La lettre volée

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Jean-Pierre Chevènement - La France est-elle finie ?

jpc.jpgAyant été assez rude avec Chevènement ces derniers temps, j'ai voulu lire ce livre décrit comme une réussite.

En effet, Chevènement démontre brillamment qu'il maîtrise son sujet : sur l'histoire de France, récente ou plus ancienne, il est excellent.

Ses lectures m'ont aussi favorablement impressionné : de Lacroix-Riz à Stiglitz en passant par André Gauron,  Mauriac ou Bernard Stiegler il a énormément lu (je ne pense pas que ce soit le genre à digérer des notes de lecture ou à faire écrire son livre par un nègre).

Chevènement est donc un intellectuel brillant. Je persiste à penser qu'il n'est pas un politique exceptionnel.

L'intérêt n'est pas de critiquer gratuitement, mais de comprendre comment, en partant d'un diagnostic correct, il aboutit à une impasse.

J'ai noté d'une part une obsession pour la relation franco-allemande. Il est exact à mon sens, comme l'écrit Chevènement, que l'Europe est un refuge pour la France parce que le souvenir de la défaite de 1940 est encore un trauma national. L'Europe est, pour nous, une sorte d'exorcisme. Nous nous sommes donc laissés enfermer dans un système qui, aujourd'hui, joue à nos dépens. La monnaie unique, notamment, loin de nous protéger, nous étouffe - et Chevènement est de ce point de vue très précis, voire minutieux, dans son analyse de la construction européenne et des erreurs françaises.

Pour Chevènement, il suffirait cependant de convaincre l'Allemagne d'assouplir la politique monétaire de la BCE, et de prendre quelques mesures correctrices, pour rendre l'Europe viable.

C'est à mon avis oublier deux choses : d'une part, il est exact que la France et l'Allemagne forment probablement le couple moteur de l'Union européenne. Mais c'est oublier un peu rapidement que le Royaume-Uni compte, et peut former des alliances avec d'autres (Pays-Bas, Italie, Espagne), sur tel ou tel sujet. Lorsque Chevènement explique qu'une alliance franco-allemande pour instaurer une dose de protectionnisme européen changerait la face de l'Union, il s'illusionne. Ni le Royaume-Uni ni les Pays-Bas, ni la Suède n'en voudraient. Sachant cela d'ailleurs, l'Allemagne n'aura aucune raison de changer la position libérale qui est aujourd'hui la sienne.

D'autre part, le système de changes fixes qu'est l'euro resterait un handicap lourd, même avec quelques amodiations sous forme de politique de grands travaux ou d'un zeste de protectionnisme.

La France ayant une inflation structurelle plus forte que l'Allemagne, a besoin de dévaluer régulièrement (Chevènement cite ainsi Otto Von Lambsdorf, ex ministre des finances allemand, pour qui le SME, précurseur de l'euro était "un système de subvention à l'exportation au bénéfice de l'industrie allemande." Il note qu'avec ce système, nous avons réussi, de 1998 à 2009, à réduire la part de l'industrie française de 22% à 14% du PIB, et à multiplier par 4 notre déficit commercial avec l'Allemagne.)

A mon sens, Chevènement s'arrête à deux doigts d'un rejet complet de l'Union européenne pour une raison, et une seule : il pense et croit que l'Allemagne souhaite une Europe fédérale dans laquelle la France serait un partenaire de force égale. C'est une erreur à moyen terme. Je suis persuadé que l'Allemagne n'est pas dans l'Union européenne de son plein gré aujourd'hui, et que la fin de l'Union ne lui causerait qu'une peine mineure pour laquelle elle n'est pas prête à de grands sacrifices.

Cehvènement note pourtant bien que la cour de Karlsruhe renâcle à concéder de nouveaux pouvoirs fédéraux à l'Union européenne. Il souhaite cependant que l'Allemagne puisse "trouver le chemin du débat républicain, en son sein comme avec ses voisins, de façon à définir un intérêt général européen".

