La lettre volée

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L'anomie politique au cœur du problème Alstom

une expérience que nous avons tous faite est qu'économiser quelques sous est toujours une bonne chose, surtout en période de récession. Il n'y a rien de répréhensible, évidemment, à éviter les dépenses inutiles dans quelque entreprise que ce soit.

Une entreprise libérée, en particuler, sera attentive aux dangers des coûts cachés et des fausses économies, au lieu d'être obsédée par les frais de photocopie et de déplacement.

Ce ne sont pas des expériences personnelles ni les conditions du moment qui doivent dicter le choix de la mesure la plus judicieuse ; celui-ci doit répondre à un seul impératif : réaliser la vision de l'entreprise.

in Getz & Carney, Liberté & Cie

 


J'ai habituellement horreur des comparaisons entre un état et une entreprise. En macroéconomie, on oublie, ce faisant, que les deux types d'organisation n'ont ni la même durée de vie, ni les mêmes moyens d'action.

Mais en lisant ce très bon livre de gestion (sous-titré Quand la liberté des salariés fait le succès de l'entreprise), je tombe sur ce passage, qui rappelle un fait banal : couper les coûts, dans une organisation, ne peut pas être une politique.

Couper les dépenses publiques est un échec macroéconomique car cela a un effet récessif. Mais cette idée ne convaincra que les keynésiens.

D'autres seront peut-être plus sensibles au fait que couper les coûts aujourd'hui n'est plus le moyen d'une politique, c'est une fin.

Les coûts cachés de cette politique sont nombreux, et Jacques Sapir en expose un, avec un bon papier sur Alstom. Alstom est à court de trésorerie car la commande publique est exsangue.

 

alstom2.jpg

 

Un état qui aurait une vision saurait arranger, autour de quelques pôles publics, des politiques ambitieuses, et créatrices d'emplois, dans les renouvelables, les transports etc.

Ah, oui, peut-être. Mais l'étatcémal et on sait bien que l'innovation vient de la startup au fond du garage. Peut-être, mais pas toujours. Une chercheuse britannique, Mariana Mazzucato, cherche à mettre en évidence le fait que l'innovation importante vient tout autant du secteur public.

L'état en France n'impulse plus rien. De fait, ce qui reste de l'état est une sorte de structure de défaisance : un organisme juridique auquel on (l'UE) laisse à gérer l'extinction des activités que l'on juge archaïques, l'UE devant reprendre les activités nobles et nouvelles (les politiques pour l'innovation et la lutte contre le gaspillage des salades vertes).

Je ne suis pas sûr que les français se reconnaissent dans cette absence de projet, même s'il est certain qu'ils ne veulent pas non plus d'un état fort.

 

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Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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Descartes 06/05/2014 15:33


En France, personne ne s’intéresse à l’industrie. La meilleure preuve en est que dès lors qu’on parle de ce sujet, tout le monde se croit autorisé à dire n’importe quoi. Prenons ODP, qui écrit
plus haut « la triste débacle d'Alstom Energie illustre de manière caricaturale la faillite du modèle "national". Par raport aux géants de l'énergie
thermique que sont GE, Siemens et Mitsubitchi, Alstom est un nain. Avec une part de marché mondiale de 4% sur les turbines à gaz contre 42% pour GE, 28% pour Siemens et 9% pour Mitsubitchi,
Alstom est out of business, purement et simplement... ».
Avec ce genre de raisonnement, aucun nouvel entrant ne pourrait jamais surgir, puisque par définition tout nouvel entrant entre avec une part négligeable du marché. Plus loin, ODP ajoute
« A vrai dire, si on veut vraiment analyser le problème sous l'angle de la commande publique, on pourrait même dire que les ennuis d'Alstom Energie
viennent en partie de l'excès de présence publique dans le secteur de l'énergie en France puisque l'Etat a imposé de tout miser sur le nucléaire dans lequel Alstom est quasiment
absent ». Le fait que les 58 tranches nucléaires françaises soient équipées de turbines Alstom, qui en assure encore aujourd’hui la maintenance, que l’EPR de Flamanville soit lui aussi
doté d’une turbine Alstom, que même les russes aient décidé de s’équiper chez le constructeur français (la centrale nucléaire de Kaliningrad en construction a signé le contrat pour deux turbines
Alstom), que les anglais aient retenu une turbine Alstom pour Hinkley Point est la meilleure preuve de cette « absence ». Mais bon, quand on est aveuglé par un préjugé…


