La lettre volée

Notes et idées : Politique, Bandes dessinées, Polars, Media, Actualité, Europe...

How far can you go? (about EU)

Désolé pour ce titre anglophone, que seuls les lecteurs de David Lodge en VO sauront apprécier à sa juste valeur.

Dans un billet précédent, j'imputais à l'Union européenne le décès tragique d'un bébé.

Deux commentateurs ont estimé que cela allait bien loin.

Précisons tout d'abord qu'il n'est en effet pas de certitude en la matière. Il arrive notamment que l'on meure dans un lit à l'hôpital, signe qu'en effet la proximité du lieu n'est pas un gage définitif de guérison.

Sur le cas précis, aucune certitude donc. Mais il serait fou de ne pas faire le lien entre la dégradation accélérée des services publics en général et la pression bruxelloise pour faire des économies.

Un commentateur me dit que même en tenant compte de cela, à 56% de prélèvements obligatoires, il faut de toute façon réagir.

Je réponds.

1. comme le souligne le Part Ouvrier Indépendant, dans le tract que je citais, c'est en 1975 que la France disposait du plus grand nombre de maternités. Et le taux de prélèvement obligatoire n'était que de 44% en 1978, 3 ans plus tard. Signe que quand la croissance est là, on peut avoir des services publics généreux et une pression fiscale inférieure à 50% (à supposer même que 56% soit un mal, ce que je ne crois pas).

2. Jacques Sapir estimait en 2010 que l'euro avait réduit la croissance au point de réduire le PIB 2010 de la France de 400 milliards d'euros. Cette année là, le PIB était de 1931 milliards d'euros, les dépenses publiques de 1081 milliards et donc le taux de prélèvements obligatoires de 56%. Avec 400 milliards de PIB de plus, ce que l'euro nous a fait perdre, le taux de prélèvements obligatoires eût été de 46%.

3. Il faut comprendre que la (très mauvaise) dynamique de l'économie française aujourd'hui, dont l'une des caractéristiques semble être la hausse des prélèvements obligatoires, n'est pas le fait d'une hausse de la dépense publique. Il s'agit d'un effondrement des recettes, dû à la lente asphyxie par l'euro. Comme les services publics ont, en gros, un coût fixe, ils représentent une part croissante du PIB. Il n'est pas non plus anormal, s'agissant de services de première nécessite en très grande partie, que ce soient les dernières dépenses que l'on coupe. Le problème c'est que c'est à cela que l'onrisque d'arriver.

L'erreur d'optique des bayrouistes, Aphatie, Fillon et autres comptables sérieux d'apparence, c'est de ne voir ce qui est visible au premier abord : les dépenses publiques qui restent au niveau de l'époque où la France était encore un état démocratique mais avec une proportion croissante  du PIB. Apparemment il manque à ces analystes la capacité (ou la volonté) de voir ce qui n'est pas là mais devrait y être : les 400 milliards de PIB que l'euro nous a ôté.

 

Donc je ne crois pas que la fermeture de maternités soit seulement le fruit d'une rationalisation intelligente de la carte hospitalière (l'honnêteté me conduit à dire que je trouve un document médical affirmant l'inverse, mais dont l'analyse paraît reposer sur des données vraiment peu affinées).

L'avenir tout proche risque de toute façon de montrer que les maternités ne sont pas les seuls équipements publics en danger.

 20m

En 2002, un petit livre de géographes sortait avec le titre "la France à 20 minutes". Il s'agissait de cartographier combien de français étaient à plus de 20 minutes de différentes services. C'était avant les ravages de l'euro, à une époque où l'on cherchait encore à construire des équipements collectifs sans les attendre du marché. Je ne veux pas croire que ce temps là soit fini.


 

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À propos

Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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alexandre clement 12/11/2012 07:35


Je suis assez d'accord avec l'article. L'union européenne détruit le service public. C'est son but : puisqu'en effet à terme elle se propose de privatiser l'ensemble des services de la santé et
de l'éducation, le reste, c'est presque achevé. Le but est de remplacer l'Etat par le marché, c'est pour cela d'ailleurs que l'UE ne sera jamais un Etat semblablement aux USA et c'est pour cela
qu'elle échouera. Cela est d'autant plus vrai que l'UE a des performances économiques tellement médiocres qu'elle sera bien obligée de se saborder, même si cela prend 10 ou 20 ans.


Mais ce n'est pas tant la croissance le problème. Dans un marché débridé, comme seule l'ex-URSS en a connu au début des années 90, l'absence d'Etat ne permet pas la redistribution de la richesse,
ni par l'impôt, ni par l'intervention de l'Etat sous forme de transferts. 

Orage 11/11/2012 04:43


En effet, le titre m'a bien amusée, même si je me doutais avant de lire votre billet qu'il n'avait sûrement rien à voir avec la misère sexuelle des catholiques!

edgar 09/11/2012 20:09


pablito : j'ai commenté aussi sur ton site. tes remarques sont exactes et correctes en gors. je ne crois pas qu'elles puissent changer la conclusion : l'euro est un frein énorme sur la croissance
aujourd'hui, et un facteur majeur de déstabilisation des dépenses publiques.

