La lettre volée

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Josef Schovanec - Je suis à l'est !

schovanec.jpgJ'avais beaucoup aimé Je suis né un jour bleu, Embrasser le ciel immense (joli extrait ici) et L'éternité dans une heure. Trois livres écrits par Daniel Tammett, un "autiste savant". J'ai lu celui de Josef Schovanec (JS) avec autant d'intérêt.

L'angle est plus personnel, assez directement choisi pour parler de l'autisme et de sa place aujourd'hui.

C'est très drôle et l'on se sent un peu autiste en refermant le livre, grandi.

Comme il l'écrit en fin du livre, de nombreux lecteurs "normaux" lui ont écrit ensuite s'être reconnus dans tel ou tel trait autistique. Sa période d'étude à Sciences-Po m'a rappelé le choc que l'on éprouve en effet dans cette école quand on arrive, provincial, au milieu d'élites parisiennes - mais pas que - bien rôdées.

On a donc droit à quelques scènes où JS joue le rôle du Petit chose avec bienveillance. Attention à ne pas s'amollir à ce moment. Car JS, derrière sa gaucherie extérieure, a un oeil perçant, précis, et un jugement acéré. Comparant la qualité de l'éducation avec celle qu'il reçoit en Allemagne : "à Sciences-Po, ce qui se faisait ne paraissait être que du baratin. [...] en fait, à Sciences-Po, en économie comme peut-être dans d'autres manières, il se pourrait bien qu'ils soient des charlots"...

Il a aussi énormément d'humour. Allié à un sens de l'observation aigu, ça donne ça :

 

"observer les gens qui téléphonent est un spectacle extraordinairement instructif. De petits phénomènes dans l'intonation de leur voix indiquent que c'est l'autre personne qui est en train de parler, interrompt son interlocuteur ou qu'on approche de la fin de la conversation.

Les personnes autistes souvent ne perçoivent pas tout cela. D'où des quiproquos terribles. Parfois, quand il y a deux autistes au téléphone, cela dégénère, même pour des questions élémentaires. Plus personne ne sait à quel moment il faut parler, si le silence se fait parce que l'autre attend la réponse, ou à cause de l'absence de réseau".

Humour et sens de l'observation ne s'exercent pas qu'à l'égard des autres. Le plus souvent, c'est de lui-même que JS se moque : "si l'on fait abstraction des centres d'intérêts non constitués en disciplines de mon enfance, depuis les constructions de baromètres ratés jusqu'à la mémorisation de listes de noms d'animaux australiens, les deux domaines qui ont peut-être eu un rôle structurant - le mot me fait sourire tant une telle chose me fait désespérément défaut - ont été les maths et l'histoire."

Il ne s'agit pas non plus d'être plaisant et léger. Josef Schovanec dit, à mon avis, deux choses importantes :

1. les autistes n'ont pas à être séparés des autres. C'est probablement compliqué, mais, à différents moments, il montre que la mise à l'écart, dans des institutions spécialisées, d'enfants montrant des signes autistiques plus ou moins prononcés est dommageable.

2. Nous sommes tous un peu autistes au sens où des traits de caractère assignés aux autistes sont très répandus. Des lecteurs le lui ont écrit, pour ma part je me suis bien reconnu dans une faculté à considérer "chaque contact comme une faveur exceptionnelle, qui dès lors ne saurait être questionnée".

Si l'on combine ces deux remarques, on peut, pour paraphraser Sartre, avancer que c'est la volonté d'éradiquer les traits autistiques qui crée l'autiste.

JS, dans le cas de la trisomie 21, montre que cette politique mène à l'échec. Et, pour le cas de l'autisme, le paysage qu'il décrit, tant des médecins et psychiatres rencontrés par lui, que des associations de défense des autistes (la plupart), que même de la ministre en charge de cette question est assez désespérant.

Un très bon livre, à recommander vivement, y compris aux gens normaux (ni autistes, ni blogueurs).