 


Sapir, lui aussi, dit des bêtises. Le problème d’Alstom – comme celui de l’ensemble de l’industrie française – n’est pas que la commande publique soit absente. Elle est présente et bien
présente : on construit ou on rénove beaucoup de turbines en France, et on commande des équipements nouveaux. Les diesels supplémentaires qui doivent équiper les centrales EDF sont à eux
seuls un marché de plus d’un milliard d’euros. Mais dans la logique européenne de « concurrence libre et non faussée » combinée à l’impossibilité de la dévaluation ces marchés ne
peuvent aller… qu’à ceux qui acceptent de délocaliser. Alstom peut réussir, à condition d’accepter la délocalisation de ses activités. C’est ce qui arrivera si l’accord se fait avec GE.


 


Oui, Alsthom ne fait que 4% des turbines à gaz au niveau mondial. Mais personne ne semble se demander « pourquoi ». Comment GE est arrivée à faire 42% ? Comment Siemens est arrivé à
28% ? That is the question…

Descartes 06/05/2014 15:32

En France, personne ne s’intéresse à l’industrie. La meilleure preuve en est que dès lors qu’on parle de ce sujet, tout le monde se croit autorisé à dire n’importe quoi. Prenons ODP, qui écrit plus
haut « la triste débacle d'Alstom Energie illustre de manière caricaturale la faillite du modèle "national". Par raport aux géants de l'énergie thermique que sont GE, Siemens et Mitsubitchi, Alstom
est un nain. Avec une part de marché mondiale de 4% sur les turbines à gaz contre 42% pour GE, 28% pour Siemens et 9% pour Mitsubitchi, Alstom est out of business, purement et simplement... ». Avec
ce genre de raisonnement, aucun nouvel entrant ne pourrait jamais surgir, puisque par définition tout nouvel entrant entre avec une part négligeable du marché. Plus loin, ODP ajoute « A vrai dire,
si on veut vraiment analyser le problème sous l'angle de la commande publique, on pourrait même dire que les ennuis d'Alstom Energie viennent en partie de l'excès de présence publique dans le
secteur de l'énergie en France puisque l'Etat a imposé de tout miser sur le nucléaire dans lequel Alstom est quasiment absent ». Le fait que les 58 tranches nucléaires françaises soient équipées de
turbines Alstom, qui en assure encore aujourd’hui la maintenance, que l’EPR de Flamanville soit lui aussi doté d’une turbine Alstom, que même les russes aient décidé de s’équiper chez le
constructeur français (la centrale nucléaire de Kaliningrad en construction a signé le contrat pour deux turbines Alstom), que les anglais aient retenu une turbine Alstom pour Hinkley Point est la
meilleure preuve de cette « absence ». Mais bon, quand on est aveuglé par un préjugé… Sapir, lui aussi, dit des bêtises. Le problème d’Alstom – comme celui de l’ensemble de l’industrie française –
n’est pas que la commande publique soit absente. Elle est présente et bien présente : on construit ou on rénove beaucoup de turbines en France, et on commande des équipements nouveaux. Les diesels
supplémentaires qui doivent équiper les centrales EDF sont à eux seuls un marché de plus d’un milliard d’euros. Mais dans la logique européenne de « concurrence libre et non faussée » combinée à
l’impossibilité de la dévaluation ces marchés ne peuvent aller… qu’à ceux qui acceptent de délocaliser. Alstom peut réussir, à condition d’accepter la délocalisation de ses activités. C’est ce qui
arrivera si l’accord se fait avec GE. Oui, Alsthom ne fait que 4% des turbines à gaz au niveau mondial. Mais personne ne semble se demander « pourquoi ». Comment GE est arrivée à faire 42% ?
Comment Siemens est arrivé à 28% ? That is the question…

odp 02/05/2014 17:46


Je n'avais pas tout lu dans ta réponse.


