La lettre volée

Notes et idées : Politique, Bandes dessinées, Polars, Media, Actualité, Europe...

L'euro-moloch

Il est bien connu que l'euro est censé apporter stabilité et développement aux pays membres de la zone euro. Le sens de la causalité est le suivant :

 

euro > croissance et prospérité > union européenne consolidée

 

 On peut donc apprécier cette déclaration de Jean-Claude Trichet, pape de la monnaie unique, rapportée par le Figaro :

 

"Concernant l'euro, [Trichet] estime «qu'il n'y a pas de crise de la monnaie en tant que telle, mais des difficultés plus ou moins importantes des États à se financer». [...] En ce qui concerne les perspectives de croissance à moyen terme il a de nouveau regretté que les États n'aient pas engagé les programmes de réformes  structurelles décidées à Lisbonne en 2000, ce qui a conduit le Conseil européen à s'engager pour de telles réformes à l'horizon 2020..."

 

 En réalité, il faut donc comprendre que le système fonctionne à l'envers de ce qui était promis : ce n'est pas l'euro qui amène de quelconques bienfaits, ce sont de constants sacrifices qui sont exigés pour mener à l'euro (les fameuses réformes structurelles, tarte à la crème de la non-pensée économique). Le schéma réel de fonctionnement de l'euro est donc celui-ci :

 

sacrifices > convergence européenne > rédemption européenne par l'euro

 

goya.jpg

 

 L'Union européenne est censée unir des pays pour leur plus grand bien. En réalité, elle fonctionne comme machine à punir la diversité, à raboter les écarts. Tenez, un rapport récent de l'ONU qui constate la situation économique lamentable de l'Union européenne, relaté par l'Usine Nouvelle :

 

"L'Europe serait pénalisée par son hétérogénéité."

 

Ce n'est donc pas l'Union européenne qui fera l'unité, par ses vertus propres, ce sont en réalité les renoncements de chacun des membres à toute particularité qui leur feront mériter leur européanité.

 Il y a, dans ces sacrifices constants exigés au nom de la cause européenne, un mélange d'anorexie, de volontarisme religieux, de mysticisme, quelque chose de profondément irrationnel. Non pas qu'il soit mauvais de se fixer des buts à atteindre en politique, ni d'exiger des efforts. Encore faut-il en comprendre le sens.

 

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Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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gilles 04/02/2011 20:12



Les contribuables suisses vont-ils devoir casquer
pour la monnaie ratée qu’est l’euro ?


par Lukas Reimann, conseiller national,
St-Gall





Au cours des derniers mois, la Banque nationale
suisse (BNS) a acheté des euros pour des milliards de francs dans l’espoir de stabiliser artificiellement le cours de l’euro face au franc. Mais sans succès, l’euro continue sa chute. Le résultat
en est un immense trou dans la caisse de la BNS. Apparemment, on a acheté des emprunts d’États de l’UE qui présentent un risque monétaire accru. On peut craindre à moyen terme une dévaluation, ce
qui mettrait en danger le niveau de vie et la stabilité. En outre, la masse monétaire a plus que doublé du fait de cette politique monétaire hyperexpansive. Ce gonflement est presque aussi
importante que celui de la Banque centrale européenne et du FED, ce qui ne manque pas d’être inquiétant, tout autant d’ailleurs que les milliards détruits par les ventes d’or de ces dernières
années.


Mais ce n’est pas tout. Il faudrait encore que la
Suisse se montre disposée à verser 30 milliards de francs au Fonds monétaire international (FMI) pour participer aux mesures de sauvetage. Le Conseil aux États a déjà donné son feu vert, avec
seulement quelques voix d’opposition. Le FMI exige d’une part que la Suisse verse un crédit transitoire de 12,5 milliards permettant d’intervenir rapidement lors de menaces de faillite d’un pays.
En ce qui concerne les «nouvelles conventions de crédit», la Suisse devrait mettre à disposition 18 milliards de francs. Ce sont en tout plus de 30 milliards, une somme énorme. Et nous payons
plus qu’assez en comparaison avec les pays concernés de l’UE notamment l’Allemagne et l’Autriche. A noter que d’autres pays aux économies fortes ne paient rien.


