La lettre volée

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Jean-Pierre Chevènement, receleur

Entendu ce matin Jean-Pierre Chevènement sur France Inter. Quelle déception !

Suite à l'introduction du présentateur, je me suis dit qu'il avait décidé de parler carré (Chevènement était présenté comme datant la régression française des choix européens de Mitterrand, puis le Che lui-même a imputé les problèmes de la France d'aujourd'hui à Jean Monnet).

Mais,  interrogé sur l'euro, Chevènement indique qu'il n'est pas antieuropéen, que l'euro est un avion qui a décollé et qu'il faut juste le faire atterrir en douceur.

 

Pour lui, l'euro a juste besoin de trois mesures :

 

1. une gestion plus favorable à l'emploi avec une initiative européenne de croissance ;

2. racheter des dettes publiques ;

3. émettre des eurobonds.

 

Aucune de ces trois mesures ne sort de la trappe européenne telle que dessinée par Jean Monnet, qui vise, comme l'a rappelé Chevènement lui-même, à transformer les gouvernements nationaux en organes d'exécution. Reprenons-les une par une :

 

1. une gestion de l'euro plus favorable à l'emploi supposerait deux choses : que les allemands renoncent à leur obession anti-inflationniste, qu'une gestion des parités euro/dollar/yuan fusse instaurée.

Rien de tout cela ne pourrait être négocié par un président français, à une échelle suffisante à nous sortir du trou de croissance dans lequel nous sommes tombés.

 

2. Le rachat des dettes publiques : il est en cours à petite échelle par la BCE. Pour aller plus loin, il faudrait que l'Allemagne accepte de garantir les dettes d'autres états, via sa participation à la Banque Centrale Européenne. Ce qui n'irait pas sans contreparties, notamment sur la gestion de l'euro qui ne serait certainement pas expansionniste. De façon réaliste, on n'imagine pas que la France puisse obtenir et une gestion de l'euro favorable à la croissance et des rachats de dette publique plus important. C'est l'un ou l'autre plutôt que l'un et l'autre.

 

3. Les eurobonds. Avec les eurobonds, les eurocabris sont de retour. Le mécanisme de stabilité a émis les premiers eurobonds, avec une garantie européenne. Pour que ce mécanisme croisse, et atteigne une échelle susceptible d'avoir des effets de relance, il faudrait également que l'Allemagne et la France notamment garantissent la part de cet endettement qui profiterait à la Grèce, à l'Espagne etc. Par ailleurs, on voit que le rendement offert aux investisseurs pour les émissions du Fonds européen de stabilité sont supérieurs aux rendements payés par la France et l'Allemagne sur leur dette. Si la France devait assurer une partie de son refinancement via des eurobonds, cela renchérirait le coût de sa dette (de 2% à 2,6% pour la première émission du fonds de stabilité).

 

En gros, Chevènement adopte, en pire, le positionnement de politiques qui ont compris que l'Union européenne plombe ses états membres, mais n'estiment pas pour autant utile d'en finir avec la chose.

En pire, car il ne propose même pas d'en finir avec l'euro. Il est donc, en terme de prise en compte de l'urgence, derrière Mélenchon ou Dupont-Aignan.

C'est un receleur en réalité : Jean Monnet et l'Union européenne ont volé, comme il l'indique, les souverainetés nationales aux membres de l'Union européenne, par une politique subreptice de "petits pas". Mais loin de vouloir restituer aux peuples leurs souverainetés, Chevènement souhaite que l'avion continue de voler - à condition qu'une place lui soit ménagée à bord, si possible en première. Techniquement c'est du recel.

 

Hors l'Union  européenne est à rejeter non pour telle ou telle raison technique de politique économique, à laquelle le programme en trois points de Chevènement pourrait remédier, mais parce qu'on ne peut pas gérer à 27 des politiques communes et que personne n'est prêt à assumer une Europe fédérale où les décisions seraient prises par un seul (Et c'est heureux, car il faudrait pour cela qu'existât un peuple européen. En attendant ce sont les Etats-Unis qui assument la cohérence néolibérale des institutions européennes).

 

Chevènement pose à l'homme raisonnable ("je ne suis pas anti-européen", "je n'entends pas sortir par le hublot de l'avion européen") et tient un double discours propre à lui ménager des alliances avec le PS pro-Europe tout en rassurant sa base, très lucide sur les méfaits de l'Union.

 

Je n'ai pas une grande estime pour ce type de positionnement.

 

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Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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NICOLAÏ Jacques 13/06/2011 08:54



Je n'ai que 8 ans de plus que J P C, et je trouve que nous avons passé l'age de gérer les nations.


Si JPC veut nous remettre dans la situation de 2002, qu'il avoue tout de suite qu'il roule pour Sarkozius Impérator. Il sait parfaitement qu'il ne peut être élu et que sa candidature est un
croche pied à la gauche.


