La lettre volée

Notes et idées : Politique, Bandes dessinées, Polars, Media, Actualité, Europe...

Ils ont des bonnets rouges...

Il fallait la faire celle-là, c'est donc fait.

Des commentaires sur mon billet précédent signalent que les bonnets rouges ne s'attaquent pas à l'Union européenne, et donc que Todd ou moi avons tort de penser que les protestations bretonnes peuvent ouvrir sur quelque chose de positif en termes de reconstruction républicaine.

Je ne suis pas complètement naïf et il ne m'avait pas échappé que le mouvement des bonnets rouges n'était pas univoque.

Pour ce qui est du régionalisme, j'avais signalé en 2006 les projets régionalistes de l'UFCE, qui tendent à un découpage de la France (je recopie encore cette carte de l'Europe des régions, élaborée par les Verts européens).

 

europe_verte.jpg

 

Je connais l'Institut de Locarn, think tank autonomiste breton vaguement déguisé - une citation bien connue d'un des présidents : "le problème de la Bretagne, c'est la France !"

Je découvre en rédigeant ce billet (c'est l'une des vertus du blog, ça conduit à se documenter) un animateur des bonnets rouges qui se déclare européen anti-jacobin.

J'avais découvert la semaine dernière, via l'Agence Bretagne Presse (encore des autonomistes), le parti Breizh Europa, qui se veut Breton et européen, en contournant Paris évidemment.

J'ai été choqué par une phrase de Jean-Pierre Le Goff dans un entretien au Monde, qui soutenait Hollande et invoquait les "français et les bretons" comme s'il s'agissait de deux régions voisines du bel ensemble européen.

Donc oui, tout cela existe, il ne s'agit pas de l'ignorer. Mais l'autonomisme breton existe depuis longtemps, et a même une longue tradition de collaboration européenne. Il n'est pas né il y a quinze jours.

hermine.jpg

 

Est-ce donc une raison pour abandonner l'ensemble des protestations contre la crise émanant, entre autres, de la Bretagne, aux autonomistes ?

Ce serait une erreur de faire ce choix à mon sens.

Je note que l'UPR, ce parti que j'évoque régulièrement, participait aux manifestations bretonnes. Et la page Facebook de l'UPR du seul Finistère a plus "d'amis" que celle de Breizh Europa. L'UPR manifestait donc au milieu des bonnets rouges, en réclamant la sortie de l'UE. Ils n'ont pas été passés à tabac apparemment, et ont même fait une brève apparition au Petit journal.



upr-29.jpg

 

 

Todd s'est donc enthousiasmé pour conférer un sens républicain et anti-européen à une manifestation où des indépendantistes étaient effectivement à la manoeuvre pour faire de la récupération. La seule question qui compte c'est de savoir s'il faut les laisser faire, surtout si l'on est convaincu que l'appauvrissement républicain qui provoque cette révolte, est causé par l'Europe elle-même ? D'autres ont une réponse similaire à la mienne :

 

bn-j.jpg




 

 

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À propos

Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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laurent Dup 02/12/2013 18:06



Thierry LARONDE 27/11/2013 14:56


Concernant les "bonnets rouges", la seule véritable particularité "locale", c'est la violence des manifestations (cela a toujours été le cas). Pour le reste, les interprétations et les tentatives
de récupération des uns comme des autres sont l'écume. Quand des Français rejoignaient les FTP, ils ne rejoignaient pas le Parti Communiste, ils ne savaient même pas, pour la plupart, qu'il
s'agissait d'un mouvement "communiste" --- en l'occurrence, et tout à fait logiquement, cela n'était pas le problème du moment. Ceux qui ont coiffé le bonnet rouge ne militait pas pour une
Bretagne indépendante ou que sais-je. Même pas pour la sortie de l'Europe. Ils voulaient simplement faire une "quenelle" à l'oligarchie. "Paris" n'est pas la France. "Paris", c'est ce truc
artificiel et cosmopolite qui nous dirige, nous asservit et nous ruine.


