La lettre volée

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L'erreur de Descartes

« Lune des variantes de lerreur de Descartes est de ne pas voir que lesprit humain est incorporé dans un organisme biologiquement complexe, mais unique en son genre, fini et fragile ; elle empêche donc de voir la tragédie que représente la prise de conscience de cette fragilité, cette finitude et cette unicité. Et lorsque les êtres humains sont incapables dapercevoir la tragédie fondamentale de lexistence consciente, ils sont moins enclins à chercher à ladoucir, et peuvent, de ce fait, avoir moins de respect pour la valeur de la vie. [] La chose la plus indispensable, en tant quêtres humains, que nous puissions faire, chaque jour dans notre vie, est de nous rappeler et de rappeler aux autres notre complexité, notre fragilité, notre finitude et notre unicité. Et la difficulté, cest, bien sûr, ceci : faire passer lesprit de sa position élevée dans l « éther » à celle dune localisation matérielle, tout en lui conservant une grande considération ; reconnaître son origine humble et sa vulnérabilité, et cependant continuer à lui attribuer un rôle de direction. »

in Antonio Damasio, L'erreur de Descartes : la raison des émotions
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Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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fd 01/09/2010 10:17



Je voudrais quand même ajouter une remarque : Descartes, comme Pascal, avaient lu Montaigne. Ils en étaient imprégnés, et l'on considère même parfois que leur oeuvre sont presque entièrement
des réponses à Montaigne, en dialogue avec lui.


Ici ce que dit Damasio sur le caractère incarné de l'esprit et donc sa "particularité" mais aussi sa fragilité, qui ne doit pas faire renoncer malgré tout à user de sa raison, est exactement la
même chose que ce que Montaigne exprime dans ses essais, et ce à quoi Descartes a voulu répondre.


Damasio peut-il alors venir dire avec arrogance que Descartes avait tort en faisant simplement "comme si" Descartes n'avait pas compris la condition humaine ? ou bien doit-on simplement
considérer que Damasio comme Montaigne appartient à une époque de doute, tandis que Descartes appartient à une époque plus constructive où l'on s'efforçait de dépasser le doute tout en étant
conscient du bien fondé partiel de celui-ci (et si conscint du reste que Descartes fonda ses déductions là dessus) ?


Il y a en arrière plan de cette interrogation tout  le procès de l'arrogance de notre époque à l'égard du passé. Car si Montaigne était dans le doute, il n'aurait pas écrit un livre sur
"l'erreur" de tel ou tel penseur dogmatique. Il était bien trop subtil et modeste pour cela.


Damasio est fondé à prendre Descartes de haut uniquement s'il pense que nos découvertes en matière de neuropsychologie, d'éthologie animale et d'évolution darwinienne "ajoute" vraiment un savoir
que n'avait pas Montaigne et nous fonde vraiment maintenant à prendre de haut la réponse de Descartes à ce dernier.


Je dois confesser que j'ai une tendresse spéciale pour Descartes et son entreprise de refondation du savoir au coeur du classicisme conquérant. Je me souviens que Malebranche dit avoir pleuré
pendant plusieurs jours après avoir lu Descartes comme si un monde nouveau s'offrait à lui. On n'imagine pas ce que la révolution cartésienne a apporté aux meilleurs esprits de son temps. Il faut
aussi lire les pages de Chomsky dans lesquelles celui-ci reconnait en Descartes son père et l'inventeur de sa grammaire générative.



fd 31/08/2010 11:19



Ce passage est très juste en effet... hélas...



oncle sam 30/08/2010 23:03



Ouf, on sort de l'Europe. Pourtant bien d'actualité. Et ce texte de Damasio superbe. Et j'ai juste commencé hier la lecture d'azprès la démocratie. Je me précipite donc sur ton commentaire