Pablito Waal 09/11/2012 19:38


Bonsoir, j'ai répondu à cet article sur mon site : http://www.arsin.fr/blog/une-affaire-de-maundefinedeutique-par-pablito-waal.html

edgar 09/11/2012 00:11


Merci Gilles !

gilles 08/11/2012 23:54


Je pense avec Edgar que si la « construction » européenne a pu être une solution dans le passé, elle n'est plus adaptée à l'époque, elle est devenue
dysfonctionnelle, génératrice de manière systémique de mauvaises décisions. Aussi bien que dans les réseaux, que dans les groupes démocratiques les plus évoluées, le centre est désormais partout
et la périphérie nulle part. À l'instar du « centralisme démocratique » de la période post-révolutionnaire soviétique, le centralisme bruxellois est devenu contre-adaptatif. Contre-adaptatif
par sa nature même en raison de son éloignement des citoyens et par son ciblage facilité par les lobbies ( concentration des lobbies en un point unique au lieu de 27 points auparavant ).


 


Un exemple parmi tant d'autres, la corruption des institutions sans contre-pouvoirs  et donc potentiellement sans freins régulateurs, sans freins correcteurs,
de l'Union Européenne. Voir l'article sur la corruption dans les institutions de l'Union Européenne écrit par le magistrat Éric Alt co-auteur de « La Justice en Espagne, un modèle en crise » aux
Éditions TheBookEdition avec Ignacio Gonzales Vega et de « L'esprit de corruption » aux Éditions du Bord de l'Eau avec Irène Luc.


 


 


http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/union-europeenne-du-lobbysme-au-125100

edgar 08/11/2012 21:52


Fred, si tu veux faire semblant de t'intéresser à l'économie, essaie de t'appliquer un peu. 


on a un pib bien supérieur à 1981 et des services publics en voie de dégradation mais dont le périmètre n'a pas beaucoup bougé. Le salaire des enseignants par exemple, évolue avec le PIB. On peut
penser qu'il y a probablement une dérive dans les collectivités locales par exemple. 


Oui, je pourrais faire plus précis. Pas le temps. Mais les 400 milliards de recettes manquantes (estimation de sapir, assez détaillée) sont assez solidement étayés. c'est donc suffisant pour dire
qu'en 2010 hors euro et toutes choses égales par ailleurs, on aurait pu avoir 44% de PO et pas 56%.


tythan et fred : oui je pense que l'UE etl'euro sont le principal frein à une amélioration de la situation française (et des états membres aussi). vous êtes libres de le ne pas le penser.


je sais qu'il y a d'autres sujets importants, mais j'essaie de traiter ce qui me paraît inquiétant et que je comprends. le réchauffement climatique est inquiétant, je n'en parle pas je ne suis
pas compétent. en éco j'estime avoir deux ou trois idées partageables.

Tythan 08/11/2012 20:47


Merci pour ta réponse, qui contient de biens utiles précisions.


Je me suis sans doute moi-même montré un peu rapide dans mon premier commentaire. Ce que je voulais simplement dire, c'est que si les politiques actuelles de l'Union Européenne amène à affaiblir
les services publics, et particulièrement dans leur conception française, il faut se garder de voir dans l'UE son unique cause. Je me suis toujours méfié de ceux qui choisissent des
explications à sens unique. Et malheureusement, j'ai l'impression (mais nous avons déjà échangé sur le sujet) que tu as tendance à tout mettre sur le dos de l'UE.


Ce qui à mon avis ne fait que desservir la cause que tu entends défendre: autant je suis d'accord avec l'ensemble de tes propos lorsque tu critiques les mécanismes de l'UE actuelle, autant je
suis en désaccord lorsque tu en fais la source unique des maux qui nous accable. Oui, si nous parvenons à démonter ces mécanismes, le redressement sera possible. Mais ce ne sera en rien la
méthode miracle.


Sur le thème de la pression fiscale à 56%, je crois que Pablito et toi allez un peu trop vite s'agissant des maternités: il ne faut pas confondre ce qui relève de la simple redistribution de la
part des impôts qui financent le service public. Et dans les deux domaines, il y a des abus, avec une redistribution assez largement inefficace, sans même parler des nombreux cas de fraudes et
d'abus, et des services publics dont tous peuvent parfois mesurer l'archaisme. Ceci étant dit, je suis pour ma part favorable à un haut niveau de services publics et à une forte politique de
redistribution, mais je crois vraiment, sans rentrer dans les débats vaseux sur la courbe de Laffer, que l'on arrive, dans la situation économique actuelle, à un niveau de prélèvements
obligatoires contre-productifs pour l'activité économique, quel que soit par ailleurs la qualité des services rendus en contrepartie.


Cordialement,


Tythan

fd 08/11/2012 13:32


Pas convaincant. On a un PIB bien supérieur à 1981, des services publics moins développés et un taux de prélèvement obligatoires malgré tout supérieur. La thèse du "y a moins de recette" ne tient
pas puisqu'il y a plus du PIB, celle de la faute aux patrons non plus (puisqu'ils ont pris 10 % du PIB, mais l'ont fait augmenter), ni du "la faute à l'Europe" un peu obsessionnel sur ce blog.
Ily a quelque chose dans les services publics qui coûte plus cher, mais quoi ? pas la main d'oeuvre au niveau de l'Etat en tout cas puisque les effectifs n'augmentent pas, peut-être le coût du
vieillissement de certains équipements (les TGV, les centrales nucléaires ?), ou des effets pervers induits par des nouvelles technologies ? On attend qu'un blogueur économiste qui cherche
honnêtement à comprendre sorte les chiffres comparés entre, par exemple 1992 et 2012 des principaux postes de dépense et de recette, de l'Etat, des collectivités locales, de la sécurité sociale
et nous dise sans idéologie (ni néo libérale, ni gaucho, ni pro euro ni anti euro) sans chercher spécialement à démontrer une thèse globale ce qu'il voit dans ces chiffres

edgar 08/11/2012 11:08


jacques : le lien vers l'étude de sapir est présent. il faut cliquer sur : réduire le PIB 2010 de la France de 400 milliards.