La lettre volée

Notes et idées : Politique, Bandes dessinées, Polars, Media, Actualité, Europe...

Hum... Vous connaissez Marcel Gauchet ?

Pas de ma faute mais c'est son troisième entretien dans une revue grand public, quasiment coup sur coup. A croire qu'il prépare sa candidature aux présidentielles - ou plus probablement qu'il trouve que ça commence à sentir pas très bon dans notre beau pays...

Donc là c'est dans Marianne (pas de version en ligne, désolé) de samedi dernier. Euh oui je lis Marianne, journal plein de défauts, mais qui n'en a pas ?

Que nous dit donc Marcel Gauchet ? Dans le JDD il nous disait qu'en privé, Ayrault était bien plus conscient de l'impasse européenne qu'il ne voudrait jamais l'admettre en public.

Là, il nous explique que c'est Hollande qui nous mène à l'Europe comme des veaux à l'abattoir, mais avec résignation :

"Sur le fond, je serais tenté de penser qu’il  [Hollande] sait où il est contraint d’aller, mais qu'il a d’autant moins envie de nous le dire qu'il ne trouve pas cette direction exaltante et qu'il essaie de sauver ce qui peut l'être à l'intérieur de cette ligne imposée. Nicolas Sarkozy voulait normaliser la France avec enthousiasme, il trouvait que nous faire passer sous la table libéralo-européenne était un objectif excellent. Hollande me paraît convaincu que, compte tenu de la situation et du rapport de forces, il n'a pas tellement d'autres choix. Il essaie de le faire en ménageant le pays au lieu de le brutaliser, c'est tout."

Je suis en désaccord avec Gauchet, qui me paraît bien trop magnanime à l'égard de ce qui relève, tout de même, d'une extraordinaire dissimulation : faire croire à un pays que l'on vide de tout contenu, qu'il est encore quelque chose.

Gauchet admet, comme un fait de nature, que les français seraient des couards :

"Il n'y a ni fatalité ni démission, mais une analyse du possible et de l’impossible. Les Français, d’abord, s'ils ne sont pas contents de la politique du gouvernement, n'ont pas vraiment envie d’entendre la vérité sur le fond de la situation du pays. Ils ne sont pas prêts à sortir de l'euro ; ils ont même très peur de cette hypothèse. L'Europe, d'une manière générale, demeure une vache sacrée à laquelle il est hors de question de toucher. Si absurdes que soient les préconisations qui sortent de cette mécanique devenue folle, la grandeur présumée de l'objectif interdit de les discuter. Il n'est même pas envisageable de renégocier quoi que ce soit ! A partir de ce moment-là, le chemin est tout tracé. Nous sommes enserrés dans un tissu d’engagements et d'obligations qui ne laissent qu'une marge de manœuvre très étroite. Mais cela, on ne peut pas le dire non plus parce que ce serait un aveu humiliant."

 

Ce paragraphe me gêne, car il est boiteux. Il est exact, je crois, que les français ont peur de la sortie de l'euro. Mais la responsabilité ne leur en est pas entièrement imputable. On leur vend, en permanence, l'idée que la sortie de l'euro serait un cataclysme. Un détail parmi mille : le site Ragemag, qui se positionne sur le créneau rebelle et innovateur, interroge Daniel Schneiderman, qui regrette la fermeture du débat européen. Hé bien Ragemag n'a jamais écrit le nom de François Asselineau sur son site. Préserver l'image rebelle gauchiste plutôt que de prendre en compte l'urgence du moment et interroger un "pasquaïen".

Ce n'est qu'un microscopique exemple de la censure permanente de la quasi-totalité des médias.

Si l'on va sur le site du Débat, la revue que dirige Gauchet, pas un article de Jacques Sapir. Il est cité une fois, en 2001, à propos de crédit hypothécaire aux Etats-Unis... Pas grand chose sur la sortie de l'euro non plus j'ai l'impression...

Malgré toutes ces réserves, Gauchet me paraît juste. Il fait tout de même bien des efforts pour que le système craque d'une manière ou d'une autre.

Il appelle à en finir avec un jeu où les politiques taisent ce qu'ils pensent que la population ne veut pas savoir. Ce jeu spéculaire est suicidaire : "Tout ce qu'on peut espérer, c'est que ce blocage morbide finisse par provoquer une prise de conscience collective."

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Phrase suivante, Gauchet laisse apercevoir une porte de sortie : "Qui sait, c'est peut-être le vœu secret de François Hollande ?"

Un peu comme Todd rêvait d'un hollandisme révolutionnaire, Gauchet semble dire au peuple : "c'est le moment de secouer le cocotier, offrez à Hollande la possibilité de s'opposer, d'une manière ou d'une autre, à "Bruxelles".

