La lettre volée

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Indigne, suite

Un lecteur m'indique en commentaire que l'expulsion de la famille de Leonarda s'étant faite dans les règles, un républicain ne peut que plier aux lois.

L'argument n'est pas faux. Moi-même je supporte difficilement les faucheurs d'OGM et autres démonteurs de McDo, que je tiens pour des partisans de l'autodéfense.

Le champion des républicains ainsi définis serait donc Socrate, qui accepta de mourir pour se conformer aux lois.


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Pour rester dans un champ très théorique et pas très fin, on pourrait dire que face à Socrate (et Créon), il y a Antigone, qui demande l'application de droits naturels, sacrés, supérieurs au règles humaines. Derrière, et plus tard, il y a tout un courant de la philosophie politique que je connais moins, assez américain, qui prône la désobéissance civile. A mon sens, ça aboutit à des courants ultralibéraux type Nozick et autres, que je n'ai jamais pris au sérieux.

On est là dans une opposition théorique (et très schématisée). Mais l'idée que des droits supérieurs existent au delà du droit positif, et que la conciliation de ces différents ordres de droits est nécessaire, est tout de même compatible avec la République. C'est cette idée qui préside en effet à la déclaration de droits de l'homme, valables partout et en tout temps.

Un texte de forme républicaine peut donc s'avérer contraire à des principes fondamentaux de la république. La créativité d'instances comme le Conseil constitutionnel conduit même souvent à ajouter des principes nouveaux, parfois contestables, opposables aux décisions pourtant prises légalement.

En l'occurrence, je ne crois pas qu'un droit de l'homme ait été violé, encore que. On pourrait rappeler que "Tout homme étant présumé innocent jusqu’à ce qu’il ait été déclaré coupable, s’il est jugé indispensable de l’arrêter, toute rigueur qui ne serait pas nécessaire pour s’assurer de sa personne, doit être sévèrement réprimée par la Loi." (Article 9 de la déclaration de 1789). On voit mal comment arrêter un bus de lycéens serait une rigueur nécessaire pour s'assurer de la personne de Leonarda.

Par ailleurs, et presque accessoirement, mon billet n'invitait pas à violer la loi.

Je ne faisais qu'avancer mon point de vue, qui est que de tels moyens sont indignes.

Quelle est, au delà du mouvement instinctif de rejet, celui de la  belle âme ou du bisounours, la règle qui pourrait s'opposer à de telles expulsions ?

Pour moi elle est assez simple : des enfants scolarisés en France ne sont pas expulsables, ni leurs parents. Je sais que je vais là bien au delà des textes existants, mais on a le droit de vouloir changer le droit.

Dans l'histoire de Leonarda ce qui est choquant est que dans le même temps où le ministre de l'intérieur estime que les roms ne sont pas intégrables, ses services font expulser des enfants dont certains sont scolarisés depuis quatre ans, prouvant par là, au minimum, une certaine volonté d'intégration.

Où est la logique ? Pourquoi financer quatre années d'études pour finir par expulser au beau milieu d'une sortie scolaire ? Certes, Leonarda n'était pas seule et on ne peut juger de "l'intégrabilité" de toute une famille à la lecture de témoignages concernant un seul de ses membres. Mais j'ai tendance à penser que des parents qui scolarisent leurs enfants dans les règles sont dignes à la fois de rester et de pouvoir éduquer des enfants qui ont entamé leur formation de citoyen (j'avais écrit quelque chose de très proche en 2008, "la mère patrie qui expulsa tes parents").

Tout ça peut paraître un peu bisounours, mais ne repose pas non plus complètement sur de l'irréalisme. Je suis bien conscient que la France ne peut accueillir toute la misère du monde, ni d'ailleurs être asphyxiée économiquement par des politiques économiques ineptes. Je ne dédaigne pas de prendre en compte les réalités concrètes.

Plus profondément, je suis convaincu qu'un corps social se doit d'abord de penser à sa préservation avant de pouvoir s'ouvrir à d'autres. Si la France avait le courage, les moyens, l'intelligence nécessaires pour se défendre contre l'euro et les politiques européennes démentes, je suis persuadé qu'elle aurait la générosité de ne pas se poser la question d'expulser des Leonarda.

Je refuse l'opposition simpliste entre une générosité inconséquente et un réalisme qui ne pourrait conduire qu'à la raideur la plus abrupte.