Dans le reste de son ouvrage, Chevènement est bien en peine de donner un contenu concret à cet intérêt général européen.

Alors même qu'il excelle à démêler comment la construction européenne s'est faite au gré des intérêts divergents des nations qui la composent, il recourt parfois à des raccourcis que le lecteur attentif ne peut qu'assimiler à des contresens. Par exemple, lorsque Chevènement décrit sa position politique au début des années 70, favorable au "grand dessein de l'indépendance nationale (et donc potentiellement européenne)". Le "donc" mériterait de longs développements qui sont absents.

L'hypothétique notion d'intérêt général européen est mise par Chevènement pour raccrocher à la notion d'intérêt général, forte dans la culture politique française, le système européen. Mais aucune des institutions qui construisent en France sinon un intérêt général du moins des décisions acceptées, n'est viable au niveau européen. Chevènement devrait refuser de se payer de mots. On a parfois l'impression qu'il prépare des slogans pour 2012, notamment lorsqu'il réclame un "euro juste", "ni trop faible ni trop fort", qui a l'air d'être là pour servir à Ségolène et à son "ordre juste".

Dans sa description des mesures qui rendraient l'euro viable, on croirait lire les enfilades de voeux pieux du PCF : il faut un euro juste, donc des concessions allemandes ; des salaires minimums européens ; un accord international sur les parités justes ; un grand emprunt européen ; des mesures de contrôle des changes... Certes, pas complètement inconscient, Chevènement concède qu'à défaut, il faudra abandonner la monnaie unique, cette "expérimentation hasardeuse".

Au fond, ce qu'a l'air de reprocher l'auteur à l'Union européenne, c'est de ne pas fonctionner.

Il a l'air de vouloir indiquer qu'une reprise en main du couple franco-allemand devrait faire repartir ce délicat atelage.

J'en suis à un point, et l'actualité illustre cela chaque jour, où je suis persuadé que le vice de la construction européenne réside dans l'idée même d'une construction politique unique pour regrouper une trentaine de nations parmi les plus développées de la planète. Cela nécessite une critique plus radicale, au sens premier du terme, que le simple constat d'un échec qui peut être assimilé à une simple panne d'un modèle par ailleurs performant.

Chevènement cède donc souvant à la révérence de bon aloi à l'égard de l'idée européenne, notamment en évoquant la "nécessaire union des peuples européens", qu'il conviendrait selon lui de distinguer de l'Union européenne, comme Platon distinguait les idées de leur incarnation jamais assez pure...

Une sorte de révérence curieuse pour Mitterrand l'amène également à des platitudes énormes, comme "le choix européen de François Mitterrand a eu une conséquence heureuse, il nous a permis de penser un espace européen plus large que l'espace national". Comme si la France avait eu besoin de Mitterrand pour comprendre qu'elle s'inscrit dans un réseau de relations complexes avec ses voisins !

A mon sens, on ne peut être un internationaliste conséquent et partisan d'une union nécessaire des peuples européens.

C'est d'ailleurs probablement parce qu'il n'est guère internationaliste que Chevènement ne peut concevoir l'Union européenne que comme un équilibre de deux puissances, la France et l'Allemagne. Aujourd'hui, l'urgence n'est pourtant pas d'unir comme dans un carcan les pays du continent européen. L'urgence est de définir des règles équitables pour les relations internationales, à travers l'ONU, le g8 ou le g20. Toutes instances où la France siège en toute indépendance, pour le moment, et pourra être efficace le jour où elle cessera de perdre son énergie dans une union ubuesque.

Dans la conclusion de son livre, toutes les contradictions de Chevènement s'étalent en trois pages. On peut ainsi lire que "l'euro nous étouffe", que le "bateau France est immobilisé au milieu de l'océan, il a fait fausse route". La solution de l'auteur est imagée, il faut que la France "redevienne elle-même". Pour les solutions concrètes, comme la sortie de l'euro, "la France attendra", "nous n'en sommes pas là", "la patience est nécessaire".