Il y a un mélange de sagesse (rien ne se fait durablement contre un peuple) mais aussi d'illusion dans cette attitude ("les français" sont un tout, aucune responsabilité particulière des élites).

Elle est cependant suffisamment atypique pour être signalée.


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À propos

Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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edgar 01/11/2013 22:14


cher monsieur T,


vous êtes l'incarnation du commentateur grincheux qui découragerait tout blogueur normalement constitué.


relisez mon billet, d'abord c'est le troisième qui je consacre à gauchet. ensuite il est plutôt équilibré. je trouve gauchet trop timoré mais je signale ce qui m'apparaît comme du courage.


enfin, j'ai bien cherché sur le site de la revue, sapir n'y a jamais écrit aucun article et n'y est même pas cité. que d'autres penseurs "critiques" y aient publié des papiers ne change rien à ce
point.


plus en détail, je ne vois pas ce que jorion aurait à dire sur l'euro, il ne me paraît déjà pas comprendre les bases de la création monétaire (et de fait ses deux papiers sont sur d'autres
sujets).


sur gréau, il a rédigé plusieurs papiers, mais sur l'europe son dernier je crois est titré "reconstruire l'europe économique". je crois que nous avons dépassé depuis quelques années le point de
la possibilité d'une reconstruction.


donc votre remarque acariâtre ne change rien à l'affaire, le débat et gauchet s'aventurent en zones eurocritiques plus que d'autres, et c'est louable ; c'est encore bien insuffisant à mon goût,
et c'est mon droit.


le bonjour.


 


 


 

Jean T. 01/11/2013 21:24


Vous ne connaissez vraimenbt rien à Marcel Gauchet et Le Débat.


Ce doit être la seule revue où Jorion, Gréau et autres ont la place de s'exprimer dans de longs textes critiques !


Pour moi c'est l'un des derniers havres de pensée en France...

Axelzzz 03/10/2013 16:33


@DAELIII: personnellement je trouve qu'il faut du courage pour partir en guerre contre un projet que l'on a soutenu précédemment. Le courage ou la lâcheté n'ont à peu près rien à voir avec la
capacité de prévoir l'avenir - qualité finalement assez rare... Par ailleur sa critique de l'Europe comme force anti-politique et donc anti démocratique est à mon avis bien plus fine et
courageuse que la doxa eurosceptique nationalisto/anti-impérialiste qui elle n'est qu'une posture qui se rassure de sa propre marginalité.

DAELIII 02/10/2013 10:29


Voilà qui ressemble assez fort à la posture lâche de celui qui constate la prise de conscience de plus en plus nette, même si elle est encore bien minoritaire, du caractère inacceptable de ses
propositions / positions précédantes, et qui tente de se"couvrir" en concédant "quelques défauts", en arguant du "projet caché" .... Un maréchaliste en 44 en quelque sorte.

Denis Griesmar 01/10/2013 10:43


A rapprocher de l'incroyable aveu de Valérie Pécresse, selon qui "nous savions ce qu'il fallait faire en 2012, mais nous ne pouvions pas être réélus avec de telles mesures". Comment qualifier de
tels politiciens ? Curieux, ils ont fait disparaître la notion de Haute Trahison de la Constitution, ou de ce qu'il en reste ...

Gérard Couvert 01/10/2013 09:52


Hollande n'est pas Sadate, et les barons ne sont pas prêts à perdre les prébendes de leurs fiefs. Rien dans le passé de Hollande ne peux justifier cette impression qu'il n'aimerait pas l'Europe,
et encore moins qu'il considérerait qu'elle soit néfaste ... néfaste à quoi ? à la France ? mais il s'en fou !


Il y a 6-5 ans j'ai quelque fois pensé que Guaino, Besson et Galo n'était pas autour de Sarkozy par hasard et qu'ils préparaient le grand chambardement ; j'étais dans le même désir fou. Par
panache de VIllepin aurai pu le faire et peut être Sarko maintenant ; raison des procés ?


A gauche Chevènement y a renoncé le 14/02/2002, Vals peut être pourrait avancer sa pensée jusque là et aurait ensuite la force de l'accomplir ; je ne vois aucun autre dans leur désert emntal.


En revanche je pense que les salves contre Berlusconi, qui ont abouti au vote de Mercred,i ont pour raison les divers articles et reportages euro-critiques initiés par mediaset depuis le début du
printemps dernier ainsi que les déclarations mêmes de Berlusconi sur la Lire : les euro-dictateurs ont eu peur et avec eux les barons locaux (les 200 familles les plus riches d'Italie on un
represenant au parlement !) che il cavliere une fois au pouvoir soit le premier à avoir le courage de sauter du train de la mort.