Il n’est pas exclu que la crise se propage à
d’autres pays. Si cela devait être le cas pour des pays à économie moyenne, le capital du FMI, qui vient d’être augmenté, ne suffirait pas. Il se pourrait alors que la Suisse doive faire face à
de nouveaux engagements beaucoup plus importants. On ne peut pas exiger ces milliards de l’économie suisse – et en particulier des contribuables – pour corriger les erreurs d’autres pays en
matière de politique financière. Le projet actuel ne prévoit pas de plafond pour l’avenir et de surcroît, il n’est pas soumis au référendum facultatif – et pour cause, le peuple suisse n’étant
pas disposé à l’accepter. Les citoyens n’ont qu’à payer et se taire.


Les risques ne cessent d’augmenter. La Suisse se
trouve entraînée dans le tourbillon de la finance internationale. Il s’agit de dépenser des milliards de francs de nos impôts pour une monnaie qui a échoué. Certes, nous avons un intérêt majeur à
ce que l’Europe soit stable. Toutefois, ce n’est pas ainsi qu’on obtiendra un résultat durable, bien au contraire. Les mesures de sauvetage prises jusqu’à présent n’ont rien donné, du fait
qu’elles n’ont pas modifié le système malade. Ce qu’il faut, c’est une réforme en profondeur, qui prenne le mal à la racine, au lieu d’accumuler de nouvelles dettes. Comment payer des dettes
publiques lorsque les intérêts à verser sont plus élevés que le taux de croissance. Le FMI n’a pas de propositions concrètes pour parer à l’endettement des pays.


La Suisse devrait limiter le plus possible les
conséquences pour nos réserves en devises, nos caisses de pension, nos banques, etc. d’une éventuelle disparition de l’euro ou d’une réorganisation de ce dernier et du système
financier.


On doit particulièrement se poser la question de
savoir si on obtiendra vraiment une stabilité en créant de nouvelles bulles suite à de tels payements. Les conséquences en seraient-elles pas encore plus graves en cas d’éclatement ? Ne
vaudrait-il pas mieux entreprendre une réforme fondamentale, en reconnaissant que les disparités macroéconomiques au sein de l’Europe ne peuvent être éliminées par la mise en place de cette
monnaie ratée qu’est l’euro et que celui-ci, tel qu’il se présente aujourd’hui, n’est pas viable, n’apporte rien à la stabilité et à la sécurité en Europe et en Suisse ? Les États de la zone euro
sont trop différents les uns des autres pour une monnaie commune. Cette idéologie de l’euro, profondément ancrée dans l’esprit des politiciens de l’UE qui ne veulent pas admettre qu’ils se sont
trompés, sonnera le glas de l’Europe. Ce n’est pas à nous de casquer.


Le fait que ces milliards permettent de financer
des spéculations massives de banques étrangères est choquant. On rembourse des prêts que les banques ont octroyés à des États pratiquement en faillite à des taux très élevés. On ne prévoit pas de
faire payer les créanciers.


Les partisans de ce projet doivent rendre des
comptes aux citoyens, en expliquant pourquoi des États aux économies florissantes doivent refinancer des pays qui se sont endettés inconsidérément. Quelle peut être, dans cette crise, la
responsabilité de la Suisse qui n’est ni membre de l’UE ni de la zone euro ? En quoi les contribuables suisses devraient-ils être impliqués dans les spéculations des banques étrangères ? En rien
!


On nous reproche, à nous opposants, d’oublier que
la Suisse à intérêt à ce que l’Europe soit stable. Bien au contraire. Car le système actuel d’irresponsabilité organisée affaiblit l’Europe. On récompense le gaspillage, faisant boire la coupe
jusqu’à la lie ! La force de l’Europe est due à la compétition entre ses États. L’union de transfert conduit à un nivellement par le bas. Les États performants soutiennent les faibles jusqu’à ce
qu’eux-mêmes disparaissent. L’Europe se renforcera quand il sera de nouveau possible de ré&ea



fd 24/01/2011 14:03



Est-ce que le Zimbabwe est une dictature comparable à la Tunisie ? Est-ce que Mugabe s'enrichit autant sur le dos de son peuple que Ben Ali ? Est ce que la réquisition des grandes fermes n'est
pas une source d'espoir pour le peuple zimbabwéen ? Questions que je pose, mais je n'ai jamais lu de papiers de reporters indépendants sur place qui puisse y répondre (toujours le déficit
d'information).