Précisément, c'est sur cette question décisive du choix du moment que Chevènement commet une erreur politique majeure.

Il faut aujourd'hui trancher le noeud gordien. Imaginons que demain, la France patiente encore et que, par exemple, la Grèce soit sortie de l'euro, accompagnée ou non du Portugal. Des règles encore plus strictes seraient adoptées pour lier nos politiques budgétaire et probablement fiscale. Nous nous retrouverions dans une zone euro à l'orientation encore plus restrictive, et en ayant consenti encore des efforts importants pour sauver l'euro, comme si cela en valait encore la peine. Et un président élu avec un programme de sauvegarde de l'euro ne pourra pas plaider, une fois élu, qu'en réalité il convient d'abandonner la monnaie unique.

Foin donc de tergiversations. A quelques mois de présidentielles où il a l'intention de se présenter, au coeur d'une crise internationale majeure, Chevènement estime qu'il est urgent d'attendre. Au risque d'être encore une fois dur avec un auteur dont le livre m'a agréablement surpris, je crois qu'il a raté l'occasion de donner un sens à sa carrière politique, de se dépasser pour se hisser au niveau des enjeux historiques de l'heure. Il reste un très bon livre pour qui veut comprendre les impasses de l'heure à la lueur des deux derniers siècles d'histoire.

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Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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fd 30/08/2011 12:20



d'accord avec Dael sur le fait que la situation actuelle est complètement désespérée, et que la gauche n'est toujours pas sortie des apories de la 2ème internationale (celle qui n'a pas réussi à
empêcher la gauche de 14-18). Tout notre système politique est prisonnier de cela. D'une certaine façon nous ne sommes jamais sortis du XIXe siècle...



DAELIII 28/08/2011 17:24



Débat intéressant.


Oui M. Chevènement, avec sa notoriété, son expérience et, excusez tout de même du peu, ses 16% d'intentions de vote POSSIBLE, serait le seul homme politique français, (à mon petit avis s'entend
!) à avoir une chance de renverser une situation quasi désespérée. Oui toutes les interprétations sur les détours par lesquels un homme d'etat de grande stature doit passer en démocratie pour
faire passer ses idées et ses solutions sont envisageables. Mais ces discussions me semblent pécher par une ignorance sensible de l'histoire, comme d'ailleurs sur certains points le fait
l'ouvrage de M. Chevènement, objet du débat, malgré les éloges qui généralement lui sont décernés à ce sujet.


D'une part l'Allemagne n'a pas encore réussi à avoir la longue période de prédominance sur l'Europe qu'elle estime de son statut et de sa dignité d'avoir, que d'autres, plus tôt éveillés, ou plus
lucides, ont eu. Elle commence enfin à l'avoir après trois tentatives avortées, et fera tout, comme les autres avant elle, pour l'étendre et la faire perdurer, mille ans disait-on voici
peu.L'Europe, au sens UE bien sûr, ne peut donc avoir de sens que si l'on conserve bien présent à l'esprit ce que disait voici peu le PCF : "l'union est un combat", j'ajouterais "ou est un non
sens". Ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. pour le premier, mais bien hélas pour le second.


D'autre part cet ouvrage nous révèle une seconde lacune au coeur de l'aporie où se trouve notre auteur. M. Chevènement est de gauche, mais il n'a pas voulu "refonder" réellement sa notion de
gauche en recherchant les fautes d'origines. Or lors de la spéciatoion de la notion de gauche, au sens actuel, au tournant 19 me 20 me donc, la gauche française s'est construite entre autre sur
un rêve internationaliste, dont Jaurès est un bon représentant par ses hésitations même sur le sujet, méconnaissant ainsi la formule ci-dessus, que le sens commun pourtant reconnaît au premier
chef !  M. Chevènement reste prisonnier du rêve d'un international "huilé", sans conflits réels donc incontournables. Il lui manque sans doute d'avoir médité assez (il la connait assurément
!) la rude logique deThucydide, et d'avoir accepté de réfléchir au point d'arrivée de la gauche des années 20-30, ce point que révèle de façon si impressionnante M. Epstein. La gauche a déjà
trahit ses mandants, et comment !, elle recommencera tant qu'elle n'aura pas analysé ses erreurs de principe. M. Chevènement ne fait pas exception ici, et c'est en cela qu'il donne la mesure de
sa stature réelle.