 


Sur les problèmes d'échelle, bien sûr qu'on peut être petit et malin. Ce n'est pas moi, avec mon mètre soixante dix sur des talonnettes, qui vait dire le contraire...  Néanmoins, d'une part
il y a de nombreux secteurs d'activité ou, comme on dit, "the winner takes it all" (notamment dans tout ce qui est technologique); ensuite, si l'on veut survivre en étant petit, il faut avoir un
métier de niche où l'on soit fort, et pas une part de marché adressable microscopique par rapport aux leaders. Ca c'est la recette pour la spirale négative. Si, dans le secteur de la Pharma, des
boites comme Servier peuvent survivre face à des géants comme Pfizer, c'est parce qu'elle ne sont pas en compétition sur les mêmes marchés. Dans le monde de la turbine éléectrique ce n'est pas le
cas et la compétition est frontale. Et là David contre Goliath malheureusement, ça ne marche pas à tous les coups.   


 


Quant à l'argument sur le "smart grid" développé par le spécialiste de "l'intelligence économique" dont le cabinet s'appelle Polémos Consulting (tout un programme), franchement je ne le trouve
pas très convaincant. Il n'y a rien de "stratégique" dans le smart grid; peut être de "prometteur", mais de "stratégique" a priori nada. Comme je l'ai déjà dit, les centrales nucléaires
françaises sont bien exploitées sous licence Westinghouse; alors si le "smart grid" l'est sous licence GE... Enfin, si c'est vraiment "stratégique", on peut toujours essayer de le faire passer
sous contrôle d'Areva qui s'était d'ailleurs défait de ses activités "transmission" en 2010 pour "aider" un Alstom qui ramait déjà.   

edgar 02/05/2014 17:36


je crains que ta formation historique ne t'aie privé d'une mise à jour sur westinghouse : http://fr.wikipedia.org/wiki/Industrie_nucl%C3%A9aire_en_France#Westinghouse_c.C3.A8de_sa_licence_.281974.29 

odp 02/05/2014 17:04


Je suis d'accord avec toi. Je n'ai rien contre la commande publique et accueille d'ailleurs avec plaisir le projet de Montebourg de (re)créer une structure publique dans le secteur minier.


 


Cependant, dans le cas d'Alstom Energie, je crains que ce ne soit pas le sujet puisque de fait il n'a y a pas de marché français de la turbine à gaz ou à charbon. Par ailleurs, il ne faut pas
être naïf: l'exemple du Rafale ou de l'EPR montre que la commande publique a également ses inconvénients. 


 


Quant à ce qu'il faut faire maintenant: nationalisation, cession à GE ou à Siemens; franchement, c'est très compliqué, car la nationalisation ne résoudrait rien au problème d'échelle et d'impasse
stratégique que rencontre Alstom tandis que l'alliance/cession avec Siemens ou GE pose d'évidents problème de disparition "d'un fleuron de notre industrie nationale".


 


Vu de loin ceci dit, je me demande si GE n'est pas la meilleure solution car nous représenterons toujours plus pour les américains que nous ne le ferons pour les allemands. Et puis, après tout,
les centrales nucléaires françaises existantes sont toutes sont license Westinghouse!!!   

edgar 02/05/2014 15:56


avec un lien actif c'est mieux :


http://www.atlantico.fr/decryptage/bien-plus-qu-histoire-emplois-que-perte-activites-energie-alstom-couterait-economie-francaise-general-electric-siemens-nicolas-m-1058114.html

edgar 02/05/2014 15:55


je me suis noté de lire un ebook de jean-michel truong, Reprendre. je suis tombé sur un extrait où il dénonce le modèle industriel gaullien, dont alstom est peut être un bon exemple.