 


Le ras-le-bol est général et l'on voit se raccrocher des opportunistes, et la propagande veut caricaturer. La "démocratie" parlementaire, c'est la démocratie "indirecte", à savoir le droit
d'expression par l'intermédiaire de certains qui ont seuls le droit de s'exprimer. Dans tous les mouvements, comme dans l'exemple de la manif pour tous, la propagande a élu un (une)
représentant(e) et a voulu que ce représentant qu'elle avait choisi soit le "porte-parole" de la "masse". Ce qui permet d'identifier cet individu à la "masse", donc de décréter que la "masse"
s'exprime et est même "représentée", et ce qui permet aussi de déconsidérer la "masse" en déconsidérant le symbole qu'on a choisi pour la représenter. Il ne faut pas perdre son temps avec ces
idioties.

Junk 27/11/2013 13:54


Si nos hommes politiques voulaient vraiment construire l'Europe , ils ne choisiraient pas des brêles genre Morano , Dati ou Peillon qui ne se présentent aux élection européennes que pour les 10
000 euros par mois .

Ovide 27/11/2013 12:45


Il est toujours intéressant de ce souvenir, dans ce contexte, de ce que fut et de ce qu'est devenu le fameux Club breton...

http://fr.wikipedia.org/wiki/Club_breton

Denis Griesmar 27/11/2013 10:39


La manoeuvre n'est pas nouvelle. Nos "amis"allemands hébergent la Föderalistische Union Europäischer Volksgruppen, qui appuie ce démembrement ... dont, curieusement, seule l'Allemagne est
exempte. L'atlas scolaire Hatier est en réalité le Diercke Weltatlas, sur lequel figure une carte "völkisch" montrant, à côté des "Franzosen", les "Bretonen" et les "Basken" ... Inutile de dire
comment est présentée l'Alsace-Lorraine. Et l' "Europe", nouveau Saint-Empire, convient très bien à l'Allemagne. En "Belgique", première mouture d' "Europe", les instituteurs serinaient à leurs
élèves "La Belgique est le rempart de l'Europe contre la France". Est-ce assez clair ? La France s'est toujours construite contre l' "Europe", pour créer un espace respirable où les êtres humains
ne sont pas marqués au fer rouge comme des vaches normandes, frisonnes ou limousines. Et c'est cela que l' "Europe" prétend détruire aujourd'hui. Les "autonomistes" n'ont donc aucune légitimité
républicaine. Mais c'est bien la République que l'on veut détruire. Et cette République ne fait que prolonger le Royaume, qui regroupait depuis un millénaire des populations anthropologiquement
diverses. Il est évident que la formidable régression que l'on nous propose ne réglera aucun des problèmes de l'heure, le sans-frontiérisme bobo ouvrant les portes aux Requins Sans Frontières.
Cela seul suffirait à justifier la sortie immédiate de l' "Union Européenne".

Junk 27/11/2013 09:57


dans un cadre strictement historique , la revendication d'autonomie des bretons , des basques , des corses , des savoyards n'est ni une aberration ni un crime . L'empire romain d'occident a
implosé non par suites des grandes  invasions , mais par suite de l'incapacité des cadres de l'Etat a ramasser les impôts, à assurer la sécurité des routes  et à rendre la justice . Il
est vrai que cela correspondait à une mutation économique :disparition du grand commerce et un bouleversement social :la société urbaine est morte et la féodalité rurale s'est mise en place .


Je crois ( je ne le souhaite pas ) que les cadres politiques (Etat nationaux) ne correspondent plus à la situation économique et sociale . Certains  peuples  recherchent de nouveaux
cadres spatiaux politiques où ils se sentiraient responsables de leurs destins

DAELIII 27/11/2013 00:22


Et puis comme M. Asselineau pourrait bien se rendre à Sein en juin prochain, la partie est gagnée !