ºC 06/08/2011 14:31



Je signale d'ailleurs un nouveau billet sur le sujet de mon dernier commentaire (cliquer sur ºC)



ºC 04/08/2011 21:23



«La réflexion se fait encore trop au niveau national, pas assez celui des grandes ensembles (entre états, et grands bloc économiques) où se situent les potentiels les plus élevés, économique,
énergétique, écologique»


Exemple: Scholarly studies suggest that the [Chinese] yuan is undervalued on the basis of purchasing
power parity analysis. One recent study suggests 37.5% undervaluation. Source: Wikipédia.


Admettons donc qu'il y ait une marge de 40% de dévaluation de l'euro, «sans forcer». Imaginons que Sarkozy-Merkel-Obama fassent front commun sur ce sujet et qu'on obtienne la moitié, soit 20%.
Traduction : 20% de compétitivité externe de gagné pour nos entreprises. Ouf, on pourrait souffler.



gilles 04/08/2011 10:55



Je suis d'accord avec ton argument, Descartes, il faut séduire pour convaincre. Mais là où je te suis moins, c'est ton acceptation du détour intellectuel effectué par Chevènement de ne pas
montrer directement que les solutions fédéralistes sont déraisonnables et selon moi plus que cela : exécrables, parce que tout sera fait pour les gens soient divertis du minimum de réflexion
qu'ils devraient avoir. Chevènement en montrant directement le côté déraisonnable du fédéralisme, il amènerait à la pleine conscience les choix possibles qui sinon resteraient sous la coupole du
surmoi médiatique européiste. ( La mauvaise conscience européiste qui veut culpabiliser à chaque campagne électorale ). Ce faisant, il tracerait un chemin, un objectif.

Je suis assez d'accord avec ces arguments d'Edgar :
je pense que tu sous-estimes la conscience des gens. Plus personne ne croit dans les vertus de l'euro, sauf l'élite qui a beaucoup misé dessus, au moins en paroles, et ne peut se dédire
facilement.

Je regrette que Chevènement ne soit pas celui qui signale que le roi est nu, c'est tout. Je le crois à la fois capable de cela en un moment où il y a une attente forte

Je n'ai pas lu le bouquin donc j'ai du mal à trancher entre l'interprétation de la position de Chevènement vue par Edgar et celle de Descartes, cette intuition qui lui fait dire, si j'ai bien
compris, que Chevènement se comportera comme De Gaulle : Un « Je vous ai compris ! » aux euro-indécis et puis une volonté de négocier une sortie du bourbier. Quel est le véritable fond de la
pensée de Chevènement ? En lisant le compte-rendu de lecture d'Edgar, je crois qu'il accepte trop de billevisées fédéralistes pour être utile au moment opportun.



Descartes 03/08/2011 23:36




Descartes : je pense que tu sous-estimes la conscience des gens. Plus personne ne croit dans les vertus de l'euro, sauf l'élite qui a beaucoup misé dessus, au moins en paroles, et ne peut
se dédire facilement.


Je crais que tu ne pêches pas par un énorme optimisme. Entre ceux qui croient encore aux vertus de l'Euro et de la construction européenne et ceux qui n'y croient plus mais sont persuadés que
les alternatives sont pire... Je dois te mettre en garde une fois encore: comme chacun d'entre nous a tendance à s'entourer de gens qui lui ressemblent, on a toujours l'impression que nos idées
sont largement partagées, alors qu'en fait elles sont ultra-minoritaires.


 


Je regrette que Chevènement ne soit pas celui qui signale que le roi est nu, c'est tout. Je le crois à la fois capable de cela en un moment où il y a une attente forte.