Prends ta retraite, ami. Ne joue pas comme ces vieux clowns qui ruinent le bon souvenir qu'on a d'eux en refusant de quitter la scène!



edgar 12/01/2011 20:15



Salut Olyvier : je te rassure, je supporte assez mal de me trouver en désaccord avec un aussi grand nombre de personnalités pourtant estimables. Il se trouve cependant que je continue à estimer
que chaque jour supplémentaire que nous passons contraints et forcés dans l'Union européenne nous éloigne de ce que devrait être une démocratie.


Quand je lis Jean Quatremer décerner des brevets de citoyenneté à Chevènement : "Heureusement, tous les souverainistes ne sont pas aussi inconséquents. La semaine dernière, Jean-Pierre
Chevènement, opposant de toujours à la monnaie unique, a expliqué, à mon immense surprise, sur France Inter, qu’il ne voulait pas sortir de l’euro, car cela serait catastrophique pour la France :
« on ne va pas sauter par le hublot… » Un sens de l’État qui l’honore."


(http://bruxelles.blogs.liberation.fr/coulisses/2011/01/euro-apocalypse-now-.html)


 


Ceci dit, j'accepte bien volontiers les critiques !


 


 



olyvier 12/01/2011 19:23



J'ai lu. Il faudrait reprendre l'émission, argumenter pied à pied... je ne sais plus faire cela, si jamais j'ai su.


Tu nous as tant donné à travers ce blog que je ne voudrais pas être désobligeant : je te trouve excessif, pur et dur. J'aime (et je crois en) le trouble et sa douceur.


Tout le meilleur, néanmoins.



Nicolas Gonzales 07/01/2011 02:23



J'attendais beaucoup du retour de Chevenement dans le contexte actuel. Quand j'ai écouté l'interview j'ai eu la même impression de déception. Son diagnostic explicatif est toujours aussi clair ;
ses critiques générales portent toujours ; sa compréhension de la France bonne... mais on a l'impression qu'il a accepté bon gré mal gré tant le tournant de 1983 que le référendum de 1992 ; qu'il
s'est résolu à gouverner à l'intérieur du système fédéral européen - les trois points de "solution" qu'il propose sont exemplaire de cela, vous le montrez bien - sans comprendre que le point de
vue nationiste français est durablement minoritaire dans le système européen, et que nous n'avons donc pas de marge d'action, ni possibilité de remettre les nations au coeur de l'Europe...


 


Chevenement aime les plans B affirme le journaliste sur le plateau : pour les alternatifs nationistes, il va aussi falloir trouver un autre espoir...



edgar 06/01/2011 23:36



La sortie de l'Union européenne et la fin de l'euro ne sont, en effet, pas des fins en elle-mêmes. Mais il n'y aura pas de république tant qu'il y'aura l'Union européenne.


Je ne vois pas ce que cette évidence a de radical. Ce qui est radical c'est la propagande invraisemblable qui arrive à persuader la plupart d'entre nous que sortir de l'Union européenne serait
une folie criminelle.


Chevènement est bien gentil, mais nous ne pouvons pas nous satisfaire de nous réjouir qu'il sache donner de petits coups de chapeaux à ses idées de jeunesse.


Qu'il avale l'ensemble du dispositif européen au seul motif que le coup est parti, et qu'il s'en remette à des tisanes même pas applicables le ravale au rang de politicien et d'adepte du double
discours : un petit rappel des valeurs pour commencer et on s'applatit ensuite devant la marche du monde pour finir.


Bonne année tout de même !


 



Sybille 06/01/2011 23:07



Tout d'abord une très bonne année à l'auteur et à ses lecteurs.


J'ai écouté la même émission et bien que j'ai été également déçue, je serais moins sévère. Peut-être par nostalgie de l'époque où je soutenais JPC contre Maastricht, contre la guerre et
aussi pour "sauver" la république. C'était il y a longtemps déjà.


Aujourd'hui, la république est décédée, le mal est fait! Où est l'urgence? Je ne sais.


Je partage désormais les critiques plus radicales qui s'expriment d'un bord à l'autre du spectre politique de X.gauche à X.droite, pour autant la fin de l'Euro, la sortie de l'Europe ne saurait
être une fin en soi. 


Au delà de son positionnement Euro-sceptique, JPC avait en effet un projet et des valeurs qui se pouvaient partager. Même si je pense que son projet est dépassé dans le contexte actuel, je crois
que JPC privilégie le projet sur les moyens d'où mon indulgence à l'égard de ses propos. D'où également, mon scepticisme  à l'égard de mouvements certes plus radicaux vis à vis des
moyens mais dont les projets n'ont rien pour me convaincre.