi, Monsieur, votre fille est muette — ou plutôt, voilà pourquoi François Bayrou se fait traiter par ses anciens amis de gaulliste à contre temps, et se fait reprocher de trahir
les valeurs européennes-décentralisatrices qui seraient, selon quelques fins de race, l'ADN du centre ;-)  


 



Edgar 22/09/2011 11:33



Je recopie mon commentaire sur ton blog :


"seulement la forme de politique qui fait miroiter à l'électeur un mirage de toute-puissance, par une sorte de possession collective de la force armée ; et qui l'éloigne ainsi des possibilités de
coopération, de construction collective, d'harmonie sociale ou écologique." Tout est là. Pour moi le domaine de l'harmonie et de la coopération relève de la gestion. La politique c'est le moment
où l'on tranche sur des questions fondamentales et cela ne peut se faire sans grincements de dents (et dans le respect des droits de l'homme bien évidemment).
Mais je pense que nous crevons de politiques escouillées, où le conseil constit défend le contribuable, où le banquier taxé en appelle aux droits fondamentaux de la personne humaine et où les
entreprises se voient reconnaître un droit à la "liberté d'expression" (aux USA mais on y viendra).
Très juste ton passage sur l'état qui est aujourd'hui un corps intermédiaire.
enfin, à ma connaissance la république en France a toujours été démocratique. C'est si vrai que Pétain, en une sorte d'hommage du vice à la vertu, a rebaptisé son régime "état français".
L'opposition république/démocratie me semble maintenant bien vaine. En revanche que le régime de l'Union européenne ne soit ni républicain ni démocratique devrait passer pour une évidence... De
ce point de vue, le soutien de Bayrou à l'adoption du Traité de Lisbonne est au moins une faute.



Riton la brute 10/09/2011 04:31



apparemment il a bientôt ses signatures http://www.dailymotion.com/video/xkxhdy_dupont-aignan-explose-le-plan-d-aide-a-la-grece_news?start=458#from=embediframe



edgar 08/09/2011 15:16



L'union européenne n'impose ses méfaits que lentement. Je crains fort que marine le pen mette moins de quelques jours pour revenir aux priorités du FN : la chasse aux immigrés, et n'abandonne
très vite ses idées de sortie de l'euro.


je ne voterais en aucun cas pour elle, non.


 



Jardidi 08/09/2011 08:19



Concrètement, la monstruosité de l'UE m'amène à voter pour Marine Le Pen, avec inquiétude mais sans état d'âme. Toi, Edgar, que vas-tu faire ou que conseilles-tu?



edgar 07/09/2011 23:11



je lis à l'instant que pour schmitt le totalitarisme est le régime qui abolit la distinction entre Etat et société (sous la plume de... Hayek, dans la route de la servitude. il reste donc bien un
état mais pas au sens où on l'entend habituellement...



fd 07/09/2011 15:41



Je n'ai pas lu Neumann, mais il faut se méfier de ces historiens sociologisants qui veulent comprendre l'essence d'un régime à partir de ses structures sociales plutôt qu'à partir de la doctrine
qu'il affiche. Ca me fait penser à Alain Blum de l'EHESS qui a écrit le livre "L'Anarchie bureaucratique" à propos du stalinisme. A le lire on pourrait croire aussi que l'essence du stalinisme
est une espèce de bazar organisé où la concurrence effreinée des groupes et des sous-groupes conduit au crime de masse. Je ne sais pas si Neumann participe de ce biais sociologique, mais c'est
tout à fait possible d'après ce que tu m'en dis. C'est un effet pervers des progrès de la sociologie dans le champ de l'historiographie. Pour ma part, je préfère revenir aux doctrines. Le
stalinisme est une doctrine de défense de l'Etat (et en cela, il n'était déjà plus trop communiste, moins en tout cas que le léninisme), et j'ai du mal à croire que le nazisme ne l'était pas
aussi.



edgar 07/09/2011 14:18



vaste sujet.


sur les nazis, la thèse de neumann est qu'il ne s'agit pas d'un état mais d'institutions juxtaposées et mises en concurrence.


schmitt, je ne l'ai jamais lu, mais en effet c'est peut-être une lacune...



fd 07/09/2011 11:41



Je t'invite quand même à réfléchir plus profondément au lien qui existe entre Etat et guerre (lien qu'a d'ailleurs examiné Carl Schmitt). Je ne dis pas que les socialistes (et par socialiste
j'entends les seuls socialistes conséquents qu'il y ait eu, ceux du début du XXe siècle) et les libéraux sont anti-Etat parce qu'ils sont pacifistes. Ils sont anti-Etat parce que leur programme
politique inclut explicitement dans le premier cas la disparition de l'Etat après la révolution, dans le second sa limitation au profit du commerce. Quant aux nazis, ils étaient peut-être
anti-politique au sens où ils ne toléraient pas le pluralisme politique, mais ils étaient de fervents défenseurs de l'Etat. A la différence des libéraux et des socialistes ils n'ont jamais inclus
sa disparition ou a diminution dans leur programme. Admirateurs de Nietzsche, ils ont été les seuls avec Charlemagne et Napoléon (et d'ailleurs avec beaucoup d'admiration pour l'un comme pour
l'autre), à porter un projet d'Europe vraiment étatique, avec un Etat européen "décomplexé" tout entier mis au service de la guerre et de l'exploitation de la matière brute humaine.



edgar 07/09/2011 09:48



fred : je ne suis pas sûr que l'apolitisme soit pacifique. Le nazisme est apolitique, se veut science absolue, et combat les opposants.


Le pacifisme européen peut être parfaitement guerrier (un thème de Milner). Il suffit de remplacer paix par pacification pour comprendre que la paix peut être celle qui règne après la bataille !


Il ne s'agit pas de tout expliquer. Les USA lancent une guerre tous les quatre ans et c'est bien un régime libéral.


 Il est juste important de comprendre que ce n'est pas parce que l'Europe met la paix en avant qu'elle est réellement pacifique. et c'est bien parce qu'elle refuse au fond les divergences
politiques qu'elle a des chances de devenir guerrière.