Je le crois surtout capable de le faire à un moment où il sentira que cela sert à quelque chose. Mais pour le moment, je ne le crois pas. Malheureusement, le fruit n'est pas encore mûr. Il faut
laisser la logique "européenne" aller au bout d'elle même. Sans cela, les gens garderont toujours l'idée que l'Euro aurait pu les sauver.


 


(et Mendès a mis fin à la guerre d'Indochine, ce qui est déjà pas mal. Ensuite il a encalminé la CED et voté contre le traité de rome. ça fait déjà beaucoup).


Le Mendès qui a mis fin à la guerre d'Indochine était bien loin du "parler vrai" que la légende postérieure lui attribue. D'ailleurs, ce qui a mis fin à la guerre d'Indochine fut moins l'action
de Mendès-France que la défaite de Dien Bien Phu. Pour ce qui concerne la CED, loin de l'avoir "encalminé" (le traité attendait la ratification  depuis deux ans lorsque Mendès-France
arrive au pouvoir en 1954), Mendès essaye au contraire de le sauver, en essayant à la conférence de Bruxelles d'août 1954 de rénégocier un protocole modificatif qui aurait facilité la
ratification par l'Assemblée Nationale. C'est le refus des autres signataires du traité d'accepter ce compromis qui condamne finalement le traité. Mendès-France aura tout fait pour le sauver,
et d'ailleurs votera pour lors du débat. Et finalement, pour ce qui concerne le Traité de Rome, le vote négatif de Mendès-France n'a pas empêché le traité d'être ratifié.


La légende fait de Mendès-France un géant. Mais s'il a été un grand moraliste politique - et encore, la décision de rejeter les votes communistes lors de son investiture montre que même ce
qualificatif est un peu trop grand pour lui - mais en termes d'oeuvre, il n'a pas fait grande chose.




ºC 03/08/2011 23:19



«Il faut faire attention à ne pas prendre ce qu'on peut entendre de la part des gens qu'on fréquente pour l'opinion du plus grand nombre, tant il est vrai qu'on a tendance à s'entourer des gens
qui nous ressemblent…»

C'est vrai, mais ça demeure étriqué comme défense de Chevènement.

«qu'est ce qui fait qu'une solution serait aujourd'hui "crédible" aux yeux de l'opinion ?»

Il faut d'abord que se forme un ou des consensus dans «les milieux autorisés», et le peuple choisira entre les grandes mouvances. La réflexion se fait encore trop au niveau national, pas assez
celui des grandes ensembles (entre états, et grands bloc économiques) où se situent les potentiels les plus élevés, économique, énergétique, écologique. Libre, ensuite, au niveau national de
décider comment exploiter cette ressource, pour autant qu'elle soit dégagée en premier lieu.  Cela correspond, d'ailleurs, à la critique formulée mon dernier billet adressé à Hubert
Védrine.

Il est probable que les secousses économiques des prochains mois obligeront à arbitrer dans l'urgence, et les beaux discours des uns et des autres tomberont en désuétude. Dans l'urgence, c'est
celui qui peut produire un plan powerpoint le premier qui empochera l'adhésion de la majorité. Rappelons nous des plans de sauvetage US et Euro : par la voie de Paulson et Gordon Brown,
respectivement, même si le second à mis quelques conditions supplémentaires, les banques et leurs créditeurs (principalement les fonds de pensions et sociétés d'assurance) ont été les grands
gagnants…



edgar 03/08/2011 23:17



Descartes : je pense que tu sous-estimes la conscience des gens. Plus personne ne croit dans les vertus de l'euro, sauf l'élite qui a beaucoup misé dessus, au moins en paroles, et ne peut se
dédire facilement.


Je regrette que Chevènement ne soit pas celui qui signale que le roi est nu, c'est tout. Je le crois à la fois capable de cela en un moment où il y a une attente forte.