Et je constate que tous les partisans, au gouvernement, de l'ouverture européenne au monde, si généreuse en apparence, n'ont pas protesté contre cette expulsion assez inhabituelle, et qui les aurait, à n'en pas douter, amenés à hurler si elle provenait d'un gouvernement Sarkozy (un article montre cependant que certains au PS se réveillent).

Donc pour répondre au commentaire sur mon billet précédent, je crois qu'on peut, tout en se pliant aux lois (lorsqu'elles respectent la constitution), exprimer une protestation motivée contre une décision, même si cette décision est républicaine dans sa forme.


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Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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nationalistejacobin 20/10/2013 12:38


@Edgar


Où avez-vous lu que j'assimilais le droit et la raison? Si le droit prescrivait qu'il faut envoyer les Roms dans des camps parce que leur boîte crânienne n'a pas la forme adéquate, je ne vous
dirais certainement pas que le droit obéit à la raison. Mais de quoi parlons-nous ici? D'une circulaire relative à la reconduction à la frontière des immigrés en situation irrégulière (c'est plus
policé dit comme ça que "expulsion de clandestins", non? Mais c'est la même chose, j'en conviens), c'est-à-dire concernant l'application d'une loi votée et reconnue comme nécessaire par un très
grand nombre de politiques (dont des républicains irréprochables comme un Chevènement) et de citoyens français, vous y compris. Par conséquent, cette circulaire me paraît en effet tout à fait
dicté par la raison, mais la raison d'Etat, une notion qui donne de l'urticaire à beaucoup de monde.


 


Vous me dites de ne pas opposer "trop facilement raison et émotion", je crois que c'est vous qui les assiciez un peu vite. Dois-je comprendre que vous êtes favorable au lynchage? Dois-je
comprendre que vous approuvez que des citoyens brûlent un camp rom? Eh quoi, tout cela n'est-il pas dicté par l'émotion? Ce que je voudrais savoir, c'est: qui est considéré comme apte, en vertu
de son incommensurable sagesse, à faire le tri entre les "bonnes" et les "mauvaises" émotions? On peut s'émouvoir de tout: d'un père qui perd son enfant violé et assassiné, d'un honnête salarié
qui pâtit de la proximité d'un camp rom illégal. Si Leonarda doit revenir, alors soyons cohérent: le père de l'enfant assassiné doit pouvoir se venger du meurtrier, l'honnête salarié doit pouvoir
crâmer le campement rom. Et le maire opposé au "mariage pour tous" doit pouvoir envoyer balader les homos qui veulent s'unir dans sa mairie...


 


Parce que "au-dessus de la loi, il y a les valeurs", n'est-ce pas?

Gérard Couvert 20/10/2013 11:10


"sale gueule" est un délit, ce qui d'ailleurs, nie la réalité, chacun se sert de l'analyse visuelle inconsciente de son cerveau pour jauger les gens.


Leonarda "bonne élève" ! faites le tour des salles de profs. sans dire qui elle est -ce sera difficile vu le battage- vous verrez ce qu'ils en diront ; chieuse acrimonieuse à qui tout est du,
peste du genre qui pourri une classe... Son français est médiocre, tant que nous y sommes demandons à des enseignants de FLE leur opinion.


Il y a au Kossovo un mouvement réel de retour officiel au catholicisme de muslmans pratiquants depuis toujours (XIV eme.) quelques rites chrétiens en cachette, cette famille en fait-elle partie ?
ou les prénoms à la chrétienté ambiguë ne sont-ils qu'ne partie du plan pour abuser les autorités.


La mère, àprés 4 ans en France et plus encore en Italie (semble-t-il) ne parle pas français, comme communique-t-elle avec sa fille ?

JMP 19/10/2013 22:27


 


Quelle est, au delà du mouvement instinctif de rejet, celui de la  belle âme ou du bisounours, la règle qui
pourrait s'opposer à de telles expulsions ?


Pour moi elle est assez simple : des enfants scolarisés en France ne sont pas expulsables, ni leurs parents. Je
sais que je vais là bien au delà des textes existants, mais on a le droit de vouloir changer le droit.