Sur la Chine, il est clair qu'à l'époque aoïste le peuple (réduit au servage sous l'empire) était porté par l'espérance d'un progrès économique juste, et cette espérance était partiellement
fondée puisqu'en effet, la Chine maoïste est parvenue à nourrir et éduquer TOUS ses enfants... mieux que l'Inde...



DiadoreCronos 24/01/2011 11:16



En réaction au commentaire de Gilles :


donc ce que vous souhaiteriez, c'est pas d'aide du tout, pour mener la fameuse "politique du pire", pour que les gens se révoltent? C'est une stratégie loin d'être gagnante. Malgré leur misère
bien plus profonde que celle des tunisiens, les zimbabwéens ne se sont pas révoltés - du moins pas au point de réussir - contre Mugabe. Et il n'y a pas eu de révolte générale en Chine en 1960,
quand la famine de Mao faisait des dizaines de millions de morts.


Il n'y a pas de seuil de souffrance au delà duquel la révolte est inévitable. Les humains sont capables de tout, y compris de mourir sans rien dire.


Et à ceux qui prônent la politique du pire, une remarque: pourquoi ne devenez-vous pas pauvres vous-mêmes, pour vous révolter ensuite et vérifier votre théorie?



edgar 23/01/2011 14:48



Gilles, merci. Le Secours Populaire fonctionne donc "avec le revenu de ses braderies mensuelles , les dons des particuliers, les recettes de la campagne DON’ACTION ,les subventions des
municipalités, la collecte alimentaire au centre Leclerc,et les produits alimentaires en provenance de la communauté européenne."


 



gilles 23/01/2011 11:08



Edgar, contrairement à la situation des tunisiens, quand je vois dans ma cité HLM, les gens qui seraient censés se révolter être gavés par le Secours Populaire,
le Secours Catholique, La Croix-Rouge, les Restaus du Coeur, gavés d'écrans plats et d'autres babioles fabriquées en Chine, je me demande : « Qui finance ces organisations caritatives ?
»


 


J'ai cherché entre-temps :


 


Réponse ici …


 



gilles 23/01/2011 10:54



Marat dans « Les chaînes de l'esclavage » parle de
l'actualité, du moloch : « Il semble que ce soit le sort inévitable de l'homme, de ne pouvoir être libre nulle part : partout les princes marchent au despotisme et les peuples à la servitude.


 


C'est un étrange spectacle que celui d'un gouvernement politique. On y voit, d'un côté, les hardis desseins de quelques indignes menées, et les ressorts secrets
qu'ils font jouer pour établir leur injuste empire ; de l'autre, on y voit les nations qui
se reposaient à l'ombre des
lois, mises aux fers ; les vains efforts que fait une multitude d'infortunés pour s'affranchir de l'oppression, et les
maux sans nombre que l'esclavage traîne à sa suite. Spectacle, à la fois horrible et magnifique
où paraissent, tour à tour, le calme, l'abondance, les jeux, la pompe, les festins, l'adresse,
la ruse, les artifices, les trahisons, les exactions, les vexations, la misère, l'exil, les combats, le carnage et la



edgar 20/01/2011 14:39



Vrai pour la Chine. Mais cf. un tableau très sombre ici : http://crookedtimber.org/2011/01/18/the-end-game-for-the-euro-german-rules-and-bondholder-revolts/#more-18601



Laurent Pinsolle 20/01/2011 11:20



Moi, je n'y ai jamais mis aucun espoir. Malheureusement, l'expérience monétaire européenne pourrait encore durer quelques années : la monétisation de plus en plus massive de la BCE et le soutien
de la Chine pourraient permettre à cette expérience hasardeuse de continuer encore un peu.



edgar 19/01/2011 22:07



Moi aussi j'y avais mis beaucoup d'espoirs, si ça peut te consoler. Mais c'était il y a longtemps.



Laurent K 19/01/2011 14:34



Regarde donc le dernier billet de François Leclerc sur le blog de
Paul Jorion. Il annonce ni plus ni moins que l'Allemagne jette l'éponge avec pour résultat la fin de l'Euro.



Et c'est une personne qui sur ces questions a la désagréable habitude d'avoir raison contrairement aux canards officiels (le monde, les echos, FT, etc...). Je n'arrive pas à m'en rejouir. J'y
avais mis tant d'espoirs.