 

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À propos

Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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Gérard Couvert 07/12/2013 19:41


Il semble que le milieu scolaire ne soit pas suffisant et que c'est l'immersion qui est gage d'une -légère- rémission. La présence des AVS est aussi troublante pour les profs. (un adulte
observateur), une chose est certaine c'est que l'éducation nationale est mal en point, des dissensions sont de plus en plus fréquentes entre enseignants et les comportements individualistes et
arrivistes deviennent pesants.

edgar 07/12/2013 19:26


oui mais l'idée est peut-être plus de faire des petites classes spécialisées mais au milieu du collège normal...

Gérard Couvert 07/12/2013 18:59


Je n'ai pas nié l'interêt de Siceinces Po ni ce que l'on peut y apprendre, mais simplement mis en une ligne la réalité socio-politique de cette école ; ligne que j'aurai pu completer par son
imbrication en réseau. Mon fils prépare le concours mais envérité vise Bordeaux car il n'a pas le niveau -de son propre jugmeent- et surtout ne veux pas abandonner une certaine virginité ; en
revanche l'un de ses amis (ils sont ensemble depuis la maternelle !) est poussé par ses parents avec tout l'investissement social et financier que cela représente (aller-retour Toulouse/Paris,
séjours aux Etats-Unis et en Allemagne, etc.). Les parents de ce garçon sont avocats d'affaires, promeuvent l'Europe des régions et l'abandon du français en pays d'oc, et tutti quanti !


Pour les gamins autistes, un cours avec eux est souvent perturbé, le lien complexe de l'enseignement est dévié et tous les élèves en patissent : pourquoi nier la réalité ! Même les plus
sociaux-démocrates, petites ado bien mignones, filles de bobos, gniangnianterie à tousles étages, au début pretes à tout pour intégrer le gosse, en viennent à demander un cours au calme ! C'est
sans doute malheureux mais c'est ainsi, ceci avec une proportion en hausse (le tiers) d'élèves magrébhins de plus en plus revendicatifs, est bien ce collège aux bons résultats voit ses effectifs
standards fondrent (direction le sainte-marie-machin local) : le public devient la garderie pour minorité, sans aucun autre but.


De plus les professeurs ont-ils été formés à cela, ont-ils choisi ce metier d'éducateur, ont-ils les moyens de faire face ? Les AVS sous-payés et sans formation réelle sont les fusibles,
sacrifiés à la moindre demande des parents (forcement ultra-sensibles) la partie médicale se retranche derrière le secret médical en étant souvent agressive : si "il" ne fait de progrés c'est
parce que vous n'adaptez pas votre cours ... et les 30 autres ils ne comptent pas ?

edgar 07/12/2013 18:21


gérard : on peut aussi éviter de mettre un enfant autiste dans une classe de 30 élèves. et ce que dit le livre est que c'est précisément en sortant les autistes du circuit classique qu'on les
rend définitivement inassimilables.


sur sciences po, tout n'y est pas mauvais. c'est un lieu où l'on apprend l'histoire. l'enseignement en éco y est nettement plus superficiel. le système des chargés de td/hauts
fonctionnaires/cadres sups est mauvais (ils ont rarement le temps et l'envie de préparer de vrais cours) mais on y croise quelques enseignants vraiment intéressants. et puis quelques élèves y
sont d'excellent niveau, qui vont compléter en bibliothèque les connaissances qui leur manquent, dans le cadre de programmes souvent trop ambitieux et généraux. pour ma part je n'y ai pas appris
beaucoup de choses, sauf en DEA. étant passé par un deug avant, je peux faire la différence avec la fac...


 

Gérard Couvert 07/12/2013 11:08


Sciences Po -> vernis + carnet d'adresse = pouvoir


Concernant les autistes allez demander aux professeurs de collège qui en plus de 30 ado. son obligé de subir les comportements erratiques de ces enfants malades et de supporter la présence d'un
adulte (AVS) durant leur cours !

Junk 07/12/2013 09:17


Ancienne maitre assistant à Sciences PO Paris (titre ronflant mal payé ) pendant 10 ans j'ai retenu ce que certains de mes étudiants disaient : Sciences Po sciences pipeau .


Mais je garde un trés bon souvenir de la bibliothèque : on en rêve de cette richesse dans toutes les Universités françaises .