(et Mendès a mis fin à la guerre d'Indochine, ce qui est déjà pas mal. Ensuite il a encalminé la CED et voté contre le traité de rome. ça fait déjà beaucoup).



Descartes 03/08/2011 22:27



Pour moi un responsable politique ne doit pas chercher à "séduire" un "public", mais à convaincre ses concitoyens, ce qui est bien différent.


 


Revenons sur terre. Avant de convaincre, il faut réussir à se faire entendre. Parce que pour convaincre, il faut que l'autre consente à rester quelque temps - et on ne parle pas ici de minutes,
mais d'heures - à écouter ce que tu dis, ou bien qu'il accepte de débourser son argent durement gagné pour acheter tes livres et de consacrer son temps à les lire. Et comment t'y prendrais tu
pour obtenir ce résultat ?  


En politique - comme dans tous les domaines de la vie - il faut avoir séduit pour pouvoir convaincre. Est-ce que tu as lu les programmes et écouté les argumentaires de tous les
candidats avant d'être "convaincu" que celui de ton candidat préféré est le bon ? Bien sur que non. Tu as lu et écouté ceux des candidats qui t'ont "séduit". Et c'est alors que tu as trouvé
certains convaincants et d'autres pas.


Un candidat qui bille en tête tient un langage qui le coupe de la majorité de l'électorat perd une opportunité d'établir un pont avec des gens que ses arguments auraient pu convaincre. Et
contrairement à ce que pensent les gauchistes, on peut être flexible sur la forme tout en étant intransigeant sur le fond.



Descartes 03/08/2011 21:15



Pour la même raison, je voterai peut-être Montebourg à la primaire soicialiste pour encourager une voix légèrement discourdante.



Le problème est que la "voix légèrement discordante" de Montebourg indique des directions qui changent de tout au tout en fonction des vents médiatiques. Je ne vois pas l'intérêt d'encourager
Montebourg aujourd'hui parce que par une étrange coïncidence le vent souffle du bon côté.





Son calcul à mon avis est plutôt d'être le premier ministre ou le ministre de l'économie d'une ségolène, ou de pouvoir s'imposer comme ministre pour le cas où un PS serait élu président.
Mais que pèserait-il par exemple à l'intérieur face à un mosco qui srait aux affaires européennes ? Rien.


 
Pas d'accord: dans le dernier gouvernement Jospin (avec Mosco aux affaires européennes) Chevènement a réussi à empêcher la ratification de la charte européenne des langues régionales et à
faire barrage à la politique corse des socialistes. Tu me diras que ce n'est pas grande chose... mais c'est mieux que rien. Soyons réalistes: si l'on se met dans l'optique du "tout ou rien",
alors on n'aura rien (à part bien entendu la satisfaction morale d'être dans le vrai). 

 


par ailleurs et enfin, j'entends bien les calculs au deuxième niveau, réflexifs, sur le mode "tâchons d'estimer ce que veut l'électeur moyen".


 


Desolé, mais ce n'est pas ce que j'ai dit. Mon point n'est pas d'estimer ce que l'électeur moyen veut, mais d'essayer de lui parler un langage qu'il peut
comprendre. Ce n'est pas la même chose. Si l'on persiste à parler aux électeurs un langage qu'ils ne comprennent pas, on ne peut pas se plaindre si le message est rejeté avant
même d'être compris.


 


On crève de ce type de raisonnements. je suis aussi un électeur et j'ai envie de voter non pas pour un saint mais pour une personnalité capable de parler vrai.


Je te l'ai dit: on veut des choses différentes. Toi tu cherches une personnalité capable de parler vrai. Moi, je m'en fous que mon candidat parle faux, pourvu qu'il puisse changer quelque
chose, même s'il ne peut tout changer.


 


c'est rare en effet. mais quand on en trouve on s'en souvient, cf. mendès par exemple (qui n'a pas craint de voter contre le traité de rome au passage).


 


Et il a fait quoi, Mendès, avec son "parler vrai" ? Pas grande chose. En dehors de soigner sa légende, cela va sans dire...