Si une telle règle venait a être appliquée, vous auriez la fierté d'avoir défini pour tous les candidats migrants ( roms, somaliens, indiens, chinois... peu
importe) la bonne combine : surtout ne pas se pointer en célibataire, venir avec une famille et des enfants scolarisables, qui seront bien sur accueillis dans toute les écoles publiques au
nom des grands principes moraux... et le tour est joué ; question : on arrête a combien ? 500000 ? 1 million ? Deux ? Cinq ? Dix ?Plus ??


 


Si la France avait le courage, les moyens, l'intelligence nécessaires pour se défendre contre l'euro et les
politiques européennes démentes, je suis persuadé qu'elle aurait la générosité de ne pas se poser la question d'expulser des Leonarda.


 


Si la France avait le courage, les moyens, l'intelligence nécessaires pour se défendre contre l'euro et les politiques
européennes démentes, elle n'aurait pas a expulser des léonarda car les leonarda ne rentreraient pas sur le territoire national ; et pas parce qu'elle est rom ou de tout autre origine :
parce qu'un pays ou il y a 10% de chômeurs n'a pas a continuer d’accueillir des migrants quels qu'ils soient ; les cris d'orfraie moralisateurs de l'union européenne dès qu'il s'agit de
stopper ( voire limiter..) l'immigration ne sont qu'une grossière hypocrisie : leur seul objectif est de casser le marché du travail ( et donc le droit du travail) et les salaires
francais


 


quoique vous vous en défendiez, vous cédez a l'hystérie bisounours ambiante ;


 


Mais soyez rassuré : Mr le président de la république viens de prendre une décision grotesque ; elle doit
vous combler...

Gérard Couvert 18/10/2013 17:38


Parler de moutons, est-ce bien indiqué en ces jours d'aïd el adha ?


J'ai d'ailleurs noté que dans les années précédentes -et aussi lorsque j'étais enfant- on l'appellait l'aïd kébir, donc la grande fête (plutôt conviviale, sauf pour les moutons) est devenue la
fête du sacrifice.


Glissement sémantique tout à fait significatif, ainsi un imam de Toulouse a-t-il pu expliquer comment il faut égorger (les animaux) correctement et par ailleurs dans ses préches dire que les
impies étaient comme des animaux. (je tiens les enregistrements à la disposition des incrédules).


Il y a là un vrai motif d'indignation,et our les républicains, j'ai bien peu entendu de critiques sur la venue du premier ministre à la mosquée de Paris (imaginons les réactions s'il venait à
Notre-Dame le jour de paques !) et encore moins sur son discours hallucciné sur l'islam (celui révé par les bobos).


Pour ceux que ceal interesse :
http://ripostelaique.com/m-le-maire-je-reclame-le-droit-de-proceder-a-des-sacrifices-de-jeunes-vierges-sur-une-place-publique.html?utm_source=feedburner&utm_medium=email&utm_campaign=Feed%3A+ripostelaique%2FznSM+%28Riposte+Laique%29

odp 18/10/2013 16:48


Bon - toujours sur un mode un peu léger, le monde selon D. c'est un peu un peuple de moutons bêlant de terreur menés par des robots...

Gérard Couvert 18/10/2013 15:29


Sembre che la famiglia sia Italiana allora quest'affare di caffe é un' segno, tutto a cura da Berlusconi.

edgar 18/10/2013 15:27


je crois qu'en effet il a entendu ton cri d'indignation : 













En direct - Léonarda : Valls rentre à Paris plus tôt que prévu


Libération-il y a 1 heure




odp 18/10/2013 14:50


En plus c'est celle de l'Espresso Longo tout marronasse...

odp 18/10/2013 14:49


La machine nespresso du boulot nous informe de la présence d'une "capsule non-expulsée". On appelle Valls? 

Gérard Couvert 17/10/2013 00:46


Etre ami avec un blanc aurait donc donné des avantages particuliers, innacessibles aux autres ; parce que c'est comme cela que cela aurait-été perçu. Quelques années plus tard dans un autre payx
nous avions un boy, payé au tarif général, mais il était entreprenant et financait son frère tentant de monter une fabrique de chaises, il fut augmenté afin qu'il puisse moins se priver, nous
avons été violement pris à partie ... par ses collègues des concessions alentours, non pas qu'ils voulaient avoir la même somme, mais ils n'acceptaient pas notre choix "hors normes" ; l'afrique
ce n'est jamais trés simple.