je n'exclus donc pas que tu aies raison sur le fond. pour ma part je crois qu'un CEA du solaire aurait pu marcher, et peut-être alstom aurait-elle pu s'y insérer. ce que je crois c'est que c'est
moins la propriété publique, totale ou partielle, d'une industrie qui compte, que sa capacité à s'adapter. Certes, la propriété publique peut être jugée comme en elle-même incapable de s'adapter.
je n'en suis pas sûr non plus, et je suis également curieux de lire les travaux de marzucco, qui a l'air de penser que l'innovation provient majoritairement du public.


pour ce qui est du nanisme d'alstom, je t'invite à ne pas tomber dans les sophismes que tu reproches aux autres. dans un autre secteur, astrazeneca fait un CA équivalent à celui d'alstom, ce qui
ne l'empêche pas de résister à pfizer, qui fait le double.


il y a un article d'atlantico qui va dans le même sens que sapir
: http://www.atlantico.fr/decryptage/bien-plus-qu-histoire-emplois-que-perte-activites-energie-alstom-couterait-economie-francaise-general-electric-siemens-nicolas-m-1058114.html


méfions nous du réflexe des élites françaises du moment, toujours promptes à estimer que ce qui est français est insignifiant, forcément insignifiant, pour parodier Duras. 


 

odp 02/05/2014 15:29


On reconnaît le sophiste dans sa pureté cristaline (avant j'aurais dit escroc, mais, pour ne pas d'heurter d'âmes sensibles, je me contenterai de sophiste), quand, confrontés à des faits qui
ruinent ses arguments, il change d'angle pour, toute honte bue, continuer à dérouler sa propagande. Jacques Sapir est un maître en la matière et le cas Alstom lui permet d'exercer ses
talents. 


 


En effet, à l'opposé du discours Tapiresque, la triste débacle d'Alstom Energie illustre de manière caricaturale la faillite du modèle "national". Par raport aux géants de l'énergie thermique que
sont GE, Siemens et Mitsubitchi, Alstom est un nain. Avec une part de marché mondiale de 4% sur les turbines à gaz contre 42% pour GE, 28% pour Siemens et 9% pour Mitsubitchi, Alstom est out
of business, purement et simplement...


 


Fruits amers de la stratégie nationale. 


 


Quant à estimer que les difficultés d'Alstom viennent de la défaillance de la commande publique, c'est assez comique quand on voit à quel point l'Etat se démène pour soutenir les filières TGV et
électro-nucléaire. Mais j'imagine que pour l'UPR, ce n'est pas assez, et que figurent en première ligne du programme du Président Asselineau (dit Shadock 1er) le doublement de toutes les Lignes à
Grande Vitesse (afin d'en avoir une les jours pairs et une autre les jours impairs) ainsi que la construction d'une centrale à charbon à côté de chaque centrale nucléaire (pour que celles-ci ne
souffrent pas trop de la solitude)... 


 


A vrai dire, si on veut vraiment analyser le problème sous l'angle de la commande publique, on pourrait même dire que les ennuis d'Alstom Energie viennent en partie de l'excès de présence
publique dans le secteur de l'énergie en France puisque l'Etat a imposé de tout miser sur le nucléaire dans lequel Alstom est quasiment absent.


 


Si le mix energétique français avait été plus "normal" (c'est à dire diversifié), Alstom Energie aurait peut être pu se replier sur le marché français le temps de panser ses plaies ou financer
une R&D qui lui aurait évité l'accident industriel qui a ruiné ses chances dans les centrales à gaz.


 


C'est malheureusement impossible en raison du lobby (public) nucléaire français et des Descartes de ce monde qui ont préféré garder l'intégralité du gâteau pour eux.  


 


Enfin, je n'ai rien contre la nationalisation en tant que telle mais si la CGT n'avait pas construit des Etats dans l'Etat dans toutes les entreprises publiques dans laquelle elle exerce une
influence significative pour in fine quasiment les ruiner (rappelle-moi l'âge de départ en retraite de la SNCF et d'EdF ainsi que le budget du CE d'EdF?), les gens seraient peut-être plus
favorable à une solution de ce type.